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Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

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Le plus de la rédaction : Bonne lecture à vous. Wws

Bozusë. Un petit texte pour nous lier et une chanson pour vous égayer dans votre lieu de rendez-vous. La traduction n’est pas fidèle. Elle relève plus du phantasme de celui qui vous écrit (hahaéèéèé !!!). Ça ne changera rien aux couleurs du temps. Ici, la pluie nous a rendu visite dans la journée d’hier mais elle n’a pas duré. Les quelques gouttes n’ont pas suffi à faire lever le niveau de la rivière qui, inéluctablement s’assèche. Patiente encore. Jusqu’à quand ? La question est posée. Bonne lecture et bon confinement à vous tous.

Wws

De l’école communale à Tiéta

Le matin du premier jour de la rentrée scolaire est toujours un moment exceptionnel dans la vie d’un écolier. La maison vivait au rythme des enfants. Maman s’était réveillée plus tôt que d’habitude. Emélie était en 5e. Moi, j’allais effectuer ma rentrée en 6e. J’étais pressé d’être devant le professeur, je vibrais à l’idée de parler une nouvelle langue. A la maison, Emélie, de deux ans mon aînée me montrait toujours son cahier d’Anglais. Elle émerveillait ma mère par ses nouveaux mots, surtout lorsqu’elle les prononçait. « How old are you? What your name? It is ten o’clock » et d’autres phrases encore qu’elle prononçait en ponctuant bien. Ma mère et ma grand-mère surtout en étaient subjuguées. Cela encourageait Emélie à toujours progresser. C’était alors comme si elle ne faisait plus partie de la famille. On la voyait déjà assise dans un bureau en train de donner des ordres aux hommes, comme on peut voir dans les films. Grand-mère, l’œil allumé disait que ma sœur irait loin dans les études.

Sept heures sonnaient lorsque nous franchissions le portail. Maman avait garé la voiture sous le flamboyant de chez Kafeat. Nous marchions en compagnie des autres parents et des autres élèves. Emélie marchait devant, son cartable flambant neuf était accroché sur ses épaules. Il couchait bien sur son dos. Maman ne lâchait pas ma main. Elle ne voulait peut-être pas me laisser partir. J’avais remarqué qu’elle feignait d’être à la hauteur de l’événement. L’instinct maternel. Elle pleurait son fils. Sûr. Elle savait que ma sœur et moi allions endurer les mêmes souffrances que l’année passée. Moi, je voulais dépasser Emélie. De toutes les façons, on ne réussirait jamais à changer la mentalité des gens du jour du lendemain. 

Il faut être le centre d’intérêt de la famille. Je me voyais revenir à la maison avec le cartable rempli de cahiers et surtout parlant Anglais. Ma seule motivation.

« Voilà Marcuse. » Me lança-t-on dans la cour. Je reconnus Delphine qui avait aussi fait tout son primaire à Voh, à l’école communale. Elle était venue toute seule. La « Mytho » ; celle qui aimait inventer des histoires de monstres. On était devenu de très bons amis malgré tout, parce qu’elle était aussi rejetée par les autres élèves. Les élèves du village lui menaient la vie dure. On nous reprochait de ne pas avoir de papa. En effet, nous en avons bien un comme tout le monde. Mais, le mien avait quitté ma mère pour vivre avec une autre femme. Ils avaient laissé le village pour Nouméa. Marienne, ma mère vécut seule pour s’occuper de nous. Sept enfants. Ce n’est pas simple. Je suis le troisième enfant. J’aidais beaucoup ma mère. Dès fois, le mercredi après-midi; j’allais à Gatope dans la mangrove pour ramasser des crabes. C’était plutôt extraordinaire pour mon âge. 

« - Alors Marcuse, ça va ? » « - Ah ! Ruben. Toi aussi tu es ici. J’ai vu Juliette avec sa grand-mère. Nous sommes trois du village. » Il se dirigeait vers les classes du haut. Ma mère était déjà venue pendant les vacances pour régler nos fournitures. Toujours en avance. Marienne était naturellement venue seule. Elle fuyait la foule. Les commères du village ne l’aimaient pas. Elles disaient sur elle de mauvaises choses. Je ne pense pas que tout cela est vrai. A l’école, les élèves me ressortaient tout ce que racontaient leurs mères à la maison, au sujet de maman. Evidemment, j’en souffrais. Cela n’avait fait que renforcer ma relation avec Delphine, une des mal-aimés de notre école.

7h45. Une voix se fit entendre. « Nous demandons à tout le monde de se diriger vers le réfectoire. » La salle à côté du manguier. Nous étions parmi les derniers à rentrer. Il ne restait plus de place sur les bancs. Nous nous étions alors dirigés vers le fond de la salle. Les profs et le personnel de l’école se trouvaient de l’autre côté de la balustrade où l’on passait avec le plateau à onze heures. J’avais peur. Je sentais les regards se poser sur moi mais aussi sur maman. Emélie n’avait pas peur. Elle me collait des noms aux visages que je lui montrais. Les anciens. Ils se reconnaissaient de loin. Ils avaient l’air plus dégourdis. Certains parlaient plus fort que d’autres, juste pour attirer l’attention sur eux. 

Après le discours du directeur, l’échange des coutumes se fit. Des tissus et des billets de banque étaient étalés sur une table. Un parent d’élève sortit de notre rang pour remercier le geste ; il s’était adressé à nous, les élèves. Il nous encourageait. Il nous disait de travailler. « Il faut écouter vos éducateurs et vos profs. C’est eux qui nous représentent ici à l’école. L’usine du Nord surplombe votre collège ; pensez. Travaillez pour le pays de demain. » Avait-il dit. Après ce temps de partage, on libéra le monde. Chaque élève gagnait alors sa nouvelle salle de classe où attendait le professeur principal. L’année scolaire de 6ème pour moi venait vraiment de commencer. Une nouvelle année où je devais une fois de plus faire face à la moquerie des autres élèves. 

H.L

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