À propos du livre "Le prêtre et le juge"

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

À propos du livre "Le prêtre et le juge"

Un petit aparté pour ce livre que j’ai lu minutieusement car dès sa sortie j’ai été séduit par cette idée de faire parler un prêtre kanak dans le contexte de la Nouvelle-Calédonie, pays en devenir qui doit faire face à une mutation économique exceptionnellement rapide qui modifie brutalement l’aspect de ce pays et les coutumes de ses habitants encore marqués par le combat politique et les affrontements récents. De plus, étant de la même génération que le père avec quarante-cinq ans de vie sur ce territoire, j’ai vécu les mêmes événements. Le prêtre Roch Apikaoua a décidé du choix de la prêtrise après la rencontre d’un aumônier au foyer de Nandaï où il faisait son service militaire. Trois ans plus tôt j’avais fait mes classes dans le même camp et à l’époque j’avais déjà beaucoup fréquenté l’Îles des Pins au point de faire partie d’une famille. Chez les Kaateu j’étais chez moi quasiment dans la famille de ce curé singulier. J’ai aussi, comme tous les calédoniens, même d’adoption, beaucoup souffert de la dernière révolte et beaucoup d’interrogations sans réponse sur notre avenir.

Le père Apikaoua qui dévoile ses sentiments de prêtre océanien au cours de cette série de petits entretiens mis bout à bout est un homme exceptionnel. Il devait augurer de son destin puisqu’il a commencé son sacerdoce en étant ordonné diacre à Mahamate-Balade par choix même si des signes de l’ « au-delà » avaient par ailleurs orientés sa vocation. Il a débuté son parcours vers la prêtrise à l’endroit où l’évangélisation et la colonisation de la Nouvelle-Calédonie ont commencée. Son compère d’écriture, le juge Jean-Paul Briseul, qui tient le rôle de l’intervieweur n’est pas n’importe qui lui aussi. C’est quelqu’un de remarquable avec un passé d’observateur aux nations unis entre autres. Le juge l’a aiguillé judicieusement après chaque entretien retranscrit vers un autre sujet pour aller toujours plus en profondeur, toujours plus loin vers la connaissance et la compréhension de l’environnement et des hommes de notre île.

Au fur et à mesure de la lecture du livre des conversations j’ai noté quelques réflexions ou des phrases que j’ai appréciées. Pour vous donner peut-être envie de lire Le prêtre et le juge ou simplement pour les partager avec vous en voici quelques unes :

À propos des événements de la prise d’otages d’Ouvéa et des représailles sanglantes qui en découlèrent.

Le père dit : « Des Français tués par des militaires français. Des Français certes en marge de la république mais des Français »

Ce que dit le père Apikaoua peut paraître évident mais il ne parle pas de kanak en lutte (d’ennemis) mais de Français en marge, en rébellion. C’est évidement exact, nous étions en guerre civile. Je me souviens bien que les militaires à l’époque faisaient le tampon entre blancs et noirs et que leurs armes n’étaient pas toujours braquées du même coté suivant la situation. Présenter de cette manière l’histoire donne aux justifications des actes un autre sens.

À propos du centre culturel Jean-Marie Tjibaou, il dit :

L’architecte Renzo Piano a fait neuf cases stylisées avec des peignes qui montent vers le ciel pour représenter les aires coutumières or le nombre d’aires du pays kanak est de huit. La neuvième représente les autres ethnies.

Le père est un homme de paix, d’église, un prêtre comme l’était Jean-Marie Tjibaou et beaucoup d’autres leaders kanak. Il voit les symboles et les explique tout au long du livre. C’est intéressant.

Il dit aussi : « Il n’est pas bon que le kanak soit seul » ; « L’utopie partagée est le ressort de l’histoire »

Il donne son opinion sur l’apport des autres et il parle sans concession du fléau du cannabis dans les tribus et chez les jeunes ; Il évite de dire tribu à connotation coloniale et préfère parler de village.

Il aborde des faits divers récents comme la construction d’une tribu dans la ville. Neuf cases érigées à côté du Mwa Ka. Neuf cases dont une pour l’aire coutumière qui n’existe pas, celle des autres ethnies. Une preuve de la volonté d’acceptation des autres ethnies. Il déplore le dénouement de cette affaire avec la destruction au bulldozer de ces cases et les maladresses commises par les responsables politiques et coutumiers. Une case est hautement symbolique dans le monde kanak et le père en parle bien. Détruire les cases au Bull laissera des traces.

Quand il parle de peuple puisque la question lui a été posée, il l’associe au temps. « La notion de peuple doit intégrer la notion de temps ». « Un peuple se construit sur du temps ». Il choisit en exemple le peuple hébreu issu des quarante années de vie en commun dans le désert. J’ai trouvé très pertinent cette notion de temps. Cette philosophie kanak qui transpire dans tous ses propos apporte beaucoup. Il parle bien du végétal, de la communion de l’homme et de la nature, de l’oralité, des difficultés de transcrire la pensée kanak « L’écrit crucifie la parole », c’est profond. Il cite Saint-Exupéry « L’essentiel est invisible aux yeux », c’est beau. Pour moi cet ouvrage est un livre de philosophie.

Le père Roch Apikaoua termine le livre par cette phrase « Vivre en Nouvelle-Calédonie est une bénédiction ».

Ce livre édité aux éditions du corridor bleu est disponible en librairie à Nouméa

À propos du livre "Le prêtre et le juge"

Publié dans Ecrivain calédonien

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Jean Jacques 22/01/2015 10:26

Vos commentaires invitent véritablement à la lecture de ce livre. Je meurs d'envie de le parcourir. Dommage qu'il n'est pas disponible en métropole.

Merci encore

ecrivainducaillou.over-blog.com 23/01/2015 01:03

je pense qu'il doit être possible de le commander. Essayer de contacter une distributrice de Nouméa Cathie Manné. Cordialement JP

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