Le numéro 49 du petit journal de Tiéta Nuelasin est disponible en téléchargement gratuit dans cet article

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

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Le petit plus de la rédaction : des témoignages d’événements de la vie, des textes de nos amis des îles qui sont rafraîchissants que Léopold partage avec sa gentillesse légendaire :

Vendredi 16 mars 2018 (6H00) Lutèce Hôtel - 5, rue de Langeac, 75015 Paris

Je vais plutôt parler de l’évènement familial qui a apporté de la joie dans mon cœur. Ma fille vient d’avoir un bébé. Un garçon. Elle m’a envoyé une photo de lui en fb (mp.) Je suis heureux pour ma fille. Je vois déjà le petit à la maison avec moi, chef de bord de la sub et courant aussi autour de notre case. 

Quand, je suis venu avec le beauf à l’hôtel mardi, qu’elle ne fut pas la grosse surprise mais vraiment. En descendant au métro de Montparnasse, où l’on faisait tout plein de détours dans la multitude qui se mouvait tel un mille-pattes dans les labyrinthes, j’aperçus la silhouette d’une dame… Cathie Manné. Je tentai de la héler dans la cohue. Miracle ! Elle reconnut ma voix et en se retournant, elle me vit. J’étais à quelques pas derrière elle. Elle ouvrit grand les yeux. Peut-être qu’elle ne pensait pas me voir là. Elle revenait de son weekend chez sa famille en Bretagne. Me dirait-elle. J’avais en plus des livres à lui remettre. On se salua d’abord avant de nous trouver un endroit toujours au milieu du fourmillement des voyageurs qui couraient dans tous les sens. J’ouvris ma grosse valise lourde. Après l’échange, chacun partit de son côté. Cathie comme le monde disparut comme dans la nuit. Le beau-frère et moi, allâmes nous aussi dans notre direction. Dans le dédale métropolitain, je traînais des pieds à cause des chaussures du beau-frère qu’il m’avait données mais aussi à cause du poids de la valise. Heureusement que j’étais accompagné par René. Il connait bien Paris.

Le mercredi, je décidais de dormir tout le jour parce que je n’avais rien au programme du salon du livre (de Versailles.) Ce que je fis et mon réveil dans l’après-midi fut un émerveillement. J’eus la surprise de la visite de Drazin. Le fils à nous. De Mr Pierre. Je ne savais pas comment il a appris que j’étais à Paris. Il m’invita pour aller nous promener ne serait-ce que dans le quartier. Pour boire un jus, a-t-il rajouté. Du coup, nos pas nous portèrent à la grande surface d’un Monoprix du coin. Il acheta pour moi, un parfum, un pull, et d’autres affaires de toilettes. Et, il promit de me ramener dans le reste de la journée des chaussures. Le soir, on se retrouva dans un restaurant thaïlandais. Le diner était plutôt bon, très copieux. La joie des retrouvailles était aussi au menue surtout qu’il y avait là une serveuse chinoise qui alliait beauté et humour. Beaucoup d’humour. Je la taquinais, Drazin était plié des bêtises que je sortais mais la dame avait de la répartie et elle répondait coup sur coup. Cela donnait du goût à notre soirée. Avant de rentrer dans mon hôtel, Drazin me dit au revoir en me glissant quelques billets. Oleti atraqatr !

Du goût, tiens ! il fut aussi question de plantes aromatiques. En parlant de cela, dans les échanges qu’on a eu à partager avec la chinoise, elle nous apprit à sécher des condiments. Elle expliquait qu’il faut les sécher ensuite, les torréfier comme le café. Après la torréfaction, il faut lesmoudre. Il ne suffit plus après qu’à les déposer dans des bocaux appropriés. Au fond, cette dame venait de donner la technique de séchage des épices et de leur conservation. En arrivant au pays, je mettrais ça en pratique. Promis. 

Y aurait moins de dépenses à acheter les bocaux de piment tout préparés. J’affectionne le piment ; mais cela est surtout un acquis en matière de gastronomie. La qualité, c’est un plus pour le goût. 

Bein ! Le texte qui suit traite du goût. Mais vous n’allez pas avoir de l’appétit. Lisez ! Pour âme sensible s’abstenir. Bon appétit quand même.     Wws

Le texte ci-dessous, je l’ai piqué du post de Kahlemu Dale. Je le remercie même si je ne le lui ai pas demandé dorénavant. Il accompagne le texte que j’ai publié dans le numéro ci-contre de Nuelasin 49. Les victimes des guerres entre le Wetr et Lössi devaient être sûrement cuisinés et consommés comme c’est raconté par le capitaine-commandant du poste de Wagap. Bonne lecture. 

 ***

Témoignage oculaire du Capitaine-Commandant du Poste de Wagap 

Témoignage oculaire du Capitaine-Commandant du Poste de Wagap sur une bataille entre les guerriers de « Ponérihouen » et ceux de « Houido » sur une rivière, probablement la « Tchamba ». Et il assista après la bataille à un festin cannibal qui lui fit frissonner jusqu’à la moelle des os et du « kwap’s » !

