Pierre Ngaiohni et Sophie Mendès autour de l'ouvage Les Moni ce jeudi 25 à Calédo livres

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

couverture du livre
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Appelés moniteurs ou familièrement « moni », les premiers enseignants kanak ne sont plus qu’une poignée à être toujours de ce monde. Dans les années cinquante, alors qu’ils sortaient à peine de l’enfance, ces pionniers de l’instruction ont osé quitter leur foyer, leur tribu, leur terre, pour s’engager dans la formation d’enfants kanak qui sont devenus aujourd’hui des femmes et des hommes dont beaucoup contribuent à la construction du pays. Certains se sont formés dans les écoles de Montravel ou de Nouville, d’autres par l’intermédiaire de l’église protestante ou catholique. Tous ont fait preuve d’un formidable courage et d’une détermination sans faille pour dépasser leurs appréhensions et honorer ce qu’ils ont vécu comme une mission, un privilège, un honneur.

Après une cérémonie organisée, le 22 octobre 2016, à Atha, pour leur rendre hommage, la commune de Maré a souhaité dédier cet ouvrage à l’ensemble des moniteurs, afin de participer à un devoir de mémoire envers celles et ceux « qui ont relevé la tête avec fierté », comme disait Jean-Marie Tjibaou.

 

Les anciens « moniteurs » mis à l’honneur article des Nouvelles Calédoniennes par Sophie Mendès | Crée le 24.10.2016 à 04h25

 

Agents communaux et résidents forment une haie d’honneur pour accueillir les moniteurs. Ceux-ci sont devancés par la troupe de danse de Wakoné. Une ambiance chaleureuse qui animera toute la journée.

Agents communaux et résidents forment une haie d’honneur pour accueillir les moniteurs. Ceux-ci sont devancés par la troupe de danse de Wakoné. Une ambiance chaleureuse qui animera toute la journée. Photos S.M.

Maré. Alors que l’année scolaire se termine, la commune a voulu rendre hommage à ses moniteurs.La tribu d’Atha, où fut construite la première école primaire publique, a accueilli cette journée particulière.

« Vous avez montré le chemin ». C’est ainsi qu’Hélène Iékawé, en charge de l’enseignement au gouvernement, a remercié les « moniteurs » lors d’une journée organisée samedi par la commune de Maré en leur honneur.

 

Ces anciens ont partagé une journée où danses, chants, discours se sont succédé. La deuxième partie de la journée a laissé la place à leurs souvenirs. Chacun a pris la parole pour témoigner de son expérience et se remémorer sa première journée en tant que moniteur.

 

Ils furent les premiers Maréens à prendre en charge l’instruction des enfants kanaks en tribus, sur l’ensemble du territoire. Avec leur certificat d’études primaires en poche, ils s’engageaient sur une formation plus ou moins longue selon les époques, à l’école de Montravel avant qu’elle ne ferme au profit de Nouville. Paul Palène, aujourd’hui âgé de 81 ans, évoque « un parcours du combattant ». Il a une quinzaine d’années et un niveau scolaire CE2 lorsqu’il arrive à l’école de Montravel pour être formé au métier de « moniteur ». Sa formation durera un an.

 

Le seul Kanak

 

Alors que ses camarades décident de partir enseigner, il opte pour le collège Lapérouse lorsque son accès est autorisé aux Kanak en 1952. « J’étais le seul Kanak. Mon professeur me disait que j’étais l’un des meilleurs de la classe. Au moment des examens, on m’a isolé pendant une semaine, empêché de passer mon brevet. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être ma couleur de peau ». Découragé par cette expérience, il s’éloignera de la voie de l’enseignement avant d’accepter un premier poste de moniteur à Lifou, à 21 ans. « On nous a balancés sans logement. Je me souviens encore de Wagada qui se faisait courser à Canala. Nous étions kanak mais des étrangers pour les tribus de Brousse ».

 

Keciehni Wagada est le doyen des moniteurs à l’honneur. À 86 ans bientôt, il évoque l’examen que lui fait passer un gendarme en 1946 pour entrer à l’école des moniteurs de Montravel qu’il intègre en 1947. Il y passera trois ans avant d’intégrer l’école de Nouville en 1950 qui offre de meilleures conditions. « Nous étions maltraités, j’étais malheureux mais obligé d’y rester », explique-t-il d’une voix tremblante. Il ne rajoute rien à ce sujet, ne veut pas y penser.

 

Elle pleure autant que ses élèves

 

Médriko Manane a commencé à enseigner en 1960 après une année de formation à laquelle elle accède grâce à son certificat d’études primaires. Elle a 18 ans et pleurera autant que ses élèves lorsqu’elle prend sa première classe à Montravel. Clément Gaica arrivera plus tard, en 1969, avec un peu plus de moyens mais les mêmes appréhensions. « J’ai suivi une courte formation d’un an avant de partir au combat. Je n’avais que 17 ans et demi lorsque j’ai pris ma première classe. Je ne savais pas quoi leur faire faire. On a rangé la classe toute la première journée et nous avons mis les bureaux de côté. Je les ai installés sur des nattes au sol. J’étais ainsi plus grand qu’eux. Je leur parlais un français le plus sophistiqué possible, ça les impressionnait », se souvient-il, amusé. Avant d’ajouter « si j’avais eu les moyens des enfants aujourd’hui, je serai président de la République ! »

 

Malgré des souvenirs parfois difficiles, leurs carrières furent longues et jalonnées de succès. Les moniteurs avaient un statut particulier, porteurs d’avenir. Beaucoup d’entre eux prendront d’ailleurs des responsabilités politiques. Emile Lakoredine, adjoint au maire, lui-même enseignant nouvellement retraité, les félicite à son tour : « Nos moni ont éclairé la Nouvelle-Calédonie. Il fallait mériter d’aller à l’école des moniteurs. On les appelait les siés, les considérés. En vous rendant hommage aujourd’hui, on honore la façon dont vous avez servi le pays et amené des hommes et des femmes à en faire autant ».

 

(« Extrait », il ne manque que la photo, le texte est intégral pour n’oublier aucune des personnes citées) JP

Blog de la famille Mendès Carnet de Terre Kanak

 

Pierre Ngaiohni Photo de la mairie de Maré

Pierre Ngaiohni Photo de la mairie de Maré

Publié dans Culture Kanak

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