Les pépites de l’Obs (2)

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

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Exemple :

Le Fabuleux et triste destin d’Ivan et Ivana, par Maryse Condé

JC Lattès, 250 p., 19 euros.

L’écriture, Maryse Condé y est venue tard, à 42 ans, après douze années de galères en Afrique. Elle ne s’est jamais arrêtée. Son œuvre, que l’on étudie beaucoup aux Etats-Unis, ne se limite pas au grand succès remporté en 1984 par «Ségou », puissante saga historique sur le naufrage de l’empire bambara aux XVIIIe et XIXe siècles (« Ségou » vient d'entrer dans la collection « Classics » de Penguin). Elle compte une vingtaine de titres qui vont d'« Heremakhonon » à « la Vie sans fards », remarquable autobiographie qui court sur la première moitié de son existence, en passant par « les Derniers rois mages », « la Belle créole » ou « Histoire de la femme cannibale ».

Elle n’est jamais arrêtée d’écrire, mais à 80 ans, affaiblie par la maladie, la romancière de « la Vie scélérate » dit tirer sa révérence avec « le Fabuleux et triste destin d’Ivan et Ivana », qu'elle a dicté à son mari faute de pouvoir désormais utiliser elle-même un ordinateur. Ce sont les tribulations de deux jumeaux qui, après neuf mois fusionnels, restent fous amoureux alors que toutes les lois humaines condamnent leur passion. Ce couple maudit n’est pourtant pas née, prévient-elle, d’une méditation sur l’inceste, mais d'un événement passé inaperçu quand il y a eu l'attentat contre “Charlie Hebdo” : « Une policière municipale d'origine martiniquaise a été abattue par un terroriste. Ce terroriste était noir et venait du Mali. Il ne la connaissait pas mais s’en foutait, il l’a tuée. Pour moi, c’était un effondrement, un bouleversement terrible. C’était la fin de la négritude. La fin de la croyance selon laquelle les noirs sont des frères. »

A l'arrivée sa fable créole est un roman dont le réalisme magique, à la fois tragique et plein de fantaisie, navigue de la Guadeloupe à la banlieue parisienne en passant par les coulisses maliennes du djihadisme. C'est parfois drôle, souvent intelligent, toujours sensible. C'est même une manière assez gonflée de réfléchir aux liens entre la colonisation, ce fléau d'hier, et le terrorisme islamiste, cette plaie contemporaine. La preuve, en tout cas, que Maryse Condé reste une grande conteuse.

Grégoire Leménag

Publié dans Divers

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