Hamid Mokaddem à Bernheim pour nous éclairer sur le référendum d’autodétermination

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Hamid Mokaddem

Hamid Mokaddem

Avant 2018 et le référendum d’autodétermination, toutes les notions utiles à la compréhension de la consultation doivent être posées sur la table. Dont le concept de souveraineté. L’anthropologue Hamid Mokaddem a analysé ce thème, devant un public attentif à la bibliothèque Bernheim ce jeudi 23 Juillet 2015.

Le docteur Mokaddem avait revêtu son pull rouge d’anthropologue et d’ethnologue pour cette conférence devant un public attentif. Hamid Mokaddem est aussi philosophe mais c’est le point de vue de l’anthropologue qu’il a donné au le public pour l’éclairer sur la notion de souveraineté partagée et normée. Il aurait pu intituler son exposé « La souveraineté dans tous ses états » tellement il a bien disséqué cette notion. Sa conférence, très structurée et préparée comme il en a l’habitude en bon pédagogue, était découpée en chapitre très clair sur le constat de la situation avec l’accord de Nouméa, un dispositif unique dans les outremers, observé par les autres ultra-marins de la république française. Puis, il est rentré dans le vif du sujet avec une analyse (anthropologique) sur l’accord de Nouméa, en décortiquant longuement le terme souveraineté. Il est vrai que souveraineté normée méritait des précisions. Souveraineté n’égale pas indépendance, le docteur Hamid a dénoncé ou salué la performance des technocrates qui ont rédigé l’accord sans jamais écrire ce mot. Indépendance, un mot tabou dans l’accord. On parle de pleine souveraineté, un paradoxe ou un pléonasme puisque une souveraineté est par essence pleine. Il y a souveraineté ou pas. Partagé avec qui ? A-t-il aussi évoqué. Pour cela, il a salué le travail des historiens sur les communautés présentes en Calédonie du fait du bagne par exemple. Nous ne sommes plus au pays du non-dit, un terme qui a été transgressé mais au pays où l’on dit maintenant. Et, Hamid Mokaddem dit. Il a retracé le parcours de Jean-Marie Tjibaou pour expliquer la trajectoire vers la souveraineté en expliquant ce que Jean-Marie Tjibaou entendait par la reformulation permanente. En appuyant sur les dérapages verbaux de Charles Pasqua ou en qualifiant la mort d’Eloi Machoro et celle de Marcel Nonnaro d’exécution par le GIGN, il n’a pas caché ses convictions en faveur du peuple premier mais cette conférence était très intéressante et beaucoup plus riche que ce résumé. Elle a duré 1h30mn. Ci-dessous la présentation de cette conférence extraite du  site de la bibliothèque Bernheim. JP

 

UNE SOUVERAINETE PARTAGÉE ET NORMÉE PAR LE DISPOSITIF POLITIQUE DE L'ACCORD DE NOUMÉA ?

Par Hamid Mokaddem, agrégé en philosophie et anthropologue

"Parmi tous les outre-mer de la République française, seule la Nouvelle-Calédonie, met en œuvre un concept de souveraineté articulé avec le modèle républicain. La France a du modifier sa constitution pour mettre en place une citoyenneté « calédonienne » distincte de la citoyenneté-nationalité française. La France s'investit (moyens, institutions et argent public) en Nouvelle-Calédonie du fait que l'ensemble des outre-mer (disséminés et éparpillés en Afrique, Antilles, et Amérique), par la mondialisation des échanges et par la globalisation des systèmes de pensée, observe avec attention l'expérimentation politique mise en place en Nouvelle-Calédonie. La souveraineté est en passe de devenir le concept central du dispositif politique de l'accord de Nouméa. La question du référendum porte sur le transfert de la souveraineté nationale de la France à la Nouvelle-Calédonie. La recherche scientifique doit expliquer de manière objective l'articulation entre conception kanak de la souveraineté et souveraineté nationale, toutes deux normées par le dispositif de l'accord de Nouméa. Nous nous trouvons dans une situation de double contrainte (le double bind de Gregory Bateson).

Je propose d'apporter quelques éclairages notamment sur la pratique kanak de la souveraineté personnifiée par le travail politique de Jean-Marie Tjibaou repris par la classe politique actuelle y compris par le discours des experts et haut-fonctionnaires missionnés par l'État."

Hamid Mokaddem a déclaré dans une interview aux Nouvelles Calédoniennes la veille à propos de cette conférence : « Je suis d’accord avec certains qui disent qu’il faut éclairer les conditions dans lesquelles doit se tenir le référendum ».

 

Biographie d’Hamid Mokaddem

Professeur agrégé de philosophie, docteur en anthropologie sociale et ethnologie, Hamid Mokaddem enseigne à l'Institut de Formation des Maîtres de la Nouvelle- Calédonie (IFMNC).

Il est chercheur associé au laboratoire du Centre des nouvelles études du Pacifique à l'Université de la Nouvelle-Calédonie et l'auteur d'ouvrages et d'articles scientifiques sur l'Océanie. Il est par ailleurs le fondateur d'une structure d'édition, Expressions, qui a pour vocation de publier des enquêtes et des essais.

 

Bibliographie sélective

Apollinaire Anova (1929-1966). Une conception kanak du monde et de l'histoire, Transit-Expressions, 2014.

Papiers... Svp, Transit-Expressions, 2014.

Pratiques et théorie kanak de la souveraineté, Expressions, 2009.

Autour d'une question, La littérature francophone d'Océanie est-elle française ? La courte échelle/éditions transit, 2008.

Œuvres et Trajectoires d'écrivains de la Nouvelle-Calédonie, Expressions, 2007.

Kanaky et/ou Nouvelle-Calédonie ? La courte échelle/éditions transit, 2005, réédition, 2013.

 

Conflits et négociations en Océanie. Analyse d’un cas singulier : l’accord de Nouméa de 1998 par Hamid Mokaddem

Résumé d’un article de 2013 de la revue N° 20/2 de Négociations (Revue bénéficiant de la reconnaissance scientifique du CNRS)

 En Nouvelle-Calédonie, en mai 1998, la France a effectué un geste fort au point de vue de son passé colonial : la reconnaissance du « fait colonial » et la nécessité d’une décolonisation. La France reconnaît ainsi la souveraineté du peuple kanak, à partager cependant avec les communautés calédoniennes. La France est prête à transférer sa souveraineté à la Nouvelle-Calédonie. Les conflits autour de l’indépendance semblent résolus par ce pacte politique signé à Nouméa, chef-lieu de la Nouvelle-Calédonie, entre l’État français, le FLNKS (Front de libération nationale kanak socialiste) et le RPCR (Rassemblement pour la Nouvelle-Calédonie dans la République française).

Portrait d’Hamid Mokaddem par Alan Nogues. Il nous parle d’Apolinaire Anova, de Jean-Marie Tjibaou et de son travail d’anthropologue.

Publié dans Nouvelle-Calédonie

Commenter cet article