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Des livres (d’histoire) et nous à la maison du livre de Nouvelle-Calédonie

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Des livres (d’histoire) et nous à la maison du livre de Nouvelle-Calédonie
« Des Livres et Nous », l’émission mensuelle sur la littérature calédonienne a été enregistrée hier soir mardi 27 mai à la maison du livre de Nouvelle-Calédonie, la demeure historique du faubourg Blanchot accueillait des historiens. Les conditions étaient donc réunies pour faire une bonne émission.

 

L’invité d’honneur était Frédéric Angleviel en compagnie de deux historiens calédoniens et d’Agnès Brot épouse de notre Haut-commissaire qui est la petite fille de l'ancien ministre Edmond Michelet. Madame Brot a écrit un livre remarquable sur son illustre grand-père mais aussi sur les femmes missionnaires avec Héroïnes de Dieu : l'épopée des religieuses missionnaires au XIXe siècle. Elle avait donc toute sa place dans cette soirée où il a été beaucoup question de missionnaires. L’animation musicale était assurée par Francis Gaillot Chanteur pianiste et directeur adjoint, responsable artistique de l’école de musique de Nouméa. Le présentateur était Cris de NC 1er devenu le monsieur littérature de la télévision.

Pour démarrer l’émission Pierre Faessel le chroniqueur obligé a lu un éloge plein d’humour de l’invité Frédéric Angleviel. Bien que retenu au Mont-Dore pour une question de chaussée mal entretenue de la route du Sud. Il était là grâce à la magie de technologie et l’aide de Gilles Marsauche, directeur de l'antenne radio de NC 1ère.

Des petits fours et un pot de l’amitié offert par le directeur de la maison du livre Jean-Brice Peirano accompagné par Frédéric Ohlen le président de l’association après cette émission ont été appréciés des invités et du public pour réchauffer une atmosphère fraiche de cette nuit en début de l’hiver tropical qui s’annonce rude, au moins du 15 °C paraît-il.

Duscours d'ouverture de Pierre Faessel lu par Gilles Marsauche
Duscours d'ouverture de Pierre Faessel lu par Gilles Marsauche
Duscours d'ouverture de Pierre Faessel lu par Gilles Marsauche
Duscours d'ouverture de Pierre Faessel lu par Gilles Marsauche
Duscours d'ouverture de Pierre Faessel lu par Gilles Marsauche

Duscours d'ouverture de Pierre Faessel lu par Gilles Marsauche

Publié dans Maison du livre NC

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Le Prêtre et le Juge

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Un entretien du père Roch Apikaoua avec le magistrat Jean-Paul Briseul.

Roch Apikaoua est né à Yaté le 5 octobre 1955. Il est prêtre du diocèse de Nouméa en Nouvelle-Calédonie. De 1978 à 1985, il fait ses études au séminaire de Suva (îles Fidji). Le 15 décembre 1985, il est ordonné diacre à Mahamate-Balade, commune de Pouébo. De 1985 à 1987, il exerce son ministère diaconal à Thio. Le 18 décembre 1987, il est ordonné prêtre à l’île des Pins. De 1988 à août 1990, il est prêtre à La Conception, commune du Mont-Dore. De septembre 1990 à juin 2001, il est curé de l’église du Vœu. De septembre 1995 à juin 1996, il effectue une année de formation à l’Institut catholique de Paris.

 Depuis juillet 2001, il est administrateur de la cathédrale de Nouméa. En 1997, il est nommé vicaire général de Mgr Calvet pour l’archidiocèse de Nouméa.

M. Jean-Paul BRISEUL était premier conseiller du corps des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel, est à la retraite depuis le 19 mai 2014.

