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Mots pour Maux : Nicolas Kurtovitch, Poète, romancier, nouvelliste, sa principale qualité : l’amour des gens.

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Un passant vint à croiser…

 

                    Un passant vint à croiser des clochards, certainement sans domicile fixe installés sur les marches, à proximité du centre d’art connu de tous. Ils sont deux, ils sont jeunes, ils n’ont pas de vingt ans. L’un d’eux est assis. L’autre est debout. Vêtu d’une veste, une récupération de surplus militaire, il parle fort mais sans hurler, il s’adresse à un imaginaire troisième personnage, qui serait assis sur une des marches. Le passant ne comprend pas distinctement ce qu’il dit, c’est une sorte de langage nouveau, incompréhensible, constitué de syllabes françaises et anglaise auxquelles se mêlent des syllabes de différentes langues kanak, qui forment quelque chose d’incompréhensible.

Le passant se décide enfin et s’adresse au beau parleur.

« C’est formidable lui dit-il, ce que vous dites, c’est formidable, tout simplement. »

Le parleur interloqué s’arrête subitement et interpelle à son tour notre passant émerveillé : « quoi ? Qu’est-ce que tu dis, là ? C’est à moi que tu parles ?

- Mais oui, c’est bien à vous que je m’adresse, ce que vous dites m’interpelle, lui répond-il. Ne vous arrêtez pas, continuez, je vous en prie. »

L’échange s’installe, l’autre n’est pas dupe, il s’interroge tout de même : « Ah bon ! Parce que tu comprends ce que je dis ? »

On atteint alors le moment le plus curieux de cet étrange dialogue auquel j’assistais depuis la minuscule terrasse du petit café, pratiquement invisible depuis la rue, je n’en perdais pas un mot.

Le passant tout sourire de répondre : « justement je n’y comprends rien, mais ça m’intéresse. Un nouveau langage, une nouvelle parole, aux portes de l’incompréhensible, pour dire l’insupportable, c’est…laissez-moi trouver le mot juste, ce sont…attendez, voilà ce sont des mots nouveaux sortis de nulle part, des mots pour la première fois inventés, découverts et jetés aux spectateurs. Comme si vous jetiez des balises dans un océan d’indifférence. »

Il ne manquait ni d’imagination ni de belles images poétiques notre ami. L’autre ne disait plus rien. Interloqué ou dubitatif il fixait le passant de ses grands yeux tout en se rapprochant, le poète qui s’ignorait fit un petit pas en arrière mais ne perdit pas pour autant son sourire.

« Arrête-toi cinq minutes, lui dit l’autre, tu comprends rien de ce que je dis, tu piges pas un traitre mot, je pourrais dire tout et son contraire mais « ça t’intéresse ». Eh bien moi je comprends une chose, c’est qu’t’es taré mon gars. Complètement largué. » Le jugement tombait sans avertissement, d’un bloc telle la masse sur le pieu d’acier l’enfonçant dans le sol de quelques centimètres supplémentaires.

Comment allait-il se sortir de là ?

Avec le sourire et une grande confiance en soi : « mais non, mais non affirmait-il, vous n’en avez certainement pas conscience mais ce que vous dites est absolument intéressant. Comment vous le dites, comment vous exprimez vos douleurs, votre histoire, l’histoire de votre chute, cette société qui vous a abandonné, qui en abandonnera d’autres. Je veux,  oui, attendez que je trouve mes mots, c’est cela, je voudrais entendre votre message. »

Il n’en revenait pas. Je me penchais un tout petit peu au-dessus de la haie de bougainvillées au risque de me blesser, espérant voir son expression. C’était difficile, et risqué, je ne souhaitais pas être remarqué et décourager l’un d’entre eux.

- Mon histoire ! Là, en passant ? Et tout ce qui va avec, et celle de l’autre là, tout ça d’un coup en deux minutes ? Comme si je vomissais mon « quatre-heures ».

- Oui, c’est exactement ça, comme si vous expurgiez votre dégoût du monde.

- Vous voulez me voir cracher le plus gros mollard social ?

- Plutôt vous entendre seulement, mais oui, pourquoi pas. Vous avez du talent pour le théâtre c’est certain.

- Des mots sortis de nulle part pour fustiger l’échec du contrat social ?

- Exactement. Le passant s’emballe, je le sens à la limite de l’euphorie. Oui mon ami, c’est ça, la société produit tellement de laideur. Il faut du talent pour le dire. Il faut une réinvention du verbe et du geste.

Je retournais m’assoir devant une tasse de café déjà bien vide, d’un geste je sollicitai son renouvellement me disant que j’en avais encore pour une bonne demi-heure vu l’extase du marcheur. Je me trompais.

- On ne prend pas les gens, quelle que soit leur apparence pour des idiots sans en subir quelque désagrément. Le ton changea brusquement. L’homme de la rue comprenait que l’autre jouissait de lui sans vergogne, uniquement soucieux de sa propre logorrhée. Il le lui fit sentir.

- Alors tu penses qu’avec du vomi et du crachat je peux faire une pièce ? Sois sincère, crache à ton tour ce que t’as dans le crâne.

- Absolument, je m’y connais- il ne se démontait pas, aveugle au changement de ton - vous êtes fait pour le théâtre, vous avez la prestance et surtout vous avez votre histoire. Il y a là l’opportunité unique de retrouver votre place dans l’ordre social après l’avoir pourfendu.

Le voilà qu’il agrippe son acolyte par l’épaule, le prenant à témoin : et celle de mon ami, ne l’oublie pas, il lui faut une place. Lui aussi il a droit à la gloire.

- La gloire, mais quelle gloire ? De quelle gloire parlez-vous ? Vous ne devez pas vous en préoccuper. Il s’agit de hurler votre douleur, de cracher à la face du monde. Votre langue est unique, développez-là, travaillez-là, cherchez, inventez. Vous comprenez ? Comme une révolution du discours et du corps. Le reste importe peu.

- Bon ben, c’est bien ce que je disais tu ne comprends rien à ce que je dis et tu nous prends pour des cons. Parce que, moi, j’ai rien à te dire, ni à toi ni aux autres. J’ai rien de spécial à cracher à la face du monde.

Je devine qu’il se donne un temps, un répit, l’autre peut-être va comprendre. Ma curiosité me conduit à quitter la protection de la terrasse pour m’avancer sur le trottoir, à quelques pas de ce qui s’apparente tout à fait à une scène de rue. Et pourtant je commence à sentir l’exaspération du jeune sans abri.

- D’abord le Monde, il est où ? Tu peux me le dire ?

- Oh, tu nous les gonfles, avec ta douleur. T’as mal où, là ? T’as mal aux pieds de marcher sur le trottoir, pourtant tes souliers ils sont de bonne qualité, c’est pas comme les miens, hein ? Regarde- les, plutôt que de dégoiser sur nos crachats, tu les vois mes godasses et les trous, tu les vois ? Moi j’aimerais bien qu’ils soient plus là tout à l’heure.

-Tu peux y faire quelque chose ? Au lieu de raconter n’importe quoi.

Il s’est dégagé du bras de son ami et s’est approché du passant, instinctivement celui-là effectue un pas en arrière.

- La gloire, on en veut nous aussi. On sait ce que c’est ; c’est du pognon, du pognon pour s’acheter des souliers. Qu’est-ce que t’en sais de c’qu’on vit, on l’a peut-être cherché ? Tu parles bien mais t’es à côté de la plaque.

- Ça c’est vrai. Notre langue, nous on la travaille au gros rouge et au silence prolongé, c’est efficace tu peux me croire.

Le pauvre passant n’y comprenait plus grand-chose. Son regard passait de l’un à l’autre, il me fixa comme s’il cherchait un soutien, une connivence, un accord tout au moins. Sa réflexion ne pouvait pas être mauvaise, elle ne pouvait pas être incomprise à un tel point. Je finis par lire davantage de peine que de frustration sur son visage, un beau visage d’ailleurs.

- Bon mon gars faut m’laisser maintenant. « The show must go on ».

Il se remet à déclamer avec beaucoup de savoir-faire, alternant voix forte et voix douce mais toujours incompréhensible. Je comprenais ce qui avait pu entrainer une telle excitation intellectuelle chez ce passant qui à l’évidence évolue dans un monde bien éloigné de celui de la rue ! Malgré toute sa bonne volonté il ne pouvait espérer être compris. Avait-il quelque chose à offrir, je n’en suis pas certain. Le cœur généreux n’est pas une garantie. Il n’en avait pas fini le pauvre.

-T’es encore là toi, décidément t’es convaincu de not’ talent. Tu ne piges pas ? J’vais t’expliquer : nous la rue on aime bien. Mais faut qu’tu comprennes, surtout ce qu’on aime, c’est qu’on rend des comptes à personne.  -Tu vois on est tellement immergés au sein d’un autre monde que ta société ce n’est pas elle qui nous rejette, c’est nous qui la larguons. On est plus là, nous sommes des ombres, des souffles de vent, presque des nuages, des odeurs à géométrie variable, un jour on nous attrape un autre on nous repousse à coup d’éventail.

Tu vois, je n’ai pas vraiment voulu tout ça. Je me sens très bien aujourd’hui. Quelqu’un m’a mis là, le Dieu Bon, peut-être, près de ce théâtre, eh bien j’y reste, je fais mon trou, quelques cartons, un matelas et tout le temps pour moi. A force je me sens bien. Tu comprends ?

