Mots pour Maux : Joël PAUL écrivain blogueur

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

À personne,

 

C’est la fin du monde et pourtant j’ai envie d’écrire cette lettre sans savoir à qui l’envoyer, sans pouvoir la remettre à celui vers qui vont mes pensées.

J’aimerais tant que tu la lises, mon fils, toi, mes yeux, mon cœur, ma raison de vivre, mais nos destins sont liés. Nous allons subir le sort de nos congénères les humains et de la plupart de ce qui vit sur Terre. Cette fois la catastrophe annoncée n’est pas un canular. Depuis quelques jours les oiseaux ont disparu. Plus un chant, plus un sifflement, plus un piaillement dans ce qu’il reste des arbres et plantes de notre jardin qui sèchent sur pied. La puanteur, relent pestilentiel des cadavres de poissons et mammifères échoués sur le littoral, empeste l’air, pourtant nous habitons à cinq kilomètres du rivage. Les espèces s’éteignent une à une. Aucune ne résistera.

 

Aujourd’hui, tu as quand même voulu aller à l’école pour dire au revoir à tes copains. Je pleure des larmes de sang depuis que tu es parti. Je n’ai croisé que des gens hagards dans la rue en allant chercher quelque chose à manger chez l’épicier du coin. Il m’a donné une des dernières boîtes de conserve qui lui restent. J’ai bien dit donné. Il distribue ses produits depuis quelques jours. Les gens donnent tout, mais personne ne veut plus rien prendre. Pour quoi faire ? disent-ils. Les plus affamés acceptent seulement de la nourriture pour attendre. La Terre a été traversée par de la matière noire invisible, m’a dit l’épicier. On disait n’importe quoi pour annoncer la fin du monde. Des prophéties décrivant des catastrophes en tout genre avaient annoncé le pire, mais alors qu’il ne reste qu’une seconde affichée sur l’horloge de l’apocalypse, la doomsday clock de l’université de Chicago, on ne peut pas savoir ce qui a provoqué l’effondrement subit et irréversible des écosystèmes terrestres. Des rumeurs racontent des suicides collectifs de la population dans certains pays, mais comment vérifier, il n’y a plus aucune communication internationale qui fonctionne, et les avions ont déserté le ciel.

 

Reviens vite de l’école, mon fils. Reviens vite pour que je te serre dans mes jusqu’à la dernière seconde, et que nous traversions ensemble le miroir. Il y a encore tellement de choses que je dois te dire, tellement de conseils que je n’ai pas eu le temps de te donner. Je veux être avec toi, poussière parmi les poussières. Si nos âmes se tiennent par la main, tu auras moins peur du noir tandis que l’accélération de la matière nous propulsera à travers la galaxie, vers l’infini, dans le vide de l’univers. Tu auras moins peur avec moi pour affronter le cosmos sans toit ni plancher. L’essentiel est invisible pour les yeux, disait le Petit Prince de Saint-Exupéry. Nous allons peut-être le découvrir et faire un beau voyage. Nous ferons attention de ne pas tomber dans un trou noir. On ne revient pas d’un trou noir.

 

Reviens vite de l’école mon fils, c’est la fin du monde, on part ensemble.

 

Projet pour un concours Fin du monde écrit en 2012 que j’ai retrouvé hier (j’étais déjà optimiste en 2012J)

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A
Merci pour ce beau texte Paul.
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