Couverture du livre
Couverture du livre

Couverture du livre

Publié dans Ecrivain calédonien

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Foule à Nouméa pour la causerie et les dédicaces de Quintet de F. Ohlen

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Carton plein pour Frédéric Ohlen
Ce mercredi 21 mai restera dans les annales de la librairie Caledo Livres. La petite librairie était pleine comme un œuf. Une bonne partie du public venue pour les dédicaces et la causerie de Frédéric Ohlen est restée debout jusqu’à la porte d’entrée. Frédéric attire les foules avec son roman. Le bouche-à-oreille et la bonne promotion démarrée depuis quelques semaines fonctionnent à merveille. Best-seller est maintenant l’expression consacrée pour qualifier Quintet.

 

Quintet mérite cet accueil, le livre est passionnant et fort bien écrit. Frédéric Ohlen, intarissable pour parler des personnages de son livre et de sa rencontre avec Antoine Gallimard, a emporté son auditoire. Il donne l’impression de tout connaître de notre île de ses mœurs et ses coutumes tellement il parle avec brio de notre région Pacifique.

Quintet, pour ceux qui n’ont pas encore entendu Frédéric Ohlen ou qui n’ont pas lu les résumés, n’est pas un livre sur la musique mais l’orchestration de cinq personnages authentiques du début de la colonisation que le maestro Ohlen a mis en musique avec des mots. Ce roman pays, Pacifique, devrait faire encore mieux connaître la Nouvelle-Calédonie, notre petit morceau de France australe, aux lecteurs de l’hexagone mais aussi apporter un éclairage sur l’histoire calédonienne. La lecture de Quintet est aussi bénéfique au niveau de la compréhension des méandres de nos racines et agir comme un rempotage culturel. La recherche d’identité est une quête permanente toutes les communautés confondues sur le Caillou. Ce livre aidera surement à légitimer sa place dans ce destin commun que nous partagerons encore longtemps entre les Océanien et les autres ethnies que l’histoire a fait échouer ici.

Comme le dit si bien Jean-Christophe Ruffin : « j’ai toujours pensé qu’il n’y avait pas de survie sans tradition. Tuer son passé, c’est se priver d’un avenir propre. Ce qui vaut dans les forêts de l’Amazonie ou dans les îles du Pacifique vaut aussi pour nous. »

Ce livre de la collection "continent noir" est un livre écrit par un blanc qui s’adresse à tous car les personnages du livre sont bigarrés comme la population calédonienne. Frédéric Ohlen a une grande connaissance de l’histoire calédonienne et des peuples du Pacifique ce qui rend son livre incontournable. JP

Foule à Nouméa pour la causerie et les dédicaces de Quintet de F. Ohlen
Foule à Nouméa pour la causerie et les dédicaces de Quintet de F. Ohlen

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Quintet le best-seller calédonien 2014

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Frédéric Ohlen  photo © Catherine Hélie, Éditions Gallimard, 2014.

Écrivain, poète, éditeur, enseignant, Frédéric Ohlen est né en 1959 à Nouméa. Il vit ses premières années dans la ferme de son grand-père. Il y apprendra l’amour des mots et du monde.

Président de la Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie, fondateur des Éditions l’Herbier de Feu, auteur de recueils poétiques, de nouvelles, il écrit aussi pour le théâtre.

C’est l’une des voix majeures de l’Océanie d’aujourd’hui.

Frédéric Ohlen a ainsi publié – pour les autres – une quarantaine d’ouvrages qui vont du roman au récit de vie, en passant par l’anthologie poétique ou l’album jeunesse. Lauréat du Salon du livre insulaire d’Ouessant (2001) et du Salon international du livre océanien (SILO, 2005), il a animé l’Unité d’Enseignement et de Recherches 5, « Production d’écrits », à l’Université de la Nouvelle-Calédonie. Son récit Premier Sang (Grain de Sable, 2001) a été traduit en italien (Stampatori, 2002, Turin). À l’occasion de la Semaine de l’Océanie (2006), ses textes ont été lus à la Comédie-Française par Laurent Stocker (César du meilleur espoir masculin, 2008).