Non, tu ne peux pas. Dommage t’as l’air cool comme mec. Je ne te dis pas de rester avec nous, tu ne peux pas. Tu le voudrais que tu ne pourrais pas, tu ne tiendrais pas deux heures. Il faut de l’expérience et d’l’insouciance pour tenir.

Ouais le théâtre ça m’aurait plu. Avant. L’autre vie. Jouer dehors, théâtre de rue et tout ça, ou sous la véranda d’une grande maison coloniale, ouais ça aurait eu de la gueule.

Allez, voguez les gars, amarres larguées, voiles hissées, on décolle en douceur. Tiens pousse toi un peu que j’aie de la place pour parcourir la scène.

Le pauvre homme n’a d’autres solutions que d’obtempérer, il bute contre le poteau d’un panneau de circulation. Nos regards se croisent, il me fait un petit signe de la tête. Il a compris il va s’en aller pour disparaître dans la circulation de piétons affairés.

Et non, il revient sur ses pas. Visiblement il n’en a pas fini et ne veux pas lâcher le morceau. Ce qui est tout à fait à son honneur me dis-je.

-Bien, pour le talent je ne sais plus comment vous convaincre, vous êtes inconscients de votre force. C’est la grande ruse des Puissants, ça, l’Inconscience et l’isolement des masses, n’est-ce-pas ?

Mais dites-moi, vous faites une sorte de théâtre n’est-ce-pas ?

Pas tout à fait en définitive car où est votre public ?

Vous braillez votre texte pour pas grand-chose. Finalement, c’est désolant.

Avec un peu de conviction vous pourriez monter à votre tour les marches de ce théâtre, y prendre la place qui vous est due. Dommage, vraiment dommage ! »

Pour autant il ne lui revint pas le dernier mot. L’un des sans domicile, s’était de nouveau assis sur les marches du petit théâtre, l’autre retrouvant son spectateur imaginaire se lança dans une ultime parole :

« Ouais, ben c’qui s’fait dans mon dos, j’suis pas certain d’y comprendre quelque chose. Avant peut-être, maintenant c’est fini. Je suis passé à autre chose, je dégoise dans la rue et toi tu t’emballes à contretemps ! Notre public, notre scène, notre piaule, notre église, notre cathédrale, notre mosquée, notre restaurant, notre plage, notre piscine, notre terrain de foot, notre salle de concert avec Johnny et Gurejele, notre salle de bain, et tout c’qui faut pour vivre en plus du théâtre, c’est dans notre rue qu’on le trouve chaque matin. Et crois-moi, fils, le théâtre, le grand, le vrai, à c’prix-là, c’est pas tout le monde qui sait l’faire. Allez, j’t’en fais une dernière là, au milieu de la circulation, après c’est, rideau la galerie ». 

Je suis parti, je ne souhaitais pas en entendre davantage. Au bout de quelques pas je me suis retourné afin d‘adresser quelques mots à ce passant remarquable de conviction. Il ne me suivait pas, il était resté sur le trottoir, appuyé au poteau qui l’avait fait trébucher, il écoutait, admiratif, convaincu.

                                                                  Fin

XI

 

         Ce qu’il fait en quelques gestes, j’aimerai, je souhaiterai savoir le dire et l’écrire en quelques mots, quelques phrases, un souffle unique qui saurait prendre des routes différentes et multiples pour atteindre ce cœur dissimulé au cœur de chacun des lecteurs, l’unique cœur.

Il est là, un peu voûté, il a cinquante-cinq, soixante ans peut-être, vêtu aussi simplement que le crépuscule du mois de février - un mois pluvieux, venteux, toujours humide mais beau - le permet. A la main il tient une espèce de récipient en plastique blanc, laiteux, pas très grand, grand comme une demi boîte de crème-glacée, il le tient, le soutien alors qu’il est posé dans le creux de sa main, de l’autre main, en se penchant au-dessus de l’arbuste, il détache les piments, encore verts, un peu jaune, l’un après l’autre, et les pose l’un à la suite de l’autre dans la boîte.

Je n’ai entraperçu tout cela, ces gestes de vieil amoureux, durant tout au plus trois secondes, le temps de passer en voiture. Mais moi qui n’aime pas- ne supporte pas- la présence de piment dans un plat, à l’inverse de la plupart des Calédoniens, cet homme m’a  fait regretter de ne pas aimer le piment, surtout lorsqu’il est ainsi cueilli d’un petit arbre, planté sur un bout de trottoir, pour aimer à travers lui le goût et l’odeur du pays.

 

A l’angle des rue Bouarate et Marmoitton, Faubourg Blanchot, Nouméa

Nicolas Kurtovitch                                         

 

In le recueil « Trois femmes » Ed Au vent des îles, 2019 

 

Nicolas Kurtovitch est un écrivain phare de la Nouvelle-Calédonie, il est le descendant de la plus ancienne famille de calédoniens d’origine européenne. Il voyage dans le monde entier pour répondre aux nombreuses invitations dont il fait l’objet. Il représente la Nouvelle-Calédonie dans tous les grands salons littéraires de métropole depuis de nombreuses années. Nicolas est le principal partenaire du blog écrivainducaillou pour notre opération solidarité Mots pour Maux. Il reçoit les textes des auteurs sur sa boite mail nicolaskurto@yahoo.fr

Publié dans Ecrivain calédonien

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Mots pour Maux : Georges Macar auteur de bons mots et animateur d’un atelier d’écriture à Païta.

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

SOUPIRS CALDOCHES

 

 — Quand même, chef ! Vous avez vu ? Il s'est lâché, le photographe !

 — Comment ça, il s'est lâché ?

 — Ben ouais, les photos ! Les photos du corps ! Elle est complètement nue... Les jambes écartées... Et son sexe ! Son sexe en gros plan !

 — Mais qu'est-ce que tu racontes ? Tu es devenu fou ?

 

 Je lui tends la photo. Il soupire :

        — Mais pauvre abruti ! Obsédé sexuel ! Ce n'est pas la photo du corps ! C'est une reproduction de « L'origine du monde », un tableau de Courbet...

        — Julien Courbet ? Le présentateur ? Mais je...

        — GUSTAVE Courbet ! Pas Julien ! Lôngin, c'est pas possible ! Ah, ils sont fin valables, les Zoreilles, cette année... Les photos de la morte sont là, sur la table, juste devant toi !

 

 J'ai du mal à cacher ma honte. Pas de chance avec mon supérieur hiérarchique ! C'était la deuxième fois, depuis mon arrivée à Nouméa, que je gaffais grave !

 Je l'avais déjà vexé la veille. Comme tous les jours, depuis que je m'étais installé dans ce petit appartement de la Vallée des Colons, j'avais été réveillé à cinq heures du matin. Cinq heures du matin ! Moi qui donnerais la moitié de ma vie pour une grasse matinée !

 Et quel réveil délicieux ! Réveillé par la symphonie dégoûtante de mon dégoûtant voisin !

 Symphonie pour raclements, éructations, expectorations, crachats... et autres musiques du corps que l'honnêteté et la décence m'interdisent de préciser davantage.

 

 « La vieillesse est un naufrage », disait le Général de Gaule.  Eh bien, pour cet égoïste cacochyme, le naufrage était déjà presque terminé !

 Naufrage donc, qui poussait mon bruyant et malpropre voisin à ce rituel matinal immuable : il se débarrassait, debout sur sa terrasse, de tous les miasmes et déchets corporels accumulés pendant la nuit.

 Et surtout, surtout, il avait à cœur d'en faire profiter tous les habitants du quartier.

 

 Ces bruits qu'il tenait à partager, était-ce sa haine du genre humain qui suintait, au crépuscule d'une vie trop courte (c'est toujours trop court) et mal remplie (c'est souvent mal rempli) ?

 A peine deux heures plus tard, excédé, manquant de sommeil, j'avais raconté cette scène pleine de poésie à mon chef, histoire de lui faire comprendre que si je semblais parfois à côté de la plaque, j'avais des excuses...

 

 Tout à coup, le chef avait changé de couleur. Au moment précis où il avait compris l'endroit exact où cela se passait.

 Il avait changé de couleur deux fois, d'ailleurs !

 Il était d'abord devenu tout blanc. Une blancheur inquiétante, maladive, qui n'était pas sans rappeler la pâleur de la seiche qui tente d'échapper à ses prédateurs en adoptant les teintes blafardes du corail environnant.

 Puis, il était devenu rouge, cramoisi. Les veines de son cou avaient triplé de volume, secouées qu'elles étaient par les battements de son cœur, dangereusement accélérés. Et j'avais pris peur !

 Peur pour moi. Allait-il être assez con pour passer à l'acte ? Allait-il se jeter sur ma pauvre carcasse pour évacuer sa rage ?

 Et peur pour lui, aussi. Un spasme nerveux avait pris possession de la moitié de son visage. Un malaise cardiaque m'avait paru possible, imminent même.

 Mais rien ne s'était passé...

 

 Il s'était contenté de hurler :

        — C'est mon père qui habite là ! C'est mon père que tu es en train d'insulter !

 

* * *

Mon chef décide de me laisser une dernière chance...

Il me donne l'adresse du mari de la morte et me confie la tâche délicate d'aller l'interroger, seul.

 

 L'individu habite à une trentaine de kilomètres de Nouméa, du côté de Plum.

