La décolonisation mentale sous l'angle du complexe d'infériorité

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Ci-dessous une étude extrait d'une étude pour approfondir le sujet

Ci-dessous une étude extrait d'une étude pour approfondir le sujet

« L'Annamite a une âme d'enfant; il faut rarement attendre de lui une amélioration raisonnée. S'adresser à sa raison pour lui demander de se corriger est parfaitement inutile. Nous avons essayé, inconsciemment peut-être, de lui inculquer de la fierté ; nous avons réussi seulement à le rendre insolent, irrespectueux à notre égard.»

Paul Giran, Psychologie du peuple annamite, 1904, p.83

 

« Les populations nègres, particulièrement incapables, semble-t-il, de se gouverner elles-mêmes, livrées à toutes les atrocités d'un fétichisme stupide ou exploitées par l'islamisme corrupteur et cruel, ont tout intérêt à se voir soumises aux peuples chrétiens, qui, du moins amélioreront leur sort s'ils ne les amènent pas toujours à la connaissance et à la pratique de la vraie religion.»

Manuel scolaire - Géographie - Atlas - classe de CM2 – 1906

 

J'ai conscience que la longueur de ces préalables peut rebuter quelques lecteurs pressés d'entrer dans le vif du sujet. Cependant, je n'ai pas su trouver un autre moyen que ce développement pour échapper aux malentendus qui surgissent inévitablement lorsque l'on expose des associations et des sentiments personnels qui ont l'ambition d'aller au-delà des impressions et des idées convenues.

 

La motivation principale qui m'a entraîné à écrire ce texte peut se comprendre comme une tentative d'échapper à un déplaisir : celui provoqué par la lecture d'écrits et de livres consacrés à la psychologie qualifiée selon les époques et les auteurs d'ethnologique, ethnique, coloniale etc. Le terme de déplaisir est commode mais il est loin de contenir cet amalgame de sentiments d'étonnement, d'indignation, d'incompréhension mais aussi de curiosité et d'interrogations. Exceptés quelques extraits, je ne vais pas ici faire un florilège de ces phrases que l'on peut collecter dans tous ces travaux ; disons pour aller vite, tout un corpus d'observations sur les nègres, les annamites, les arabes, les mélanésiens - le plus souvent colonisés - décrivant leurs facultés intellectuelles inférieures, leurs degrés de sauvagerie ou de civilisation attardée, leurs absences d'émotions élevées et de conscience individuelle, leurs pensées (quand on leur en reconnaît) magiques, leurs mœurs dépravées ... Bref, un ensemble d'idées sur les non-civilisés, sur nos protégés, sur ces primitifs, ensemble qui a fini par faire surgir dans mon esprit une question tenace que je peux résumer ainsi : comment pouvaient-ils (les auteurs des textes) penser de cette façon ?

 

A vrai dire, il suffit de se pencher quelque peu sur cette question pour en percevoir l'ingénuité mais j'ai préféré la conserver sous cette forme car elle m'apparut d'abord ainsi. Je ne suis pas naïf au point de croire que ces idées aient disparu ; elles continuent d'exister au quotidien et de part le monde mais, pour les plus caricaturales, elles ont disparu des discours savants ou universitaires des spécialistes des sciences humaines.[1] A n'en pas douter, la plupart des auteurs de ces textes étaient des hommes intelligents, passionnés de leurs savoirs, convaincus qu'ils œuvraient pour le progrès. Beaucoup d'entre eux pensaient agir pour un idéal scientifique et par charité, peut-être dirait-on aujourd'hui par humanitarisme et devoir d'ingérence. Ils représentaient alors une élite de la société. Publiés, écoutés, glorifiés pour certains, quelques-uns avaient réellement connu le terrain et avaient fréquenté les peuples en question. Cependant, à l'exception des missionnaires, rares étaient ceux qui en parlaient les dialectes car ces derniers n'étaient pas alors reconnus comme de véritables langues. La question « comment ces auteurs pouvaient-ils penser de cette façon ? » en amène rapidement quelques autres : comment, moi au XXIe siècle, puis-je penser leurs idéologies ? ou encore et en symétrie comment, moi, puis-je penser aujourd'hui des choses qu'ultérieurement d'autres jugeront erronées, fallacieuses, irréelles, sans fondements, incorrectes, etc. ? .. Suite de ce texte de l’Association Géza Róheim - Fermi Patrick – sur Psychologie de la colonisation d’Octave Mannoni

Publié dans colonisation

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article