En 2009, Frédéric Mitterrand le fait chevalier des Arts et des Lettres.

En mars 2014, les Éditions Gallimard (collection Continents noirs) ont publié Quintet, son premier roman.

L’ouvrage sera présenté le mercredi 21 mai 2014, à 18 h, à la librairie Calédolivres, 21 ter, rue Jean-Jaurès. Séance de dédicaces le samedi 24 mai, de 9 h 30 à 11 h 30, à la librairie As de Trèfle (13, rue du Dr Le-Scour, Quartier Latin).

Quintet, roman historique et livre d’aventures

Nous sommes au milieu du XIXe siècle, au cœur du Pacifique. C’est l’époque de la Ruée vers l’or en Australie, le temps aussi des blackbirders, des trafiquants d’esclaves qui raflent parfois des populations entières et les déportent vers les mines d’argent péruviennes ou vers les champs de coton et de canne à sucre, dans les plantations du Queensland ou des îles Fidji.

En 1853, sur ordre de l’Empereur Napoléon III, l’amiral Febvrier-Despointes a pris possession de la Nouvelle-Calédonie. Un an plus tard, Tardy de Montravel fonde Port-de-France, qui deviendra Nouméa. Une capitale précaire de quelque cent cinquante âmes, fort et hameau convoitée par Kuindo, chef kanak qui règne sur le Sud.

Et l’histoire commence… Après avoir fui leur ville natale quasiment détruite par un gigantesque incendie, deux citoyens de Hambourg, recrutés à Sydney, s’installent à Paddonville, à 20 km du chef-lieu. Des colons atypiques et un couple qui ne l’est pas moins ! Il y a d’abord Maria, sage-femme qui sillonne ces terres rouges, sans lumières et sans routes, pour soigner les Océaniens victimes des épidémies. Puis survient Heinrich, lui qui, sans le connaître, a fait pour ce Nouveau Monde un grand rêve : créer ici, au nez et à la barbe des missionnaires, la première école laïque ! Pour l’aider dans cette vaste entreprise, il convainc Monsieur Gustin, un jeune instituteur, Wallon né et formé à Namur, de le rejoindre.

Choc des mondes. Traversée des apparences. Les choses tournent mal. La situation dérape. Les facteurs disparaissent. Les récoltes sont dévorées par des vols de criquets. Le Ciel lui-même semble se rebeller, puisque des aurores boréales marquent à leur manière l’entrée, de gré ou de force, de cet océan pas si Pacifique dans une nouvelle ère.

Au Temps du Rêve, aux liens subtils qui lient depuis toujours l’homme à la mer, à la mémoire collective, aux esprits-totems, s’opposent désormais l’idéologie européenne, sa vision de l’avenir. Fidély, Tête-pointue, surdoué héritier d’une longue tradition, témoigne de l’intérieur de cet âge farouche. Une guerre qui l’amènera à se trahir lui-même et à commettre, peut-être, l’irréparable.

Au final, un juge, le capitaine Charles de Rieu, rend son verdict, et de fausses conclusions en faux attendus, ce magistrat intègre n’atteindra jamais qu’une demi-vérité, une équité à haut risque qu’il paiera de bien des façons... Cinq voix s’unissent ici pour brosser le portrait d’un monde disparu, celui des derniers porteurs d’utopie.

Frédéric Ohlen

« L'aventure ne fait que commencer ! »

Endemix : Pourquoi avoir attendu si longtemps pour écrire un roman?

Frédéric Ohlen : Aux jeunes écrivains, François Nourissier, ancien président de l'Académie Goncourt, avait prodigué ce précieux conseil : « Surtout, ne donnez jamais à publier votre premier livre ! Attendez autant que vous pouvez. » C'est ce que j'ai fait.

Endemix : Les précédents abordaient la même thématique?

