Le numéro 61 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Le numéro 61 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article

èTéléchargez le dernier numéro de Nuelasin

Bosusë. En cette période froide de l’année, je vous livre le iji wacitr. Boire l’eau de mer mais bon, ce n’est pas la période. Qui c’est qui va descendre dans l’eau à 11°c (hier à Tiéta) C’est un de mes souvenirs d’enfance. Bonne lecture à vous et bon weekend.

Wws

Iji wacitr, boire l’eau de mer. (La purge)

La journée de purge consiste à boire des feuilles médicamenteuses trempées dans l'eau de mer, du lever du jour jusqu'à son coucher. Comprenons que cela peut varier selon l'âge et la santé du patient. Comprenons aussi que tout homme est un homme malade en puissance et par conséquent, il est toujours d'intérêt de boire cette décoction que les gens de Drehu appellent couramment wacitr. Le mot ne convient pas parce qu'il correspond à l'eau saumâtre bue vers l’autre moitié de la journée. Mélange d'eau salée et d'eau douce. Or, la première étape consiste à descendre directement dans la mer avec les plantes, mélange de feuilles, de lianes et d'écorce de bois râpé, ficelé dans de jeunes feuilles palmées de cocos-germés. Les buveurs de wacitr se rendent dans la mer jusqu’à la ceinture pour ingurgiter de l’eau salée, la bouche grande ouverte au vent du large. La responsable trempe l'enveloppe de feuilles dans l'eau et la soulève au-dessus de la bouche du patient qui naturellement s'impatiente d’avaler le breuvage. Deux jusqu'à cinq levées au plus, avant de passer au tour du suivant. Après quatre à cinq descentes dans l'eau, l'enveloppe est défaite. Un feu allumé sous la cocoteraie, chauffe des pierres. La maîtresse aidée des garçons, retire alors les pierres chauffées au rouge et les place au milieu des feuilles médicamenteuses. L'enveloppe est ensuite bien refermée. Après avoir ficelé le tout, les buveurs descendent à nouveau dans l’eau pour la dernière fois. C'est la partie appelée 'boire le médicament chaud' pour mettre fin au cycle de ‘boire de l’eau salée.’ Après cet exercice, tout le monde passe à l'eau saumâtre mélangée à d'autres feuilles médicamenteuses macérées dans une grosse bassine. Il n’est pas loin de la mi-journée et les buveurs, le visage quelque peu avachi par la fatigue mais surtout par l’eau salée, se retrouvent sous la cocoteraie, allongés sur des nattes ou sur des nids de feuillages. D'autres personnes, les plus coriaces, on va dire, passent le plus clair du temps à rester dans l'eau ou comme un engin flottant pendant toute la journée. Et c'est ce que les mamans préfèrent pour faciliter la surveillance. Les plus jeunes tenaillés par la faim réclament constamment de la nourriture. La consigne étant bien sûr de ne pas manger pour laisser l'eau de mer et les feuilles agir sur tout l'organisme. Il arrive que des jeunes qui ne le savent pas et qui ne tiennent, trouvent à manger sous la cocoteraie. Pas de chance, ils se font toujours prendre. A la descente dans l'eau pour boire la gorgée ou bien au moment de boire la bassine de wacitr, le récalcitrant rejette tout. On assiste alors à des scènes hilarantes. La grand-mère se saisit de l’adolescent et le noie. Il boit alors la gorgée, le double voire le triple de ce qui lui aurait été proposé s'il l’avait bue normalement. 

Il peut aussi arriver que des jeunes ne tiennent pas le coup. Ils ne sont pas habitués à de telle breuvage, soit qu’ils sont malades le jour de la descente dans l’eau. Ils sont alors ramenés à la tribu au plateau pour qu'ils n'aient pas de mauvaises influences sur les autres.

Pendant toute la journée, le corps se vide de tout son contenu et on va au petit coin toutes les demi-heures voire les quarts. Mais il y en a aussi qui ne vont pas se soulager au petit coin. Ceux-là vomissent. Ils sont les plus souffrants et les plus épuisés. Vers la fin de la journée, tout le monde sait que la libération est proche. On va redevenir normal prêt à vivre le nouveau cycle, la nouvelle année, la nouvelle igname, la nouvelle vie. Le feu qui a servi à brûler les pierres pour chauffer le paquet de breuvage, chauffe à présent les cocos verts qui vont être bus pour bien faire partir les dernières toxines que l'organisme n'a pas évacuées dans la journée. A ce moment-là, mieux vaut pour soi plonger à nouveau dans l'eau pour refroidir les fesses en feu causé par les déjections. Les buveurs de wacitr marchent alors tels des canards en écartant bien les jambes. Après le coco vert chaud, une tisane ou bien un thé attend le groupe. Il est dit alors que le groupe vient de recouvrer la vraie vie. Des petits jésus qui reviennent. Le soir, une grande soupe et un bon repas attendent tout le monde mais l'attention et le service sont toujours accordés aux ressuscités.

Les gens de l'île ne boivent pas l'eau de mer parce qu'ils sont malades. L’habitude est ancrée dans le sang d’une génération à une autre. Une affaire de famille où les gens viennent pour passer du bon temps. Des fois, Lifou assiste à des arrivées massives des familles des autres îles ou bien de la Grande-Terre comme s'ils ont signé le contrat pour vider l'océan. 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article