Guerre d'Indochine : La marche de la colonne Alessandri et l’épopée du 5e R.E.I.

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Photo du site légion étrangère http://www.legionetrangere.fr/index.php/79-infos-fsale/418-histoire-9-mars-1945-le-coup-de-force-japonais-et-la-marche-de-la-colonne-alessandri

Photo du site légion étrangère http://www.legionetrangere.fr/index.php/79-infos-fsale/418-histoire-9-mars-1945-le-coup-de-force-japonais-et-la-marche-de-la-colonne-alessandri

9 mars 1945 : la sanglante surprise du coup de force des Japonais.

En Indochine, la résistance s’organise. Des plans de défense pour contrer une agression japonaise s’élaborent. Au 5e R.E.I., les esprits sont tout acquis à la reprise de la lutte contre les Japonais. La participation à la résistance y est active.

Les zones de combat se rapprochent de la péninsule indochinoise. Les Philippines sont presque entièrement libérées. Le 17 février, les Américains ont sauté sur Corregidor et le 19 février ils ont débarqué sur Iwo Jima.

Dans l’Indochine française, havre de paix à peu près préservé, Les Japonais n’ignorent pas qu’une résistance de plus en plus active, soutenue par les Anglais, œuvre derrière leur dos.

Les Japonais ne vont pas accepter de laisser la résistance poursuivre son action ; ils ne tolèrent plus l’existence d’une armée française susceptible de se joindre aux Alliés.

Considérablement renforcés, les Japonais, qui ont pris de fait le contrôle de l’Indochine française, disposent de moyens militaires importants avec des moyens de liaison et des armements modernes, et la police secrète, la Kempetaï, fait régner la terreur. En 24 heures, ils vont se rendre maîtres de toutes les garnisons.

Après un ultimatum inacceptable de l’ambassadeur japonais Matsumoto à l’amiral Decoux, Haut-commissaire en Indochine, à partir de 20 heures, les troupes du Mikado attaquent sans préavis les garnisons françaises en Indochine ; les troupes japonaises se ruent à l’assaut de la citadelle d’Hanoï…

Du 10 mars au 2 mai 1945, la marche de la colonne Alessandri et l’épopée du 5e R.E.I.

Le 10 mars, le général Alessandri décide de conduire son groupement en Chine pour se placer sous la protection des Nationalistes et reprendre l’offensive avec eux.

Mais, à Hung Hoa, le bac est inutilisable. A Trung Ha, la Rivière Noire, qui vient d’effectuer un large coude l’orientant vers le nord, et le Fleuve Rouge, offre un premier obstacle. Trois cents mètres de large. Un courant rapide. Uniquement deux bacs et cinq sampans. Impossible de faire traverser les véhicules et les armes lourdes, qui doivent être précipités dans les flots de la rivière. Le général sacrifie son matériel lourd et son train de combat. Il démobilise les tirailleurs tonkinois et, à la tête d’une colonne de 1 500 Européens, essentiellement des légionnaires, qui ne disposent plus que leur armement léger, par Phong Tho, il essaie de gagner la frontière…

Du 2 mai 1945 au 8 février 1946 : la colonne Alessandri est maintenue en Chine.

Le regroupement des forces françaises est entravé par des difficultés de toutes sortes, dues essentiellement aux Chinois de la 95e division qui essayent en vain de désarmer les Français. Les palabres, à la chinoise, sont longs…

A Sze Mao Ting, les blessés et les malades sont évacués sur Calcutta. Devant les vides, les trois bataillons sont regroupés en un seul sous les ordres du capitaine Gaucher. Tous ces hommes encore valides n’aspirent qu’à rejoindre le combat mais, pour de nombreuses raisons politiques, ils sont contraints d’attendre. Sur place, ils bénéficient de la bienveillance du général Pechkoff, ancien officier de Légion, représentant la France à Tchong King.

