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Causerie chez Calédo Livres autour de l’ouvrage : LE OUI MINORITAIRE, une belle promesse de liberté et de souveraineté.

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Causerie chez Calédo Livres autour de l’ouvrage : LE OUI MINORITAIRE, une belle promesse de liberté et de souveraineté.

Nouvelle-Calédonie le Oui minoritaire

Une belle promesse de liberté et de souveraineté

 

Collection Kanaky-Calédonie, La Courte Échelle / Éditions du Transit, 2019

Reportage, document politique, actualité

 

Lors du référendum du 4 novembre 2018, à la question « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? », 56,7 % des électeurs ont répondu non et 43,3 % oui. Le score des indépendantistes a été plus fort que prévu et a rendu espoir au peuple kanak.

Les textes de ce livret sont ceux d’acteurs impliqués dans le devenir souverain du pays (Hamid Mokaddem, Luc Énoka Camoui, Georges Waixen Wayewol, Aurore Hamene). Un chercheur du Japon (Makoto Katsumata) exprime également son point de vue.

 

Ce livre est disponible chez Calédo Livres au prix de 855 XPF / 7.16€

Publié dans Colonisation

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Une première au haussariat, la remise des insignes d’officier des Arts et des Lettres à l’écrivain Frédéric Ohlen par M. Thierry Lataste, haut-commissaire de la république

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

La remise de la médaille

La remise de la médaille

Frédéric Ohlen écrivain, éditeur et acteur associatif a reçu

les insignes d’Officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

 

Frédéric OHLEN a été honoré pour son parcours, à la fois comme écrivain, comme éditeur, mais également pour son engagement comme enseignant et acteur engagé dans le milieu associatif (notamment auprès de la MLNC et de l'ADAMIC). Il voulait devenir vétérinaire en Afrique mais il a pris une voie bien différente, il n’a pas manqué de rendre hommage à sa famille ainsi qu’à ses collègues enseignants et son directeur de la maison du livre Jean-Brice Peirano avec lequel il a œuvré pour le développement de la littérature pendant plusieurs années. Ce poète, amoureux des mots, après un beau récapitulatif de sa carrière et son œuvre par M. Lataste, a fait un discours flamboyant de sa voix de Stentor qui a fait ployer les micros. Un tonnerre d’applaudissement a la fin du discours et avant l’invitation à quelques agapes a couronné cette belle cérémonie. Les chevaliers des Arts et des Lettres du pays ont maintenant un officier. Ce n’est pas encore suffisant pour faire un régiment de lettrés mais assez pour une petite compagnie (de cavalerie, Frédéric est un cavalier émérite) composée d’érudits calédoniens prête à en découdre pour la défense de la culture et de la langue française dans notre région d’Océanie. JP

Accueil des invités par le futur officier
Accueil des invités par le futur officier

Accueil des invités par le futur officier

Les discours
Les discoursLes discours

Les discours

Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"
Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"

Des images de cette soirée à la résidence "du gouverneur"

DISCOURS PRONONCÉ LE JEUDI 6 JUIN 2019

À L’OCCASION DE LA REMISE DES INSIGNES D’OFFICIER DES ARTS ET DES LETTRES

PAR M. LE HAUT-COMMISSAIRE DE LA RÉPUBLIQUE EN NOUVELLE-CALÉDONIE

 

Monsieur le Haut-commissaire

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Si j’accepte ce soir cet insigne, c’est pour aussitôt le rendre à la Nouvelle-Calédonie, à cette île qui m’a, pendant si longtemps, nourri et inspiré. Qu’elle en soit, par-devers moi, la seule détentrice, et la seule honorée.

