Mots pour Maux : Bernard Suprin naturaliste et botaniste émérite nous fait l’honneur d’un texte inédit à paraître dans un prochain ouvrage

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Photo de Bernard Suprin

Photo de Bernard Suprin

La Légende de l’Éléphant de Gohapin

(Avec les collaborations de Sophie Brun et de Philippe Godard)

 

Les familiers de la région de Poya-Gohapin connaissent bien la silhouette de l’éléphant sculpté dans le calcaire, de ce même calcaire marbrier dont est constituée la célébrissime poule Couveuse de Hienghène. Mais combien savent que cet éléphant a tout une histoire  ? la voici, telle que me l’a racontée son auteure… sous le sceau de la confidence !

 

À l’initiative hardie de Gilbert Thong, le premier cirque est venu au début des années 1970. Il s’est installé dans le dock industriel d’un limonadier à Montravel à proximité de la future Cité Pierre Lenquette. Les empilements de casiers à bouteilles y faisaient office de gradins. Le numéro vedette en était un tigre* qui sautait de plusieurs mètres de hauteur dans un bassin !

 

Pour le plus grand bonheur des petits et des grands, le fameux cirque Whirling des Samoa est revenu en avril 1987 et a pris ses quartiers au vélodrome Georges Brunelet (Receiving). Cette fois, un éléphant faisait partie de la troupe. C’était d’ailleurs l’unique représentant de la gent animale et la deuxième fois où le cirque prit l’audace de venir accompagné d’un animal de ménagerie.

 

Après Nouméa où le cirque connut un franc succès en grande partie grâce à la bête, il s’est installé à Koumac. «Si tu ne peux pas aller au cirque, le cirque ira à toi», tel en avait décidé la direction du cirque, sans aide ni subvention d’aucune sorte. Cette attitude louable fut un très mauvais calcul, pire, un vrai désastre financier. Car la clientèle broussarde est trop clairsemée pour rentabiliser un déplacement qui a nécessité plusieurs jours de démontage et autant pour le remontage. Et un éléphant, ça mange énormément ! Il fallait le nourrir, le transporter, le soigner et aussi assurer son retour aux Samoa ! Pour sauver le cœur, il fallait donc de toute urgence amputer le cirque de l’un de ses membres les plus prestigieux.

 

La mort dans l’âme, le directeur décida de libérer le débonnaire pachyderme. Il opéra en catimini, par une nuit sans lune, sans en aviser quiconque !

Officiellement, la cage aura été mal fermée pour sauver la face. L’animal, bien entendu consentant et médusé de retrouver une liberté qu’il n’osait s’imaginer même en rêve, s’éloigna rapidement dans la savane, le plus loin possible des humains dont il commençait à être fatigué. Il n’aspirait qu’à vivre sa vie paisible d’éléphant dans une nature sauvage et accueillante.

 

Plus tard, des chasseurs et des randonneurs ont déclaré avoir aperçu ce qui ressemblait à un éléphant, mais toujours de très loin. Malgré leurs dires, ni leurs proches, ni les représentants de l’ordre ne les ont jamais pris au sérieux, ils se faisaient rabrouer et traiter de plaisantins : « Ah oui, et votre éléphant, il n’était pas rose, dès fois ? Il ne faut pas trop abuser de la moquette !». C’est ainsi que l’animal vécut longtemps dans la brousse calédonienne, passant tranquillement du massif de Tchingou à celui de Boulinda. Au crépuscule de sa vie, il se dirigea d’un pas lourd vers les falaises de Poya où s’acheva, paisible, sa longue vie.. Aujourd’hui, son corps inerte et fossilisé se découpe dans le ciel . Là, il peut enfin être vu et admiré de tout un chacun !

 

NDLR : seuls les trois premiers paragraphes sont fidèles à la réalité, le reste n’est que pure fiction ! Notons toutefois qu’un python réticulé fut trouvé à deux km de la tribu de Tiéta (région de Voh) en juin 2018. L’information a aussi été prise pour un canular, elle était pourtant très sérieuse !

 

Bernard Suprin

Téléphone : (00687) 26 49 40

 

Bernard Suprin était consultant en études et formation, mais aussi prospecteur botaniste, spécialiste de l’étiquetage botanique passionné de photographie.

Il a retrouvé en mai 2002 le Pittosporum tanianum réputé disparu. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la botanique néo-calédonienne et du « Guide botanique du jardin Lacroix à Dumbéa ». « Mille et une plantes en Nouvelle-Calédonie », le livre de poche préféré des randonneurs, son précédent ouvrage, est un guide botanique de terrain pour faciliter la reconnaissance des espèces traitées en détail dans ses précédents ouvrages « Plantes du littoral en Nouvelle-Calédonie » et « Florilège des plantes en Nouvelle-Calédonie » qui ont eu un grand succès et reçus le prix POPAI 2013 au salon international du livre océanien.

Publié dans Ecrivain calédonien

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