Les nègres du pacifique sud de Gilles Gérard

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

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Histoire des Polynésiens engagés-esclaves à la Réunion

HISTOIRE OCÉAN INDIEN OCÉAN PACIFIQUE Réunion chez L’Harmattan

 

Kidnappés sur des îlots sablonneux dans des archipels du Sud de l'océan Pacifique, quelques dizaines d'hommes et de femmes vont être déportés, après un très long périple, jusqu'à l'île de La Réunion où ils seront qualifiés d'engagés volontaires pour cinq ans. Cet ouvrage relate leur histoire méconnue, depuis l'embarquement à bord d'un bateau anglais, le Sutton, jusqu'à leur arrivée dans les champs de canne à sucre de cette île de l'océan Indien. Elle se poursuit par leur lente agonie, quelques mois pour la plupart, dans cette société coloniale raciste.

Prix sur le site L’Harmattan 14,5 € Pas encore disponible en librairie à Nouméa

 

Anthropologue et historien, Gilles Gérard s'attache depuis plus de trente ans à appréhender et à expliquer la société réunionnaise par des recherches sur ses faces cachées dans les domaines du peuplement, de la culture, de la langue ou de la famille, en particulier aux XIXe et XXe siècles.

 

Extrait de la page 11 et 12 où l’on parle des kanak en début du livre PLus

 

L'objet de ce livre n'est pas une étude de l'engagisme à La Réunion de manière globale mais une approche limitée à un groupe particulier dont la période d'arrivée sur l'île, le petit nombre de personnes concernées et le relatif oubli dans les mémoires et travaux de recherches les plus divers soulèvent pourtant un certain nombre d'interrogations et par là-même de tentatives d'explications.

Une soixantaine de Polynésiens, au regard des 130 000 engagés indiens ou face aux 60 000 Africains de la côte Est, cela peut sembler anecdotique. Cela l'est certainement, quantitativement et également sur le plan des apports à la société-réunionnaise. Mais cela pose la question de la démarche des négociants-traiteurs-armateurs allant dans des espaces aussi reculés, par rapport à La Réunion et peu connus à l'époque par les propriétaires de l'ile. Cela interroge sur l'assimilation ou non par les différents pouvoirs des modifications non seulement juridiques mais surtout sociales survenues depuis 1848. Cela, enfin, oblige à poser à nouveau la question de la distinction entre engagisme et esclavage.

Le comportement des planteurs réunionnais apparaît d'une constance vraiment remarquable. Déjà, lors de l'interdiction de la traite par le gouvernement anglais suite à sa prise de contrôle de l'île en 1810, les propriétaires s'inquiétaient de la difficulté à faire fonctionner l'économie sans bras.

Cette angoisse du manque de main-d’œuvre va être permanente jusqu'à l'approche de la Seconde Guerre mondiale. Après celle-ci, l'obsession des pouvoirs publics sera le trop-plein de bras, justifiant le départ vers la France de milliers de Réunionnais. A aucun moment, la question de l'origine de ce manque de bras ne semble être abordée autrement que par la stigmatisation des travailleurs affranchis. Parfois, le pouvoir politique indiquera que la conception du travail par ces derniers, les rémunérations ou les conditions de vie sont peut-être des raisons à la désertion des habitations et au refus des anciens esclaves et de leurs descendants de rester dans un système d'asservissement. L'idée que des engagés volontaires accepteraient ce système va être avancée à chaque essai de recrutement nouveau.

On va ainsi se féliciter de la qualité des travailleurs indiens, puis des Chinois, des Africains ou des Polynésiens, avant quelque temps plus tard de vitupérer leurs faiblesse, fainéantise, ivrognerie ou indiscipline. Puis, arguant de lieux de recrutement mal choisis, on va tenter de réitérer les mêmes démarches en voulant recruter plus à l'intérieur des terres que sur les côtes, donc plutôt des Kanaks, nouvelles victimes de la colonisation, que des insulaires.

De même que la traite des esclaves, interdite une première fois à Bourbon à l'époque anglaise, de 1810 à 1815, puis par le gouvernement français à partir de 1817, se poursuivra pourtant de manière bien peu discrète jusqu'en 1830, puis de manière moins importante et bien plus dissimulée, de même l'esclavage, aboli par décret en 1848, semble s'être poursuivi au moins jusqu'en 1860 pour certains groupes humains.

 

Voir aussi :

LE CODE DE L'INDIGÉNAT

 

Historique en Afrique francophone 1887-1946

Ousmane Gueye

Préface de Abdoulaye Elimane Kane - Postface de Souleymane Bachir Diagne

Le passage de l'esclavage à l'Indigénat et de l'Indigénat à la citoyenneté pleine et entière en considérant la mitoyenneté entre ces trois notions est un lieu de production de sens. Le temps du Code enjambe la Guerre 39/45 et la Grande Guerre, il va de l'avènement de la IIème à la Vème République - 1887 à 1946 -. Ce qui heurte l'entendement est que cela se soit produit 98 ans après 1789 - Liberté Égalité Fraternité - et les Lumières ! Un traitement philosophique a permis de déshabiller des textes souvent oubliés ou volontairement occultés

Publié dans Colonisation

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