Et puis, je vous l’avoue, M. le Haut-Commissaire, j’ai du mal à me reconnaître a priori, aussi excellents qu’ils fussent, dans ce portrait et dans cet éloge. N’y aurait-il pas erreur sur la personne ? Un double assez méphistophélique n’aurait-il pas, dès le berceau, pris ma place ? Ne m’aurait-il pas, par je ne sais quelle fierté dévoyée, forcé à grandir à sa façon ? Moi qui voulais être, enfant, vétérinaire en Afrique, voyez comme je suis loin du compte ! Jugez de ma déconvenue… Devoir remplacer les hippos par les éditos, Daktari par Dickens, et préférer à tout jamais Albert Camus à Albert Schweitzer !

Oui, tout semblant de réussite masque toujours la fin d’un rêve. Et toute honte bue pour cette déchéance que j’assume, je voudrais rendre hommage à ma famille ici rassemblée : mère, sœurs, cousins, cousines, qui ne représentent pas, tant s’en faut, mon fan-club au complet.  

Je voudrais saluer aussi mes collègues enseignants. Ils ont – je pèse mes mots – toute mon admiration. Sans eux, nous n’aurions plus de forces sur le Front. Et je le dis sans trembler, avec la gravité de ceux qui savent à quel point les murs de nos cités sont fragiles. À terme, pas une cathédrale, pas un corps n’échappe aux brûlures de l’Histoire. Pour les sauver, les arrimer au mieux en soi, dans le sol et le Ciel, sur la terre et dans les consciences, il y a des gens plus importants que les commandos de marine ou les canons Caesar. Et vous, frères humains qui avant nous vivez, vous les écrivains, pas si veaux au fond, pas si vains, re-liez-nous encore, invitez-nous à rester ensemble, unis par les mêmes valeurs, avec douceur, soit, avec aussi la brusquerie de ceux qui sont en transit, pas en transat !

À vous voir à l’œuvre au jour le jour, gardiens du savoir ou conquérants de la Joie, il me vient la certitude de ne m’être pas trompé en choisissant d’enseigner. Aujourd’hui, je peux dire j’étais là au milieu et au nom de tous les miens. Ceux qui m’ont donné, avec le pain, le goût de la parole. Cette prétention dérisoire de tenir en tous lieux la dragée haute au silence. Tâche sans cesse recommencée : repousser le chaos.

Dans ces conditions, en ce siècle écrire, c’est se mettre à vif, à cet instant précis où l’on prend tous les coups. L’exact contraire du bunker. Une manière d’oreille absolue. Cet art, jamais consommé, de toucher l’autre. Une affaire de rasoir et de spadassin.

Alors ? Inutile, stérile la littérature, ces précieux mots « dont les baisers nous font penser qu’ils ont des lèvres » [1] ? Tout n’a-t-il pas déjà été dit  ou écrit ? Ou bien faut-il encore, avec Bobin et Voronca, Baudelaire et Pasternak, à leur suite et comme malgré eux, tenter d’écrire « pour que rien n’obscurcisse la beauté de ce monde ? Pour que la souffrance n’enfonce plus ses griffes dans nos gorges. Pour que la lâcheté et la haine n’étendent plus sur nous leur nuit » [2]. Écrire, oui, pour « rejoindre cette paisible force jubilante / quand fusionnent les contraires / que tout converge et s’accorde » [3].

À l’heure où tous les experts, climatologues et déclinologues divers, nous martèlent que tout va à vau-l’eau, que tout conspire à l’Extinction : mots, espèces, voix, planète, quand l’Abîme semble s’ouvrir sous nos pieds, souvent une parole nous prend par la main. Et si le sage, Siddhârta du futur — je vous parle d’un temps où il n’irait plus seul, calme orphelin parmi les soldats — n’était plus un maillon de la Guerre éternelle ? France, mère des Arts, et non des armes et des lois. Et pour nos cœurs, ce seul combat : foin des héros, des faux prophètes, juste « chanter en chœur », et chanter juste, disait au seuil de son dernier voyage, Nidoïsh Naisseline, le grand-chef de Guahma.

Tant pis, Afrique, adieu ! Nous n’irons pas sauver les derniers rhinos, ni les derniers hommes dans les brumes du Rwanda.