 Très belle route, mais je me trompe plusieurs fois, et je mets près de deux heures à trouver l'endroit. Terrain magnifique, double rangée de pins colonnaires, une quarantaine de cocotiers majestueux, tout au bord du lagon. Mais la maison est complètement délabrée. Le toit est éventré en plusieurs endroits. Je me demande comment ce genre de baraque peut résister aux dépressions tropicales. Il a beaucoup plu la veille, et tout est inondé.

 

 J'appelle. Personne ne répond. Mais j'entends quelqu'un parler à l'intérieur.

 Je m'introduis dans l'habitation sinistre. Je dois patauger dans vingt centimètres d'eau boueuse pour progresser. Une bouteille vide, carrée, est renversée sur une table basse. Des bouteilles de vin flottent partout dans la pièce.

 

 J’aperçois enfin l'homme, affalé sur un divan. Il est vieux, hirsute, d'une saleté repoussante. Et il est incroyablement saoul. Ses yeux sont à moitié fermés, et de la bave s'écoule lentement de sa bouche entrouverte. Il parle, doucement. Il psalmodie plutôt.

 

Et il répète toujours la même chose :

        — Ici Radio Nouvelle Calédonie. C'est l'heure de nos avis et communiqués. Et tout d'abord, nos avis de décès. Tout d'abord, nos avis de décès...

 Une pause.

        — Nos avis de décès... Ma femme est morte... Ma femme est morte...

 

 Enfin, il m'aperçoit et reprend plus fort :

        — Ma femme est morte...

 

 Et soudain, il éclate, avec jubilation :

        — Ma femme est morte, je suis libre !

        — Ses cris me déchiraient la fibre. Lorsque je rentrais sans un sou...

 

 Il me jette un regard de défi :

        — Je l'ai jetée au fond d'un puits,

Et j'ai même poussé sur elle

Tous les pavés de la margelle...

 

 Le chef et l'ambulance arrivent une demi-heure plus tard, toutes sirènes hurlantes.

 Pendant tout ce temps, l'humide alcoolique n'a pas arrêté ses lamentations jubilatoires.

 

 Quand il voit mon patron, il lui crie :

        — Un seul, parmi ces ivrognes stupides,

Songea-t-il, dans ses nuits morbides

A faire du vin un linceul ?

 

 Il ajoute, à mon intention :

        — J'implorai d'elle un rendez-vous

Elle y vint, folle créature...

 

 Et aux infirmiers qui l'emmènent :

        — Nous sommes tous plus ou moins fous...

 Il me fait signe d'approcher.

 

 Et, dans ce qui semble son seul moment de lucidité :

        — J'ai des circonstances atténuantes, vous savez...

        — Pour le meurtre ?

        — Non, pas pour le meurtre. Pour l'alcool... Je participe à un atelier d'écriture...

        — Et ?

        — Et l'on y boit beaucoup...

 

 Puis il sombre dans un coma éthylique, dont il ne sortira jamais. Je retrouve mon chef au milieu du salon, les pieds dans l'eau. Il regarde les bouteilles de Bordeaux qui flottent entre les fauteuils.

 

Et je l'entends murmurer, pensif :

        — Le vin de l'assassin...

        — Vous êtes sûr que c'est lui l'assassin, Chef ?

        — Le vin de l'assassin. C'est un poème de Baudelaire !  Incultissime vingt-deux milles ! C'est ça qu'il répétait dans son délire...

 

* * *

Mon chef ne put supporter tant d'ignorance de ma part.

 Il obtint mon transfert. Je fus nommé à Hiva Oa, une des Iles Marquises, à plusieurs milliers de kilomètres de Nouméa. Il m'accompagna lui-même à Tontouta, pour être sûr que je ne rate pas l'avion.

 Au moment de me quitter, il poussa un dernier soupir. Et il me glissa, sournois :

        — Essaie quand même de te documenter sur Brel et Gauguin avant d'arriver là-bas...

 

 Mais moi, j'ai rien compris à ce qu'il a voulu dire...

 

« ...que l'honnêteté et la décence m'interdisent de préciser davantage ». Référence et hommage à Pierre Dac et Francis Blanche (Le Sâr Rabindrannath Duval).

ATELIER D’ÉCRITURE POUR LES ADULTES Organisés tous les samedis, de 14h à 16h,

à la médiathèque. Pour tout renseignement, contacter le 35 21 82

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Mots pour Maux : Benoît Saudeau un journaliste romancier à l’imagination débordante

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Lara

(Mots d'aujourd'hui pour maux pas si anciens)

 

Vol AF 276 Paris - Tokyo.

            L'Europe est loin derrière. On ne compte pas encore les heures. Ce sera pour le deuxième tronçon, vers Nouméa. La cabine dort, repue. Le ciel rosit à peine sur l'horizon courbe. Les hublots sont aveugles. Sauf le mien. Nuit glaciale sur la Sibérie. Peuplée de voix graves.

            Tendez l’oreille. Entendez-vous les onomatopées de contrebasse psalmodiées par les popes qui enterrent la mère de Jivago sous la terre gelée ce soir de grand vent, celui qui fait voler les feuilles mortes sur ordre de David Lean et lever au ciel les yeux noisette de Sharif junior ? 

            Plissez les yeux pour mieux voir. Là, sous le Triple7, est-ce bien Varykino, le toit bulbeux de ses datchas percluses de givre et de fantômes impériaux, derniers refuges des russes blancs comme neige ratonnés par les rouges bolcheviks, sanctuaires tsaristes qu’on rejoint en calèche joyeuse sur fond de balalaïkas et de grelots délicieusement réactionnaires?

            Horriblement bourgeois, comme les poèmes à Lara, miraculeusement épargnés par la Révolution, calligraphiés à l'encre noire sur des feuilles sépia qu’on devine à gros grains et dont l’Histoire fera tout juste des brouillons. Que ne les a-t-on laissés en paix, Omar et ses mitaines de paquetage, Julie, ses cols Claudine et ses lèvres d’avant Botox dont je suis définitivement amoureux? Ils ne demandaient rien à personne, sinon de ne plus avoir à compter les heures polaires face aux loups ni redouter les débarquements virils de ce salaud de Komarovski que je hais depuis mes quatorze ans. Imaginez : il a abandonné Tonia en Mongolie. A tel point que vingt ans plus tard, la gamine de Jivago et de Julie ignorait encore qui était son vrai père.

            Moi, je sais que malgré sa bonne tête de Rod Steiger, Komarovski est un salaud. Même si, depuis le bal du Nouvel An avec les rupins de Moscou, il aimait sans doute Lara. A sa façon, en hussard-caméléon, tantôt blanc, tantôt rouge. Un salaud, vous dis-je.

            Mais il n'est pas ton père, Tonia. D'ailleurs, il t'a abandonnée en débarquant du train à Vladivostok. Toi, tu es la fille de Youri, le poète maudit et de Lara, l’icône parfaite délaissée par Antipov, le romantique devenu bolcho par dépit, le camarade qui se faisait appeler Strelnikov pour casser le fil de l’histoire et ne pas être tenté de la ravauder après la tuerie de la rue Kropotkine.

            Mais non. A y mieux regarder, sous le réacteur béant du Long Range, ce n’est pas Varykino. C’est Youriatine, bien sûr. Youriatine, j’enregistre la position dans ma feuille de route virtuelle. Pour que, la prochaine fois, je ne confonde plus. Juste à la verticale, là, 35900 ft en dessous, je vois un cheval bai foncé écraser les jonquilles du printemps de l’exode, j’entends les cordes et les cuivres de Maurice Jarre et je suis le bon docteur en vareuse et casquette soviet parti au grand galop à la recherche de médicaments pour Géraldine Chaplin qui va accoucher de ma fille sous le regard bienveillant du père Gromeko capé de flanelle grise.

            Dans la pénombre, je vois aussi la bibliothèque d’anthologie. J’entends le bruit sourd des bottes cloutées de Youri et les craquements du vieux plancher ciré. Sentez l’encaustique aux relents d’étoupe marine mêlés à l’odeur grasse du poêle à bois. De mon siège en Classe Touriste, je reconnais la coquetterie dans son œil droit cerné de mauve, raccord image avec l’iris bleu lagon de Lara, brillant comme une invite sous la mèche blonde Hollywood ramassée en chignon serré.

            Larissa Antipova, on ne s’était pas revu depuis que les tournesols avaient fané dans l’hôpital de campagne où la guerre nous avait jetés. Ta panique à peine feinte à l’idée que je puisse te voir. Tes yeux de fièvre dans le rai de lumière. C’est toi que je cherchais, Lara. As-tu laissé ta clé derrière la brique descellée en bas de l’escalier pentu? Alors, je la trouverai, quand j’aurai faussé compagnie aux Partisans et que je serai revenu vers toi comme vers la délivrance.

            Larissa Antipova, ma belle, mon unique, mon héroïne russe, ma muse d’adolescent, enfin je t’ai retrouvée. Tu n’as pas disparu comme on le raconte, au coin d’un mur gris dans le Moscou gras-mouillé de la dictature rouge, un nom anonyme dans une liste perdue par la suite, c’étaient des choses courantes en ces temps-là. Tu es là et je te vois. Tu marches d’un pas pressé, la tête bien droite sous ton fichu de lin grège.

            Penses-tu à moi ? Tu ne détournes pas les yeux vers les miens qui te cherchent depuis le tram bringuebalant d’où je sortirai pour m’écrouler, mort d’amour sur un trottoir sale de Moscou. Nous qui avions connu l’air cristallin des plaines de Sibérie. Lara, je suis là. Lève les yeux au ciel. Le 777 qui passe juste à la verticale de tes plaines enneigées, c’est le mien. Si tu ne me vois pas, sais-tu au moins que je t’aime comme au premier jour?