Fin mai, Les Français, par détachements de 200, font mouvement sur Taso-Pa, à 150 kilomètres au nord-ouest de Laokay, cité frontière sur la voie ferrée débouchant du Tonkin. La saison des pluies arrive. Le cantonnement manque de tout. Ici encore, il faut tenir. Peu à peu, des isolés, individuellement ou par petits groupes, rejoignent. Quelques-uns sont des miraculés.

Le caporal-chef Swoboda, blessé, fait prisonnier, a survécu aux six coups de pistolet donnés par ses gardiens pour l’achever. Des Laotiens l’ont recueilli, soigné, hébergé et acheminé en Chine.

8 février 1946 : le bataillon de marche du 5e R.E.I. entame son mouvement sur le Tonkin.

Cette retraite en combattant entre dans la légende comme une Marche à la Mort.

Eu égard aux tués, aux disparus, aux prisonniers d’Hanoï, Langson, Ha-Giang, Vinh, Vietri, Cottich, Tien Kien, le 9 mars, ils ne furent que 850 légionnaires, sans compter les Indochinois, à s’intégrer à la colonne Alessandri. De ceux-là, 63 ont été tués, 109 portés disparus durant la retraite vers la Chine. Avec les blessés évacués sur Calcutta, les isolés ayant pu rejoindre, le bataillon de marche n’aligne que 655 Européens plus 328 Indochinois. Le 5e R.E.I., stationné en Indochine, s’est opposé à l’invasion japonaise et a été presque totalement anéanti. Il paie le prix fort de cette agression. Du 5e R.E.I. du 9 mars 1945, ne demeure que le tiers. La Légion, là encore, a payé le prix fort, en cette ultime phase de la Seconde Guerre Mondiale.

Court extrait d’un article de Jean BALAZUC - P.P.P HISTOIRE : 9 mars 1945, le coup de force japonais et la marche de la colonne Alessandri suivre le lien pour lire le récit complet.

De la colonne d'Alessandri à la Nouvelle-Calédonie

Un article de LNC | Crée le 10.07.2007 à 21h00 | Mis à jour le 23.07.2016 à 18h05

Etienne Amtal et Jules Lautard vivent en Calédonie depuis une trentaine d'années. Tous deux sont membres fondateurs et piliers d'une amicale, celle des anciens de la Légion étrangère. Mais avant de se connaître, ils ont partagé un fait d'armes d'un autre temps. C'était en 1945 et la Seconde Guerre mondiale agitait aussi l'Indochine française. Etienne, né dans l'empire austro-hongrois à l'endroit où se trouve l'actuelle Slovaquie, stationnait là en tant que légionnaire. Jules, Eurasien, était lui aussi entré dans la Légion, malgré son jeune âge, pour échapper à l'armée impériale japonaise. Or, en mars 1945, c'est le « coup de force » : cette même armée attaque les garnisons françaises d'Indochine. La « colonne d'Alessandri », du nom de l'officier de commandement, fait retraite vers la Chine. Peu arriveront au bout de ces milliers de kilomètres de marche forcée. « Sur un régiment de 1 000 hommes, se rappelle par exemple Etienne, on est arrivés à 200. » Lui-même a vécu cet épisode avec une balle dans la poitrine. Il a reçu la Croix de guerre avec palme et la Médaille militaire. Jules, décoré de la Médaille militaire, faisait aussi partie de la fameuse colonne. Les deux hommes en sont revenus : samedi, l'amicale célébrait à Plum les 90 ans d'Etienne et les 80 ans de Jules.

Ces deux grands anciens sont décédés :

Le décès de   Mr LAUTARD Jules date du 11/03/2017 à 89 ans et le décès de l'ancien légionnaire Etienne ANTAL est survenu à Nouméa le 6 mars 2014.

Photo suivante vient d’une Illustration du Livre "Les Parias de la Gloire" de René Charbonneau et José Maigre, (Edition France Empire 1980) relatant l'odyssée de la colonne Alessandri.