Mais pour nous, plumitifs de toutes espèces, fils du vent et de l’espace nés jadis dans la sueur des soleils, il faut monter. Nous sommes nés pour ça. Alors, venez ! Montons. À mi-chemin ou tout en haut. Vous verrez. La vie est tellement… tellement plus belle au-delà. Et puis, je vous assure, l’endroit existe. C’est là, tout près. « De l’autre côté de nos peurs. » [4]

 

Frédéric Ohlen

 

[1] Alexandre O’Neill.

[2] Ilarie Voronca.

[3] Serge Juliet.

[4] Majead At’Mahel.

Publié dans Ecrivain calédonien

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Salon des collectionneurs 2019 des timbres, des objets divers, des livres etc. vous attendent

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La SEHNC est fidèle à ce rendez-vous
La SEHNC est fidèle à ce rendez-vous

La SEHNC est fidèle à ce rendez-vous

Le Salon des Collectionneurs est de retour cette année du 07 au 10 juin dans la salle d’honneur de la mairie de Nouméa, l’entrée est gratuite et ouverte à tous. Un événement toujours aussi attendu par les collectionneurs en tous genres, les amateurs et les familles en quête de découvertes rares et surprenantes

 

Séance de dédicaces le lundi 10 juin de 9h00 a 11h00 dans l’enceinte du salon des collectionneurs, salle d’honneur de la mairie de Nouméa, par plusieurs auteurs d’ouvrages sur la Nouvelle-Calédonie.

Café et petits gâteaux offerts par le club philatélique.

Image du salon 2018
Image du salon 2018Image du salon 2018

Image du salon 2018

Publié dans Notre Caillou

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Causerie avec Adrian MUCKLE sur l’ouvrage Violences réelles et Violences imaginées

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Le chercheur dans le canapé de la libraire Cathie Manné
Le chercheur dans le canapé de la libraire Cathie Manné

Le chercheur dans le canapé de la libraire Cathie Manné

Le chercheur néo-zélandais Adrian Muckle enseigne l’histoire du Pacifique des 19e et 20e siècles. C’est le premier historien à avoir réexaminé de manière exhaustive la guerre de 1917, prenant appui sur des documents d’archives officielles, dont des dossiers administratifs, la correspondance des missionnaires de l’époque, les procès-verbaux des enquêtes judiciaires postérieures au conflit et les comptes rendus du procès des 78 « rebelles » de 1917-1918. Ça fait maintenant 20 ans qu’il travaille sur l’histoire du pays pour en faire une thèse avant plusieurs ouvrages. Il a fait une causerie mercredi soir devant un public conquis d’avance car le chercheur est maintenant très connu ici, surtout depuis le succès du livre Les sanglots du pêcheur, coécrit avec Alban Bensa, Kacué Yvon Goromoedo et lui-même, sorti en juin 2015. Il a présenté son livre en commençant par rendre un hommage appuyé à son traducteur Philippe Boisserand qui a permis de réaliser une version française plus réussi que la version en anglais. Il a rappelé que cette révolte considéré comme la dernière grande révolte kanak de l’époque coloniale à l’ombre de la première guerre mondiale a été, certes un conflit modeste à l’échelle mondiale, mais d’une importance capitale pour les kanak et la colonie de l’époque. Les 300 morts de cette révolte ne pèsent pas lourd à côté des 18,6 millions de morts en Europe mais cette révolte a laissé des cicatrices qui ne sont pas refermées aujourd’hui dans la région entre Koné et Hienghène car entre avril 1917 et mars 1918, il y a eu 300 morts sur les 4000 ou 3000 âmes de cette région à l’époque. On en parle encore surtout à cause des conséquences, une grande déstabilisation, avec des déplacements de population, des procès des déportations. L’histoire a retenu le nom du grand chef Noël car la décapitation du leader présumé des « rebelles », Noël de Tiamou, en février 1918 a marqué les esprits. Le chercheur a mis en évidence qu’il existait plusieurs causes au conflit d’où peut-être ce titre de l’ouvrage Violences réelles et Violences imaginées, car ce livre met en évidence des peurs et des antagonismes entre Colons et kanak, kanak et kanak, kanak et administration voire colons et administration. Ce qui donne un récit neutre, juste, sans jugement et très instructif. Adrian Muckle a explique qu’il a débuté ce travail dans un contexte favorable en 1998 avec la renaissance de l’intérêt pour l’histoire locale grâce au renouveau politique avec une ouverture des archives sans restriction. Prochainement arrivera en librairie un autre ouvrage passionnant dont il est le coauteur avec Isabelle Merle L'Indigénat. Genèses dans l'Empire français. Pratiques en Nouvelle Calédonie. JP