Les indigènes de Ponérihouen ont été longtemps insoumis et querelleurs . En 1864, le 6 juin, ils attaquèrent la tribu de « Houindo », mais ils furent contraints de s’enfuir en abandonnant, dans la rivière qu’ils traversaient, les corps de deux des leurs, dont celui du Chef qui tomba la poitrine traversée par la sagaïe du Chef de «Houindo». A ce sujet, voici comment un témoin oculaire de ce singulier combat rapporte les faits.

Au commencement du mois de juin 1864, le capitaine-commandant le poste de Wagap fut invité à assister au « Pilou-Pilou » qui devait être célébré par la tribu de « Houindo », à l’occasion de la Fête des ignames.

Un poste de dix hommes, commandés par un sergent, fut envoyé, et à l’aide des « naturels », établit un petit « Blokhaus » sur le sommet, une butte dominant la rivière, endroit choisi par les tribus de Ponérihouen et de « Houindo » pour opérer leurs attaques.

Le 6 Juin 1864, pendant que s’opérait le partage des ignames, un long cri aigu et perçant retentit au loin dominant la fête. Ce sont les « clans Ponérihouen qui viennent tenter une attaque.

Aussitôt, le Chef de « Houindo » ordonne à ses jeunes guerriers d’aller au devant de l’ennemi, arrêté sur le bord d’une rivière, limite des deux tribus.

Au milieu de la rivière se trouve un banc de sable. Au même instant, les deux partis abordent sur le sable blanc, qui peut avoir cinquante mètresdans sa grande largeur. Chaque parti comprend une trentaine d’hommes environ.

Le combat commence par un jet de pierres à fronde. Au bout d’un instant, il y a des blessés, mais un surtout, un de nos alliés, tomba sur le sable qu’il mordait dans les dernières convulsions de l’agonie. 

Alors, avec des hurlements de douleur, les gens de « Houindo », leur Chef en tête, se précipitent en masse dans la rivière et avec ceux qui étaient déjà sur le banc de sable, marchent en avant contre les « Ponérihouens » qui lachèrent pied rapidement et plongèrent à demi dans l’eau. Là, ils ne pouvaient plus envoyer leurs sagaïes ; c’était ce que voulait le Chef de « Houindo ». Il s’arrêta brusquement, rejeta en arrière son bras armé de la sagaïe et ajusta un instant… Sa sagaîe, atteignant le but, s’enfonça dans la poitrine du Chef ennemi qui tomba sans jeter un cri.

Il y eut pendant quelques instants une mêlée terrible au milieu de ces eaux furieuses où les guerriers s’étreignaient l’un l’autre, se laissant emporter par la rivière et se noyant plutôt que de lâcher prise. Enfin les gens de Ponérihouen cédèrent laissant les corps de deux de leurs camarades entre les mains des vainqueurs hurlant de joie et ivres de vengeance assouvie.

Je vis l’un d’eux, presque un vieillard, séparer à coups de hache un bras, l’agiter au-dessus de sa tête, puis arracher avec ses dents un lambeau de chair encore palpitante.

J’appris depuis que cet homme était le père du jeune guerrier tué au début de la lutte.

Le Chef s’avance vers nous, suivi d’un de ses guerriers qui portait sur son épaule la jambe d’une des victimes du combat ; il lui ordonna de la mettre à nos pieds, et dit en présence des soldats : « Voilà un morceau de ton ennemi et du mien. Choisis pour toi et les tiens la partie qui te plaira. J’en enverrai aussi au Capitaine de Wagap afin qu’il connaisse notre triomphe ».

Enfin, le lendemain, voulant m’entretenir avec le Chef de Houindo, je revins seul sur les lieux où s’était livré le combat. Mon étonnement fut grand de ne rencontrer âme qui vive. J’explorais les environs, lorsque je vis un Canaque qui semblait vouloir m’éviter. Je courus à lui et lui demandai où étaient les Chefs. Il hésita un instant, puis il me fit signe de le suivre.

A quelques minutes de marche, un murmure de voix frappa mes oreilles. Mon guide, s’arrêtant, me fit signe de venir vers lui. J’obéis. Alors la main de mon indigène écarta lentement une grande feuille de bananier et, par une ouverture de quelques centimètres, j’aperçus une scène qui me fit frissonner jusqu’à la moelle des os.

Une douzaine de Canaques étaient assis auprès d’un grand feu. Je reconnus les Chefs que j’avais vu la veille. Sur de larges feuilles de bananiers était placé, au milieu d’eux, un monceau de viandes fumantes, entourées d’ignames et de taros. Nos amis se livraient à leur barbare festin et les malheureux « Ponérihouen » tués la veille en faisaient les frais.

Je vis un Vieux Chef qui grignotait une tête. Celle-ci était entière, car, conservant le crâne comme trophée, il ne le brise jamais. On avait eu soin de brûler les cheveux et la barbe, et le vieux démon, s’acharnant sur ce visage, avait enlevé le nez et les joues. Restaient les yeux. Le Vieux Chef prit un bout de bois pointu et l’enfonça successivement dans les prunelles afin de parvenir à vider le crâne et à en savourer le contenu.

Il retourna plusieurs fois son bois dans cette boîte osseuse, qu’il secoua sur une pierre du foyer pour en faire tomber les parties molles, et cette opération accomplie, il les prenait de sa main comme une griffe et les portait à sa bouche, paraissant très satisfaisant de cet aliment.

Voilà, fin du témoignage du Capitaine du poste de Wagap

Publié dans Culture Kanak

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