Le numéro 71 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article. Léopold est de retour

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Le numéro 71 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article. Léopold est de retour

èTéléchargez le dernier numéro de Nuelasin

La rédaction: Heureuse année 2022. Je voudrai m’excuser à vous chères lectrices et lecteurs pour ce long silence. C’aurait pu être un silence définitif vu que j’ai contracté le virus de la covid qui a nécessité mon isolement. Depuis, je me remets mais avec des séquelles comme l’essoufflement qui ne me quitte pas. … Voir la suite dans le PDF à Télécharger suivre le lien

Responsable de la publication: Léopold Hnacipan

Si je ne reprends pas Nuelasin, c’est comme si je suis parti dans le mauvais vent. Non, faut que j’écrive pour prouver à moi-même que j’existe. J’exulte! 

J’aurai pu le faire depuis, mais je ne le pouvais pas. Je rêve beaucoup mais on dirait que cette faculté-là (si c’en était une) m’a quitté. Elle revient petit à petit. L’usage des doigts me revient aussi. Je n’avais pas repris le travail depuis septembre. C’est que je m’essoufflais pour monter les escaliers à côté de la guérite pour aller au collège. 

À l’heure où je vais publier Nuelasin pour repartir, j’ai une grande pensée à celles et ceux qui nous ont quitté. Certains sont des lecteurs fidèles. Oleti. En ce moment, c’est le deuil de la maman des fils Ukeiwe. Cela me va droit dans le cœur surtout qu’ils sont de ma famille mais sutout aussi qu’ils me sont très proches par leur travail qui touche à la littérature. Nous avons les mêmes sensibilités. Qu’ils reçoivent mes condoléances en ces jours difficiles. 

Je reprends aussi en plus du journal, l’écrit (une interview) auprès de mama Waitha. C’est chez elle qu’a vécu Drikona Jean Ukeiwe, lorsqu’il enseignait à Hunöj. C’est de lui, Ataï (combien de temps encore ?), Troni a treijepin lo itre drai hnapane (repris par Reglyss le groupe de l’Hérault) et bien sûr Rozanë. Allez, je vous laisse en espérant vous retrouver vendredi prochain. Wws

Le puits de Hunöj. (suite et fin)

         Je suis chez Mama Waitha[1], ma grande-sœur[2] mais qui est aussi une des grands-mères de la tribu. Elle habite devant le temple. J’allais tout le temps la rencontrer lorsque j’arrivais à la tribu. Elle est une des personnes ressources de l'ancienne génération dont nous avions toujours besoin. Aujourd'hui, Mama Waitha a 79 ans. Elle était née en 1936. Je suis venu cette après-midi pour lui poser quelques questions au sujet de l'eau de la tribu. Je voulais savoir comment les gens de son époque se comportaient et comment l’eau était gérée quand Mama Waitha était arrivée à la tribu en épousant un homme de Hunöj.

Wawes : Et, à cette époque-là comment faisiez-vous pour vous baigner ? 

Mama Waitha : Chacun se baignait avec l’eau d’une seule bouteille et c'était suffisant. Moi, j'avais ma bouteille et pareillement pour les autres. Il n'était pas question de se baigner avec plusieurs bouteilles et de dépenser l'eau comme on le fait au temps d'aujourd'hui.

Wawes : Et vous arriviez à vous savonner tout le corps avec votre manière de vous baigner ?

Mama Waitha : À notre époque, on économisait l'eau et le savon. Et nous étions très propres. Quand je vois la génération de maintenant, je remarque que même après vous être lavés, vous paraissez toujours sales. J'ai l'impression que vous ne savez pas vous baigner. Vous vous lavez, vous vous savonnez et après vous vous essuyez. Et, quand on regarde la couleur de la serviette, elle est sale. Et elle est toute noire parce que vous n'avez pas frotté votre corps d'un linge ou de je ne sais quoi.

Wawes : Est-ce que les gens de votre époque avaient beaucoup de poux dans les cheveux ? 

Mama Waitha : Effectivement, les filles comme les garçons. Ils avaient des poux dans les cheveux mais je ne pense pas que ce soit comme les filles et les garçons de votre époque. Quand on sentait qu’on avait des poux, on pressait du citron dans la chevelure. C'était suffisant. Sinon, on s’épouillait des après-midis entières. Il n'y avait rien d'autre à faire. Les peignes à poux viennent tout juste d'arriver. Comme les autres produits d'ailleurs que nous trouvons dans le commerce.

Wawes : Et les gens des deux bouts de la tribu, Hnyamala et Drepo, venaient-ils aussi pour puiser de l'eau dans le puits à côté du temple[3] ?

