Le styrax produit le benjoin

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Extrait d'un livre en anglais

Extrait d'un livre en anglais

Source de la photo ci-dessus

Le styrax originaire d'Indochine (Styrax tonkinensis), qui produit le benjoin du Siam ou du Laos de couleur jaune-brun.

Originaire du Laos, le Styrax tonkinensis pousse de manière spontanée dans les montagnes du Laos, de Thaïlande et du Nord du Vietnam. Ce grand arbre à l'allure de bouleau se nomme benjoin du Laos, benjoin de Siam ou encore aliboufier benjoin. C'est l'exsudation odorante –la gomme de benjoin - de cet arbre qui est récoltée. Cette résine est stimulée artificiellement en pratiquant des incisions sur le tronc d'un arbre mature, dès le mois de Septembre. Plusieurs incisions sont effectuées sur un même tronc et l'arbre peut produire pendant 2 à 3 ans. L'écorce est entaillée sous la forme d'un « V » ou d'un rectangle pour que la précieuse résine s'accumule entre la languette de l'écorce et le tronc. Le benjoin s'écoule le long du tronc sous forme de larmes blanches et cassantes quelques semaines seulement après le gemmage. La récolte, unique dans l'année, est pratiquée aux mois de janvier-février. Les larmes de benjoin sont ensuite nettoyées et triées par taille et couleur afin de leur donner différents grades (larme n°2, larme n°3 ou encore larme n°5) révélant leurs qualités olfactives

Vers le 14ème siècle, les gommes de benjoin étaient méticuleusement préparées pour l'exportation. Des forêts du Laos jusqu'à Bangkok où il transitait puis en Europe, les larmes de benjoin faisaient un long et torride périple qui pouvait altérer sa subtile odeur. Les moyens de locomotion n'étant pas les mêmes qu'aujourd'hui, les Laotiens avaient recourt à une technique ancestrale pour préserver leur odeur. Ainsi, la résine était répandue sur de grandes nattes où des rhizomes de gingembre remplis de moelle d'os de porc étaient ajoutés. Ces nattes étaient ensuite attachées et empaquetées.

L'absorption de la graisse par la gomme permettait d'en conserver et d'en affiner l'odeur. Ce long processus pouvait durer un an. Après absorption complète de la graisse, la gomme était prête à être exportée.

L’encens est souvent fabriqué sur une base de benjoin.

Fabrication de l'encens au Vietnam (2011) auteur ?

Extrait d’une étude sur le benjoin pendant la période Coloniale

Historique et généralités

Le benjoin est une résine odoriférante produite par certains arbres des forêts de l'archipel Malais (Java et Sumatra) et de la presqu'île indochinoise…

On distingue deux qualités de benjoin d'après les pays d'origine.

Aujourd'hui le commerce admet encore cette distinction

1°- Le benjoin de Sumatra, encore appelé benjoin de Padang, de Penang ou de Palembang, qui est assez peu consistant, de couleur rougeâtre et très faiblement parfumé ;

2°- Le benjoin de Siam, qui était entièrement produit par l'Indochine Française beaucoup plus estimé que le précédent. Il se présente sous l'aspect de « larmes » plus ou moins grosses qui prennent rapidement la teinte « vieil ivoire » recherchée par le commerce : il se concrétise parfaitement, sa cassure est cristalline et sa fine odeur de vanille est très agréable.

Les analyses chimiques suivantes montrent, d'ailleurs, que ces deux sortes de benjoin n'ont pas la même composition. Le benjoin d'Indochine ne renferme pas d'acide cinnamique. Il est plus riche en éthers et en vaniline et comme ces corps lui confèrent le goût et le parfum, qualités pour lesquelles le benjoin est recherché, sa valeur commerciale était sensiblement le double de celle du benjoin de Sumatra.