 

Voir un reportage NC1er qui a lieu en 2017 et aussi cet autre reportage en 2015

 

NB : On peut rappeler que 1 010 Kanak avaient été recrutés comme volontaires et 385 Kanak sont morts à l’étranger pendant la Grande Guerre.

Publié dans Colonisation

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On parle beaucoup des Puffins en 2011 mon monologue du pétrel y faisait allusion !

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Image Société Calédonienne d'Ornithologie - Overblog

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Vol de nuit

(Le monologue du pétrel)

J’ai toujours été dans mon élément entre ciel et mer, porté par un courant montant d’air chaud ou en rase-mottes au-dessus des vagues à la recherche d’un poisson imprudent flirtant avec la surface de l’eau. J’utilisais les vents déviés à la verticale par les crêtes des vagues pour m’élever passivement dans les airs et redescendre en glissant, sans qu’il fût nécessaire d’effectuer un battement d’aile. Les reflets de la lune et des étoiles suffisaient à m’éclairer.

 

Quand je pense qu’hier encore, après avoir repéré une proie, estimant la profondeur à ma portée, j’ai peut-être effectué ma dernière plongée, un piqué parfait dans le beau lagon calédonien. Le poisson était de bonne taille mais je l’ai happé pour le sortir de l’eau comme s’il s’agissait d’une sardine. Il avait gesticulé en vibrant frénétiquement dans mon bec, une sensation grisante. Comme je ne tenais pas à le perdre, j’avais serré pour l’occire pour de bon car j’étais bien décidé à l’inscrire sur mon menu. J’envoyai illico un message au chef d’escadrille pour respecter le règlement en formation aérienne : « Pétrel quatre à leader, je décroche. Je rentre à la base ». (On communique par télépathie chez les oiseaux car avec mon poisson dans le bec le message aurait été inaudible).

 

Je me souviens dans les moindres détails de ces dernières heures. J’ai pris la direction de mon minuscule îlot qui se détachait sur l’horizon comme toutes les nuits de pleine lune. Il était bien visible loin des lumières polluantes de la ville, je ne pouvais pas le rater. Quoique ! Elles m’attiraient de plus en plus ces lumières du front de mer.

 

Certain d’être trop lourd pour redécoller avec mon poiscaille pesant le poids d’un âne mort, en découvrant l’encombrement de la plage, je trompetai : « Attention en-dessous ! » Tandis que le sol montait irrémédiablement, faisant fi de la casse éventuelle, les pattes en avant et en écartant mes doigts de pied palmés pour ralentir ma chute, je me posai tant bien que mal ! Néanmoins, je bousculai au passage un pétrel, une femelle. Elle me fit de l’esclandre en rameutant toute la colonie. Nonobstant ma culbute, je déposai mon poisson sur la plage pour aller lui clouer le bec.

Tu devrais savoir que la plage c’est notre piste au lieu de couiner comme une truie. Je suis un chasseur moi !

Prétentieux, tu pourrais le partager avec moi ton maquereau pour te faire pardonner, me répondit-elle.

Si tu veux du poisson, tu prends le large pour chasser ma belle. On recrute dans ma volée de chasseurs.

