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Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

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Le plus de la rédaction :

Bozu. Il est minuit passé. A 6h, direction Betico pour accompagner mon grand-frère vers sa dernière demeure. Il sera inhumé à Hnatro, le cimetière de la tribu dans la journée de samedi. 
En dessous, un texte compte rendu de notre sortie dans un village de Papua pendant le festival des arts mélanésiens en 2014.
Bonne lecture et à vendredi prochain.  Wws

La sortie dans le village de Tatana.

Le dernier dimanche à Papouasie, nous étions sortis dans le village de Tatana. Une paroisse située à plus d'une trentaine de kilomètres de Port Moresby. Il faut quitter l'autoroute peu avant Ela Beach en entrant sous un pont pour s'y rendre. On roule alors en longeant le littoral. Le paysage ressemble au littoral de la côte Ouest de la Grande-Terre. On y rencontre des villages de pêcheurs avec des maisons sur pilotis bondées de palétuviers.

Notre groupe de chants, avait assuré des taperas pour ce rendez-vous. À l'occasion, pour sûr que nous avions été remplis de chants avec des voix qui filtraient par nos pores. Enivrant, ces voix de femmes très haut perchées contrebalancées par les voix graves des hommes. Harmonique. Surprenant. Ces chants nous portaient vers un monde qu'on aime. Une plénitude. L’être est rempli de tous côtés. Impossible d'en échapper. J'aime.

C'était à la demande des religieux responsables de la paroisse. Ils exhortaient alors la troupe de donner le meilleur d’elle-même. Chaque groupe a alors pris le défi à bras-le-corps. Je peux dire que les jeunes de Kejëny ont déroulé le grand jeu. Qu'ils se la jouaient. Sans complexe. Même topo. Même assurance. Ils se sont donnés à cœur joie sur l'asphalte. Les Kejëny vibraient au rythme endiablé de la caisse. Le public qui avait fait un cercle au milieu duquel les artistes jouaient. Un public d'enfants, de vieux, de riches, de pauvres et même de chiens. Tout ce que le village avait de retenu était sorti sur la place ce jour-là. Un grand jour pour tous. Le village mais aussi pour nous. La communion des êtres. Tendu jusqu'au bout des nerfs. Les danseurs assuraient. Les cris de guerre fusaient de la piste. Ils battaient le coaltar de leurs pieds comme nos vieux sûrement sur ce même sol. Ils défiaient les esprits de l'endroit. Les gens des hauts plateaux de Drehu ont pris possession de ce lieu où la mer venait lécher les pieds des maisons sur pilotis qui portaient les autres villageois qui sont sortis sur la plate-forme avancée de leur porte. Le spectacle était suivi comme des gradins. Les artistes dansaient, en se libérant comme des bêtes enfermées sorties de leurs enclos. Ils se lâchaient et ils allaient vers le public en lançant leur regard de démons  pour effrayer les petits qui s'avançaient trop près de la scène. Ses enfants riaient en se repliant en arrière dans le public. Chacun était transporté vers ses années enfantines. C'était peut-être cela la communion. Une joie explosive qui s’offrait à nous sur le visage de ces enfants. Une joie partagée pour communiquer la joie de vivre que la délégation était venue apporter. Le ciel était aussi de la partie. Surtout que pendant le service dominical de la matinée, il avait plu. C'était pour nous rafraîchir pour que les danseurs se donnent à fond et pour qu'ils soient bien suivis. Tout vibrait gaiement dans ce lieu où la misère se vit au quotidien. Le show des iliens contre un peu de paradis sur terre. Dieu était descendu ce jour-là. On était heureux, on était joyeux. Après la prestation, le public fut convié sur la piste par un morceau de musique bien de chez nous. Gurejele suivi de Relative qui prenait son envol. Marisena la miséreuse dans une composition qui incite à voyager. Mère de Dieu ! Après le show, nous sommes allés dans la salle de partage pour prendre le repas en notre honneur préparé par les mamans. Dans la petite rue qui mène vers le temple du village, il y a une plaque commémorative fixée contre la paroi d’un mur. Elle rappelle qu'en ce lieu, des missionnaires de la LMS avaient foulé le sol de ce lieu en 1872. Je me disais que nos arrières grands-pères étaient sûrement dans le groupe. Ils étaient arrivés à Orub dans le détroit de Torrès en 1871 avec le révérend père Mac Farlane. Surement, qu'ils étaient dans cette campagne d'évangélisation à mettre leurs pieds sur les bords de la mer de ce petit village de la Papouasie. Nous ne faisions que marcher alors sur les traces de nos ancêtres. Ils avaient quitté les iles Loyauté pour le travail de Dieu.

Après le repas, nous avons donné le geste d’au-revoir avant de redescendre vers les bus qui nous attendaient pour le retour. Nous étions arrivés au campus avec les phares allumés. C'était déjà la nuit.

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