            A gauche de l’avion, Tatar Strait. Mon désert des Tartares. J’attends Lara. Elle ne viendra pas. C’est donc vrai ? Ces abrutis l’ont vraiment laissée mourir dans un camp ? Les gens ne devaient plus être comme çà après la Révolution.

            Le vent n'a pas tourné, Lara.

            Je hais l’Histoire. Elle est ingrate.

Benoît Saudeau

Benoît Saudeau est un ancien Journaliste, Grand reporter et Directeur de l’antenne Nouvelle-Calédonie la 1ère, il trempe désormais sa plume dans une encre teintée d’imaginaire. Benoît Saudeau a publié en novembre 2017 Presque Îlien, un « roman d’amour » entre un jeune fonctionnaire et la Nouvelle-Calédonie. Il compte de nombreux amis en Nouvelle-Calédonie, il est pour les Calédoniens un écrivain du Caillou.

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Mots pour Maux : Patrice Guirao, le maître du polar du Pacifique mais pas que …

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

L’ami le plus fidèle

 

Il venait de remettre une bûche dans le feu pour lui redonner vie. Pas de celles faites en force pour durer, mais une vie toute simple, que l’on regarde mourir. Assis sur le banc de pierres noircies, le père fumait un grossier tabac mal séché. Il redressa la tête et regarda Rémi.

– C’est décidé, Rémi.

Rémi se tourna vers son père, l’interrogeant du regard. Le père ralluma pour la énième fois sa pipe au feu d’un méchant briquet d’amadou et après avoir tiré quelques bouffées poursuivit.

– Vick est trop vieux.

Il remua les braises sous la bûche avec un tison avant d’ajouter : « – Il a dix-sept ans aujourd’hui.  Il n’est plus bon à rien. C’est devenu une bouche inutile. Il faut s’en séparer, petit. »

Rémi sentit son ventre se nouer. Le père le regarda droit dans les yeux.

– C’est toi qui le feras.

– Mais Pa, j’sais pas faire.

– Tu apprendras.

Rémi se tassa un peu plus dans l’ombre près du père, la gorge sèche. Pour lui le monde venait de s’écrouler. Vick était son ami. Du plus loin que remontaient ses souvenirs, Vick avait toujours été à ses côtés. Ils avaient grandi ensemble. Ensemble, ils avaient partagé l’odeur moite des sous-bois humides de l’automne, les jeux épuisants du printemps, où tout redevient possible, où la vie se fait espoir, les longues soirées d’été, quand l’épaisse horloge de la cuisine et le soleil ne parlent plus le même langage, et serrés l’un contre l’autre, résisté aux blessures de l’hiver.

Pourtant aujourd’hui le moment était venu. Ce n’était pas vraiment une surprise pour Rémi, mais un choc. D’ailleurs, il avait bien compris, quand le père avait ramené le petit Brouck, que Vick ne pourrait plus rester longtemps avec eux. Maintenant, Brouck savait très bien mener le troupeau et le père avait raison, Vick ne servait plus à rien. Rémi avait espéré que le père attendrait que la nature fasse son œuvre. Ou bien qu’il aurait fait la chose discrètement. Qu’un matin, en se levant, il aurait constaté que Vick n’était plus là. Il aurait alors pleuré seul dans la grange. Personne n’aurait parlé et l’on aurait continué à vivre, comme si Vick n’avait jamais existé.

Mais, il n’aurait jamais pensé que la tâche lui incomberait. Il restait accroupi près du père, cherchant vainement à réchauffer son cœur.

– Mais j’sais pas faire, Pa, bredouilla Rémi, comme pour lui-même.

– Ne discute pas. Demain tu iras avec Paul. Il te montrera.

La nuit fut épaisse. Lourde. Rémi ne dormit pas. Puis le jour blanchâtre imposa la vie.

Vick les regardait et remuait la queue. Il ne s’était même pas levé, tant sa vieillesse devenait lourde à porter. Paul tendit son fusil de chasse à Rémi.

–Tu te mets à cinq mètres et tu vises la tête. Il ne souffrira pas.

– Mais j’peux pas, il me regarde !

– Attends !

Paul repartit dans la remise et revint avec un morceau de pain sec qu’il déposa devant le chien. Vick baissa la tête pour s’emparer du pain et le manger à petites bouchées gourmandes. Paul recula de quelques pas et se retourna.

– Vas-y, maintenant. Il te regarde plus.

Rémi, la vue brouillée, mit en joue et tira. Vick s’affaissa, son morceau de pain entre les crocs.

Le père arriva, la pelle à la main. Il s’arrêta près du chien et sans regarder Rémi lui dit :

« – Tu n’aurais pas dû faire ça.

– Mais Pa, c’est toi …

– Oui je sais… mais tu aurais quand même dû lui laisser finir son pain. »

 

                                                                       …….

 

Après une carrière d’aiguilleur du ciel, il entame avec succès une carrière de parolier sans pour autant quitter son île. Patrice Guirao est un surdoué. Il enchaîne en toute discrétion les tubes, et collabore avec des artistes tels qu’Art Mengo, Pascal Obispo, Calogero, Johnny  Hallyday ou Florent Pagny pour ne citer qu’eux . Il s’adonnera ensuite à l’écriture de comédies musicales à succès (Les Dix Commandements, le Roi Soleil, Cléopâtre, Mozart, Robin des bois et Bernadette de Lourdes sa dernière participation à une comédie musicale mais c’est aussi le roi du polar Noir Azur, une définition qu’il a inventé. Tous ses polars sont des bestsellers : sa trilogie Al Dorsey, des polars à la sauce océanienne qui ont pour décor le fenua et ses deux derniers polars dans la collection La bête noir chez Robert Laffont : Les disparus de pukatapu et Lebûcher de Moorea

Publié dans Ecrivain du Pacifique

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Mots pour Maux : Céline Fuentes auteure jeunesse calédonienne et cheville ouvrière de l’association Le Club des Indés

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

VOILE GRIS de Céline Fuentès

La mort dans l’âme, j’ai franchi le portail du parking de ma boîte. J’ai garé mon Scénic en épi, comme tout le monde. D’un pas lourd, j’ai longé l’allée de graviers jusqu’à l’entrée. Léa, la nouvelle de l’accueil, m’a lancé :

— Hey, salut Marc, tu vas être content aujourd’hui ! Gary n’est pas arrivé, tu pourras lui faire la remarque. Pour une fois, il n’est pas irréprochable !

— Enfin une journée qui commence bien, ai-je répondu en filant me mettre au boulot.

Gary n’était jamais en retard, ne demandait en aucun cas de délais pour traiter ses dossiers, classait toujours tout par ordre alphabétique et son bureau était aussi rangé que le mien était en bazar. Ça faisait six mois qu’on me l’avait collé dans les pattes. Avant, j’étais tranquille. Je gérais le service compta comme je l’entendais. C’est vrai, ce n’était pas tous les jours facile, j’étais surchargé, j’avais du mal à m’en sortir. C’est pour ça qu’ils avaient recruté Gary. Au début, j’étais plutôt content mais ça n’a pas duré.

Assez rapidement, il a commencé à me faire sentir que je faisais mal mon boulot. Des remarques, des petites piques disséminées çà et là. Il n’en loupait pas une. Si j’avais le malheur de faire une erreur, même minime, il s’en servait pour se faire bien voir par la hiérarchie. Du coup, le directeur général s’était mis à ne jurer que par lui. Gary ci, Gary ça. Moi, en l’espace de quelques semaines, je suis passé aux oubliettes. Mon moral en a pris un coup. Il y avait de moins en moins de clair dans le gris de ma vie. Petit à petit, tout s’est assombri. De manière insidieuse, il a pris ma place et je suis devenu un fantôme. Je longeais les murs et me recroquevillais derrière mes livres de comptes.

Heureusement, il me restait Léa et puis mes potes de la machine à café. Avec eux, je retrouvais le sourire l’espace d’un instant. On en rigolait parfois, de Gary, surtout Norbert qui l’avait baptisé La Pince. Parce qu’en plus d’être désagréable, d’être mal fagoté, d’être toujours cerné de fatigue et d’être un fayot, Gary était un vrai radin. Jamais il ne participait aux collectes pour une naissance ou un anniversaire, jamais il ne payait sa tournée de croissants le vendredi comme les autres et puis jamais il ne rendait les clopes qu’il nous taxait régulièrement… Écouter les moqueries de Norbert à propos de Gary me remontait le moral mais pas longtemps. Parce que les autres, ils le croisaient mais moi, c’était huit heures par jour que je devais me le supporter…

Ce matin, minute après minute, je reprenais mes marques et je jubilais en répondant aux nombreux appels du lundi :

— Eh bien non, Gary n’est pas là aujourd’hui mais laissez-moi gérer votre problème.

Je retrouvais mon grade, mon pouvoir, mon univers. Celui que j’avais perdu quand cet enfoiré avait fait irruption dans ma vie. Je respirais, j’étais bien, enfin… Je me prenais même à rêver : et s’il ne revenait plus, et s’il avait trouvé un nouveau poste, et si…

Il devait être presque midi quand Léa m’a téléphoné pour m’annoncer la nouvelle :

— Marc, c’est Léa. Ça va ?

— Tu m’étonnes, je revis. J’ai récupéré mon espace, mon bureau, ma vie quoi !