F. O. : Rien à voir ! Je ne peux pas concevoir d'écrire exclusivement des fictions se déroulant en Calédonie. Comme je ne peux pas rester focalisé sur un seul personnage. Pour moi, un roman doit être profondément polyphonique et choral. D'où ces cinq histoires successives avec un tempo particulier pour chacune des cinq voix. La musique m'a toujours nourri. Entre l'espace romanesque et la poésie, le lien qui me passionne, c’est l'art du rythme, du mouvement, de la pulsion.

Endemix : Doit-on parler ici de « roman historique » ?

F. O. : D'un roman qui laisse une sacrée part à l'imaginaire, mais s'inscrit dans un espace-temps bien réel que je ne saurais violer trop fortement. À travers la figure de Fidély, j'ai tenu à témoigner, pour ce que j'en comprends, d'une certaine vision océanienne, d'une autre dimension, et en même temps lever un coin du voile sur le blackbirding. J'ai vainement cherché des ouvrages en français sur la traite des Noirs dans le Pacifique, qui parlent au professeur d'histoire que je suis censé être.

Endemix : Fidély s'enfuit à Sydney en mai 1864, à l'heure où débarque le premier convoi de bagnards…

F. O. : Oui, le jour où la Calédonie devient une prison…Je voulais évoquer la colonisation avant le bagne. Grand rêve du gouverneur Guillain, c'est un rouleau compresseur qui va tout écraser. Quelque chose de tellement énorme en termes de souffrances qu'on ne se rappellera plus de ce qui existait avant, qui n'était pas forcément mieux, mais constituait littéralement « un autre monde », l'objet et le sujet de ce livre.

Endemix : À quoi ressembleront les suivants ?

F. O. : On est toujours tenté par les sagas, les feuilletons, mais personnellement, j'ai horreur des resucées, pas envie de suivre le filon. Tant mieux si le lecteur a un peu la gorge sèche, s'il manifeste sa frustration. Le monde est vaste, les sujets à traiter nombreux. Pour moi, l’aventure ne fait que commencer ! Je remettrai à Gallimard le prochain manuscrit, en principe, en septembre. Il y sera question, entre autre, de la Seconde Guerre mondiale. Une histoire de vengeance…

Propos recueillis par Jean-Marc Estournès pour le magazine Endemix.

ÉCHOS : PRESSE, TV, RADIO…

C’EST DE NOUVELLE-CALÉDONIE qu’il faut peut-être ouvrir encore plus grands les yeux du lecteur avec la révélation de ce printemps, Frédéric Ohlen, poète, nouvelliste, éditeur [...] publie son premier roman : Quintet, dans la collection Continents Noirs, chez Gallimard. Construit sur une trame polyphonique, ce livre touche aux veines et aux batte-ments du sang du « Caillou ». Une révéla-tion littéraire qui pourrait bien éclabousser de sa lumière et de son écriture ciselée ce qui n’arrivait pas encore à venir jusqu’à nous, une terra incognita. Une apparition de peuples et d’États, des histoires de blackbirders, les bateaux négriers de l’Océanie, cet autre commerce triangulaire méconnu. Nouvel Obs, Caroline Bourgine, Rue 89.

JE REÇOIS FRÉDÉRIC OHLEN, poète, nouvelliste et éditeur, lauréat de plusieurs prix en Nouvelle-Calédonie, pour son premier roman formidable, picaresque, inouï dirais-je, puisqu’il nous découvre les tribulations d’un continent quasiment oublié : Quintet chez Gallimard. France Inter, Paula Jacques, Cosmopolitaines, 25.04.14, en direct du Salon du Livre de Paris.

UN ROMAN MAGNIFIQUE et qui fonde à mon sens l’identité en profondeur de la Nouvelle-Calédonie. Options, n° 595, Jean-Pierre Léonardini.

UN ROMAN À LA BELLE ÉPAISSEUR littéraire, d’identités et de langues mêlées. Un livre historique, d’aventures, d’initiation. Christian Tortel, France TV info, reportage d’E. Morel et B. Blondeel, 24.04.14.

