Quintet le best-seller calédonien 2014

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Frédéric Ohlen  photo © Catherine Hélie, Éditions Gallimard, 2014.

Écrivain, poète, éditeur, enseignant, Frédéric Ohlen est né en 1959 à Nouméa. Il vit ses premières années dans la ferme de son grand-père. Il y apprendra l’amour des mots et du monde.

Président de la Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie, fondateur des Éditions l’Herbier de Feu, auteur de recueils poétiques, de nouvelles, il écrit aussi pour le théâtre.

C’est l’une des voix majeures de l’Océanie d’aujourd’hui.

Frédéric Ohlen a ainsi publié – pour les autres – une quarantaine d’ouvrages qui vont du roman au récit de vie, en passant par l’anthologie poétique ou l’album jeunesse. Lauréat du Salon du livre insulaire d’Ouessant (2001) et du Salon international du livre océanien (SILO, 2005), il a animé l’Unité d’Enseignement et de Recherches 5, « Production d’écrits », à l’Université de la Nouvelle-Calédonie. Son récit Premier Sang (Grain de Sable, 2001) a été traduit en italien (Stampatori, 2002, Turin). À l’occasion de la Semaine de l’Océanie (2006), ses textes ont été lus à la Comédie-Française par Laurent Stocker (César du meilleur espoir masculin, 2008).

En 2009, Frédéric Mitterrand le fait chevalier des Arts et des Lettres.

En mars 2014, les Éditions Gallimard (collection Continents noirs) ont publié Quintet, son premier roman.

L’ouvrage sera présenté le mercredi 21 mai 2014, à 18 h, à la librairie Calédolivres, 21 ter, rue Jean-Jaurès. Séance de dédicaces le samedi 24 mai, de 9 h 30 à 11 h 30, à la librairie As de Trèfle (13, rue du Dr Le-Scour, Quartier Latin).

Quintet, roman historique et livre d’aventures

Nous sommes au milieu du XIXe siècle, au cœur du Pacifique. C’est l’époque de la Ruée vers l’or en Australie, le temps aussi des blackbirders, des trafiquants d’esclaves qui raflent parfois des populations entières et les déportent vers les mines d’argent péruviennes ou vers les champs de coton et de canne à sucre, dans les plantations du Queensland ou des îles Fidji.

En 1853, sur ordre de l’Empereur Napoléon III, l’amiral Febvrier-Despointes a pris possession de la Nouvelle-Calédonie. Un an plus tard, Tardy de Montravel fonde Port-de-France, qui deviendra Nouméa. Une capitale précaire de quelque cent cinquante âmes, fort et hameau convoitée par Kuindo, chef kanak qui règne sur le Sud.

Et l’histoire commence… Après avoir fui leur ville natale quasiment détruite par un gigantesque incendie, deux citoyens de Hambourg, recrutés à Sydney, s’installent à Paddonville, à 20 km du chef-lieu. Des colons atypiques et un couple qui ne l’est pas moins ! Il y a d’abord Maria, sage-femme qui sillonne ces terres rouges, sans lumières et sans routes, pour soigner les Océaniens victimes des épidémies. Puis survient Heinrich, lui qui, sans le connaître, a fait pour ce Nouveau Monde un grand rêve : créer ici, au nez et à la barbe des missionnaires, la première école laïque ! Pour l’aider dans cette vaste entreprise, il convainc Monsieur Gustin, un jeune instituteur, Wallon né et formé à Namur, de le rejoindre.

Choc des mondes. Traversée des apparences. Les choses tournent mal. La situation dérape. Les facteurs disparaissent. Les récoltes sont dévorées par des vols de criquets. Le Ciel lui-même semble se rebeller, puisque des aurores boréales marquent à leur manière l’entrée, de gré ou de force, de cet océan pas si Pacifique dans une nouvelle ère.

Au Temps du Rêve, aux liens subtils qui lient depuis toujours l’homme à la mer, à la mémoire collective, aux esprits-totems, s’opposent désormais l’idéologie européenne, sa vision de l’avenir. Fidély, Tête-pointue, surdoué héritier d’une longue tradition, témoigne de l’intérieur de cet âge farouche. Une guerre qui l’amènera à se trahir lui-même et à commettre, peut-être, l’irréparable.

Au final, un juge, le capitaine Charles de Rieu, rend son verdict, et de fausses conclusions en faux attendus, ce magistrat intègre n’atteindra jamais qu’une demi-vérité, une équité à haut risque qu’il paiera de bien des façons... Cinq voix s’unissent ici pour brosser le portrait d’un monde disparu, celui des derniers porteurs d’utopie.

Frédéric Ohlen

« L'aventure ne fait que commencer ! »

Endemix : Pourquoi avoir attendu si longtemps pour écrire un roman?

Frédéric Ohlen : Aux jeunes écrivains, François Nourissier, ancien président de l'Académie Goncourt, avait prodigué ce précieux conseil : « Surtout, ne donnez jamais à publier votre premier livre ! Attendez autant que vous pouvez. » C'est ce que j'ai fait.

Endemix : Les précédents abordaient la même thématique?

