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Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

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Le plus de la rédaction : Bonne lecture à vous. Wws

Bozu. 

Cela me fait très drôle de vous envoyer Nuelasin à cette heure. Vendredi dernier, je l’ai fait à 1H. A 6h, je prenais le Bético pour Drehu.

Une petite réflexion comme ça pour survoler et partager avec vous l’éducation kanak des enfants dans l’ancien temps aux îles Loyauté. Tout ça n’est pas approfondi. Je publie pour enclencher des réflexions comme des scintillements d’étoiles épars dans le firmament. Ensemble, nous finirons bien par amener les réflexions au grand jour et nous finirons par briller comme des soleils. N’est-ce pas ?

Bonne lecture à vous de la vallée où il fait toujours froid même les matins ensoleillés. 

Wws 

L’éducation 

Les enfants kanak grandissent dans une culture où ils sont aussi le centre des relations. Le nom se réfère toujours à un lieu-dit, un tertre. Il définit ainsi l’être par rapport à son entourage.  Le terme d’individu n’a de sens que dans le rapport à un groupe. Par le nom, l’enfant occupe déjà une fonction dans la société. Il occupe d’abord la fonction d’enfant parce qu’il est jeune. Il est plutôt vu comme « un vide à remplir »[1], il doit respect aux grandes personnes qui lui doivent une éducation. C’est à la lignée maternelle à qui revient cette tâche. L’enfant kanak se destine ensuite, dès sa naissance à occuper un rôle dans la société. Il reçoit ainsi une éducation pour le rôle auquel il est appelé à exercer dans sa vie future.

La terre dans la société kanak occupe un rôle important. Elle est sacrée. L’être humain se définit par rapport à elle. « L’homme n’est jamais individu ; il est le noyau d’un ensemble. Il est le centre de relations et il a un rôle à jouer dans un centre de relations données. » [2]Ce sont des contraintes, des obligations, qui font qu’il y a continuité. La séparation, la coupure ne sont pas des concepts de la culture kanak. « On thésaurise les relations. Cela veut dire qu’il faut tisser des relations, qu’il faut investir dans la construction et l’harmonie du système. (…) On donne de la sagesse, du bien, de l’accueil en permanence. On ne peut jamais être millionnaire ; mais les vieux disent qu’en donnant, on met en quelque sorte à la caisse d’épargne… »[3]

 L’éducation dans l’ancien temps

a) L’éducation des filles 

La fille passe la plupart de son temps auprès de ses parents. Au sein de la famille, la mère reste le personnage le plus proche de l’enfant. Elle s’occupe de l’éduquer au travail de femme : aider la mère à s’occuper des enfants en bas âge par exemple ou encore faire cuire la nourriture apportée par le père. Il existe dans les tertres, une case réservée uniquement pour les femmes ; les hommes n’y ont pas accès. La femme la plus âgée du groupe enseigne la jeunesse. Elle complète l’éducation de la maison. Le mariage et les questions de la vie d’adulte y sont professés. C’est un endroit où la jeune fille apprend le rôle qu’elle doit jouer dans le groupe le reste de sa vie. Une volonté d’arracher la jeune fille de l’adolescence et de la préparer au rôle de femme. Future mère oblige. La case est aussi le lieu retiré où dorment les femmes pendant la période de leurs menstruations ou celles qui viennent d’avoir un enfant. Elles sont impures et elles y resteront jusqu’au moment où elles n’auront plus d’écoulement de sang.

b) L’éducation des garçons : 

Le jeune garçon est vite séparé de sa famille. L’éducation est prise en charge par le plus âgé des jeunes[4]. A Lifou (une des îles Loyauté) les garçons se regroupent dans le « Hnehmelöm » ; case réservée aux hommes. Le jeune garçon y reçoit son éducation, une éducation toujours basée sur le respect, mais aussi sur la prise en compte de la hiérarchie existante, exactement comme pour les jeunes filles de leur âge. Le respect du plus âgé ne signifie pas seulement respecter le doyen du groupe. Il signifie respecter le plus âgé que soi. Ne connaissant jamais l’âge d’autrui, ils finissent toujours par se respecter mutuellement. En réalité, c’est le respect de l’être humain qui est le maître mot dans cette éducation. Un mot au sens très fort qui va choquer jusqu’à perdre la vie. Quand on va au bord de mer de l’île de Lifou à Ciolé plus précisément, on tombe sur une terre circulaire surélevée à quelques centimètres du sol. Elle correspond à un ancien « Hnehmelöm ». Des garçons de ces tertres claniques avaient été surpris dans leur sommeil, par un feu allumé par des ennemis, venant du Sud de l’île. Tous avaient péri, brûlés vifs. Les seuls survivants qui avaient réussi à s’échapper du brasier de chairs, étaient revenus sur leurs pas et s’étaient jetés à leur tour dans la fournaise. Ceux-là n’acceptaient pas l’idée de vivre alors que leurs frères compagnons mouraient. L’éducation à la vie sociale fut terriblement inculquée chez ces jeunes gens de Ciolé, que mourir ensemble est aussi valide que vivre ensemble. La vie et la mort chez le kanak font la paire. On vit parce qu’on ne meurt pas et on meurt parce qu’on ne vit plus. La mort étant le prolongement de la vie. Je ne pense pas que ces jeunes miraculés du brasier de chair auraient été accueillis par la société kanak de l’époque. Ils avaient sûrement compris que leur place était parmi leurs « frères » qui périssaient dans la fournaise. C’est le mauvais côté de cette éducation, à mon sens. On s’aime parce qu’on aime la vie. On ne s’aime pas pour mourir ensemble.

Note personnelle : Quand j’ai interrogé le vieux Maten-qatr de Kirinata sur le tertre brulé de l’époque, et de chez lui, il me disait d’une voix tremblotante : « Thupëtresijiö, (homme adulte, que tu es) c’était à ton âge que nos jeunes ont péri. C’était un peu notre manière à nous d’aimer la Vie. S’aimer et mourir ensemble. » Il pleurait. 

  1. [1] Terme de Alain Mougniotte dans son cours sur la Pédagogie Traditionnelle : Nouméa fev. 2001
  2. [2] Entretien que J.M Tchibaou a accordé à Alain PLAGNE le 6 mai 1985. 
  3. Cité par Hamid MOKADDEM dans L’échec scolaire calédonien. p. 49
  4. [3] Id.
  5. [4] Il a un statut. C’est au fait le plus âgé des hommes célibataires. De nos jours on les appelle tous, les jeunes. Le mariage modifiera son statut dans la société. Un homme célibataire de plus de la quarantaine est toujours appelé jeune.

Publié dans Culture Kanak

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