Le billet d’humeur de Ibn Khaldoun Sören Platon, une rubrique spéciale confinement. Humeur 15 et 16

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Par les confinements qui courent, quelques humeurs futiles…  surtout par les confinements qui durent longtemps

Humeur 15 Un peu de polémique

J’avais décidé de ne pas me mêler des administrations en temps exceptionnel de gestion de crise sanitaire, économique, sociale et mentale. Les personnels de la main gauche de l’État (pour reprendre l’expression de Pierre Bourdieu directeur d’une somme collective La France parle. La misère du monde), aide-soignant.e.s, médecins urgentistes ou pas, tous les invisibles qui travaillent contre la pandémie. Il est hors de question de tirer sur l’ambulance. Toutefois à entendre certains discours dont je ne nommerai pas les auteur.e.s, on est en droit de se questionner des amalgames et les procédés frôlant l’imposture. Si vous critiquez ce que je dis, vous remettez en question le travail que nous faisons pour la santé publique. Ainsi un haut responsable dit « politique » - on devra questionner le sens conféré à ce mot-valise de « politique » - finit une interview sur des certitudes qu’ils présentent comme n’étant pas « politiciennes ». Signifiant par-là que ce qui est dit par sa voix est politique au sens grandiose du terme. L’expérience de la pandémie lui a fait acquérir deux certitudes : 1. Nous ne sommes pas seuls au Monde et la Nouvelle-Calédonie n’est pas une partie isolée du Monde et 2. La Nouvelle-Calédonie dans le Monde a besoin de la France, nation puissante qui aide la Nouvelle-Calédonie en tant que crise. Vous voyez le paralogisme et tour de passe-passe rhétorique. Si vous critiquez ces énoncés, vous critiquez le travail accompli pour lutter contre la pandémie. On a envie de dire à l’auteur de ces propos de lire Glissant sur le Tout-Monde et Tjibaou sur les systèmes relationnels des interdépendances des archipels d’Océanie. Mais cet homme conservateur de droite ne doit pas lire ces auteurs. Juste une remarque : je ne suis pas convaincu que les communautés océaniennes et peuple kanak se positionnent pour une souveraineté de Kanaky-Nouvelle-Calédonie contre la France. Je pense que le lien la relation l’interdépendance entre la Nouvelle-Calédonie et la France doivent être recomposés et renégociés.

Humeur 16 Sans commentaire! 

Voici plusieurs citations autour desquelles je brode/borde ce texte.

Après coup, tisser/tresser sont des jeux de langage dont l’écriture fait partie. Ces textes sont de Barthes et Foucault. Auteurs qui se connaissaient bien au point que certains biographes évoquent une brève amitié homosexuelle de jeunesse (Didier Éribon ; David Macey). Michel Foucault avait introduit Roland Barthes au Collège de France.  Il en avait fait de même pour Pierre Bourdieu et Pierre Hadot. J’avais suivi les cours remarquables du dernier qui traduisait et commentait les Ennéades de Plotin à l’École Pratique des Hautes Études à Paris. Je rédigeais alors un mémoire de maîtrise « Le statut de l’âme et de l’intellect selon Platon et Aristote » sous la direction de Pierre Thillet, universitaire érudit et traducteur d’Alexandre d’Aphrodise qui plus est expert de la philosophie scolastique et arabophone. Les deux citations de Barthes sont extraites du Plaisir du texte tandis que celle de Foucault provient d’un des derniers textes « La technologie politique des individus » paru de son vivant aux États-Unis en 1982 puis de manière posthume aux États-Unis en 1988 et 1994 en France.