Pauvre puffin égoïste ! Garde-le ton hareng qui pue, dit-elle en s’éloignant.

 

Cet échange d’amabilités après mon atterrissage de la nuit dernière me revenait bizarrement, pourtant je ne regrettais rien de ma réaction au cours de cette altercation avec ma sœur pétrel. Trois heures de vol de nuit pour se faire engueuler en arrivant et elle aurait voulu béqueter mon butin en plus !

 

Après cet atterrissage mouvementé, je dus batailler, avec ma prise au bec, avec ceux qui voulaient me chiper mon repas avant de trouver un coin tranquille pour boulotter ma pêche. Mes congénères occupaient le moindre espace. En période de reproduction les places étaient chères. Ça piaillait de partout, des criailleries du centre au pourtour de l’îlot pour défendre son petit carré de territoire dans un tintouin insupportable.

 

Il faut jouer des coudes sur les plages de nos îlots surpeuplés. De bonnes âmes ont planté des panneaux pour nous protéger soi-disant ! Des recommandations du genre : « Réserve marine », « Attention aux oiseaux », « Chiens et chats interdits », des inscriptions destinées à rappeler aux visiteurs que nous serions en voie d’extinction ! Croyez-moi, il y a une surpopulation d’oiseaux en voie de disparition sur mon îlot. Ce n’est pas la place qui manque sur d’autres îles, mais nous, les pétrels, nous sommes un peu stupides. C’est ici que l’on veut être. Sur cet îlot-là ! Le petit. Ce minuscule îlot perdu dans le lagon qu’on ne peut pas voir d’ici. Nous sommes tellement nombreux sur cet atoll que des campeurs excédés par nos cris nous massacrent parfois. Nos gémissements sont inhumains paraît-il ! Ce qui me console c’est qu’ils massacrent les cossards qui flemmardent dans le sable comme la grosse que j’ai écrabouillée.

 

J’étais chasseur moi ! Pétrel quatre de la compagnie C, comme corvéable à merci au dire des persifleurs mais je ne partageais pas ce point de vue. Les corvées de poisson me permettaient de voler de nuit. J’adorais les vols de nuit au-dessus du lagon avec la voûte céleste tachetée d’astres lumineux au-dessus de ma tête. Je me sentais libre en planant porté par le doux zéphyr. L’altitude me procurait des sensations incomparables. J’étais heureux de pouvoir scruter l’horizon pour chercher la fin de l’immense océan ou en laissant traîner mon regard vers la Grande Terre pour admirer les étoiles que les hommes avaient réussi à accrocher. Elles m’intriguaient ces lumières de la ville. Je voulais découvrir le secret des lumières de la ville.

 

Après cette dernière nuit de chasse, j’avais dû creuser pour faire mon trou et pioncer avant le lever du jour. Comme toujours, mon nid avait été squatté. Un fléau chez les pétrels. La journée annonçait le retour des motos marines, des bateaux et du soleil brûlant. Tout ce qui pouvait emmerder un pétrel se déroulait la journée.

 

Après une horrible journée à supporter la curiosité des hommes qui s’enfonçaient dans nos nids creusés dans le sable, en hurlant parfois de frayeur lorsqu’un oiseau ébouriffé s’envolait en sortant comme un diable par l’autre trou. Ils ignoraient que nos terriers avaient deux accès comme les narines pour respirer. Heureusement que la nature nous avait inculqué cette technique mais ayons une petite pensée pour ceux qui étaient tombés sur les concurrents de Jusko Poto, la fameuse émission de téléréalité. Il se disait qu’ils avaient commis un vrai génocide de puffins-fouquet du Pacifique à l’île des Pins. C’est notre vrai nom fouquet, mais les habitants du Caillou nous appellent pétrel. Certains disent une pétrel. Une pétrel, pourquoi pas une pétasse !