Mama Waitha : Le puits en effet était la propriété de toute la tribu. Et tout le monde venait pour puiser son eau. Comme je le disais, chacun venait avec son seau. Une fois qu'ils ont fini de tirer ce qui leur fallait, chacun repartait avec sa bouteille et son seau. Tu sais, si nos vieux n’avaient pas creusé ce puits, je ne pense pas qu’il y aurait eu une tribu par ici ou alors… la vie serait très dure[4].

Wawes : Et pour nettoyer le puits, comment faisiez-vous ?

Mama Waitha : Avant, c'était le vieux Ixöeë[5] qui descendait pour nettoyer le fond. On le descendait parce qu'il était aveugle ou malvoyant. On disait de lui qu’il n'avait pas le vertige et surtout qu’il n'avait pas peur. C'était comme ça. On attachait alors un siège au bout de la corde comme on le faisait pour un seau et on laissait descendre le vieux Ixöeë jusque dans le fond du puits. Il ramassait alors les feuilles mortes, les brindilles de bois mort et de l'herbe sèche qui était tombée dedans à cause du vent et qui pourrissait dans le fond. Il y avait aussi un autre vieux que Ixöeë, c’était Kamenu-qatr.

Wawes : Et comment ce puits avait-il été creusé ?

Mama Waitha : Je ne sais pas. Mais pour le nettoyage, les vieux avaient une technique. Ils descendaient dans le puits le vieux Ixöeë ou le vieux Kamenu, au bout d'un siège à l'aide d'une poulie. Les deux vieux ne descendaient pas directement dans le vide ; de chaque côté du trou il y avait comme des marchepieds que les hommes tâtaient au fur et à mesure qu'ils descendaient.

Wawes : Est-ce que les vieux avaient déjà sorti des poissons, des anguilles ou des bêtes de ce genre de l'eau du puits ? 

Mama Waitha : Du tout.

Wawes : Y avait-il eu des accidents survenus à l'époque liée à l'entretien de ce puits ?

Mama Waitha : Même pas.

Wawes : A qui revenait la tâche de puiser l'eau ?

Mama Waitha : Cette tâche incombait aussi bien aux hommes qu'aux femmes de la tribu. Pour nous ici à la maison, tout le monde pouvait aller puiser de l'eau ; les enfants mon mari et moi-même. Parfois on se retrouvait tous là-bas mais la plupart du temps, c’était juste moi.

Wawes : A quelle heure de la journée vous vous retrouvez au puits pour assurer cette corvée ?

Mama Waitha : À la maison, on allait puiser de l'eau plutôt vers la matinée. Mais la tendance était générale. Toute la tribu se retrouvait au point d'eau. Je pense que c'était parce que le petit chef de la tribu avait décrété qu'on laissait les gens se servir au puits dans la matinée pour leur besoin de la journée après c'était fermé jusqu'au lendemain. C'était encore l’époque de Hmeleu qatr[6]. C’était lui qui avait décidé cela. 

Wawes : N'y avait-il pas de quotas de bouteilles d'eau pour chaque maison ?

Mama Waitha : Non, on pouvait remplir autant de bouteilles que l'on voulait. Pour nous à la maison, on remplissait nos bouteilles qu'on laissait là-bas à côté du puits et après on faisait des allers et retours pour les ramener chez nous. Les gens qui avaient de la force pour tirer le seau du puits avaient beaucoup d'eau aussi. Tu sais, l'eau du puits provient sûrement d'une grande nappe phréatique. Une source intarissable.

Wawes : Et comment tu trouves cette eau comparée à l'eau de nos jours ?

Mama Waitha : L’eau d'avant à mon avis était beaucoup plus propre. Elle était plus claire et au niveau du goût, on ne sentait pas le plastique ni la tuyauterie moderne. Maintenant on sent aussi que dans l’eau il y a des produits qui y sont ajoutés.

Wawes : Avez-vous été malade d'avoir bu cette eau du puits ou vous est-il arrivé de vous trouver face à des personnes qui avaient souffert d'avoir bu cette eau ?

Mama Waitha : Non à vrai dire. D'abord tout le monde était obligé de boire cette eau mais il ne m'était jamais arrivé de penser que quelqu'un puisse tomber malade d'une diarrhée par exemple ou d'une autre maladie quelconque.

Wawes : Est-ce que quelqu'un était venu à l'époque pour analyser cette eau ? Un scientifique par exemple.

Mama Waitha : L'analyse de l'eau n'était jamais arrivée ni dans mon esprit ni dans celui des autres. On ne pensait pas qu'on pouvait tomber malade de cette eau que nous avons bue du puits à côté du temple et cela depuis des générations.

