Paul Tavo invité du prochain SILO 2017

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Paul Tavo invité du prochain SILO 2017
Paul Tavo invité du prochain SILO 2017

Le SILO édition 2017 se tiendra à Poindimié

du 28 septembre au 1 octobre

Photo en une  Moetai Brotherson et Paul Tavo en 2015 source Lire en Polynésie

Né à Mallicolo en 1983, d’un père originaire de Lamap et d’une mère de Paama, Paul Tavo grandit dans la baie de Port-Sandwich jusqu’à son départ pour la capitale en 1996 où il entreprendra ses études.

Cinquième d’une famille de huit enfants, Paul a fait ses études au collège de Montmartre (pas celui de Paris mais Port-Vila) avant de passer son Diplôme d’Accès aux Etudes Universitaires (DAEU) au lycée Antoine de Bougainville en 2003. Il obtient une licence de Lettres modernes à l'Université de Nouvelle-Calédonie en 2006. Il est également titulaire d'un Master de Littérature comparé obtenu à l'Université d'Aix-en-Provence en 2013. Passionnée depuis son adolescence par la littérature française et progressivement par la poésie, il est influencé par diverses lectures : Hugo, Balzac, Rousseau, Rimbaud, Verlaine, et surtout Shakespeare et Baudelaire.

Dès son entrée à l’université, Paul commence à rédiger ses premiers poèmes. C’est durant un échange universitaire de six mois à l’Université d’Adélaïde en Australie que l’écriture devient une véritable passion, une évidence pour décrire et cristalliser des émotions contradictoires. En juin 2011, il participe à l'opération culturelle et scientifique Incantation au Feu des Origines et devient le premier artiste au monde à créer et déclamer un poème au bord du cratère d'un volcan en activité, le Yasur.  "L’âme du kava", ouvrage paru en août 2011 aux Editions Alliance française du Vanuatu, compile différents poèmes écrits à des époques différentes entre 2006 et 2010. En 2015, l'Alliance française publie le premier roman de Paul Tavo: "Quand le cannibale ricane". Avec ce premier roman, Paul Tavo puise dans ses expériences personnelles pour nous faire vivre, au fil de poèmes, dialogues intérieurs et narration, les errances nocturnes et la quête identitaire de son personnage, William. Ce jeune homme devient le porte-parole de la colère, l’indignation et le bouillonnement intellectuel de l’auteur, jusqu’à risquer de s’y faire engloutir complètement."

Paul Tavo est doctorant et moniteur à l'Université de Nouvelle-Calédonie. C'est un invité régulier du SILO, c’est mon coup de cœur. Je l’ai souvent croisé. Quand il me sourit, je ne peux pas m'empêcher de penser à son titre « Quand le cannibale ricane".

Dans Mosaïque des océans, la publication du Département d’Études Françaises et Francophones de Károly Sándor Pallai, Paul Tavo s'est longuement confié en voici quelques extraits. (Quelques morceaux choisis arbitrairement pour rédiger cet article qui donnent une idée du personnage Tavo). JP

Paul Tavo Vanuatu En 2011, vous avez participé au projet culturel et scientifique « Incantation au Feu des Origines ». Vous étiez « le premier artiste au monde à créer et déclamer un poème au bord du cratère d’un volcan en activité » Quel est votre rapport à votre terre natale ?