UN COUP DE MAÎTRE ! Dominique Roederer, Paris-sur-Mer, France Ô, 10.04.14.

IL Y A UN CÔTÉ FAULKNER dans Quintet. Un livre porté par l’incandescence de la reconnaissance de l’Autre. Laure Adler, France TV, Tropismes, Épisode 24 : « Drame de l’exil », 30 min. Diffusion : 27.04.14.

UNE ÉCRITURE TRÈS FLUIDE, très belle. On a envie de continuer. Bintou Simporé, émission Cargo du jeudi 20.03.14, Outre-Mer 1re.

QUATRIÈME DE COUVERTURE

« LES BLANCS ONT LEURS PROPRES MOTS pour appeler le monde. Eux, le voient autrement. Dans leur langue, tout est taillé trop petit. Et le monde a du mal à entrer dedans. Il ne veut pas. Il se cache. Fait la sourde oreille. Ça laisse un trou, son départ. Après, l'homme blanc se venge. Sur lui, et sur tout le reste. [...] Ce que je vous propose ? Naviguer ! Dépasser les dernières écluses. Ne plus entendre dans vos cales le choc monotone des pelles, ne plus sentir ce poids qui s'accumule au fil des jours, et vous anesthésie. »

À la toute fin, enfant raflé, enlevé à son île, Fidély se confie. Des blackbirders féroces le font passer, en quelques semaines, du Dream Time à l'âge du fer, de l'oralité à l'écriture. Mais ce roman musical n'est pas une suite pour violoncelle seul. Cinq voix s'y mêlent, cinq vies reliées à la manière d'un quintet de jazz.

De Maria, l'infirmière intrépide, à Heinrich, le bâtisseur, de Monsieur Gustin, jeune instituteur, au très cavalier capitaine De Rieu, c'est toute une frange d'histoire(s) qui s'ouvre à la magie des origines, à la raison laïque, à la passion humaniste, au bonheur comme au blues. Livre d’aventures, récit où l’on sent, entre swing et silences, le battement du sang, voici l'épopée d'un continent oublié, et d'un pays : la Nouvelle-Calédonie.

EXTRAIT : Fidély enlevé par les blackbirders (pages 157-160)

JE VAIS LES TUER TOUS !

Ils m’ont attaché bien sûr. Pieds, poings liés. Aussi étroitement qu’un porc qu’on va sacrifier. Un régime de faveur pour les fortes têtes. J’essaie quand même. Je demande à l’eau de se lever. Je la supplie de briser le bateau. De nous envoyer par le fond, car tout vaut mieux que le sort qu’ils nous réservent. L’eau ne m’écoute pas. Brise favorable. Beau temps insolent. Les rêves font ce qu’ils veulent maintenant. Le monde est muet.

Plus de whale-boulouk.

La seule baleine que je connaisse désormais, c’est celle qui nous a avalés. Le navire des Blancs. Un ventre où nous sommes entassés. Faisceau de poutres arquées comme des côtes. Utérus où nous sommes suspendus. À des crochets de fer. Des menottes.

QUI POURRAIT DORMIR DANS CETTE PUANTEUR ? Dans cette étuve qui nous cuit tout le jour ? Avec toute cette masse humaine alignée, qui se tortille, s’agglutine, me rappelle sans cesse où je suis, me ramène à ma fierté blessée, à ces flaques d’urine sous nos cuisses.

Je suis quarante et je suis seul.

Un animal qui chante. Chiale. Un son bas, profond qui entre en résonance avec les crânes, cherche le point de rupture. Fait vibrer un muscle inconnu. Certains marins craquent. Ils nous menacent du fouet. Alors, ce cri, nous l’enfouissons dans notre poitrine.

D’ailleurs, pourquoi se plaindre ? Ils sont bons avec nous.

Ils veillent sur notre santé.