F. O. : Rien à voir ! Je ne peux pas concevoir d'écrire exclusivement des fictions se déroulant en Calédonie. Comme je ne peux pas rester focalisé sur un seul personnage. Pour moi, un roman doit être profondément polyphonique et choral. D'où ces cinq histoires successives avec un tempo particulier pour chacune des cinq voix. La musique m'a toujours nourri. Entre l'espace romanesque et la poésie, le lien qui me passionne, c’est l'art du rythme, du mouvement, de la pulsion.

Endemix : Doit-on parler ici de « roman historique » ?

F. O. : D'un roman qui laisse une sacrée part à l'imaginaire, mais s'inscrit dans un espace-temps bien réel que je ne saurais violer trop fortement. À travers la figure de Fidély, j'ai tenu à témoigner, pour ce que j'en comprends, d'une certaine vision océanienne, d'une autre dimension, et en même temps lever un coin du voile sur le blackbirding. J'ai vainement cherché des ouvrages en français sur la traite des Noirs dans le Pacifique, qui parlent au professeur d'histoire que je suis censé être.

Endemix : Fidély s'enfuit à Sydney en mai 1864, à l'heure où débarque le premier convoi de bagnards…

F. O. : Oui, le jour où la Calédonie devient une prison…Je voulais évoquer la colonisation avant le bagne. Grand rêve du gouverneur Guillain, c'est un rouleau compresseur qui va tout écraser. Quelque chose de tellement énorme en termes de souffrances qu'on ne se rappellera plus de ce qui existait avant, qui n'était pas forcément mieux, mais constituait littéralement « un autre monde », l'objet et le sujet de ce livre.

Endemix : À quoi ressembleront les suivants ?

F. O. : On est toujours tenté par les sagas, les feuilletons, mais personnellement, j'ai horreur des resucées, pas envie de suivre le filon. Tant mieux si le lecteur a un peu la gorge sèche, s'il manifeste sa frustration. Le monde est vaste, les sujets à traiter nombreux. Pour moi, l’aventure ne fait que commencer ! Je remettrai à Gallimard le prochain manuscrit, en principe, en septembre. Il y sera question, entre autre, de la Seconde Guerre mondiale. Une histoire de vengeance…

Propos recueillis par Jean-Marc Estournès pour le magazine Endemix.

ÉCHOS : PRESSE, TV, RADIO…

C’EST DE NOUVELLE-CALÉDONIE qu’il faut peut-être ouvrir encore plus grands les yeux du lecteur avec la révélation de ce printemps, Frédéric Ohlen, poète, nouvelliste, éditeur [...] publie son premier roman : Quintet, dans la collection Continents Noirs, chez Gallimard. Construit sur une trame polyphonique, ce livre touche aux veines et aux batte-ments du sang du « Caillou ». Une révéla-tion littéraire qui pourrait bien éclabousser de sa lumière et de son écriture ciselée ce qui n’arrivait pas encore à venir jusqu’à nous, une terra incognita. Une apparition de peuples et d’États, des histoires de blackbirders, les bateaux négriers de l’Océanie, cet autre commerce triangulaire méconnu. Nouvel Obs, Caroline Bourgine, Rue 89.

JE REÇOIS FRÉDÉRIC OHLEN, poète, nouvelliste et éditeur, lauréat de plusieurs prix en Nouvelle-Calédonie, pour son premier roman formidable, picaresque, inouï dirais-je, puisqu’il nous découvre les tribulations d’un continent quasiment oublié : Quintet chez Gallimard. France Inter, Paula Jacques, Cosmopolitaines, 25.04.14, en direct du Salon du Livre de Paris.

UN ROMAN MAGNIFIQUE et qui fonde à mon sens l’identité en profondeur de la Nouvelle-Calédonie. Options, n° 595, Jean-Pierre Léonardini.

UN ROMAN À LA BELLE ÉPAISSEUR littéraire, d’identités et de langues mêlées. Un livre historique, d’aventures, d’initiation. Christian Tortel, France TV info, reportage d’E. Morel et B. Blondeel, 24.04.14.

UN COUP DE MAÎTRE ! Dominique Roederer, Paris-sur-Mer, France Ô, 10.04.14.

IL Y A UN CÔTÉ FAULKNER dans Quintet. Un livre porté par l’incandescence de la reconnaissance de l’Autre. Laure Adler, France TV, Tropismes, Épisode 24 : « Drame de l’exil », 30 min. Diffusion : 27.04.14.

UNE ÉCRITURE TRÈS FLUIDE, très belle. On a envie de continuer. Bintou Simporé, émission Cargo du jeudi 20.03.14, Outre-Mer 1re.