Ma relation avec ma terre natale en particulier, à la terre en général m’est essentielle, parce que salutaire. J’aime toucher la terre quand il fait beau, ou quand il pleut pour jardiner par exemple. J’aime marcher pieds nus sur la terre battue des sentiers ou dans la boue des mêmes sentiers quand il pleut, état de fait considéré aujourd’hui par le mondialisme comme une forme d’arriération, de sauvagerie etc. Laissons les flics de la pensée continuer d’un côté leur vacuité discursive, de l’autre leur fonction de protecteurs et défenseurs du capital spectaculaire et du fétichisme de la marchandise. Être connecté à la terre est essentiel pour moi car cela me permet d’apprendre à la respecter car c’est elle qui nous apporte tout. Sans elle, l’homme est perdu. Le premier moyen d’être en contact direct avec la terre, c’est de marcher pieds nus. La sensation est agréable. Il y a une fraîcheur qui monte de la plante des pieds vers tout le corps. Ce contact primordial, fondamental, salutaire est mis en péril aujourd’hui par le progrès, entendu dans son acception la plus communément admise, comme la course effrénée vers beaucoup plus de confort et beaucoup plus de possessions matérielles. Cette idée-là du progrès, je la trouve complètement fausse et erronée car elle rompt les liens qui unissent l’homme à la terre. Plus on va vers beaucoup plus de confort et de possessions matérielles (pas nécessaire d’ailleurs), plus l’homme apprend à avoir peur de la terre. L’homme, quand il commence à avoir peur de la terre, il devient petit à petit névrosé. La névrose (maladie de la modernité par excellence) est devenue possible par le divorce effectué par les citadins et leurs terres. Tous les maux qui sévissent dans les grandes villes d’Europe et d’ailleurs deviennent possibles seulement, je crois, parce que l’homme a perdu le contact salutaire qu’il avait avant avec sa terre, avec la terre. Mon rapport à la terre est de cet ordre-là…

… Joël Bonnemaison (chercheur français travaillant essentiellement sur l’île de Tanna au Sud de l’archipel du Vanuatu) disait dans son ouvrage L’arbre et la pirogue : « L’arbre est la métaphore de l’homme (…). Tout homme est tiraillé entre deux besoins, le besoin de la Pirogue, c’est-à-dire, du voyage, de l’arrachement à soi-même, et le besoin de l’Arbre, c’est-à-dire, de l’enracinement, de l’identité, et les hommes errent constamment entre ces deux besoins en cédant tantôt à l’un, tant à l’autre ; jusqu’au jour où ils comprennent que c’est avec l’Arbre qu’on fait une Pirogue ». L’Océanien est un arbre enraciné dans sa terre... De nos jours avec la vente des terres pas les propriétaires terriens océaniens, il est plus que jamais temps de rappeler aux gens l’importance de la terre pour prévenir les névroses qui viendront avec le « développement ».

Vous dites que l’écriture est « une véritable passion, une évidence pour décrire et cristalliser des émotions contradictoires ». Pourquoi écrivez-vous ? Quel est votre art poétique ?

J’écris parce que c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour pouvoir m’exprimer à l’école. J’ai essayé le foot, la chanson, la danse, mais je me révèle à chaque fois nul dans ces différentes formes d’expression. Les jeunes au Vanuatu préfèrent de loin ces 3 formes/moyens d’expression à une autre qui est incessamment mis en avant mais dont personne n’en veut, je veux dire : la lecture et l’écriture. Je les ai choisies parce que tout le monde n’en veut pas. Je n’aimais pas lire comme tout le monde mais je m’étais efforcé à le faire. J’ai commencé par les romans illustrés de la Collection Verte. Au bout d’une dizaine de romans d’aventure illustrés dans cette collection, je commençais à m’attaquer aux livres qui n’avaient pas d’illustrations. C’était comme ça que petit à petit j’ai pu arriver à voir qu’à travers la lecture je peux enrichir mon vocabulaire et pouvoir m’exprimer. Mes premiers gribouillis au collège étaient venus comme ça…

… Maintenant, j’ai 31 ans. Avec toutes les lectures effectuées et les différentes expériences vécues, l’écriture de la révolte l’emporte sur l’écriture poétique/descriptive émotionnelle centrée principalement sur les émotions et les sentiments d’un « Je » troublé. Je ne dis pas que cette littérature n’est pas importante. Elle n’est pas importante pour le moment. Quand on est en situation d’infériorité, la première des choses à faire, c’est de se révolter contre les injustices créées par l’homme et le système en place. Tant qu’il y aura une minorité qui continuera à s’enrichir grassement sur le dos de la majorité, du peuple, il faut lutter pour plus de justice. Ce que l’homme peut changer, il se doit de le faire. L’injustice sociale, le chômage et la pauvreté ne sont pas des fatalités. Nous pouvons les éradiquer si nous travaillons tous main dans la main contre le capitalisme, le marché et le fétichisme du spectacle marchand. Dans mon premier roman, qui va sortir en avril (2015), je dis à la suite de beaucoup d’écrivains que l’écriture doit éveiller les consciences sur ce qui se passe actuellement. Il ne s’agit pas pour moi de faire rêver (il y a suffisamment de panneaux publicitaires pour ça), il s’agit d’éveiller, de réveiller les dormeurs, les rêveurs et les manipulés. Le temps n’est plus aux rêveries romantiques, il est temps, pour nous tous, Océaniens, de faire autre chose, de travailler autrement, au lieu de nous épuiser vainement à imiter l’Amérique, l’Europe et leurs modèles. Ce mondialisme et ses puissances étatiques qui sont meurtrières pour les autres peuples et suicidaires pour les Européens. On a autre chose à faire qu’à s’épuiser à perdre du temps précieux à les regarder à longueur de journée à travers le petit écran et les spots publicitaires. On a des choses beaucoup plus intéressantes à faire que de s’acharner à les imiter, à les mimer et à vouloir leur ressembler. J’appelle cette écriture de la révolte, une écriture-morsure. Une écriture qui mord, pique, égratigne la conscience et le réveille de son endormissement…