« PROMENADE ! » HURLE UN MATELOT.

Nous remontons l’échelle. Le soleil nous griffe. La lumière descend en nous comme un acide, ruisselle derrière nos yeux, nous assèche la gorge.

L’unique repas journalier est toujours servi à l’air libre. Ordre du capitaine. Je ne regarde pas l’horizon. Ni les nuages ni les vagues.

Rien à faire du ciel, qui a permis ceci.

Je compte chacun de mes frères.

On nous sert. Une demi-louche chacun. On me gifle pour que je mange.

Je compte. Rien à fiche des haricots.

J’avise un tatoué. Visage émacié. Tête de lièvre écorché.

« Where are the pickaninnies? »

Il me regarde étonné. En principe, les bêtes ne parlent pas.

« Overboard.

Why did you… »

Il dévoile une bouche édentée. Se détourne.

« Dead niggers and kids aren't worth a curse. »

Nous aussi, si nous faiblissons, ils nous jetteront à la mer. Alors, je me force à avaler. Même la vermine dans mon assiette. Je ne veux pas rejoindre les enfants de l’eau. Parfois, on nous remonte des seaux pour nous rafraîchir. La cargaison doit arriver intacte. Billy m’avait prévenu.

SIX JOURS…SIX JOURS QU’ON NAVIGUE.

Combien sommes-nous maintenant ? Trente-cinq ? Vingt-cinq ? Je ne sais plus. Je perds le compte. Tout me fatigue. Penser. Manger. Marcher. Me souvenir. Le plus souvent, je gis à plat, sans souffle ni rêve, insensible à la morsure des puces. Je dors de moins en moins. Je vois des choses. Des lueurs vagues. Des silhouettes. Billy ? Je sens des parfums. Des odeurs d’herbe fauchée. De pluies. De poussière. Le grondement du volcan quand toute l’île se réveille, monte à ses noces de pierre. Une chaleur m’envahit. Réchauffe mes mains. Non, ce n’est pas la terre qui tremble, ni le train de la houle ni le branle-bas des vagues. La gigue des marins qui boivent et font la bringue. Non, sous les solives de chêne, la présence enfin me répond.

Avec Cathie Manné (Book’in Distribution) sur le stand Gallimard

Quintet le best-seller calédonien 2014
Quintet le best-seller calédonien 2014
Quintet le best-seller calédonien 2014

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La femme de Parihaka de Witi Ihimaera

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

La femme de Parihaka de Witi Ihimaera
La plume savante et espiègle de Witi Ihimaera étoffe son texte d’histoire maorie et des mouvements de contestation (il relate la véritable campagne de labours et de désobéissance civile qui aurait inspiré Gandhi), ainsi que de références à L’homme au masque de fer, ou à Fidelio, en passant par la Bible. L’histoire d’Erenora (Leonore) et d’Horitana (Florestan), c’est la grande histoire postcoloniale d’un amour fou entre deux êtres, et entre un peuple et son pays.

L’auteur :

IHIMAERA Witi

Witi Ihimaera fait figure de pionnier dans la littérature autochtone. Ses premières œuvres furent : Pounamu Pounamu (1972), premier recueil de nouvelles écrites par un Maori ;  » Tangi  » (1973), premier roman écrit par un Maori. Écrivain prolifique et directeur de publication, il se distingua par une brillante carrière de diplomate. Ses œuvres comprennent dix romans, cinq recueils de nouvelles, cinq compositions pour orchestre et opéra et de nombreuses anthologies et travaux hors des frontières de la fiction. Il est aujourd’hui professeur d’anglais à l’université d’Auckland.  » The Whale Rider  » est l’œuvre phare de Witi Ihimaera. Une adaptation cinématographique internationalement reconnue en a été tirée par Kiki Caro. Ce roman a été traduit dans de nombreuses langues et a conquis un public nombreux de par le monde.Premier écrivain maori à publier un roman (Tangi), et un recueil de nouvelles (Pounamu Pounamu), dans les années 1970, il s’est inspiré d’une expérience personnelle.

