La dernière scène de Pierre Wakaw Gope

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Image © LA 1ÈRE

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Un coup de pied dans la fourmilière, une révolte saine, j’adore mais je laisserai Luc Camoui et Hamid Mokadden en dire quelques mots. A voir absolument !

 

L'épissure se desserre… La déchirure se resserre…

 

Et si les murs ne sont que fiction, les faux-semblants jubilent et...

 

"N'hésite pas de déclarer que ceux qui ne partagent pas les mêmes idées que les autres, et disent qu'ils feront tout pour qu'elles puissent être exprimées, le fassent immédiatement ou se taisent à jamais. La liberté d'opinions n'a que faire d'éclopés de la pensée et la liberté tout court ne peut souffrir de conscience borgne"... (JM Tera'ituatini Pambrun "Conscience borgne", papeete 1994)

Luc Camoui

 

Hamid mokaddem a écrit : ce brillant texte que j’approuve totalement

 

La dernière scène

Pierre Wakaw Gope, 2019 représentation les jeudi 10, vendredi 11 et samedi 12 octobre 2019 au centre culturel Tjibaou, Nouméa Nouvelle-Calédonie

 

D’une violence sans bruit.  Au sujet de Ma dernière scène de Pierre Wakaw Gope.

 

Une fissure dans l’espace littéraire kanak. Toujours concis, dense, intense et varié, le théâtre de Pierre Wakaw Gope dérange l’ordre politique du monde.  Théâtre pays, parce que comme le dit le personnage central, auteur dramaturge, qui remet en question le monde, son monde, son pays, il écrit sur soi, sur le lieu, sur le droit de l’endroit à remettre à l’endroit.  Le rideau entrouvert. Le spectacle commence-t-il ? Les spectateurs sont-ils invités à assister à la pièce ? L’inquiétude nous saisit d’entrée de jeu. Une mélodie en arrière-fond et le protagoniste, l’artiste, monologue ou dialogue avec le public. Il entre en scène. Il nous déclare qu’il joue là sa dernière scène. Théâtre minimaliste. Une heure. Une heure où les voix disent tout. Tantôt avec un langage truculent, châtié, moqueur. Tantôt avec une langue travaillée dont les envolées lyriques traitent du réel : Que devenons-nous aujourd’hui ? Qu’ai-je dit et écrit depuis une trentaine d’années ? Ça signifie quoi être soumis aux décisions de subventions pour vivre, manger, satisfaire ses besoins ?  Théâtre expérimental. Peu de comédiens. Trois. Peu de moyens mais jouant avec la technique… les acteurs, l’actrice, rivalisent sur les choix de mise en scène et chacun interpelle le technicien : « Thomas ! Mets la lumière ici ! » … Dans et/ou en dehors des ronds, le troisième acteur, fils du metteur en scène, raté de la vie, erreur de théâtre, se croit être mis dans un confessionnal. L’artiste nous dévoile le métier. Les angoisses d’être artiste dans un contexte de pressions politiques, de censures, de petites censures au nom de… au nom de la culture… Au nom de la culture, on finit par censurer la culture…Pierre Gope fait-il sa dernière scène ? Sort-il vraiment une bonne fois pour toute de scène ? Ou nous joue-t-il la comédie ? Feinte-t-il un dernier rôle ? Peu importe !  L’écrivain est un des rares à exprimer notre contemporanéité. En plein cœur d’une scène localisée, il expérimente, vit le Pays. Certes La commande, pièce de théâtre de Nicolas Kurtovitch, avait déjà questionné le sens d’une création sous diktat du Prince. Pierre Gope explore encore plus loin. Il interroge l’écriture, son écriture. Suis-je encore utile ? Les questions sont-elles encore pertinentes ? Tout ce que j’écris devient-il déchets, ordures mondaines ? Obscènes bouffonneries tout juste bonnes à divertir et à faire s’esclaffer de rire ? Les comédiens les plus proches, les plus intimes, jusqu’où me soutiennent-ils ? Me comprennent-ils ? Ou ontils pour moi commisération, pitié ?  Le jeu scénique des comédiens monte en puissance. Personne ne s’ennuie. Tout le public y prend encore plus de plaisir … jusqu’à la dernière séance… jusqu’à la dernière scène… Les paradoxes des comédiens, tour à tour acteurs, spectateurs, entremetteurs ; les saynètes au cœur de la scène ; les interruptions ; les rebondissements ; les reprises… le texte se déroule sous nos yeux… à cœur ouvert… le cœur mis à nu… Du spectacle ! Du vrai spectacle. Oui Pierre Gope est un metteur en scène d’ici, un « théâtre des cocotiers », méprise des élites au pouvoir qui disqualifient son théâtre : pas historique, obscène, désuet.  L’écriture, par répétitions différenciées, revient aux incessantes questions : Ouvéa, Jean-Marie Tjibaou, Eloi Machoro, Yeiwene Yeiwene. La comédienne, épouse du protagoniste, propose un texte moderne et universel L’Esperanza la misère mondialisée. Qui est obscène ? Hors scène ? Le théâtre de Gope ou celui convenu « universel » ? Avec génie, l’artiste met en scène un adieu. Le public y voit un rappel. Pour lui ouvrir de nouveau le rideau !

 

J’aurais aimé écrire sur une voix éclatante…

Mais pas d’espace littéraire critique au point qu’on doit …

Faire sa dernière scène : sortir de scène…

Colette Tidjite parle de Pierre Gope et sa vocation pour le théâtre

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