Conférence à la bibliothèque Bernheim avec Seloua Luste Boulbina

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Le directeur de la bibliothèque, la conférencière Seloua Luste Boulbina , Paul Fizin, notre docteur en histoire et la collaboratrice de Christophe Augias, le directeur

Le directeur de la bibliothèque, la conférencière Seloua Luste Boulbina , Paul Fizin, notre docteur en histoire et la collaboratrice de Christophe Augias, le directeur

La coutume, (cliquez pour agrandir et voir l'image dans son intégralité)
La coutume, (cliquez pour agrandir et voir l'image dans son intégralité)La coutume, (cliquez pour agrandir et voir l'image dans son intégralité)

La coutume, (cliquez pour agrandir et voir l'image dans son intégralité)

Chercheuse associée à l'Université de Paris VII (France), Seloua Luste Boulbina s'intéresse aux questions postcoloniales dans leurs dimensions politiques et culturelles. Le thème de sa conférence Ataï et les coupeurs de tête à quelques mois notre dernier référendum aurait pu dissuader le public de venir l’écouter, mais les Calédoniens sont curieux, ils veulent être éclairés. Le public a répondu présent. Une preuve qu’en Nouvelle-Calédonie nous avons la maturité pour aborder les sujets qui fâchent ou délicat.

Comme le veut la coutume et en présence des représentants coutumiers du sénat Paul Fizin a fait le geste, avant de préciser le thème de la conférence qui n’était pas de refaire l’histoire d’Ataï  mais de parler du symbole, de la tête et cette restitution, un retour comme le précisera la chercheuse, car la France a soigneusement évitée restitution pour préférer le terme retour. Paul Fizin a bien tracé le contour de la conférence dans sa présentation en parlant surtout de la mémoire et de la signification de la tête, personnalisation du chef. C’est sur ce terrain que la chercheuse philosophe a d’emblée orientée sa conférence en évoquant la guillotine du musée de Bourail et même la tête de Jean-Baptiste sur un plateau de la bible. Le ton était donné. Les coupeurs de têtes ne sont pas ceux que l’on croit. On a beaucoup étêté dans les colonies. Un réquisitoire contre le colonisateur assumé par la chercheuse qui a dénoncé les horreurs de l’anthropologie physique. Les théoriciens des races avaient besoin de trophées pour les étudier et les exposer. Le musée de l’homme à Paris détient 18 000 crânes et 23 000 restes humains, la plus grande collection du monde, dit-on. Il n’y a pas de quoi être fier. Mais c’était avant, comme on dit. Paul Fizin, en fin de conférence, a ramené un peu de sérénité en rappelant à la chercheuse que « la restitution », a été et sera l’objet de cérémonies de la part de toutes les communautés. Un consensus étonnant, une preuve de la volonté de vivre ensemble que Seloua Luste Boulbina a qualifiée d’œcuménique. Je pense que la réalité du pays échappe un peu aux gens de l’extérieur, car un gros travail de compréhension mutuelle est fait par les Calédoniens depuis quelques années. Un gros effort de mémoire reste encore à faire. Ces docteurs, chercheurs, historiens y contribuent. JP

Les ouvrages sur Ataï sont nombreux en Calédonie

L'Afrique et ses fantômes : Écrire l'après de Seloua Luste Boulbina

Un ouvrage de 2015 disponible sur Amazon ou FNAC

« Me demandant comment introduire au mieux une réflexion sur le devenir décolonial, il m’a semblé qu’un témoignage était sans doute la meilleure entrée en matière. Ce que vivent les gens, ce qu’ils portent en eux mais aussi entre eux, quoique souvent imperceptible, n’est pas toutefois inaccessible. Les troubles coloniaux, les issues postcoloniales, les devenirs décoloniaux ne sont pas seulement des événements historiques, des phénomènes politiques. Ils sont, également, des perturbations ou des améliorations de la communication, en soi et entre soi. »

Seloua Luste Boulbina introduit ainsi son texte qu’Achille Mbembe commente de la façon suivante dans la préface qu’il en donne : « L’histoire, la langue et la colonie sont, dans ce texte sobre et incisif, mis en relation avec l’architecture (intérieure), la politique (interne), l’espace sexué et le genre dévoilé. Seloua Luste Boulbina se démarque de toute une tradition de la critique aussi bien anglo-saxonne que francophone (...)

Elle inscrit son effort théorique et méthodologique dans la logique de la vieille injonction de se connaître soi-même, qui implique la reconnaissance de l’émergence du sujet comme expérience d’émergence à la parole et au langage, et par ricochet à la voix. (...) Plus qu’une doctrine, c’est donc une démarche qui est proposée. Cette démarche fait une large place à l’indétermination, à l’instabilité, à l’hésitation et au mouvement. Mais elle postule également que la postcolonie est, avant tout, un "entre mondes", une relation non seulement externe et objective, mais aussi interne et subjective. »

Un public très attentifs composé de personnes très au fait du sujet.

Un public très attentifs composé de personnes très au fait du sujet.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article