Wawes : Est-ce qu'il y a déjà eu des histoires je veux dire des mésententes ou des querelles à cause de l’eau ?

Mama Waitha : Pas à ma connaissance. Au contraire, ce puits nous rapprochait. Il rapprochait nos familles, nos clans, il n'y avait à aucun moment des problèmes à cause de l'eau. Je trouvais qu'il y avait plutôt une bonne gestion de la denrée mais surtout qu'il y avait de l'amour de l'eau. Tu sais des fois, on n'avait pas besoin de nous déplacer vers le puits de la tribu ; quand on n'avait pas d'eau on demandait à la famille d'à côté, à l'oncle, à la cousine, etc.… avant de nous rendre au puits. 

         Pour se laver, chacun prenait sa douche chez lui. Il n'y avait pas de douche publique[7]. Cette idée-là était venue bien après mais dans les autres tribus. Chez nous, nous n'avions pas de douche pour la collectivité ; les sanitaires qu'ils appelaient. Pour nous laver, nous n’avions besoin que d'une seule bouteille. Et nous arrivions vraiment à nous débrouiller avec.

Wawes : Est-ce que vous aviez du savon à l'époque ?

Mama Waitha : Tu sais, à l'époque nous allions couper des branches de Feja, nous enlevions la peau après nous grattions l'enveloppe jusqu'au cœur. Nous mélangions de l'eau à tout cela et la mousse montait. Il moussait beaucoup. Avec cela on se baignait et on lavait aussi notre linge. On était aussi éclatant que le linge que nous portions.

Wawes : Est-ce qu'il y a eu des histoires d'amour à cause de ce puits ?

Mama Waitha : Je ne sais pas.

Wawes : Je pose la question autrement ; y a-t-il eu des histoires adultérines au bord du puits ?

Mama Waitha : Oui, c'était le cas de Joséphine[8] et du Vieux André. À cause d'accompagner pour puiser de l'eau la femme de quelqu'un d'autre au puits, le vieux André a fini par en être amoureux. Pareillement pour la vieille Joséphine qui n'allait pas au puits avec son mari mais elle allait aussi au champ avec le mari de quelqu'un d'autre.

Wawes : Vous est-il arrivé de puiser de l’eau pour faire boire vos animaux comme des chevaux par exemple ?

Mama Waitha : Ici à la maison, mon beau-père avait cinq chevaux, des mâles et des femelles. À côté, il y avait le vieux Leitre qatr, il possédait un troupeau. Ces vieux-là amenaient leurs chevaux au puits du temple pour les faire s’abreuver.

Wawes : Et, vous ne vous fâchiez pas que les autres fassent boire leur troupeau dans le même puits que vous ?

Mama Waitha : Non. Ils faisaient boire leurs bêtes en puisant l’eau du puits comme nous le faisions pour notre usage domestique. On ne peut pas reprocher aux uns et aux autres de faire boire leur bête à cet endroit. Nous faisions aussi appel à eux lorsque nous avions des charges lourdes à rapporter de nos champs. Dans les coutumes ; ils amenaient leurs cochons pour la viande. Il n'y avait pas beaucoup de maisons qui avaient des bêtes pour les coutumes. Chez nous, mon beau-père donnait un seau par bête et c'était suffisant. Et, il les faisait boire tous les trois jours non pas qu'il pensait à la réserve d'eau qui s'épuisait mais plus parce que c'était difficile de tout le temps aller pour faire boire les bêtes.

Wawes : J'arrivais chez toi et tu n'avais pas d'eau pour m'offrir un café, comment tu aurais fait ?

Mama Waitha : Pour le café nous n'avions pas d'eau. On allait seulement payer sa tasse chez le vieux Leitre qatr. Il avait une réserve d'eau suffisante parce qu'à la tribu il était le seul à préparer le café à cinq francs la tasse[9].

Wawes : Après le puits à côté du temple, apparaissaient de plus en plus des citernes d'eau dans chaque foyer. Qui c'est qui a commencé à creuser une citerne d'eau à la tribu ?

Mama Waitha : Je ne sais pas. Quand je me suis mariée ici j'ai vu qu'il y avait déjà la citerne de la tribu à côté du temple pas loin du puits mais on ne s'en servait pas. Pourquoi ? Je ne sais pas.

Wawes : Une date ?

Mama Waitha : A l'époque du vieux pasteur Mawe[10].

Entretien assuré par Hnacipan Léopold auprès de Mme Vve LUANANA Waitha qatr, le 17 juin 2015

 

Publié dans Culture Kanak

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article