Pourquoi cet article sur la colonne d’Alessandri ? : Parce que dans mon roman « Les Moustaches de Tigre » cet épisode tragique est évoqué. Mon aventure se déroule après l’attaque du 9 mars 1945 jusqu’au début de la guerre fin 1946, lorsque Hô Chi Minh déclara que désormais, ce sera la bataille du tigre contre l’éléphant. JP

Extrait d’un passage de mon roman qui évoque cette colonne : P44 (réunion d’amis colons chez Hubert Morin après le repas on parle politique)

Le petit groupe, à l’exception de Sao qui resta plantée debout en bout de table, se mit en route pour le salon. Les femmes − blanches − des convives, un peu gênées, saluèrent la Laotienne avant de rattraper leurs maris pressés de continuer à boire et bavarder. La soirée planteurs, sans rhum, car en Indochine les boissons préférées des Français étaient, en dehors de l’alcool de riz, les alcools bien français, se poursuivit avec le même sujet de conversation incontournable, la politique.

Depuis le 9 mars 1945, après la sanglante surprise du coup de force des Japonais, il s’était passé beaucoup de choses, mais rien n’indiquait que la France allait pouvoir reprendre la main sur sa colonie. Qu’ils soient colons depuis plusieurs générations, planteurs d’arachides ou de café, riches exploitants d’hévéas voire fonctionnaires, les Français blancs étaient de plus en plus inquiets. Si des soirées comme celle-ci permettaient de retrouver l’ambiance coloniale d’antan, au fond d’eux-mêmes, ils savaient que leur pain blanc avait été mangé. Le regroupement des forces françaises était entravé par des difficultés de toutes sortes, dues essentiellement aux Chinois qui essayaient en vain de désarmer les Français. Les palabres à la chinoise étaient longs…

« À Sze Mao Ting, le mois dernier, un an après le coup de force japonais, les blessés et les malades rescapés de la colonne d’Alessandri ont enfin été évacués sur Calcutta. Le 5e REI a perdu les trois quarts des siens au combat, dans la jungle. Les légionnaires n’étaient plus que quelques centaines » rappela Robert Simon avant de continuer, ému aux larmes.

— Cette retraite, en combattant, entrera dans la légende comme une marche à la mort, a dit le journaliste à la T.S.F.

— La reprise du contrôle de Saigon par les Français est acquise depuis septembre. Cent mille hommes du corps expéditionnaire seront présents dès cette année, précisa Aldric.

       Après cette revue de presse et le colportage des nouvelles d’autres planteurs amis, ils retrouvèrent un peu d’humour, l’alcool aidant, en cassant du sucre sur les coolies, les Annamites et les Laotiens. Hubert réaffirmait ce qu’il disait comme une vérité première.

— Un travailleur français vaut trois Annamites et un Annamite dix Laotiens, tous des bons à rien !

— Voilà qui est dit. Moi, je leur ai expliqué à mes nhà-quê. Après un siècle de coexistence, vous devriez savoir que nous sommes les clients de vos marchandises et les fournisseurs, nous sommes aussi vos employeurs. Ajouta péremptoirement Delaunay.

— Encore un verre et je crois que vais aller me coucher, dit Robert Simon.

— Nous aussi, dirent en cœur les frères Colin.

Ils ajoutèrent : « demain, nous devons embarquer notre buffle dépecé, si tu es toujours d’accord, Hubert. Nous avons dû abattre toutes nos bêtes à cause de la tuberculose du bétail. Suite à la mauvaise idée d’un vétérinaire métropolitain de croiser nos buffles avec une race de France ! C’est régime végétarien, chez nous depuis. Heureusement que nous sommes maraîchers. »

Publié dans Ouvrage de Joël PAUL

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Merci pour cette photo de mon grand père.
Répondre
E
Réponse tardive mais on en fait plus des gens comme ça. Merci