Mots Pour maux : Anne-Marie Jorge PRALONG-VALOUR Institutrice, Professeur de Lettres, de Français Langue étrangère, de Français Langue Seconde

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Quelques écrits inspirés par notre période de confinement

 

1-  Mars 2020

Si difficile à présent

Ne jamais m’arrêter

Des rencontres

Des gens

Des lumières des villes

Les paysages défilent

Un tourbillon une spirale

Des rires bruyants

Innocents

Trop jeunes

Indécents

 

Maîtriser le cauchemar

Le charmer

Mais elle est là

Brûlante

Tapie

Dans ma gorge

Je tousse elle est là

Je crie elle ne s’échappe pas

Ne couvre pas ma voix

Perle enrobée

À l’orient nacré

Pour l’avaler

Sans avoir mal

 

Elle me déchire le ventre

De ses aspérités

Elle

Vivante

Elle

Présente

Me tue

 

2-  29 mars 2020

L’eau brouille les couleurs

Mes cils la retiennent

Ce n’est pas la mer

Ni le ruisseau ni la rivière

C’est la révolte la fronde

Le marbre veiné d’ombres

L’obsidienne

La femme à l’arête du monde

 

Le ciel est gris acier

Le fond bleuté

 

3-  30 mars 2020

Sortie de la ville

 

Ne plus courir

Avouer la terre trop étroite

L’espace fragile

Le cœur battant de pierres froides

Qui cloîtrent la lumière

 

Se glisser dans l’enfance

Un éclat de rire court

Aller plus loin

Lentement

Respirer

Même avec un temps de retard

Toucher l’infini des parcours

Chanter les murmures les cris

Que l’oubli s’infiltre dans la mémoire

 

4-  31 mars 2020

Les lignes du papier jauni ondulent aux néons

Comme chevelure dans les tresses des vagues

La lumière en verdure vert sang

Craquèle les plinthes jusqu’à plus soif

 

Court instant de liberté

Dans le mur à enfoncer les doigts

Pénétrer ses fibres jusqu’au sol

Et disparaître dans les combles

 

Seuls des copeaux de bois

Tatouent un lino rouge

Autant de bouteilles à la mer

 

5-  4 avril 2020

 Je descendais masquée, gantée, hydro-alcoolisée sur la Baie.

Ce jour-là, le calme était prodigieux, même le vent soufflait en se taisant.

À la fois le calme d’avant et d’après la tempête.

Une silhouette blanche de jeune femme courait après une laisse qui devait certainement contraindre un gros chien ; certainement, oui !

Des sourires d’or brillaient dans le soleil, mais à distance de plus d’un mètre ; ils engendraient des regards furtifs, des airs fugitifs, ne plus se parler, ne plus se connaître, regarder ailleurs, mais on ne peut effacer le plissé des lèvres, l’envie aux commissures d’échanger, même si les paroles restent dans la gorge.

Les pavés de la baie haletaient, la terre transpirait, il y avait même des oiseaux qui se cherchaient dans les banians, le sable crachait l’humidité, la mer était étale.

Les panneaux encore très neufs étaient ceux des interdits.

 

6-  8 avril 2020

La fin de l’été est grise à 10 heures, matinée chagrine

Discret le crachin se répand dans la baie

Et s’assoit délicatement

Sur les plantes, les chaises empilées, les stores défraîchis

Comme s’il lui fallait endormir le tout.

 

Les pancartes de doléances ont disparu

Seuls deux mots dégoulinent de noir

Mascaras en pleurs sur peau d’ado vieillie

Bulbuls et colibris se disputent les branches

Le Sud-Est çà et là mouchette la mer

Comme s’il renonçait à la brasser entière.

 

Je croise un foulard qui protège un visage

 

Deux plumes noires et blanches dans l’herbe jaunie

Je pense à toi

 

Le chien de la plage va prendre seul son bain

Je le siffle il ne me voit pas

Jamais il ne me voit

Et c’est tant mieux comme ça

Deux clochards se tiennent par le bras

 

Nul besoin de maître quand on porte un collier

 

Anne-Marie Jorge PRALONG-VALOUR est formatrice primaire, 1er et 2nd degrés

Bibliographie : trois recueils de poésies :

Tant qu’il y aura une aube Z4 Éditions ; Margeride Z4 Éditions ; Aube Pacifique Éditions Écrire en Océanie (à paraître)

Publié dans Poésie

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A
Merci de ce partage Joël <br /> Bonnes fêtes de Pâques à tous <3
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