« L’Ancien régime et la Révolution" de Tocqueville fait un carton en Chine

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Alexis-Henri-Charles Clérel, vicomte de Tocqueville, généralement appelé par convenance Alexis de Tocqueville, né à Paris le 29 juillet 1805 et mort à Cannes le 16 avril 1859, est un philosophe politique, homme politique, historien, précurseur de la sociologie et écrivain français. Il est célèbre pour ses analyses de la Révolution française, de la démocratie américaine et de l'évolution des démocraties occidentales en général. C’est ce philosophe français disparu il y a plus de 150 ans qui fait un tabac en Chine. Voir ci-dessous l’article d’ Olivier Ravanello du monde.

Alexis de Tocqueville, succès des librairies en Chine

Par Olivier Ravanello | Le Monde selon Ravanello – le 05 avril 2014

Incroyable. En Chine, un livre se vend comme des petits pains. Une sorte de nouveau Livre rouge. Il n’a pas été écrit par Mao mais par un Français attaché à la défense de l’individu : Alexis de Tocqueville, philosophe politique issu d’une grande famille noble de France qui essayait de comprendre pourquoi en Grande-Bretagne la monarchie avait su résister là où les révolutionnaires français avaient coupé la tête du roi. À Pékin, Shanghai ou Chongqing, "L’Ancien régime et la Révolution" fait un carton ! Pourquoi ça ?

Tout est parti d’une intervention publique d’un dirigeant du parti. Wang Oishan, Vice-Premier ministre du Parti communiste chinois. "Il faut lire Tocqueville ! Un livre en particulier : "L’Ancien régime et la Révolution". Méditez sur le passage concernant le début du processus révolutionnaire. "La période la plus dangereuse pour un régime en place est lorsqu’il commence à engager les réformes", disait Tocqueville !"

C’est l’État communiste qui ouvrira le pays au capitalisme

Tu parles ! Au pays des deux systèmes, le conseil n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Par intérêt ou par suivisme, on s’est jeté sur la littérature du penseur politique français, admirateur des États-Unis pour leur capacité à protéger l’individu des excès du pouvoir. L’individu en Chine ! Un concept. Il n’empêche. Toute l’histoire récente de la Chine est là.

Au début des années 80, le constat des dirigeants chinois est simple. Pour être la première puissance mondiale, il faut participer à l’économie de marché mondiale. Mais comment éviter de basculer dans le vide comme l’URSS et mettre 20 ans à s’en relever ? En mariant les contraires. Le yin et le yang. C’est l’État communiste qui ouvrira le pays au capitalisme. Il fallait oser. Les Chinois le font.

De fait, depuis 30 ans, tout est question de tempo. Comme lorsque l’on ouvre les vannes d’un barrage. Si vous ouvrez trop peu, il ne se passe rien. En économie, l’eau d’un goutte à goutte s’évapore. Mais si vous ouvrez trop les vannes, la force de la déferlante peut emporter le barrage. À Pékin, le grand chef doit donc avoir du doigté et si possible avoir lu Tocqueville.

La croissance a masqué les inégalités qui se creusaient

Jusqu’à présent, la bascule s’est faite. L’important en Chine n’est pas l’idéologie communiste mais le nationalisme, la grandeur du pays. Jeter Marx à la poubelle n’a posé de problème à personne et la croissance a permis de masquer les inégalités abyssales qui se creusaient. Aujourd’hui, la croissance ralentit mais le nouveau président s’attaque tout de même à la corruption, aux barons régionaux, aux pouvoirs des ministères. Turbulences en vue !

Mais pas question pour autant de partager le pouvoir. Ceux qu’on appelle les princes rouges, les enfants des dignitaires qui entouraient Mao, sont aujourd’hui au pouvoir. Ils sont la noblesse de la Chine populaire. À eux donc d’ouvrir le pays, sans perdre le pouvoir. Mais la rue grogne. Surtout depuis qu’internet est apparu.

Sur la toile, des pétitions se montent. Urbanisation délirante, pollution, santé, enseignement, abus de pouvoir locaux... On attaque en justice et tant que le régime n’est pas remis en cause, le pouvoir laisse faire. Désormais, les pétitionnaires n’iront plus en prison : la marmite boue, il faut laisser bouillonner mais à feux doux. Un couvercle et ça déborde !

Entre livres de cuisine et traités de philosophie politique, la noblesse dirigeante chinoise avance à pas compté. Le président promet que le chantier de la transition sera fini en 2049 pour les 100 ans de la Chine populaire. Tocqueville n’avait pas pensé qu’en Chine, le temps s’étire...

« L’Ancien régime et la Révolution" de Tocqueville fait un carton en Chine
« L’Ancien régime et la Révolution" de Tocqueville fait un carton en Chine

Publié dans Divers

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