Le philosophe Edgar Morin, à bientôt 99 ans, continue de développer sa pensée de la complexité

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Le philosophe Edgar Morin, à bientôt 99 ans, continue de développer sa pensée de la complexité

Face à un monde de plus en plus complexe, le philosophe Edgar Morin, à bientôt 99 ans, continue de développer sa pensée de la complexité. Trois nouveaux livres qu’il publie permettent de mesurer le chemin parcouru et la tâche encore à entreprendre. 2021 : Edgar Morin espère que les forces "créatives" et "lucides" vont s'imposer face à la crise du Covid-19 même si elles sont "encore très faibles"

Pour le philosophe et sociologue, la pandémie n'est qu'une des nombreuses crises de l'histoire auxquelles il se dit "habitué". Il estime qu'il faut apprendre à vivre avec l'inconnu, à "surmonter les crises", plutôt que de s'indigner. Article de France Culture Publié le 01/01/2021 18:38 Le philosophe et sociologue Edgar Morin, en mars 2019. (PASCAL GUYOT / AFP) en Une

Edgar Morin, 99, philosophe (Extrait de l’article)

′′ J’ai été surpris par la pandémie mais dans ma vie, j'ai l'habitude de voir arriver l'inattendu. L’arrivée d’Hitler a été inattendue pour tout le monde. Le pacte germano-soviétique était inattendu et incroyable. Le début de la guerre d'Algérie a été inattendu. Je n'ai vécu que pour l'inattendu et l'habitude des crises. En ce sens, je vis une nouvelle crise énorme mais qui a toutes les caractéristiques de la crise. C ' est-à-dire que d'un côté suscite l'imagination créative et suscite des peurs et des régressions mentales. Nous recherchons tous le salut providentiel, mais nous ne savons pas comment.

Il faut apprendre que dans l'histoire, l'inattendu se produit et se reproduira. Nous pensions vivre des certitudes, des statistiques, des prévisions, et à l'idée que tout était stable, alors que tout commençait déjà à entrer en crise. On ne s'en est pas rendu compte. Nous devons apprendre à vivre avec l'incertitude, c'est-à-dire avoir le courage d'affronter, d'être prêt à résister aux forces négatives.

La crise nous rend plus fous et plus sages. Une chose et une autre. La plupart des gens perdent la tête et d'autres deviennent plus lucides. La crise favorise les forces les plus contraires. Je souhaite que ce soient les forces créatives, les forces lucides et celles qui recherchent un nouveau chemin, celles qui s'imposent, même si elles sont encore très dispersées et faibles. Nous pouvons nous indigner à juste titre mais ne devons pas nous enfermer dans l'indignation.

Il y a quelque chose que nous oublions : il y a vingt ans, un processus de dégradation a commencé dans le monde La crise de la démocratie n'est pas seulement en Amérique latine, mais aussi dans les pays européens. La maîtrise du profit illimité qui contrôle tout est dans tous les pays. Idem la crise écologique. L ' esprit doit faire face aux crises pour les maîtriser et les dépasser. Sinon nous sommes ses victimes.

Nous voyons aujourd'hui s'installer les éléments d'un totalitarisme. Celui-ci n'a plus rien à voir avec celui du siècle dernier. Mais nous avons tous les moyens de surveillance de drones, de téléphones portables, de reconnaissance faciale. Il y a tous les moyens pour surgir un totalitarisme de surveillance. Le problème est d'empêcher ces éléments de se réunir pour créer une société totalitaire et invivable pour nous.

À la veille de mes 100 ans, que puis-je souhaiter ? Je souhaite force, courage et lucidité. Nous avons besoin de vivre dans des petites oasis de vie et de fraternité."

"Je suis un autodidacte mais j'ai toujours eu besoin des œuvres d'autrui pour me former" disait-il en 2016

 

Biographie d'Edgar Morin

Edgar Morin, de son vrai nom Edgar Nahoum, est né à Paris le 8 juillet 1921. La guerre d'Espagne en 1936 marque son premier engagement politique. En 1941, il prend sa carte au Parti Communiste Français (jusqu'en 1951) et en 1942 il entre dans la Résistance où il choisit le pseudonyme de Morin. Pendant la guerre il obtient une licence d'histoire-géographie ainsi qu'une licence en droit. À la Libération, il publie son premier ouvrage L’An zéro de l’Allemagne puis s'investit dans le journalisme en créant notamment la revue Arguments en 1956.

C'est en 1950 qu'Edgar Morin entre au CNRS et s'intéresse essentiellement à des phénomènes considérés alors comme mineurs. Il publie Le Cinéma ou l’homme imaginaire en 1956, Commune en France : La Métamorphose de Plodemet en 1965 ou encore La Rumeur d’Orléans en 1967.

Il deviendra Directeur de recherche au CNRS en 1970. À la fin de cette décennie, il élabore ce qu'il définira en 1982 comme étant la "pensée complexe" et se lance dans l'écriture de son oeuvre majeure La Méthode dont les six tomes seront publiés entre 1977 et 2004.

Edgar Morin est Docteur honoris causa dans de nombreuses universités de par le monde. Sa pensée à travers ses ouvrages est présente dans plus d'une quarantaine de pays. Il s'attache désormais à réfléchir sur la mondialisation et s'engage dans le combat écologique.

Publié dans Essai

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