QUATRIÈME DE COUVERTURE

« LES BLANCS ONT LEURS PROPRES MOTS pour appeler le monde. Eux, le voient autrement. Dans leur langue, tout est taillé trop petit. Et le monde a du mal à entrer dedans. Il ne veut pas. Il se cache. Fait la sourde oreille. Ça laisse un trou, son départ. Après, l'homme blanc se venge. Sur lui, et sur tout le reste. [...] Ce que je vous propose ? Naviguer ! Dépasser les dernières écluses. Ne plus entendre dans vos cales le choc monotone des pelles, ne plus sentir ce poids qui s'accumule au fil des jours, et vous anesthésie. »

À la toute fin, enfant raflé, enlevé à son île, Fidély se confie. Des blackbirders féroces le font passer, en quelques semaines, du Dream Time à l'âge du fer, de l'oralité à l'écriture. Mais ce roman musical n'est pas une suite pour violoncelle seul. Cinq voix s'y mêlent, cinq vies reliées à la manière d'un quintet de jazz.

De Maria, l'infirmière intrépide, à Heinrich, le bâtisseur, de Monsieur Gustin, jeune instituteur, au très cavalier capitaine De Rieu, c'est toute une frange d'histoire(s) qui s'ouvre à la magie des origines, à la raison laïque, à la passion humaniste, au bonheur comme au blues. Livre d’aventures, récit où l’on sent, entre swing et silences, le battement du sang, voici l'épopée d'un continent oublié, et d'un pays : la Nouvelle-Calédonie.

EXTRAIT : Fidély enlevé par les blackbirders (pages 157-160)

JE VAIS LES TUER TOUS !

Ils m’ont attaché bien sûr. Pieds, poings liés. Aussi étroitement qu’un porc qu’on va sacrifier. Un régime de faveur pour les fortes têtes. J’essaie quand même. Je demande à l’eau de se lever. Je la supplie de briser le bateau. De nous envoyer par le fond, car tout vaut mieux que le sort qu’ils nous réservent. L’eau ne m’écoute pas. Brise favorable. Beau temps insolent. Les rêves font ce qu’ils veulent maintenant. Le monde est muet.

Plus de whale-boulouk.

La seule baleine que je connaisse désormais, c’est celle qui nous a avalés. Le navire des Blancs. Un ventre où nous sommes entassés. Faisceau de poutres arquées comme des côtes. Utérus où nous sommes suspendus. À des crochets de fer. Des menottes.

QUI POURRAIT DORMIR DANS CETTE PUANTEUR ? Dans cette étuve qui nous cuit tout le jour ? Avec toute cette masse humaine alignée, qui se tortille, s’agglutine, me rappelle sans cesse où je suis, me ramène à ma fierté blessée, à ces flaques d’urine sous nos cuisses.

Je suis quarante et je suis seul.

Un animal qui chante. Chiale. Un son bas, profond qui entre en résonance avec les crânes, cherche le point de rupture. Fait vibrer un muscle inconnu. Certains marins craquent. Ils nous menacent du fouet. Alors, ce cri, nous l’enfouissons dans notre poitrine.

D’ailleurs, pourquoi se plaindre ? Ils sont bons avec nous.

Ils veillent sur notre santé.

« PROMENADE ! » HURLE UN MATELOT.

Nous remontons l’échelle. Le soleil nous griffe. La lumière descend en nous comme un acide, ruisselle derrière nos yeux, nous assèche la gorge.

L’unique repas journalier est toujours servi à l’air libre. Ordre du capitaine. Je ne regarde pas l’horizon. Ni les nuages ni les vagues.

Rien à faire du ciel, qui a permis ceci.

Je compte chacun de mes frères.

On nous sert. Une demi-louche chacun. On me gifle pour que je mange.

Je compte. Rien à fiche des haricots.

J’avise un tatoué. Visage émacié. Tête de lièvre écorché.

« Where are the pickaninnies? »

Il me regarde étonné. En principe, les bêtes ne parlent pas.

« Overboard.

Why did you… »

Il dévoile une bouche édentée. Se détourne.

« Dead niggers and kids aren't worth a curse. »

Nous aussi, si nous faiblissons, ils nous jetteront à la mer. Alors, je me force à avaler. Même la vermine dans mon assiette. Je ne veux pas rejoindre les enfants de l’eau. Parfois, on nous remonte des seaux pour nous rafraîchir. La cargaison doit arriver intacte. Billy m’avait prévenu.

SIX JOURS…SIX JOURS QU’ON NAVIGUE.

Combien sommes-nous maintenant ? Trente-cinq ? Vingt-cinq ? Je ne sais plus. Je perds le compte. Tout me fatigue. Penser. Manger. Marcher. Me souvenir. Le plus souvent, je gis à plat, sans souffle ni rêve, insensible à la morsure des puces. Je dors de moins en moins. Je vois des choses. Des lueurs vagues. Des silhouettes. Billy ? Je sens des parfums. Des odeurs d’herbe fauchée. De pluies. De poussière. Le grondement du volcan quand toute l’île se réveille, monte à ses noces de pierre. Une chaleur m’envahit. Réchauffe mes mains. Non, ce n’est pas la terre qui tremble, ni le train de la houle ni le branle-bas des vagues. La gigue des marins qui boivent et font la bringue. Non, sous les solives de chêne, la présence enfin me répond.

Avec Cathie Manné (Book’in Distribution) sur le stand Gallimard

Quintet le best-seller calédonien 2014
Quintet le best-seller calédonien 2014
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Publié dans Ecrivain calédonien

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