1. Roland Barthes Le plaisir du texte, Paris Seuil/Points 1973.

2. Michel Foucault « La technologie politique des individus » (« The Political Technology of Individuals » ; université du Vermont, octobre 1982 ; trad. P.-E Dauzat, in Huston (P ;H.) et Martin (L.H.), éd. Technology  of The Self. A Seminar with Michel Foucault, Amherst, The University of Masachusetts, 1988, pp. 145-162) pp. 813-828 dans Dits et Écrits 1954-1988 IV 1980-1988 édition établie sous la direction de Daniel Defert et François Ewald 

Roland Barthes sur Plaisir/Vérité

« Si j’accepte de juger un texte selon le plaisir, je ne puis me laisser aller à dire : celui-ci est bon, celui-là est mauvais. Pas de palmarès, pas de critique, car celle-ci implique toujours une visée tactique, un usage social et bien souvent une couverture imaginaire. Je ne puis doser, imaginer que le texte soit perfectible, prêt à entrer dans un jeu de prédicats normatifs : c’est trop ceci, ce n’est pas assez cela ; le texte (il en est de même de la voix qui chante) ne peut m’arracher que ce jugement, nullement adjectif : c’est ça ! Et plus encore : c’est cela pour moi ! ce « pour moi » n’est ni subjectif, ni existentiel, mais nietzschéen (« … au fond, c’est toujours la même question : Qu’est-ce que c’est pour moi ?... »). Le plaisir du texte p. 24

Roland Barthes sur la liberté textuelle

« Le texte est (devrait être) cette personne désinvolte qui montre son derrière au Père Politique. » Le plaisir du texte p. 84.

Michel Foucault sur la manière dont les États traitent « ses » populations

« La population n’étant jamais que ce sur quoi veille l’État dans son propre intérêt, bien entendu, l’État peut, au besoin, la massacrer. La thanatopolitique est ainsi l’envers de la biopolitique. » Michel Foucault « La technologie politique des individus » p.826. 

Relisant Barthes, je tombe sur un carton d’invitation servant de marque-page au livre Le Plaisir du texte.  

Au recto, on lit :

« En savoir plus sur… La Beauté Histoire de l’Art/Expo/Conférences lundi 13 août à 18h00 Théâtre de Poche Centre d’Art, 6 boulevard extérieur Nouméa. Avec une reproduction miniature de Jean Dubuffet de 1947 « Plus beaux qu’ils croient ».

Au verso :

« La Beauté conférence d’histoire de l’art lundi 13 août à 18h00 animée par Hamid Mokaddem, philosophe. « La beauté est-elle affaire de goût ? Est-elle une essence invariable ou dépend-elle des canevas que l’histoire et la norme culturelle imposent aux opinions ? Des questions posées dès l’Antiquité que la période contemporaine réactive sous d’autres formes et qui seront la ligne directrice de cette conférence.

Exposition du 13 au 26 août proposée par l’association Fluctua Nato, Maëva, Madjane, Dominique Marinet-Carrier Aline Mori Patrice Kaïkilekofe Julien Herby Mathieu Venon Yvon Jauneau et leurs invités…

Vernissage le 13 août à 19h00 (entrée libre et gratuite). »

Marque-page oublié ou plutôt resté dans le livre de Barthes délaissé. Je ne sais plus en quelle année c’était. J’avais cité lors de la conférence  le texte que j’intitule « plaisir/vérité/jugement de goût ». J’avoue que lors d’une évaluation, comme on dit de nos jours, en classe terminale, Christian Jambet, professeur de philosophie au lycée Jacques Amiot d’Auxerre avait donné ce texte à commenter. À mon tour, professeur au lycée Lapérouse, j’avais fait de même avec mes élèves.

J’habite proche d’une rue dénommée « Yvon Jauneau » décédé depuis. Mathieu Venon me rendant visite m’avait signalé ce fait. La conférence, je l’avais faite à l’invitation d’Aline Mori, artiste peintre et ancienne collègue au Lapérouse. Tout ceci ne nous rajeunit pas ! Mais confirme la vitalité culturelle par le biais associatif. Grâce à Aline, j’avais pu être introduit dans ce milieu que je ne fréquentais pas. Je regrette de n’avoir pu vouloir m’attarder au moment festif qui suivait la conférence. En sortant, je croisais le compagnon d’Aline dont le physique me faisait penser aux personnages de Tintin ou Rouletabille. Il arrivait en retard avec une jeune femme d’une beauté époustouflante. L’ascétisme me privait d’une conversation.

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