Mūtismes, de Titaua Peu réédité par les éditions Au Vent des îles

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Mūtismes, de Titaua Peu réédité par les éditions Au Vent des îles

Photo de ©Lucie Rabréaud de radio Tahiti dans un article : 19 ANS APRÈS, « MŪTISMES » RÉÉDITÉ PAR AU VENT DES ÎLES

Cette réédition était nécessaire, le livre avait fait scandale à l’époque mais le temps qui passe et la notoriété de Titaua Peu depuis Pina en 2016, qui a reçu le prix Eugène Dabit feront qu’aujourd’hui ce livre sera accueilli à sa juste valeur. Christian Robert, patron des éditions Au Vent des îles, a redonné le contexte des années 2000 dans cet article : « Si aujourd’hui le fait nucléaire est une évidence, à l’époque non.  On ne parlait pas du nucléaire et c’était quelque chose de bon pour le Pays. » (Déclaration extraite de cet article)

J’ai lu cet ouvrage avec le souvenir de Pina, un livre fort. Celui-ci est de la même veine. Titaua ne pratique pas la langue de bois. Le mutisme, c’est pour les autres. Mū, le taiseux, dirait-on en Belgique, ce n’est pas le genre de cette auteure engagée. Titaua dénonce, parle, se révolte. Dans Mūtismes, elle se met à nu avec ses souvenirs d’enfance douloureux, la violence, la misère, l’envers de la carte postale dirait Chantal Spitz. Tout y est ! Ce récit est aussi un récit d’amour pour son pays, son ethnie, sa race. Le mythe du bon sauvage, celui de Bougainville ou pire celui de Gauguin, c’est l’horreur absolue pour Titaua. En contant son enfance avec un père absent, une mère qui survit dans une misérable habitation dans la luxuriante végétation de la banlieue de Papeete, l’auteure nous invite à découvrir son ascension, son apprentissage sur les chemins de l’école de la vie, de sa vie. Le mutisme aurait été un sacrilège, elle avait tant à dire. Elle le dit avec grand talent. Les mots, la langue des Farāni, elle les maîtrise remarquablement, c’est une plume, une perle au pays de la perle.

Les pages de la perte de sa virginité sont flamboyantes. Cet épisode est aussi le tournant de sa vie. Jeune fille devenue femme, elle perd son innocence mais acquiert sa conscience politique. Elle deviendra militante indépendantiste surtout après un retour dans l’île de sa famille paternelle. La kaina suivra son amant un leader indépendantiste. Elle partagera sa vie et ses convictions. Titaua a couché sur le papier ses douleurs et ses frustrations pour expurger son mal-être, une thérapie et un témoignage qui atteint son paroxysme avec les émeutes du 6 septembre 1995, à l'aéroport de Faa'a puis dans la ville de Papeete. Des évènements qui étaient une réponse à la reprise des essais nucléaires à Moruroa et Fangatau. Les popa'a avaient fait déborder le vase des frustrations et de la colère des nationalistes polynésiens.

Mūtismes, de Titaua Peu c’est une tranche de vie et un témoignage historique de premier ordre. A lire sans modération ! JP

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