Le numéro 74 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article.

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Le numéro 74 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article.

è Téléchargez le dernier numéro de Nuelasin mais avant on peut lire le petit plus de la rédaction

Bozusë

La bienvenue à une ancienne élève Clarisse que j’ai croisée hier dans une quincaillerie. Elle est aujourd’hui éducatrice dans un collège de la capitale. Elle passait entre les rayons et m’a reconnu même avec le masque. Elle est passée par derrière et m’a fait me retourner : « Bonjour M. Wws, c’est Clarisse. J’étais une de vos anciennes élèves au collège de Tiéta. » Nous nous sommes salués avec les règles de la covid en nous frappant l’un à l’autre le poing et nous avons discuté un moment. J’étais très heureux. Je l’ai remerciée disant que j’étais très content qu’elle n’était pas passée directement. C’était plutôt rare que des anciennes élèves viennent vers moi et m’interpellent. Très ravi. Bonne rentrée à elle et bonne lecture du petit hebdo. Nuelasin. 

En parlant de rentrée. Tiens, y en a une qui revient dans la vallée timidement. Je parle de la covid. J’espère qu’elle ne sera pas aussi sévère que 2021. Mais bon, il faut toujours s’attendre au pire. De nouveaux cas déjà sont à déplorer dans notre petite vallée. Mon Dieu, on n’est pas encore sorti de l’auberge disait-on. 

En plus du numéro 74 de Nuelasin, je joins un récit vécu et un taperas. Ce taperas-là, a marqué toute ma vie. Je l’ai écouté pour la première fois étant enfant, je pense en 1972 ou 1973. C’était lors de la disparition de ma petite sœur. La dernière de toute la famille. Je vous le livre. Il traite d’un nouveau départ avec un cœur très allégé. L’air est très entrainant, je vous jure. Bonne lecture mais surtout bon chant à tous. Wws

Adieu.

Une semaine plutôt, Aschell partit à Tanlo (un îlot de l’extrême nord de la Calédonie) pour le mariage des deux sœurs, Uria et Kulun. A son retour sur la grande terre, il passa un coup de fil à son petit frère pour prendre des nouvelles de leur grand frère. Henri n’allait plus très bien mais il parlait encore. Robert lui dit alors qu’une nuit à Tanlo, leur frère dormait au milieu de beaucoup de femmes, ses belles-sœurs. Il était en plus le seul homme. Henri avait répondu, le sourire au coin des lèvres, mais Aschell avait oublié la réplique. Entre eux, c’étaient des petits pics qu’ils se lançaient. Quoi ? Leur manière de maintenir leur lien amical.

Le dimanche de la première semaine des vacances, Aschell la passa à Djou dans la pointe nord du pays, chez la famille Dah. Ils étaient arrivés de l’îlot le matin de samedi. Le coup de fil passé après à Robert n’était pas bon. Henri est entré aux urgences de Nouville et transféré ensuite au Médipole. Le petit frère disait que leur grand frère avait cessé de s’alimenter. 

La deuxième semaine des vacances, voyait la famille de Aschell à Koumac jusqu’à jeudi. Vendredi c’était le départ pour Nouméa où il s’est rendu directement dans la chambre d’hôpital avec sa femme et Robert. Henri était l’égal de lui-même. Il allait rester là pour quelques temps, et ressortir. Pensaient-ils. C’était son habitude. On parlait, on échangeait. Henri était un abonné aux séjours hospitaliers de courte durée. Quand Aschell est passé dimanche pour la visite, son frère dormait. Profondément. Il demeura pétri sur la chaise à côté du lit du malade. Marienne son épouse, était debout et leur regard convergeaient vers le même visage dont les yeux étaient toujours fermés. 

C’était la visite d’une sœur catholique qui entre-temps avait interrompu le silence qui devenait pesant. Elle était rentrée et a réveillé le dormeur. Elle lui avait dit quelques paroles sûrement les mêmes qu’elle disait à tous les alités. Avant de s’en aller, elle demanda à Aschell s’il n’était pas un pasteur. Cela les fit rire, Marienne et son époux. C’était plutôt bien pour les sortir de leur abattement. 

Le soir de ce même dimanche, la petite famille repassa à l’hôpital pour la dernière visite. Aschell constata que l’état de son frère n’avait pas évolué depuis sa tournée de la matinée. 

Lundi, c’était la rentrée des vacances des deux semaines. Aschell était revenu au collège avec son épouse et sa fille avec la ferme intention de retourner pour une dernière visite dans la semaine. Mais il était déjà fixé sur le sort de Henri. Il voulait seulement dire adieu à son grand frère. 

