« Chapitres oubliés » de l’histoire de France

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

« Chapitres oubliés » de l’histoire de France

Photo Greg Semu

La colonisation en plein jour

Publié mardi 11 mars 2014 dans les Nouvelles Calédoniennes.

La délégation sénatoriale à l’Outre-mer a réuni dans un rapport d’information une série de « chapitres oubliés » de l’histoire de France. On y trouve les essais nucléaires en Polynésie, une répression coloniale en Guadeloupe ou encore la mort du chef Ataï. Jusqu’à cette photographie datée de 2010, il n’existait pas de représentation visuelle de la mort d’Ataï, qui s’est révolté à la fin du XIXe siècle contre les colonisateurs français. Jusqu’à cette photographie datée de 2010, il n’existait pas de représentation visuelle de la mort d’Ataï, qui s’est révolté à la fin du XIXe siècle contre les colonisateurs français. L’actualité récente en Métropole a poussé les sénateurs à se replonger dans les livres d’histoire pour comprendre les racines d’un certain racisme « décomplexé ».

La délégation a publié en décembre un rapport d’information consacré aux chapitres oubliés de l’histoire de France, et particulièrement son histoire coloniale outre-mer. Le rapport s’ouvre par cette citation du président du Sénat, Jean-Pierre Bel : « Je forme le vœu que cette mise en commun des récits et des mémoires nous permette à tous, héritiers de cette histoire, d’extirper les causes profondes du racisme et d’agir contre toutes les formes d’asservissement. »

Guillotine. Parmi ces pages sombres de l’histoire nationale, Didier Daeninckx, auteur du livre Cannibale, qui retrace le parcours du chef kanak Ataï, rappelle le contexte des années 1870, suite à la décision de Napoléon III d’accaparer les terres des « naturels » : « Cette politique de spoliation, d’accaparement des meilleures terres, des plaines, tendra à repousser les Kanak vers les massifs montagneux. Il ne se passera pas une année sans que des révoltes, impitoyablement réprimées, n’éclatent. On emprisonne, on fusille, on guillotine. Bientôt, les Kanak ne disposeront plus que de 10 % de leur territoire. »

Nucléaire. Les sénateurs ont également consacré un chapitre aux essais nucléaires en Polynésie. Bruno Barrillot, ex-délégué au suivi des conséquences des essais auprès du gouvernement polynésien, souligne que « déni et désinformation font encore aujourd’hui partie du discours public de la France » et estime que, « s’il fallait qualifier ces trente années d’essais nucléaires, j’affirme qu’il s’agit du fait colonial le plus violent et déstructurant qui ait affecté et affecte encore pour des générations la Polynésie, tant sur le plan sanitaire et environnemental que sur les plans économique, social, culturel et politique ».

Serge Romana, président du comité Marche du 23 mai 1998, y aborde la répression des 26 et 27 mai 1967, en Guadeloupe. Des affrontements entre ouvriers, jeunes des quartiers populaires et forces de l’ordre font officiellement huit morts parmi les manifestants, selon le préfet de l’époque. En 1983, le secrétaire d’État chargé des Dom-Tom, Georges Lemoine, en reconnaîtra 87. Longtemps mises de côté pour dissimuler ces actes de répression et l’esprit de supériorité coloniale, ces pages d’histoire sont désormais vues sous le prisme de la résistance.

Pour Jean-Pierre Bel, ce ne sont plus les colonisateurs qui sont les dignes représentants de la République, mais les colonisés. Car ce sont, certes, « des épisodes sombres, mais qui comportent souvent aussi des histoires de résistance et de solidarité, qui ont permis à nos valeurs républicaines de ne jamais disparaître ».

Repères

500 ans d’histoire coloniale L’historien et chercheur au CNRS, Pascal Blanchard, soutient la fondation d’un musée qui retracerait les 500 ans d’histoire coloniale de la France. Pour lui, l’absence d’un tel lieu de mémoire est « un symptôme révélateur de notre incapacité à digérer cette Histoire, afin de la relater sereinement dans le présent. Ces histoires, nous ne savons pas comment en parler ; elles nous effraient, car elles persistent, malgré la fin du colonialisme, comme si elles hantaient notre mémoire nationale. »

Le tacle de Lilian Thuram Mettre au grand jour les pages peu glorieuses de l’Histoire pour comprendre le présent. C’est aussi la démarche de l’ancien international de football, Lilian Thuram, qui s’exprimait à l’occasion de ce rapport, au nom de la Fondation éducation contre le racisme : « On se permet de faire des choses à l’autre car on ne le perçoit pas comme un égal. Ces histoires croisées et invisibles appellent à être reconnues, comme l’égal des histoires régulièrement racontées. » Les Nouvelles de Tahiti

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