En 1985, se trouvant à New York et à Cape Code, de la fenêtre de son appartement surplombant l’Hudson River, il voit une baleine remontant paisiblement la rivière en soufflant un immense jet d’eau. Cette image extraordinaire lui rappelle ainsi sa ville natale de Whangara, au Nord-Est de la Nouvelle-Zélande, et l’histoire de Paikea, un mythe cher à la communauté maorie à laquelle il appartient. Il se lance alors dans l’écriture de « Pai, the wale rider » à New-York. Et en seulement trois semaines (en 1986), le roman est bouclé.

L’auteur, qui a occupé des fonctions diplomatiques pendant de nombreuses années, enseigne actuellement à l’université d’Auckland. Ses œuvres comprennent dix romans, cinq recueils de nouvelles, cinq compositions pour orchestre et opéra, et de nombreuses anthologies et travaux hors des frontières de la fiction.Une version adaptée à la jeunesse a été réalisée par Witi Ihimaera lui-même, l’ouvrage – en anglais – étant illustré par Bruce Potter. Dessinateur et caricaturiste, portraitiste et illustrateur de livres pour enfants, celui-ci vit au Sud d’Auckland. Il a réalisé, pour cette version « jeunesse » de Pai, des dessins très réalistes qui permettent de bien identifier l’univers spécifiquement océanien de l’histoire.

Prix littéraire

3e des Wattie Book of the Year Awards, 1972, 1er des Wattie Award, 1973 ; Finaliste avec Sky Dancer (2003) pour le meilleur livre du prix South Pacific & South East Asian Region Commonwealth Writers, 2004

Plus sur Vent des îles

La femme de Parihaka de Witi Ihimaera

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HISTOIRE LITTERAIRE DE LA NOUVELLE-CALEDONIE (1853-2005)

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Des ancrages littéraires et identitaires au "destin commun"

Le livre :

Histoire littéraire de la Nouvelle-Calédonie (1853-2005)

La Nouvelle-Calédonie est un territoire littéraire invisible malgré son appartenance au vaste océan de la francophonie. Discrétion ou marginalisation ? La littérature calédonienne existe pourtant. Elle est le produit d’une histoire singulière : celle d’une terre mélanésienne qui deviendra colonie pénitentiaire, Territoire d’outre-mer, collectivité « sui generis »...

Cette histoire littéraire de la Nouvelle-Calédonie permet de comprendre comment l’écriture en français, « transportée » par la colonisation dès 1853, fait souche et se développe jusqu’à révéler un champ littéraire propre. Elle tente de saisir comment cette externalisation de la production de la littérature métropolitaine s’enracine dans le terreau calédonien pour relayer l’apparition et l’exacerbation des consciences identitaires calédonienne et kanak, puis leur dépassement dans l’engagement de bon nombre d’auteurs dans le processus de « destin commun ».

Outre la mise en perspective de l’histoire avec le développement du champ littéraire, l’originalité de ce travail tient dans le fait qu’il met en lumière un corpus de textes peu connus, mal diffusés, révélant la grande richesse du patrimoine littéraire calédonien.

Virginie Soula est née à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) en 1979. Docteur en Lettres Modernes, spécialiste de la littérature francophone de Nouvelle-Calédonie et titulaire d’un DESS de relations interculturelles, elle s’intéresse depuis une dizaine d’années à la question de la représentation culturelle de l’archipel et ouvre désormais son champ de réflexion à l’ensemble des littératures océaniennes.

Date de parution 2014  Date de publication 26/03/2014

HISTOIRE LITTERAIRE DE LA NOUVELLE-CALEDONIE (1853-2005)

Des ancrages littéraires et identitaires au "destin commun"

Conférence de Virginie Soula, Docteur en Littérature au centre culturel Jean-Marie Tjibaou.