— Marc, j’ai une mauvaise nouvelle…

— Ah ?

— Gary est décédé ce week-end. On vient de l’apprendre. Le DG m’a demandé de te prévenir et de m’occuper de la collecte pour acheter une plaque au nom de l’entreprise, en notre nom à tous. Il tient à ce que nous soyons à l’enterrement qui est prévu demain à 9h à l’église. Je lui dis que c’est d’accord ?

— Léa, je ne sais pas. C’est triste mais je ne peux pas dire que le portais dans mon cœur… Alors, aller à l’enterrement. Je ne me sens pas très légitime, tu vois…

— Marc, le DG y tient.

— D’accord, dis-lui que j’en serai. Je passerai te donner ma participation dans la matinée.

 

Gary était mort. Je ne savais pas comment d’ailleurs. Je ne m’y attendais pas. Un court instant, je me suis senti soulagé de n’avoir plus jamais à travailler avec lui… Et puis, vite, je me suis repris, c’était affreux d’avoir de telles pensées. Je m’en suis voulu, un peu.  J’ai regardé son bureau bien rangé et je suis sorti.  Jusqu’au bout, il m’aurait mis le bourdon, le moral à zéro…

 Au fond du couloir, j’ai aperçu Norbert et Steph, en grande discussion, autour de la machine à café. Dès que je suis arrivé, Norbert m’a interrogé, peut-être par curiosité mal placée :

— Alors Marc, tu sais comment il est mort Gary ?

— Non, je ne sais pas. Peut-être un accident ? Il était fatigué vendredi mais c’était habituel cette fatigue chez lui…

— Peut-être qu’il était malade ? a demandé Steph en se tournant vers moi.

Je n’ai pas eu le temps de répondre que non, que je n’en savais rien, que Norbert en a rajouté et que je me suis senti encore plus mal :

— Tu te rends compte, il était sans doute malade à en crever, un cancer peut-être, et toi, tu te foutais de lui parce qu’il était tout le temps claqué… Imagine… Si ça se trouve il n’avait plus un radis parce qu’il s’était endetté jusqu’au cou pour payer ses frais médicaux… Et toi, son collègue, tu ne savais même pas dans l’état où il était et maintenant il est mort… Marc, ça craint…

— Stop, a coupé Steph. S’il avait été malade, on l’aurait su et puis Marc n’a rien à se reprocher. Personne ne pouvait le voir, Gary. D’ailleurs, t’as participé à la collecte ? Moi, j’ai filé un billet de 10 euros. Je ne me voyais pas donner plus pour cette pince !

— J’ai donné 20 euros. Je suis navré pour lui mais quand même, soyons francs, je ne pouvais pas me le blairer, je ne vais pas faire semblant. Je me sens un peu hypocrite d’aller à son enterrement.

— On comprend, qui pouvait apprécier ce type ? Mais bon, c’est toi qui bossais avec lui pas nous. C’est normal que le DG et toi y alliez et puis ça te fera un moment en tête à tête avec le big boss !

— Non, il emmène Léa et Clarisse aussi.

— Ah ben tiens, a dit Norbert, évidemment qu’il emmène sa petite secrétaire de Clarisse, experte en promotion canapé. Tu verras bientôt elle te piquera ton poste d’adjoint Steph !

— Arrête tes conneries mec, c’est pas le jour et puis Clarisse n’a pas les épaules !

— Elle n’a peut-être pas les épaules mais elle a autre chose, a lancé Norbert en ricanant.

Avec les gars, on s’marrait bien à la machine à café. Au moins deux ou trois fois par jour, on se réunissait pour rigoler un coup. Faut dire que des ragots au bureau, y’en avait à la pelle. Et puis Norbert, quel numéro, il avait donné un surnom à presque tous nos collaborateurs. Clarisse c’était la Marie qu’il l’appelait pour la Marie couche-toi là. Gary c’était La Pince parce qu’il ne participait jamais aux collectes et qu’il nous tapait des clopes tous les jours. Léa c’était La Minette parce que Léa c’était la plus belle et la plus douce. Tous les mecs en pinçaient pour elle. Avec Norbert, il fallait juste ne pas être trop susceptible et avoir une bonne répartie. Steph et moi, c‘était notre cas, alors Norbert était devenu notre pote.

— Marc, a lancé le big boss derrière la porte, tu viens, on va rassembler les affaires de Gary pour les remettre à sa famille.

— Rassembler ses affaires mais il n’avait rien. Pas une photo, pas un truc perso. Y’a rien à rassembler.

— Bon, très bien, sois au bureau à 8h30 précises demain. On ira ensemble à l’enterrement.

Norbert, Steph et moi, on est partis manger à la Cantine. C’était notre petit resto à nous, à trois cents mètres du boulot. On y allait à pied. Norbert en profitait pour lorgner les nanas et Steph et moi, on se bidonnait à le regarder faire. Ce jour-là, on a fait comme d’habitude, comme si rien ne s’était passé et que nous n’avions pas appris la mort soudaine d’un collègue quelques heures plus tôt. La vérité, c’est qu’on s’en cognait du Gary, voilà. On s’est rempli le bide en se foutant de la tronche de la moitié de la clientèle mais bon, ce n’était pas méchant…

Quand j’ai repris place derrière mon bureau, j’étais plein d’espoir. Le boss allait peut-être recruter la jolie Julie qui avait postulé en même temps que Gary mais qui n’avait pas été retenue. Elle avait l’air aimable. Bien sûr, j’aimais ma femme, Anastasia, mais rien ne m’empêchait de regarder le menu ! Julie était un vrai canon ! Norbert serait fou de jalousie. Ce serait un juste retour des choses, après avoir galéré six mois avec La Pince… De toute façon, avec la tonne de boulot qu’il y avait, le recrutement ne tarderait pas et je serai bientôt fixé.

J’ai terminé ma journée tranquillement, sans l’œil inquisiteur de Gary sur moi. Plus de stress, plus de lourdeur. C’était terrible à avouer mais je crois bien que j’avais passé la meilleure journée depuis un sacré bout de temps. Mon avenir s’éclairait enfin.

***

À huit heures trente précises, j’étais sur le parking de l’entreprise. J’avais la mine blafarde à la perspective de ce qui m’attendait. Aller à l’enterrement de mon collègue par obligation me dépitait. Tout ça pour faire plaisir à mon boss… En plus, il serait certainement impossible de passer inaperçu, on serait quoi, quatre pelés et deux tondus. Gary était tellement détestable. Pourtant, peut-être que des gens l’aimaient malgré tout ? Sa mère peut-être ? Tous les hommes ont une mère qui aime leur enfant. Elle serait là et aurait de la peine. Une sœur ? Un oncle perdu de vue ? Un ami ? Gary avait-il au moins un ami ?

— Bonjour Marc, monte, on y va, m’a lancé le boss au volant de sa Mercèdès rutilante.

Clarisse était à ses côtés, bien sûr. Avec sa jupe ras les fesses et son chignon bien serré, le patron n’était pas indifférent. Léa est arrivée au pas de course et s’est installée à ma droite. Tous les deux, nous n’avons pas dit un mot durant le trajet, un peu gênés d’être les témoins de cette scène tellement clichée… Le patron et la secrétaire… C’était peut-être pour casser cette atmosphère un peu vulgaire que le DG m’a dit :

— Marc, je sais que ce n’est pas facile de perdre un collègue, surtout de manière si soudaine. Un accident. C’est tellement bête. Gary était un homme de valeur, travailleur et honnête et personne ne pourra le remplacer. Je partage ta douleur. Mais pour t’enlever une épine du pied, sache que j’ai recruté Julie, tu sais, celle qui avait postulé en même temps que Gary. On verra bien si elle fera l’affaire. Dans tous les cas, ça te soulagera. Elle commence demain. Voilà, maintenant, tu dois être rassuré. Tu peux prendre quelques jours de congé aussi. Nous comprendrons. Prends tout le temps dont tu as besoin.

— Merci mais ça ira, ai-je répondu d’un ton grave, comme si la mort de Gary me touchait au plus haut point.

Gary était donc décédé à cause d’un accident. Il devait sûrement conduire sa vielle Ford Fiesta. Tellement pourrie cette bagnole. Trop radin pour l’entretenir. La portière côté conducteur n’ouvrait pas toujours. Il était parfois obligé de passer par le siège passager pour sortir… La honte ! Norbert en avait même fait un sketch. Un comptable qui n’est pas foutu de faire réparer sa bagnole. Fallait pas déconner, on gagnait pas des mille et des cents mais nous n’étions pas au Smic non plus. On pouvait dire ce qu’on voulait sur la direction mais à ce niveau-là, nous étions bien lotis. Sans compter les primes d’intéressement en fin d’année. Cela étant dit, j’avais une sacrée chance, j’allais travailler avec la belle Julie. Je ne perdais vraiment pas au change…

— Le monde ! s’est exclamé le patron. Il va falloir faire demi-tour et se garer bien plus loin. Nous ne sommes déjà pas en avance… Heureusement que j’ai demandé à la famille de nous garder une place…

À travers la vitre, j’ai aperçu l’église. Elle était bourrée à craquer. Des dizaines de gens attendaient pour pouvoir gravir les marches de la vieille bâtisse du 12ème siècle. De tous les âges, ils se saluaient avec tristesse et empathie. Certains pleuraient même. Un groupe de gamins revêtus d’un même maillot de foot bleu et blanc se tenaient deux par deux, main dans la main. Ils avaient six ou sept ans. Ce n’était pas possible, ce n’était pas pour Gary, il devait y avoir un autre enterrement juste avant. Le patron a tourné un moment avant de pouvoir se garer.