Description du Styrax tonkinense Pierre

Le Styrax tonkinense est un arbre de petite taille atteignant 20 mètres au plus qui pousse dans les sols granitiques, gréseux ou schisteux, mais jamais en sols calcaires. De croissance très rapide, il s'installe de préférence sur les coupes très claires de forêts ou sur les défrichements, pourvu que quelques arbres soient réservés comme porte-graines. La reproduction par ensemencement naturel se fait bien surtout sur l'emplacement d'anciens « rays » (partie de forêt que les indigènes coupent et incendient pour pouvoir pendant deux ou trois ans cultiver le riz de montagne). On observe parfois là de véritables semis en brosse.

Vers 8-10 ans, l'arbre est adulte, il atteint ses dimensions maxima vers 25 à 30 ans. Plus tard, il dépérit. Aussi, en forêt secondaire un peu vieille, on le trouve seulement par sujet isolé.

L'aire de dispersion du Styrax tonkinense est relativement étendue.

Au TONKIN, il est fréquent dans la moyenne région : provinces de Phu-Tho, Tuyên-Quang, Yên-Bay, Thai-Nguyên. Il descend à Vietri et Son-Tay jusqu'au niveau du Delta.

D'autre part, il remonte jusque dans les bassins supérieurs du Fleuve-Rouge et de la Rivière-Noire.

Il est appelé "Bô-Dé" et, d'après la couleur du bois, on en distingue deux vanétés :

Bô-Dê trang, à bois jaunâtre ;

Bô-Dê tia, à bois légèrement rosé.

En Annam, on ne trouve le Styrax tonkinense que dans la province de Thanh-Hoa. Ses noms vernaculaires varient avec les diverses races d'habitants. Les Muongs l'appellent "Dong-Tra" dans la région de Thanh-Thanh et "Trach-Lôc" dans la haute vallée du Song-Tra.

Les Thais l'appellent partout "Nhàn", mais ils distinguent trois variétés, d'après la disposition des branches…

Conclusion :

L'Indochine Française est donc un des premiers pays producteurs de benjoin. Si les quantités qu'elle exporte sont faibles par rapport à celles exportées de Java et Sumatra, il ne faut pas oublier que notre benjoin est de qualité supérieure, qu'il est recherché sur tous les marchés, et que notre Colonie d'Extrême-Orient a le monopole absolu de la production de cette précieuse résine qu'est le benjoin dit du Siam ou de Saïgon.

D'ailleurs, l'Indochine peut produire beaucoup plus qu'elle n'exporte actuellement. L'exportation augmente en effet dans de fortes proportions depuis 3 ans.

Et cependant ce sont les indigènes de race Thai seuls qui, en 1913 comme actuellement, exploitent le benjoin. Ils se contentent de recueillir la résine des arbres naturels qu'ils trouvent, sans jamais dégager les semis, sans jamais faire de plantation, comme les indigènes de Sumatra.

Mais les conditions vont changer. La grande facilité avec laquelle le Styrax tonkinense Pierre se régénère dans la région à benjoin où il est presque envahissant, sa rapide croissance qui le rend exploitable vers 6 ou 8 ans, la grande valeur du baume qu'il produit, prouvent que c'est par excellence un arbre à cultiver.

Il y a place dans le Haut-Laos en particulier, pour de vastes plantations établies méthodiquement.

Grâce à la régularité de leur production, elles atténueraient les variations de l'exploitation actuelle, en même temps que, par leurs méthodes rationnelles, elles feraient l'éducation de l'indigène, qui aurait tout à gagner à ce voisinage.

Enfin, pour assurer à l'entreprise un sûr équilibre et un rendement immédiat, il conviendrait de la doubler d'une exploitation de stick-lac ; occupant les basses altitudes celle-ci permettrait une occupation verticale du terrain à peu près continue, particulièrement opportune dans ces régions mouvementées.

L'Administration française, estimant jouer son rôle en préparant les voies à la colonisation a entrepris la mise en valeur d'une centaine d'hectares aux environs de Sam-Nua. Elle se propose d'y expérimenter des méthodes rationnelles d'exploitation de l'arbre à benjoin, d'en entreprendre l'étude systématique et la sélection.