Comment voyez-vous l’état actuel et le futur de la littérature vanuataise ?

Je suis confiant en ce qui concerne la littérature. Elle ne peut que grandir. Je souhaite et je suis sûr qu’elle va grandir comme une graine qu’on a semée et qui finit par pousser pour donner une belle fleur. En y réfléchissant, elle ne peut que grandir car actuellement elle est encore dans un état embryonnaire contrairement à la littérature néo-calédonienne, tahitienne, samoane, hawaïenne, néo-zélandaise etc. Mais elle a le temps de grandir et elle grandira… Quels sont les enjeux et les défis les plus importants dans votre parcours d’écrivain du point de vue identitaire ? Le plus difficile pour moi au début quand je commençais à écrire, c’était de trouver un coin tranquille dans la maison pour écrire. Je vivais à l’époque avec ma grande sœur, elle a six enfants et je vous assure que ce n’était pas du tout évident de lire et d’écrire. Maintenant, ça va beaucoup mieux avec ma situation de professeur au Lycée Louis-Antoine de Bougainville. D’un point de vue identitaire, le défi le plus important pour moi, c’est tout simplement le fait d’écrire en français. J’aime cette langue, mais en même temps c’est la langue de l’ancien colonisateur. Mon plus grand défi c’est ça, tenter de trouver un remède à ce complexe linguistique doublée d’un complexe d’infériorité par rapport aux catégorisations instituées à l’époque de la colonisation et qu’on a fini par intérioriser à l’école. Heureusement, mon mariage avec Leslie Vandeputte (anthropologue française travaillant sur le bislama) m’a fait dépasser ce complexe. À part cela, la langue française, elle m’est chère car c’est à travers elle principalement que j’ai découvert le monde et la complexité de l’homme…

Comment voyez-vous les enjeux contemporains les plus importants de la société vanuataise ?

Pour résister au mondialisme et à la démocratie du marché, nous devons apprendre à nos jeunes à aimer la terre, à faire de l’agriculture. Le Vanuatu doit se tourner vers l’agriculture aujourd’hui car elle constitue l’économie du pays. Le système éducatif et ceux qui y travaillent doivent cesser de vendre à nos jeunes des rêves inatteignables. Il faut leur dire qu’ils peuvent également réaliser leurs rêves au pays. Les jeunes qui ont toujours vécu à Port-Vila doivent retourner dans leurs îles respectives pour apprendre les gestes traditionnels et ancestraux qui représentent les moyens les plus sûrs pour garantir un développement durable et résister au mondialisme et à la démocratie de marché. Nous devons réapprendre à reconstruire des pirogues et à cultiver la terre au Vanuatu et dans l’Océanie en général, c’est la garantie de la réappropriation de nos souverainetés respectives et l’assurance de notre Nous devons réapprendre à reconstruire des pirogues et à cultiver la terre au Vanuatu et dans l’Océanie en général, c’est la garantie de la réappropriation de nos souverainetés respectives et l’assurance de notre victoire sur le conformisme qu’on nous vend constamment aujourd’hui.

Paul au Silo et invité à Des livres et nous à la MLNC photo JP
Paul au Silo et invité à Des livres et nous à la MLNC photo JP

Paul au Silo et invité à Des livres et nous à la MLNC photo JP

Publié dans Ecrivain du Pacifique

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