— Allez, ne perdons pas une minute, j’ai horreur d’être en retard, a lancé le boss.

Les talons de Clarisse résonnaient sur le trottoir et rythmaient nos pas pressés. Quand nous sommes enfin arrivés sur le perron de l’Eglise, Léa semblait un peu essoufflée. Le patron a traversé la foule en nous demandant de le suivre de près. Nous sommes entrés et il s’est dirigé tout de suite vers une dame d’une soixantaine d’années, très chic.

— Madame Persou, excusez-nous du retard. Voici Marc le collègue de votre fils Gary et les deux assistantes. Nous vous présentons nos sincères condoléances et restons disponibles si vous avez besoin de quoi que ce soit.

— Bonjour à tous et merci pour votre présence. Je vous ai gardé des places, venez par ici.

 

J’ai serré la main de la mère de Gary. Elle m’a tirée vers elle et m’a embrassé chaleureusement, comme si je faisais partie de sa famille.

— Marc, Gary nous a beaucoup parlé de toi, de tout ce qu’il a appris à tes côtés et de ton professionnalisme. Il aurait été heureux que tu sois parmi nous aujourd’hui.

Les mots de Madame Persou m’ont fait l’effet d’un coup de poignard. Quoi ? Gary m’appréciait, parlait de moi ? Et cette femme, avec l’air si sympathique. La mère de Gary ? J’avais l’impression que tout cela n’était qu’une blague. Je regardais autour de moi. Tout ce monde !

À peine avais-je eu le temps de m’asseoir qu’un silence glacial a remplacé le brouhaha sourd. Une troupe de gospel s’est avancée. Les chants ont commencé. Les voix s’entremêlaient en une puissante mélodie qui faisait chavirer mon cœur. Puis le prêtre a poursuivi :

— Célébrer la vie de Gary Persou, fils fidèle, ami serviable et homme de confiance est un honneur pour moi. Chaque personne qui a croisé sa vie sait à quel point il était empli de bonté et d’amour. Homme engagé dans de multiples causes, il a su transmettre l’amour de son prochain et œuvrer pour la solidarité. Clown dans les hôpitaux pour donner de la joie aux enfants malades, entraîneur du club de foot pour les poussins de la cité, membre actif des Resto du cœur et fondateur de l’association Ensemble, pour la paix, Gary donnait tout son temps, tout son argent, toute sa vie pour aider son prochain. Prions pour lui.

La chorale a fait, une fois de plus, voltiger les notes. Emporté par l’émotion, les larmes me sont montées, comme ça d’un coup. Tout se mélangeait dans mon esprit. Qui était Gary ? Le type austère du bureau ou le gars généreux que décrivait l’homme de foi. J’étais troublé.

Pendant toute la cérémonie, Léa et moi n’en revenions pas. Nous tombions des nues. De découverte en découverte sur le personnage de Gary, nous nous sentions de plus en plus mal à l’aise. Pour finir, c’est carrément la honte qui m’a envahi. J’étais un idiot. Je n’avais en aucun cas laissé une chance à Gary. Il m’avait pourtant proposé plusieurs fois de passer chez lui mais j’avais une telle image de lui que je n’ai jamais accepté ses invitations…

Je suis parti juste après la cérémonie, à pied, seul, rouge de honte. Léa m’a couru après :

— Marc, reviens. Partir comme ça, c’est impossible, le DG ne comprendrait pas et madame Persou a organisé un petit quelque chose chez elle. Viens !

— Léa, je peux pas. C’est pas le Gary que je connaissais, c’est pas lui.

De la main, j’ai repoussé Léa et j’ai accéléré la cadence. J’ai marché vite, le plus vite possible. À un moment, j’ai même couru mais j’ai vite eu le souffle coupé. Mon cœur cognait fort. Je regardais à droite à gauche mais tout était normal. Des bus, des passants, des voitures, des gens. Je ne les voyais plus pareil. Le p’tit jeune là-bas avec son chien et son jean troué était-il un homme bon ou mauvais ? La dame derrière toute pimpante et élégante, que cachait-elle ? Je ne savais plus qui était qui, je n’avais plus aucune perception de rien. J’ai arrêté de les regarder, eux, tous. J’ai foncé tout droit. Des heures et des heures. La pluie s’en est mêlée, je dégoulinais de toutes parts en déambulant dans les rues sans savoir où mes pas me menaient et puis j’ai entendu la voix de Steph :

— Marc, monte !

Je ne suis pas monté dans la BM de Steph.

C’est Norbert qui m’a attrapé le bras quelques mètres plus loin.

— Mec, on te cherche partout depuis ce matin, viens.

— Je ne viens pas. Toi, eux, moi, on est des pauv’gars, on vaut rien, pas un Kopec. Il va me falloir un moment pour pouvoir me regarder dans une glace. J’rentre dans mon bled, à Izalignac. À pied, en bus, en stop, en train, rien ne pourra me faire changer d’avis. Laisse-moi.

Je suis parti comme ça. J’ai mis du temps à me reconstruire. Des heures sombres. Anastasia m’a rejoint quelques semaines plus tard. Et puis, un jour, je suis allé voir Madame Persou. J’ai frappé à sa porte et je lui ai dit :

— Madame, pardon. J’ai côtoyé votre fils des mois et je n’ai pas vu qui il était. Il y avait comme un voile gris qui m’empêchait de bien regarder.

Elle a répondu :

— Je sais. Gary me l’avait dit… Maintenant, ton œil est exercé, il saura voir toutes les couleurs qui composent le gris.

 

Céline Fuentès Naviguant entre les grandes étendues de Nouvelle-Calédonie et les campagnes métropolitaines, Céline Fuentès a écrit une collection de littérature jeunesse éditée par Snk Editions et distribuée par Hachette Calédonie. Abécédaire et petits poèmes calédoniens en est le premier opus. Un si petit voyage et C’est pas grave si c’est raccommodé sont deux romans pour adultes disponibles sur Amazon. La nouvelle Voile gris est éditée dans le recueil 10 nuances d’Indés éditée par Le Club des Indés téléchargeable gratuitement sur Amazon et La Fnac.

N’hésitez pas la suivre sur :Twitter : https://twitter.com/lynseecf98 Blog : http://celinefuentes.blogspot.com/

En cadeau : à télécharger gratuitement : Lynsee Ée : 10 Nuances d'indés Suive le lien

Publié dans Ecrivain calédonien

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Mots pour Maux : Luc Enoka Camoui, Poète, essayiste, enseignant, un sage du Nord

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Mots pour Maux - Confinement

 

Sensation d'abandon de soi

Le monde petit dans son confinement

N'a que verbe le mal du siècle

Telle une assignation à résidence...

Vaincre la pandémie

N'est pas une mince affaire.

                      L'enfer, chacun pour soi

                      Le Paradis pour tous...

                      Et si Miss Chloroquine

                      Veuille bien nous désenvouter

                      Nous libérer de nos chaînes invisibles…

                      L'humanité vulnérable saura remercier

                      La molécule miraculeuse

                      Du Professeur de la science infuse;

                      Celui-là même le sauveur du monde…

                      En attendant, soyons vigilants et résistants !

 

Luc Enoka CAMOUI (Hyabé le 28/03/20)

 

Originaire de Pouebo, Luc Énoka Camoui travaille dans l'enseignement protestant. Spécialisé en remédiation, il est l'auteur d'un essai sur l'école calédonienne

Publié dans Poésie

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Mots pour Maux : Daniel Miroux : linguiste et président de l’Alliance Champlain, un pilier de la francophonie en Nouvelle-Calédonie

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

JEE HWEN HNYI MËËK ME JEE BOMENE

 

 

Haba hweciin ta jee hwen hnyei hia, me walee anyita hwen. Waleling ûnyi ate ma he ka haatr, me tootr hwege hnyin, a wale cici eling tha xaca ae beöönua. Aanee hanöötaa wisa puco hnyi anyita hwen, me waleling ûnyi ae ti beöönua, ame kunöötaa ga oogaanâ me ookabâ ke at me ke at aten bi ke hnyei. Ate maa ûoogaanöötaköu, atenee ka oogaanööta bi. Haba ga xûâ hwen anyin ke hnyei, me ame kunööta ga möötr helâ me aten hnyei eling. Kene haba ga op hnyei hobikâu jee lakutin biju hnyi anyirin jee ûen, mötinaa he ga puco hnyi hwen anyin ke at me ke at, a caa haca anyirin hwen möötin, a waleling bongon he ka ûnuukötaköu ke at kake at ame kunööta he ka ûmöötrköu hnyi tahau, a waleling hna op hweledraany hobikâu biju ta jee lakutin me ta jee laööbwiitin nyielee.

 

NOTE:  le IAAI est la langue parlée à Ouvéa par environ les 2/3 de la population, l’autre tiers a, comme langue, le hwen ûë ou faga uvea qui est parlée par les descendants des migrants d’origine wallisienne arrivés à Ouvéa au XVIIIe siècle.