Ainsi le planteur ne se trouvera pas isolé dans ces régions neuves et jouira immédiatement de l'assistance technique qui lui est indispensable.

Source : Inspection Générale de l'Agriculture, de l'élevage et des Forêts - Hanoï 1931 (Source ANAI, amicale nationale des anciens d’Indochine)

Pourquoi cet article sur le Stirax et le benjoin parce que Hubert Morin l’un de mes personnage de mon roman « Les Moustaches de Tigre » en cultive. J’ai découvert ce produit et cette culture pendant mes recherches sur l’Indochine. Je connaissais l’Hévea et Michelin mais pas le styrax. JP

Extrait d’un passage de mon roman qui évoque le styrax :

Cela faisait trois-cents jours que Momo n’avait plus donné signe de vie. Hubert prit sa jeep pour faire le tour de la propriété. La jeep était un surplus de l’armée américaine comme celles que les colons et l’armée française avaient rachetées en grande quantité aux Philippines depuis la fin du conflit en Europe. Il produisait surtout du café, mais aussi du tabac et du benjoin. Ses magnifiques styrax de quinze mètres de haut, aux troncs rougeâtres, étaient ses préférés. Il commença par leur rendre visite, comme à chaque fois qu’il faisait sa tournée. Lorsqu’il était seul, il enlaçait les troncs tellement il les chérissait. La plantation de styrax se dressait fièrement derrière un vallon qu’il avait défriché trente ans auparavant. Il était fier de ses grands arbres.

Il parcourut les premières allées d’arbres alignés au cordeau avant de s’arrêter à la hauteur de coolies qui incisaient les troncs. D’autres travailleurs, plus loin, récoltaient des lentilles de gommes de benjoin sur des arbres qui suintaient depuis quelques jours. À la manière leste et rapide dont il descendit de sa jeep, les coolies devinèrent qu’il n’était pas content. N’ayant de chef d’équipe sous la main, il fit appeler Rousseau. Quand il avait quelque chose à dire, il s’arrangeait toujours pour passer par un responsable. « C’est comme ça qu’on obtient le respect » disait-il. Kan pressait le pas pour venir le rejoindre, mais il se faisait vieux. Il traînait une jambe, blessée à l’époque de sa jeunesse. Le maître des lieux s’impatientait.

— Kan, qu’est-ce que c’est que cette façon de tailler l’écorce ?

— Mais patron, nous avons toujours fait comme ça.

— Tu vieillis, Kan, je vais te montrer. Dis au niaque[1] de s’écarter.

Tandis que Kan ordonnait en annamite au coolie de céder sa place au boss, Hubert avait déjà retroussé ses manches. Il se plaça dans la même position que l’ouvrier afin de continuer l’incision. Il le fit avec une délicatesse et une adresse que personne n’avait sur la plantation.

« Regardez, bande de bons à rien, comment il faut faire. Ce n’est pas étonnant que certains de mes arbres crèvent avec les blessures que vous leur infligez ». Les coolies vinrent à tour de rôle admirer le travail du patron en se penchant sur l’incision comme s’ils en voyaient une pour la première fois. Ils marmonnèrent des compliments d’admiration probablement feints. Ils savaient être fourbes dans de telles circonstances. L’égo d’Hubert Morin était flatté, à la grande satisfaction de Kan. « Vous êtes le meilleur », ajouta-t-il d’une voix de fausset.

Hubert Morin remonta dans sa jeep, satisfait. Il ne se serait pas permis d’en montrer aux saigneurs d’hévéas de Cochinchine, mais le styrax, c’était son dada. Il laissait le latex aux riches du Sud, la surface des exploitations de l’Annam était trop petite pour cette culture. Michelin le dégoûtait avec son argent et le soutien qu’il avait des politiques de la métropole.

 

[1]. Équivalent de nhà-quê : paysan (terme péjoratif).

Publié dans Divers

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