Nuelasin N°48, le journal du Nord pas comme les autres est disponible

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Nuelasin N°48, le journal du Nord pas comme les autres est disponible

Toujours ponctuel, le numéro 48 est sorti des rotatives de Tiéta, à lire la prière du directeur d’école. Ce journal est vraiment original ! JP

è Téléchargez gratuitement le N°48

Le petit plus de la rédaction en cadeau :

Lundi 1er février 2021

Samedi de la semaine dernière je décidais d’aller en ville pour jouer aux échecs à la grande place. Là-bas ; il y avait la bande. C’est-à-dire les habitués. Moi, je me suis intégré à eux. Ce jour-là, je rencontrais Qejeniju*. Il est de ma tribu. Il discutait avec les gens du Wetr, ses oncles maternels de la tribu de Siloam. 

Un jour, son oncle tomba malade et la descendance alla à l’hôpital pour lui rendre visite. L’oncle était à cette époque-là, conducteur d’une navette. Le genre de petit bus qui assurait la liaison des tribus pour aller à Wé le chef-lieu de l’île. Le bus amenait aussi le petit pain à la maison histoire d’arrondir les fins de mois. Et à chaque touchée de bateau à Xepenehe, les navettes arrivaient au quai pour promener les voyageurs. Il y avait un bon circuit mis en place par l’association Mejinewetr pour découvrir Drehu et surtout le Wetr. La grotte d’un diable par-ci, une belle plage par-là, un cultivateur de vanille pour habiller le court séjour, accueillait la tournée chez lui pour un thé parfumé à la senteur des îles. Locale ! Une belle aubaine, enfin… un jour le vieux tomba malade. Le neveu sut et arriva sans tarder pour lui rendre visite. Ce fut alors que sortit indélicatement la parole de la bouche de son épouse comme quoi, elle voulait conduire la navette du vieux pour rouler avec et qu’elle la lui ramenait à sa sortie. Ainsi soit-il. Quelques semaines après l’internement du vieil homme à l’hôpital, le couple ramena la voiture à la tribu comme promis... Surprise ! En plein milieu de la cour, trônait une voiture neuve. Une nouvelle navette. La même que celle que Qejeniju et Leila (son épouse) ramenaient. Les époux allèrent voir le vieux dans la case. Il dormait après le repas de la mi-journée. Qejeniju le réveilla et lui dit qu’il ramenait sa voiture. « Laquelle de voiture ? » s’étonna le tonton. « Mais votre voiture, celle qui vous servait pour la navette. » reprit imprudemment l’épouse. « Mais ma voiture… elle est là dans la cour. » répondit Hmihmie, en mettant l’accent sur chaque syllabe énoncée. Elle s’étonna. Interloquée. Mais son homme avait déjà saisi. Le discours fondateur revint du fond des âges. La voiture, le vieux la lui avait déjà donnée et qu’il n’avait pas le droit (selon la coutume) de reprendre. Le neveu avait déjà écrit les lignes de vie de sa main sur le volant du véhicule. Entre eux, il n’y avait que la vibration ondulatoire qui compte. Elle part de la source. C'est le don. Et le coût de la parole s’appelle la vie. Le neveu pleura. Son épouse se demanda pourquoi. Mais Qejeniju ne parlait pas. Il avait déjà compris la maladresse de Leila. Si erreur il y a, elle ne réside que dans la précipitation… celle d’avoir parlé très vite. Trop vite. Elle ne s’était pas contrôlée mais surtout qu’elle n’avait pas été mise au courant du lien mortel entre un oncle et son neveu. L’épouse est étrangère à cette coutume. Elle n’est pas de l’île. Qejeniju se leva seulement, dit à sa compagne de le suivre. Ils partirent sans mot dire. Le vieux continua sa petite sieste.

Expliquer : Dans le monde kanak et notamment à Drehu, le neveu est tabou, il est l’interdit. Il est la trace de la maman (matrice) c’est-à-dire la sœur de l’oncle. Le monde du vivant. Il ne doit pas cueillir un fruit chez son oncle maternel ni envier aucun bien au risque de tout faire périr chez son aïeul. Il attend. Il est servi. Il est maître. Son être est un sceau qui sanctifie les alliances. Enfreindre cette coutume s’appelle appeler la malédiction et la Mort de toute la lignée du côté de sa mère. 

J’accorde pour finir une reconnaissance toute particulière à la Vie c’est-à-dire à toute ma lignée générationnelle chez les Kejëny/Hnadro/Hnasse à cette date d’écriture de Nuelasin. Mercredi 24 mars 2021, c’était mon anniversaire. Et pour les lectrices et lecteurs, je n’ai que 22 ans ( koi angeic ; hahaéèéè !!!!). Et pourtant, on dirait que j’ai même âge que le soleil. Mon soleil. 

Pour ce vendredi je vous propose un chant, un classique. 

Chantons. Wws (*prénom d’emprunt)

 ****

 

Publié dans Culture Kanak

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article