Au collège, il n’avait pas le temps de penser à la famille. C’étaient les activités de la reprise qui prenaient beaucoup sur son temps de direction. Il passa alors la journée à gérer les sautes d’humeur des élèves et du personnel. Le soir, il repartit vers Nouméa. Avec Marienne et Walea. Aschell voulait laisser sa fille chez une famille de leur relation, mais il se disait qu’au fond, Walea n’allait pas se sentir bien et qu’elle allait tout le temps penser à son grand papa. Ils firent route vers la capitale. 

Aschell allait alors voir le grand frère pendant toutes les heures des visites autorisées. Ce qu’il fit. Il se rendit compte qu’il n’y avait aucune amélioration depuis la fin de la semaine. Il se dit alors que Henri, c’était pour bientôt mais il le gardait pour lui. Mais chacun de la famille qui rendait régulièrement visite au malade, avait déjà idée de la destinée. 

Le dernier soir, il y avait du monde dans la chambre. Hloea, la veuve en puissance, disait ouvertement que la voie de son mari était toute tracée. Elle attendait. Quoi ? L’Imprononçable. Les médecins de l’hôpital avaient déjà autorisé la famille à venir veiller pour accompagner le frère vers là où il doit aller. Hloea lui disait aussi à l’oreille que le médecin traitant avait même prescrit l’ordonnance d’augmenter la dose de morphine pour tranquilliser son frère. 

Quand Aschell lui a dit adieu, Henri était couché sur le ventre, la tête tournée vers sa gauche. Il ne recherchait plus à respirer comme il le faisait auparavant. Aschell conclut que la famille était déjà prête pour le grand voyage. Il était du calme insoutenable pour tous les vivants. Aschell se pencha vers le Grand Voyageur  pour l’embrasser sur la joue gauche et lui dire à l’oreille : « Ejeihëlai !» Il signifie : « Adieu ! » Il se releva pour balayer du regard autour de lui. C’était aux environ de 18h.

Et, tout le monde avait déjà passé beaucoup de temps avec Henri. Il y avait Hloea, Sidonie-qatr, la grande sœur Pauline, Welë, Franck et son épouse. Beaucoup de personnes de la belle-famille. Après s’être excusé et dit quelques paroles du bout des lèvres, il partit. Marienne et Walea le suivirent. Son épouse et sa fille pleuraient en prenant soin de se cacher le visage. Ils arrivèrent dans le nord en plein milieu de la nuit. A peine quelques temps qu’il eut éteint sa petite lampe de chevet que le téléphone sonna. Mamie Hloea : « Papa Aschell, papa Henri est parti, il y a à peine quelques minutes. Ils sont en train de le baigner. » : Disait-elle. Aschell ne parlait pas. Il lui dit seulement merci pour la nouvelle. Il raccrocha son portable et s’endormit.

Hetre wesiula ka traqa 

  • 1. Hetre wesiula ka traqa xuluhë qa hnengödrai/Une parole est arrivée, elle arrivait droit du ciel
  • Hna amamane ngöne etë ngöne umai Joxu/Pour être révélée dans de la pierre sur le mur de la maison du roi
  • Ch) - Asehë ni tuluthiö tuluthiö ngöne itulu/Je t’ai déjà pesé, pesé sur la balance
  • Nge asehë waiö ngöne itulu/Et on t’a évalué sur la mesure
  • Nge tha hace kö eö nyipi hmaloi/Pour ainsi dire que tu n’es pas pesant. Tu es vraiment léger
  • Kapë kilone lo itre huliwaiö Belesaza/Balthasar, ton bilan ne pèse pas lourd sur la bascule.
  • 2. Draniela qaja amamane itre trenge ewekë/Daniel a révélé les paroles 
  • Mene tekel ufaresin Belesaza joxu/compté, pesé, divisé, roi Balthasar
  • 3. Akötresie e hnengödrai kola atre hmekune/Dieu dans les cieux surveille
  • La itre huliwasë fe me troa tuëne fe/Le travail de chacun d’entre nous, et là-dessus il est d’une rigueur impartiale. 
  • 4. Thupëtresiji atrehë eö pengöne la itulu/Homme consciencieux tu es averti du résultat de la pesée 
  • Atre troa amamane itre gojenyisë/Il montre le chemin par où on doit aller.
  • 5. Drei la draine tro shë nyinyap macatre ka hnyipixe/Voici le temps venu où l’on doit faire des résolutions pour vivre la nouvelle année 
  • Nyinyape jë eö trejine hmaloi hë ngazoiö/Allez y frères et sœurs, courez maintenant que vos misères sont allégées.

Publié dans Culture Kanak

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