 

 

LES LANGUES EN NOUVELLE-CALÉDONIE

 

Le destin commun ne pourra se réaliser que si chacun se nourrit et se fortifie de sa propre culture et donc de sa langue car celle-ci est le fondement de toute culture. Être authentique dans sa culture est une nécessité pour pouvoir communiquer avec ceux qui sont de culture différente. Le respect de l’Autre ne peut se faire que si on se respecte soi-même. Par ailleurs, la découverte d’une culture différente de la sienne ne peut se faire que par la langue. C’est en faisant l’effort d’apprendre la langue de l’Autre que l’on pourra lancer des passerelles entre accueillants et accueillis, car rien n’est plus complexe que de comprendre une culture qui n’est pas la sienne et de reconnaitre celui qui est différent de soi comme son égal. C’est ainsi que l’on pourra construire le pays de demain.

 

NB : Le livre Lexique français-iaai/ iaai-français, de Daniel Miroux, a obtenu en 2019  le prix catégorie scientifique du salon insulaire d'Ouessant.

Le iaai, langue austronésienne, fait partie du groupe des langues océaniennes. Il est principalement parlé dans l’ile d’Ouvéa, appelée aussi Iaai, située dans l’archipel des Loyauté en Nouvelle-Calédonie. JP

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Mots pour Maux : Sylvie COQUILLARD professeur de Lettres, poétesse, correctrice et écrivain public

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Variations sur le thème Mots & Maux (d’une si brutale actualité)

 

Dans ces temps d’incompréhensibles alarmes, de peurs légitimes, d’épidémie/ pandémie redoutée si lourde à vivre, surtout lorsque la maîtrise des paramètres nous échappe, il est essentiel de garder le cap et de cultiver, autant que notre jardin, une foi en l’Humanité et en ses valeurs fortes, ses arcs-boutants qui donnent du sens à nos vies ; un seul sourire échangé vaut un trésor si on en mesure la portée.

 

Plutôt qu’une fiction, une histoire, un conte ou même une fable, quelques mots à vous adresser pour une invitation, un voyage-fantaisie où tout pourrait peut-être se dire et définir autrement.

Au départ de ce « voyage », envisager que les mots « pansent » et peuvent même guérir si on les pense et les mobilise de façon différente en leur donnant une nouvelle vie.

Les Poètes savent combien les mots sont puissants eux qui les polissent (sans police), les cisèlent, les convoquent et les juxtaposent de façon singulière, les faisant miroiter au contact les uns des autres, dans une cohabitation qui démultiplie leur sens et leurs échos.

Les mots sont des sésames, des clés, des mystères qui méritent d’être explorés !

Parfois, mal employés, ils peuvent faire mal, blesser si l’on n’y prend garde, des mots à maux que nous décochons comme des flèches sans s’aviser (mais on tire !) de leur charge explosive…

Apprivoisons !

Ainsi, tout ce qui a trait au « maudit » porte les stigmates d’un sort de douleur et de fatalité.  Comment ne pas plutôt opter pour le « mot dit » en toute simplicité, celui qui –en un mot comme en cent !- a le pouvoir de dissoudre tous les malentendus dont nous souffrons tant. Le mot dit, alors, libère et délivre des incompréhensions souvent fruits de mots malencontreux.

À cet égard, les « inventions » et jeux de mots d’un Jacques Salomé sont éclairants :

T’es Toi quand tu parles !  (Sourire ! Ce n’est pas « Tais-toi » et pourtant ! …)

ou encore Heureux qui communique , nous voilà Ulysse(s) dans ce formidable voyage de l’échange et du mot à fertiliser pour le rendre bonne moisson.

Les mots plutôt que les maux, n’est-ce pas ?

Les explorer, les réinventer, jouer avec eux peut être une découverte fascinante… et l’occasion de vérifier, entre parents et enfants qui, d’eux ou de nous, saura le plus spontanément trouver des combinaisons inédites, des définitions-pansements.

Quelques suggestions ;

 la « morale » si elle est bienveillante et ne s’avise pas de s’ériger en vérité sectaire vaudra mieux que le « mot-râle » pris entre la maladie ou la colère devinée.

Le « moqueur », plus que taquin se révèle piquant, étourdiment blessant à ses heures. On lui préfère d’emblée …le « mot-cœur », celui duquel on puise le trésor à donner et à recevoir.

Avec un « mobile », en première instance, rien n’est figé…  Elle s’anime, cette belle composition tournante qui se place au-dessus des tout-petits, souvent colorée et musicale pour apaiser les pleurs, mener le nourrisson de veille à sommeil !

Le « mobile » ? Plutôt que le … « mot-bile » qui donne le mauvais sang, c’est ce qui nous pousse à agir, ce qui nous pousse à intervenir et que ce soit pour le mieux ; se mobiliser POUR

Garder le cap

Continuer à croire et à faire confiance en dépit de toute situation adverse. Mobile-impulsion POUR des valeurs positives (solidarité, partage, soutien) plus que CONTRE qui légitimerait les cortèges de pétitions et de révoltes même si cela part d’un bon sentiment ou d’un élan généreux.

« Mots à hics » ! Encore un mot-porc-épic, un mot hérissé d’aspérités. Préférer son écho qui répare ! Entendre : « mosaïque » …cette composition qui rassemble des fragments initialement épars pour offrir un tout harmonieux souvent inspiré. Harmonie, j’écris ton nom !

Notre époque nous a familiarisés à l’informatique et à une technologie qui dénomme ses outils ; écran, clavier, souris, « MODEM ». Ce qui se désigne par-là, c’est le boitier grâce auquel la connexion s’actualise. Qui nous empêche d’y voir une mise en relation sur le « mode-AIME » ? Sur la toile de nos échanges -une mouvante mosaïque ! - privilégier ainsi les messages d’amour et de confiance, de tendresse et de tolérance ?

On aime ou pas le « moka ». Affaire de goût, dégoût, ça ne se discute pas. Et le « mot-cas » ?

Celui sur lequel on ne va pas hésiter à se pencher, examen vigilant ET bienveillant. El là, cela suppose faire cas d’une chose, d’un animal ou d’une personne

Être « molesté » renvoie à la brutalité, l’agression ; le mot renvoie au mal et aux maux que cela fait endurer.

Antidote ; le « mot lesté » si on lui accorde le pouvoir d’avoir du poids et de se vivre comme un réparateur ancrage, une fois encore, nous gagnons dans le sens revisité !

 

Dépaysant ce parcours ! Tiré par les cheveux ? (Ça ça fait mal, attention !), insensé ?

Que chacun y puise ou non à sa modeste source.

Dans le creuset de nos imaginations, s’appliquer en tous cas à déployer une sorte d’alchimie dans laquelle l’essence des mots revalorisés sera rempart à ces maux qui nous assaillent si malencontreusement.

Alors « moteur » ? Le mot -heure à choisir pour le meilleur… que je vous adresse de tout cœur.

 

Sylvie Coquill’ARTS. Ce vendredi 27 mars 2020.

 

Au Bord d’Elle Éditions Persée 2014 (malheureusement épuisé)

Atlantides Éditions de l'Harmattan 2014

L’Âme des écorces Éditions de l'Harmattan 2018

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Mots pour Maux : Léopold Hnacipan, auteur kanak de Lifou, une des îles Loyauté de Nouvelle-Calédonie.

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Öni aji (manger du rat)

Version en français, en anglais et hula (Fidji) en téléchargement à la fin du texte

Hune la ukahlokine eë, qaaqa a eaju la punei aji me dreudreuthe me nyiqaane pelepelethe la he. Thupei he, eahlo a kuiënepi la aji hune la eë, juneti hi laka tropa koi nyipine la eë. Nge eahlo hi a lapa thupëne. Kola palulu la eë hnine la lue mekei eahlo. Caa neköi sine sinöekö troa ujëne lapaan la aji wanga wele pi itre xaa hnepe ijöne. Asehë dreudreuth la itre pen, eahlo a hule pi la aji ka wetrewetre asëhi la ikupein. Eahlofe lai a papathe trijepi la ngöne i aji. Kolo jupehi lo aji, laka kapi wië me hmedre, a kupeine kacatr ; qaaqa hi lai a eaju, me kulumathepi. Ame la aqane atreinei eahlo ! Kolohi lai a hulepi la ketre nyö cile i aji qangöne la inganenyö fen me atëju ngöne la hni aji nge eahlo hi lai a kujepi la aji uti hë la taxoj, kola nenipi la trapaxel, eahlo hi lai a nango hulepi me amë hune la hnatresij, tropëhë a ce dreuthepe memine la itre hna xuitra me itre hnitr. Pëkö troa trije menun, ke tha kolokö lai a metrötrëne la xen. Ame la troa ule la pun, tre ketre aqanekö, ejekö thei itre ka atrein. Wanakoxumuono hi me wanakohulesep, öje ju hi hnei Waeju qatr la pune aji hnene lue ej, nge qaane la juneti, eahlohi lai a caa hulepi uti hë la pë. Hmalohmaloecatr e hna tro thengene la aqane qahleng ngöne eë. Celëhi la götrane hnenge hna ajane troa kuca ; ngo e fedre palaha la ikupeine kowe la jun, eni lai a thupatrijepi. Celëhi qaane la itre iwesitrë. Kola elë la hni qaaqa, matre eni minahi lai a qajajë lo itre hnei tretre Waloli hna qaja. Ame koi qaaqa tre tha metrötrëne köni la xen : « Tro Akötresie a upe la jiine koi së. » Öni eahlo e nango qaja.

