LA COLLECTE DU PATRIMOINE KANAK Quinze ans de travail de collecte du patrimoine oral kanak

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

LA COLLECTE DU PATRIMOINE KANAK Quinze ans de travail de collecte du patrimoine oral kanak

Conférence d'Emmanuel Tjibaou, Département Recherche et Patrimoine, ADCK-Centre culturel Tjibaou

La question des identités au cœur du destin commun apparaît aujourd'hui comme le fondement d'un socle nouveau pour les populations de Nouvelle-Calédonie. L'identité kanak particulièrement mise à mal par le discours colonial a fait l'objet d'études particulières dans le domaine des sciences sociales depuis le début de la colonisation pour mieux connaître la population autochtone. Après 15 ans d'enquêtes culturelles, le Département Recherche et Patrimoine de l'ADCK-CCT pose les bilans et les perspectives d'un rapport nouveau à la recherche par les Kanak. Quelles sont les orientations définies par les conseils coutumiers sur la collecte du patrimoine oral kanak et pour quelles finalités ? Quels sont les premiers effets de ces collectes pour la société kanak ? (présentation de la conférence sur le site ADCK)

Dans la société kanak, l’oralité joue un rôle central. La tradition orale est l’expression organisée et collective par laquelle la société se pense et se dit. En l’absence de l’écrit qui fige le sens de la communication, l’oralité est régie par des codes bien précis. Les savoir oraux est un fait collectif et non individuel, dans ce contexte la connaisance n’entraine pas pour un individu le droit à l’énonciation et à la transmition. On peut connaître l’histoire, sans avoir l’autorisation de le dire. Il existe une forme d’autorégulation commune de la parole… (Extrait d’un texte, Emmanuel Kasarhérou, ancien directeur de l’ADCK-centre culturel Tjibaou)

Ci-dessous extrait de l’article LNC sur la conférence :

« Quelque chose qui concerne tous les gens de ce pays »

Linguiste diplômé du prestigieux Inalco (Paris), Emmanuel Tjibaou a d’abord dirigé le département recherche et patrimoine du centre culturel, avant d’en devenir directeur, en 2011. Photo Jacquotte Samperez

Propos recueillis par Julia Trinson / julia.trinson@lnc.nc  le 25.08.2016

Les Nouvelles calédoniennes : Comment choisissez-vous les thèmes qui font l’objet d’une collecte ?

Les orientations générales sont définies par les conseils coutumiers, par la situation socioéconomique de l’aire, et par les demandes des provinces qui veulent des éléments de réflexion sur les aménagements, comme l’inventaire des sites sacrés ou la toponymie.

Par exemple, dans le Sud, sur l’aire Drubea-Kapumè, c’était plus la langue qui importait. Notre première enquête a permis de faire un recueil lexical de 1 500 mots en Numèè et Kwényï. Dans le Nord, on a travaillé sur le recueil de discours généalogiques, sur les danses et chants traditionnels. Là-bas, il y a moins de problèmes de langue, mais pour les rituels et les discours, il y a une norme à conserver, un niveau de langue à préserver.

Le sous-titre de votre conférence est « identités en transformation ». De quoi s’agit-il ?

Le parti pris de l’équipe, c’est qu’on fait une photo à un instant T et qu’elle n’est valable qu’à cet instant T. On se situe en dehors du champ de l’ethnologie traditionnelle, où on décrit une société, des règles censées être immuables depuis des siècles. Nous, on prend cette photo, en indiquant tous les paramètres : les gens qui sont là, l’année, le nom du clan, de la personne qui parle, la période… Tout ce qui impacte le processus discursif, c’est ce qu’on essaie de rendre palpable.

Parler d’identités en transformation, c’est rendre compte de cette volonté qu’on a, et de l’impact du fait de collecter et d’instituer une forme de gradation dans les performances : ça a une influence sur la dynamique sociale.

Par exemple ?

Dans l’aire Ajië-Arhö, il existe des discours qui reprennent la même technique d’apprentissage, le même processus discursif que la généalogie, mais pour des tas de vivres (légumes…) C’est un type de discours un peu en perte de vitesse. Avoir fait des enquêtes, sensibilisé la population à la préservation, ça a touché l’orgueil de la population et l’a poussée à remettre au goût du jour ces pratiques. Parce que ça fait sens, c’est une manière de promouvoir le rapport à la terre, le bien manger, le rapport symbolique à la plante.

Notre objectif, ce n’est pas juste de reproduire des modèles mais d’être capable de les transformer et surtout de responsabiliser les gens face à leur patrimoine.

Quel sera le fil rouge de votre conférence ?

Passer de la reconnaissance à la connaissance. Le postulat de départ était la perte de repères. Maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? Les programmes de recherche répondent en partie à cette question mais, pour nous, l’essai n’est pas transformé parce que ce n’est pas quelque chose qui ne concerne que les Kanak, cela concerne tous les gens de ce pays. Les plantes, l’environnement, la culture… Ça ne concerne pas que les autochtones.

Il faut aussi faire attention au fétichisme patrimonial : normaliser une dynamique, c’est antinomique, même l’oubli fait partie des dynamiques sociales. Or, en faire une référence absolue, c’est une manière de dire « surtout n’y touchez pas ». Il ne faut pas se voiler la face, projeter une société kanak idyllique. On n’est plus à l’époque de Leenhardt !

Quelles sont les perspectives de la collecte du patrimoine ?

Il y a un travail de collecte avec les autres communautés sur l’histoire de notre pays, comme ça a été le cas pour l’Historial de la Seconde Guerre mondiale, ou l’exposition Tavaka sur l’immigration de Wallis et Futuna. Il faut aussi mettre en avant l’histoire contemporaine. Pendant longtemps, ça a été l’histoire de la confrontation entre Kanak et Blancs. Mais quand on pose la question aux vieux, jamais ils ne te parlent de colonisation : c’est un continuum de la nuit des temps à maintenant. Quand on pose la question aux Calédoniens, ils disent « avant les Événements, tout le monde s’entendait bien ». L’héritage de la colonisation n’est pas encore assumé. Il faut aussi parler de l’histoire des Evénements. Il y a beaucoup de souffrance dans l’histoire des communautés ici.

La collecte du patrimoine kanak : identités en transformation, ce soir à 18 h 15 en salle Sisia, centre Tjibaou. Gratuit.

Les collecteurs de l’ADCK sont au nombre de cinq, un pour chaque aire de la Grande Terre. « Les Îles n’ont pas souhaité intégrer ce processus, on conventionne avec eux de manière ponctuelle, sur la toponymie ou les traditions culinaires par exemple », précise Emmanuel... Suite LNC

Kanak, L'Art est une parole - Bande-annonce de l'exposition du quai Branly à Paris qui a été présenté au Centre Culturel Tjibaou à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, du 15 mars au 15 juin 2014

Ajoutée le 28 oct. 2013 Exposition "Kanak, L'Art est une parole" au musée du quai Branly, du mardi 15 octobre 2013 au dimanche 26 janvier 2014.

Publié dans Culture Kanak

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