Une première au haussariat, la remise des insignes d’officier des Arts et des Lettres à l’écrivain Frédéric Ohlen par M. Thierry Lataste, haut-commissaire de la république

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

La remise de la médaille

La remise de la médaille

Frédéric Ohlen écrivain, éditeur et acteur associatif a reçu

les insignes d’Officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

 

Frédéric OHLEN a été honoré pour son parcours, à la fois comme écrivain, comme éditeur, mais également pour son engagement comme enseignant et acteur engagé dans le milieu associatif (notamment auprès de la MLNC et de l'ADAMIC). Il voulait devenir vétérinaire en Afrique mais il a pris une voie bien différente, il n’a pas manqué de rendre hommage à sa famille ainsi qu’à ses collègues enseignants et son directeur de la maison du livre Jean-Brice Peirano avec lequel il a œuvré pour le développement de la littérature pendant plusieurs années. Ce poète, amoureux des mots, après un beau récapitulatif de sa carrière et son œuvre par M. Lataste, a fait un discours flamboyant de sa voix de Stentor qui a fait ployer les micros. Un tonnerre d’applaudissement a la fin du discours et avant l’invitation à quelques agapes a couronné cette belle cérémonie. Les chevaliers des Arts et des Lettres du pays ont maintenant un officier. Ce n’est pas encore suffisant pour faire un régiment de lettrés mais assez pour une petite compagnie (de cavalerie, Frédéric est un cavalier émérite) composée d’érudits calédoniens prête à en découdre pour la défense de la culture et de la langue française dans notre région d’Océanie. JP

Accueil des invités par le futur officier
Accueil des invités par le futur officier

Accueil des invités par le futur officier

Les discours
Les discoursLes discours

Les discours

Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"

Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"

DISCOURS PRONONCÉ LE JEUDI 6 JUIN 2019

À L’OCCASION DE LA REMISE DES INSIGNES D’OFFICIER DES ARTS ET DES LETTRES

PAR M. LE HAUT-COMMISSAIRE DE LA RÉPUBLIQUE EN NOUVELLE-CALÉDONIE

 

Monsieur le Haut-commissaire

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Si j’accepte ce soir cet insigne, c’est pour aussitôt le rendre à la Nouvelle-Calédonie, à cette île qui m’a, pendant si longtemps, nourri et inspiré. Qu’elle en soit, par-devers moi, la seule détentrice, et la seule honorée.

Et puis, je vous l’avoue, M. le Haut-Commissaire, j’ai du mal à me reconnaître a priori, aussi excellents qu’ils fussent, dans ce portrait et dans cet éloge. N’y aurait-il pas erreur sur la personne ? Un double assez méphistophélique n’aurait-il pas, dès le berceau, pris ma place ? Ne m’aurait-il pas, par je ne sais quelle fierté dévoyée, forcé à grandir à sa façon ? Moi qui voulais être, enfant, vétérinaire en Afrique, voyez comme je suis loin du compte ! Jugez de ma déconvenue… Devoir remplacer les hippos par les éditos, Daktari par Dickens, et préférer à tout jamais Albert Camus à Albert Schweitzer !

Oui, tout semblant de réussite masque toujours la fin d’un rêve. Et toute honte bue pour cette déchéance que j’assume, je voudrais rendre hommage à ma famille ici rassemblée : mère, sœurs, cousins, cousines, qui ne représentent pas, tant s’en faut, mon fan-club au complet.  

Je voudrais saluer aussi mes collègues enseignants. Ils ont – je pèse mes mots – toute mon admiration. Sans eux, nous n’aurions plus de forces sur le Front. Et je le dis sans trembler, avec la gravité de ceux qui savent à quel point les murs de nos cités sont fragiles. À terme, pas une cathédrale, pas un corps n’échappe aux brûlures de l’Histoire. Pour les sauver, les arrimer au mieux en soi, dans le sol et le Ciel, sur la terre et dans les consciences, il y a des gens plus importants que les commandos de marine ou les canons Caesar. Et vous, frères humains qui avant nous vivez, vous les écrivains, pas si veaux au fond, pas si vains, re-liez-nous encore, invitez-nous à rester ensemble, unis par les mêmes valeurs, avec douceur, soit, avec aussi la brusquerie de ceux qui sont en transit, pas en transat !

À vous voir à l’œuvre au jour le jour, gardiens du savoir ou conquérants de la Joie, il me vient la certitude de ne m’être pas trompé en choisissant d’enseigner. Aujourd’hui, je peux dire j’étais là au milieu et au nom de tous les miens. Ceux qui m’ont donné, avec le pain, le goût de la parole. Cette prétention dérisoire de tenir en tous lieux la dragée haute au silence. Tâche sans cesse recommencée : repousser le chaos.

Dans ces conditions, en ce siècle écrire, c’est se mettre à vif, à cet instant précis où l’on prend tous les coups. L’exact contraire du bunker. Une manière d’oreille absolue. Cet art, jamais consommé, de toucher l’autre. Une affaire de rasoir et de spadassin.

Alors ? Inutile, stérile la littérature, ces précieux mots « dont les baisers nous font penser qu’ils ont des lèvres » [1] ? Tout n’a-t-il pas déjà été dit  ou écrit ? Ou bien faut-il encore, avec Bobin et Voronca, Baudelaire et Pasternak, à leur suite et comme malgré eux, tenter d’écrire « pour que rien n’obscurcisse la beauté de ce monde ? Pour que la souffrance n’enfonce plus ses griffes dans nos gorges. Pour que la lâcheté et la haine n’étendent plus sur nous leur nuit » [2]. Écrire, oui, pour « rejoindre cette paisible force jubilante / quand fusionnent les contraires / que tout converge et s’accorde » [3].

À l’heure où tous les experts, climatologues et déclinologues divers, nous martèlent que tout va à vau-l’eau, que tout conspire à l’Extinction : mots, espèces, voix, planète, quand l’Abîme semble s’ouvrir sous nos pieds, souvent une parole nous prend par la main. Et si le sage, Siddhârta du futur — je vous parle d’un temps où il n’irait plus seul, calme orphelin parmi les soldats — n’était plus un maillon de la Guerre éternelle ? France, mère des Arts, et non des armes et des lois. Et pour nos cœurs, ce seul combat : foin des héros, des faux prophètes, juste « chanter en chœur », et chanter juste, disait au seuil de son dernier voyage, Nidoïsh Naisseline, le grand-chef de Guahma.

Tant pis, Afrique, adieu ! Nous n’irons pas sauver les derniers rhinos, ni les derniers hommes dans les brumes du Rwanda.

Mais pour nous, plumitifs de toutes espèces, fils du vent et de l’espace nés jadis dans la sueur des soleils, il faut monter. Nous sommes nés pour ça. Alors, venez ! Montons. À mi-chemin ou tout en haut. Vous verrez. La vie est tellement… tellement plus belle au-delà. Et puis, je vous assure, l’endroit existe. C’est là, tout près. « De l’autre côté de nos peurs. » [4]

 

Frédéric Ohlen

 

[1] Alexandre O’Neill.

[2] Ilarie Voronca.

[3] Serge Juliet.

[4] Majead At’Mahel.

Publié dans Evénement culturel

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