 

Enfin, le jour déclina, ce fut l’aube d’une nouvelle nuit. Nous étions dans l’espace de temps curieusement appelé entre chien et loup. Drôle d’expression, j’en frémissais en attendant la nuit d’encre rassurante. Les chiens et les loups étaient des carnassiers, un oiseau salé aurait sûrement flatté le palais de ces gloutons.

 

Le voile de la nuit tomba enfin sur notre beau lagon. Les jacassements reprirent de plus belle, les cris des pucelles qui subissaient l’assaut de nos mâles vigoureux me cassèrent très vite les oreilles. Une cacophonie insupportable recommençait. J’aurais voulu dire à ma famille de pétrels, pour être drôle, « Vos gueules les mouettes ! » mais ils n’auraient pas compris la plaisanterie. Heureusement, je vis le chef d’escadrille qui tournoyait au-dessus de ma tête. C’était le signal du départ en chasse. J’étais chasseur moi !

 

J’ai couru, j’ai couru pour décoller mon gros cul. La même femelle que j’avais croisée au petit matin était encore sur mon chemin au crépuscule en nichant sur la piste. Je dus l’admonester une fois de plus pour la faire déguerpir de la plage. Je levai mon bec en battant des ailes dans le bon sens du terme. Je m’élevai dans le noble sens du terme en trouvant rapidement un courant d’air ascendant, un bon gradient de vent qui m’emporta avec lui. Ayant pris suffisamment de hauteur, je me décontractai, l’alizé m’avait pris en charge.

 

De joie, de bien être, je fis des loopings, des figures acrobatiques qui m’enivrèrent. De cercle en cercle, de proche en proche, je m’éloignai.

 

« Ô ciel ! », m’écriai-je affolé en m’apercevant que j’avais perdu l’escadrille. Faire du vol à vue les yeux fermés m’avait joué un vilain tour. J’étais bien loin de mon îlot mais très proche de la Grande Terre, des fameuses lumières, des étoiles qui piquetaient le littoral. Comme c’était beau ! Comme cela brillait. J’approchai encore. Mon chef d’escadrille n’étant plus là pour me donner des ordres, j’en profitai. C’était la fiesta ce soir. J’allais en ville. J’allais m’éclater.

 

« Pétrel quatre à leader, je ne vous reçois plus ». Les cons, ils devaient surveiller la surface de l’eau à l’affût d’un poisson ou d’un calmar en espérant être le héros du jour au retour, mais le héros ce sera moi. J’allais en ville !

 

Je vis plus clair en me rapprochant, Nouméa brillait de mille feux. Je ne résistai pas à la tentation, je fonçai en descendant en piqué. Sans tournoiement inutile, il n’y avait pas de requins sur terre, je n’avais pas de précautions à prendre, je voulais faire un carreau pour atterrir dans la lumière. Je voulais cueillir une étoile comme on happe un poisson. Si j’avais pu en capturer une pour la ramener sur l’îlot.

 

Patatras ! Badaboum ! Aie ! J’ai eu très mal ! Saloperie de lampadaire. Elle était belle mon étoile, un candélabre. Je m’étais éclaté pour de bon. Je n’avais pas fait un carreau, j’étais sur le carreau. J’avais une aile pendante, l’humérus cassé. Je me traînai sur un gazon qui empestait la merde de chien. J’avais échoué sur la promenade Pierre Vernier. Groggy, je restai blotti contre le tronc d’un cocotier. Si un chien ne me bouffait pas pendant la nuit, j’avais des chances de finir au parc forestier.

 

Guillaume Apollinaire a écrit :   « Il y a un poème à faire sur l’oiseau qui n’a qu’une aile. » À vos plumes amis poètes ! Adieu compagnons pétrels, puffins, frégates, sternes, tous mes potes les oiseaux de mer, pour moi les vols de nuit sont terminés. Je me suis laissé aveugler par les lumières de la ville. J’ai perdu ma liberté. Je vais sûrement perdre la vie.

