Les Enchaînés de Franck Chanloup Au Vent des Îles

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Franck Chanloup à Calédo Livres mercredi dernier pendant la présentation de son livre au public

Franck Chanloup à Calédo Livres mercredi dernier pendant la présentation de son livre au public

1868, Sarthe. Victor est le cadet d’une famille de brigands qui enchaîne les menus larcins. Jusqu’au jour où une agression tourne mal : il se voit contraint par son paternel de se laisser accuser du meurtre commis par son frère. À tout juste seize ans, il est incarcéré au Mans puis au bagne de Toulon…

Dès les premières pages le lecteur est transporté au 19ème siècle. Pas un détail n’a échappé à Franck Chanloup, la description de la misère humaine des pauvres paysans encore aussi mal lotis qu’au Moyen Âge est étonnante. Certes ce ne sont plus des serfs mais encore des vilains. Ils naissent et dorment toujours sur la paille. Les bourgeois, les nantis sont des proies, des victimes toutes désignées pour les édentés, les pue-la-sueur, les pue-du-bec, le père du gosse Victor est de ceux-là. Ses relents de piquette et d’oignons dégoutent le môme, mais il obéit. Chez ces gens là, on ne la ramène pas. Le père Chartieu, amateur de picrate au pays du cidre, entraîne ses fils dans des coups tordus. Le vieux est un dur. Il va jusqu’à s’accuser du meurtre de l’aîné en sachant qu’il se fera guillotiner. L’aîné a une femme et un gosse. Le plus jeune, complice, ira au bagne. Il est trop jeune pour se faire raccourcir à décréter le père.

La force de ce roman est dans le réalisme des scènes, le meurtre, le transport dans des conditions abominables jusqu’à Toulon puis à bord de la Danaé pour se rendre aux antipodes. Les coups, les puanteurs, les plaies, le sang, la merde, tout y est. Et les chaînes, les fers omniprésents, le titre Les Enchainés est le parfait reflet de cette chaîne conductrice. C’est le récit de la descente aux enfers d’un gamin sacrifié, Victor, l’antihéros, personnage central de ce roman. Il est frêle, trop jeune, fragile. Il tombera même amoureux de Léopold Lebeau, un prisonnier communard idéaliste et indomptable. C’est aussi ça le plus de ce roman, une histoire d’homme qui n’en ont pas le profil. Dans la dernière partie du roman, au bagne de la Nouvelle, l’auteur fait la part belle aux déportés de la commune, des politiques des rescapés de la semaine sanglantes et des barricades. Ils donnent du fil à retordre aux gardes-chiourmes. Les bagnards de droit commun ont beau avoir un lourd passé et des têtes de tueur, les communards sont des rebelles courageux. C’est d’eux qu’on se méfie. Ils parlent, contestent, organisent, ont du soutien à l’extérieur. Même si leur passage en Calédonie a été court et qu’ils ne sont pas vu de cette manière par les historiens. Ils ont moins marqué les Calédoniens parce qu’ils ne sont pas restés sur le caillou. Ils souhaitaient repartir, en découdre avec le gouvernement français. Ils étaient intellectuels, pour certains, journalistes. Ils devaient décamper dès que possible pour témoigner, reprendre le combat. La fin du roman, des pages sublimes relatent l’évasion. Un épilogue à découvrir en lisant ce premier roman qui va en appeler d’autres. Quand un éditeur signe pour plusieurs ouvrages, cinq, je crois savoir, c’est qu’il a découvert une perle. Christian Robert l’éditeur Au vent des îles a du flaire ! J’ai lu ce roman avec un réel plaisir. JP

PS : Il est disponible dans toutes les bonnes librairies de France et d’outremer, en Nouvelle-Calédonie bien sûr.

Franck Chanloup est né au Maroc en 1970. Après quelques années passées en France, il décide d’émigrer en Nouvelle-Calédonie pour raisons professionnelles et se découvre un grand intérêt pour le voyage et l’histoire, trop méconnue, de ce territoire. Passionné de littérature depuis toujours, captivé par des auteurs tels que John Fante, Jonathan Safran Foer ou Pat Conroy, Franck Chanloup est blogueur littéraire, et signe ici son premier roman.

Publié dans Roman

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