La Nouvelle Calédonie est un territoire littéraire invisible. La littérature calédonienne existe pourtant. Elle est le produit d'une histoire singulière. L'histoire littéraire de la Nouvelle Calédonie permet de comprendre comment l'écriture en français, "transportée" par la colonisation dès 1853, fait souche et se développe jusqu'à révéler un champ littéraire propre. Elle montre comment cette externalisation de la littérature métropolitaine s'enracine dans le terreau calédonien pour relayer l'apparition et l'exacerbation des consciences identitaires, puis leur dépassement dans le processus de "destin commun".

Jeudi 15 mai à 18h15 case Eman Entrée libre et gratuite

ADCK

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Philip McLaren écrivain aborigène

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Philip McLaren écrivain aborigène
Philip McLaren de nationalité australienne est né(e) à Redfern un quartier de Sydney. J’ai fait personnellement la connaissance de Philip au SILO de Poindimié en 2007 mais mon anglais étant limité nous n’avons pas pu beaucoup échanger.
Je viens de terminer Tueur d’aborigènes son grand succès littéraire en France et première édition d’un auteur aborigène.

Un livre policier comme je les aime ! Un des meilleurs que j'ai lu. Le livre se lit très vite, des chapitres courts, fluides, découpés entre les différents protagonistes : Lisa, Gary, Evelyn et le tueur. La grande trouvaille de l'auteur est d'avoir écrit le livre à la 3e personne, sauf les chapitres du tueur qui sont à la première personne ! Résultat, une impression de malaise et de glauque assurée ! De plus l’Australie ainsi que la condition des Aborigènes de l’île continent est parfaitement décrite. L’Australie est une destination très courue des Calédoniens. Je viens de raccrocher le téléphone ma fille Stéphanie y part aujourd’hui 1er Mai. J’ai un frère pâtissier à Melbourne et mes parents avaient la double nationalité, ils y ont vécu de nombreuses années. C’est dire le plaisir que j’ai eu en lisant un auteur du Pacifique, de chez nous. J’avais lu son roman, Utopia, édité par une maison calédonienne que j’avais apprécié et j’avais oublié de lire Tueur d’Aborigènes. J’ai rattrapé cette bourde car son succès est effectivement mérité. JP

Biographie :

Premier auteur aborigène de polar à être publié en France, Philip McLaren, issu du peuple Kamilaroi, a publié quatre romans qui ont tous été récompensés en Australie par les prix littéraires les plus prestigieux.

Tueur d'Aborigènes : Une enquête de la brigade aborigène de Philip McLaren édité par Gallimard

En tant qu'Aborigène et en tant que femme élevée dans une société strictement européenne, dominée par les hommes, Lisa avait repéré très vite tous les obstacles érigés devant elle, mais en vieillissant, elle était devenue plus déterminée que jamais à surmonter ces préjugés…

Couverture d'Utopia pour la Nouvelle-Calédonie

Couverture d'Utopia pour la Nouvelle-Calédonie

Utopia traduit par Philippe Boisserand (Nouméa) et édité par les éditions Traversées (2007) dirigée par Anne Bihan en Nouvelle-Calédonie

Résumé :

Le docteur Jack Nugent n'avait jamais aimé regarder les morts et il aimait encore moins les toucher. Il avait malgré tout acquis une profonde connaissance de ce qu'il advenait des restes humains après la mort. Dans la petite communauté d'Utopia, au cœur du désert australien, il allait développer des savoir-faire dont il n'aurait tout simplement jamais eu besoin s'il était resté à New-York.

Philip McLaren en Australie et en Nouvelle-Calédonie en 2007 au SILOPhilip McLaren en Australie et en Nouvelle-Calédonie en 2007 au SILO

Philip McLaren en Australie et en Nouvelle-Calédonie en 2007 au SILO

Publié dans Ecrivain du Pacifique

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