 

Les heures s’écoulèrent lentement tandis qu’une douleur diffuse me harcelait mais l’engourdissement l’étouffa. Personne ne me repéra. Il faut dire que la nuit les promeneurs étaient peu nombreux mais il y en avait : des insomniaques, des vieux qui volontairement écourtaient leur nuit pour faire du rab sur Terre, vivre plus longtemps en dormant moins. Il faut profiter de la vie, la belle vie. La mienne était définitivement gâchée à cause de cette pelle que je venais de me ramasser. Une chute aux conséquences dramatiques.

 

J’eus la peur de ma vie quelques minutes après minuit à cause d’un vigile qui promenait son chien, un pitbull. Le molosse me flaira et m’aurait bien broyé dans sa mâchoire puissante si l’homme autoritaire n’avait pas tiré violemment sur la laisse en resserrant le collier étrangleur. En voyant l’assassin de chien, à moitié étouffé la langue pendante, j’avais failli m’étrangler de rire mais le soubresaut de mon ricanement réveilla la douleur. Je déchantai rapidement pendant que le molosse, la tête à l’envers, tiré par l’homme aux rangers, me lorgnait méchamment en regrettant de ne pas m’avoir achevé.

 

Les étoiles s’éteignent une à une. Le bruissement du vent du large qui caresse les palmes des cocotiers et le clapotis des vagues me jouent le requiem pour oiseau de mer, un cantique funèbre pathétique. Je n’aurais jamais dû m’éloigner de mon îlot. La vie lasse de mon corps brisé me quitte, je n’ai plus de force. J’ai le bec entrouvert. Je suis déshydraté. C’est un signe qui ne trompe pas, je vais crever !

 

Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir[1] ? J’ai la réponse : je suis mourant recroquevillé contre le tronc de mon palmier et personne ne me voit.

« C’est le combat du jour et de la nuit » Les derniers vers du grand poète, Victor Hugo, seront mes dernières paroles.

 

[1] Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir                        ?
Coppée (François), Promenades et Intérieurs (Lemerre).

 

Publié dans Divers sur Joël PAUL

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Causerie Adrian MUCKLE sur la dernière des grandes révoltes kanak de 1917 à Calédo Livres

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Causerie Adrian MUCKLE sur la dernière des grandes révoltes kanak de 1917 à Calédo Livres
Causerie Adrian MUCKLE sur la dernière des grandes révoltes kanak de 1917 à Calédo Livres

Adrian MUCKLE

VIOLENCES RÉELLES ET VIOLENCES IMAGINÉES

DANS UN CONTEXTE COLONIAL NOUVELLE-CALÉDONIE 1917

 

Cet ouvrage est la traduction en français de la monographie Specters of Violence in a Colonial Contexte, New Caledonia, 1917, basée sur la thèse du chercheur néo-zélandais Adrian Muckle.

L’auteur explore les dynamiques en œuvre au cours de cette guerre, longtemps considérée comme étant la « dernière des révoltes kanak », notamment celles en relation à la peur et à la violence, ainsi que les rapports de force présents dans l’environnement colonial complexe du début du 20e siècle.

Il met en lumière l’importance du conflit et son incidence sur les événements ultérieurs et en particulier comment la violence déployée dans les années 1980 fait écho à celle de 1917.

Loin de l’historiographe coloniale, Adrian Muckle réévalue les causes et la portée de cette guerre, tout en contextualisant les décisions prises par les différents protagonistes, dont les « imaginaires » et les justifications sont finement analysés.

 

Adrian Muckle, chercheur néo-zélandais, spécialiste de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, membre du département d’histoire de la Victoria University of Wellington. Il enseigne l’histoire du Pacifique des 19e et 20e siècles, est le premier historien à avoir réexaminé de manière exhaustive la guerre de 1917, prenant appui sur des documents d’archives officielles, dont des dossiers administratifs, la correspondance des missionnaires de l’époque, les procès-verbaux des enquêtes judiciaires postérieures au conflit et les comptes rendus du procès des 78 « rebelles » de 1917-1918.

Publié dans Colonisation

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