Ame hë lo itre aji hna kuluhmath tre kola ha atuthe hnei dröne wacua, me amë hune la hnatresij, treqene la qaaqa a thinikëthe la lue drohno. Thupenelai, eahlo a seluthe pi la lue drohno tune lo satauro ekuhu trepene, eahlo a amë ju itre wej ka pepeija me itre igulago sinetrongei drai. E asehë, eahlo a atëju la itre aji hune la itre ihnyëxen, hna atë hnyawan nge hna sa la punei aji kowe la hni. Eahlo a hetrëne hmacaju hnei wej kapepeija me igulago. Pëkö xan nyine ahnyapan tune lo sootr, me soyu. Eahlo a hnyijeju memine lo lue pune drohno, me othe hnene lo june drohno hna triji june hnyawa. Eahlo a sine pi la dro ngöne la hnaeë me traihnyithe la neköi itra nge kolo pëhë a itreqe.

Eku fene la i polian, boelëhë la timi treetre Waloli. Eahlohë lai a hë hunijë troa iji ka idreuth me xeni lo itre munëne xeni ne eidri e hej hnei eahlo hna akeune hmaca. Tiqacatr hnei nyipi xeni me ihnyëxen : koko, kumala, wej. Ame la itre xeni asë tre hna wetrëne palahi hnei thiihlë, meketrë maine puaka wael ; ngo ame la xeni hna lapa treqene hnehuni asë tre, itra aji i qaaqa Waeju qatr.

Ame naene kolook, ame la kola traqa hnei Gaboroc kowe la itro kuli, atre hë huni kahape tha nanyikö qaaqa, tha hmitre kö matre fetrapi eahlo qangöne la ihmene gojenyi me itra aji hna xometrongën.

Ame Gaboroc tre, neköi thinene kuli eahlo, pëkö inue nyidro. Ame la ijine meci qaaqa, kola mecipife Gaboroc, ame koi huni tre, kösëpilo ka hape qaaqa hmaca a mec. Eahunia treije pine ej tune lo eahuni a treijepi qaaqa, nyipici, treetre Waloli pehi qathehun la ka tha hane treij, ma ka mecimekune eahlo.

E hohë itro kuli, maine nyiulili me pi ihej, eahunilai a isathil troa huliwa thoi nyimenyim maine pena eahuni petrehi lai a nyipi huliwa. Ame ni, tre enihëlai a thilicatr fene la itre hnitre katru, kösëlo eni ha wewë, nge itre xaa ijine enifelai a hulethea lo itre xa canekoko, ke loie ohnyinijë hnei hmihmi. Loie qanyi nyidrëtikö qaja koi ni kahape loijuhë. Atreini kahape, ceitungehi lai me Thuluë me Icica.

Ame itre keme me thinehun, angatr a hnyimafë lai kucahmëjolehun ngo kolo hi lai matre atimekë hun, me eacilë huni wanga tro minajëhun troa iwej hune la itre isinöe. Atre catre angatrelai kahape, ngazocatre la hnehun hna fekë. Tro hmaca pëhë angatre lai a bëek thupen troa wakecaan hnyawane la itre hnitre ka ngazo nge isa eahuni hmaca ha koilo a ini.

- Haa nekötrahmany, loi ju hë, trojëpe a xatua qaaqa.

Hne nyinawai hmiihmi lai. Enepe eahuni lai a isa mejë kösë lo itre qangöne elepetr a fetra matre jele la nyinawai aji. Kolohëlai a isa igoëë, ngo pëpikö troa pihnyima qëmekei itre mathin. Ihnyimapi pëhë e eëhuni hmekuje thupen. Ame itre mathineng tre, itre ka musicatr, xele angatre troa ihnyima hnine la hlapa. Qaaqa palahilai ka punelapa seijolene la melehun.

Eahuni lai a iwaja kowe lo uma wadratha troa xome lo munëne dröne haupuny me itre koko hna dreuth nge lapakacahae asë a nango tro koilo fenei wacua thei qaaqa. Ame la eahuni a traqa fenei la wacua, asehë thawa la xen.

Qaaqakö, e kuhu ezine la itra aji, asehë eë. Kolohë lai a isa köjahuni la itre trepai eahun. Hna elë hnyawanekö hnei eahlo hune itre dröne pahatre me itre dröne wacua nyine peleitre. Caa sine aji, maine caa aji ka pexej pena, thenge la etrune la itre tha e eidr ce tro me itre wej me itre xenyë. Xelefe Lulu ma hane xeni xenyë, matre eahuni lai a pune ieloon la edrö i angeic. Celë minafehi matre pune inyiengëhun pinelai. Nge ketre tretre kö a isa thawa koihun la itre koko hna dreuth me itre kap.

Nge eni me Thuluë la luetre nei trizanë dröne lemene koihuni asë, thupene lai nyio a xomejë la itre sine aji nyio me löölöfë e koië hnitr. Tropalahi eahunia sepë koi hnitr matre ananyi angatre itre katru, ke pëkö ce wenemekën. Itre xaa hnepe ijin, eahuni a drenge koilo qaaqa a wesitrë ketre mathin pine lapa huliwaahun, drengeju fehi huni koilo i hahae.

Pëkö meje hun, ke pëkö tro huni a ithanata qëmekene la itre katru. Eahunia nango xeni thaup, ngacama pi tro huni a hnyimasai angatre angetre folosa huni hna wesitrëne hnei qaaqa pi eahun. Thatrekö huni ngöne la ijine cili kahape angatre a ce enexöl.

Madrine catre huni koi qaaqa ka nyi xöle hun. Ke hnamajemine ngöne la hnalapa. Waeju qatrehi la atre acasi huni me angatre itre katru. Eahlohi a ase nue huni qangöne itre huliwa ne helep. Huliwa hmacajë edrahe hnaipajö qëmekene troa xen. Amehë la sooce huni tre, eahuni pëhë a troa elo e cili hnënge hnitr. Itre xane a elë utipalaha koho hnaidridripahone itre isinöe. Itre xane a wej aji maine thele iawa ka hmedr matre thupë thiihlë edrahe e hej. Nyimutre catre hnei huliwa hun.

Ngo ame la mano e naene o kolook tre, ceitune me ketre hna majemine hna ahmitrötrëne. Kosëpilo kahape qaaqa a troa ceamënine la hmi. Eahlo hmekujehi laka ithanata, nge eahuni a lapa thaup, tiqa la që hnei sine aji, kola isa pelikaca gönin.

E trona goeëne la meleng, eni a mekune la itre isa aqane drenge trotrohnineni la itre drai cili : tune lo enia ulume lo sine aji, kosë lo enia ketre menu laka kola ahleuhleunyihun, kola i nyizö, kola thinge la hnenge hna mano hnene la akötre cili. Kola ajolënife troa goeëne la ketre trejine me eni a ulumaxöxö la göni angeic. Ketre xapoti fe a xele ma igoeë me eni. Ame lai hnepe hace cili, eja tiithasë la lapa kacahae. Caasihi la aqane drengehun la hmahma cili lo kola öni thiihlë. Kola nango ahmahmanyisë e troa e së hnei angetre ka ijij me meköt: Itre lapa qatr me itre qatr.

Ame aji me thiihlë tre öni itre joxu, ame uzeqë tre ceitune me xeni koko qëmekene ihotrekeu me qëmeken iamanathithi qathei penëëti thei itre ka hmitööt ngöne la hnapet. Kola tha metrötrëne la itre wathebo, kola atrekënö la koko, ngacama koko qangöne zisëkö, ngo kola zae e troa xen, ka tune lo naene kolookehun e helep. Hetre isa ajasëkö, ajai ngönetrei.

Ngöne la itre drai thupen, ene la eni a bëeke koi kakati me nenë e Hunöj ; ame Havila la hnenge hna ini itre macatre ngöne collège tre kola köjani me ahmahmanyini kahape : atre öni aji, kösëpilo kahape hnenge hna kuca la ketre ngazo, iathixötrë. Nge maine hnathaipiëni, me wangaconyini, tha aqane hmahmaköni pine la huhnahmi nenë. Enia troa mec. E kuhuhnine, itre ini kahape kola xomihun tunelo itre kajidri palakö.

Ame la itre xötre atre eidre tre, angatre hi a xenituhun, ame lo ijine nekönaatr a inine troa xöleuthe hnyawa la itre hnei angeice hna drenge trotrohnine ngöne lae angeice me nööje ecili hutrö i angeic ; hanefehë lae eni a hna hane hnyimafë ngacama tha trotrohnine hnyawaneköni la ehacene la hna iwangaacony. Isi katru.

Ame la ketre drai, laka ije macatrehëla, ce eniju hi me ketre sine huliwang, ka ini physique me chimie ngöne la hnahage i itre tre ini. Eahlo a feepi la mokë melek paudra qangöne la ikalepany. Eahlo a pi hnëkë nyine iji kaidreuth matre troa aegöcatrenyi eahlo maca.

  • Eni a hnöötr, öni eahlo koini.
  • Cileju Maryline, kangazohë lai melek, eja pi, qeadridri palaha la hna lapa ngöne ikalepany ma caa macatrehëla, atre i ö ? Tha drenge kö eö la eja punepun ?
  • Hahahaéé ! Nyipëti laka ini qene wiwi, maine tro nyipë a atre hmekun la nöjei ewekë ka xulu qangöne la thelewekë i ange ka inamacan matre nyine xane la itre nyine xen e nöjei drai…, ma thatro ju kö nyipëti a qaja la mokë melek celë.

Lapa menupihini. Eni ; lo atre öni aji.

 

                                                           Léopold Hnacipan extrait de Passerelles 2017

Télécharger la version en français en suivant ce lien

Télécharger la version en anglais en suivant ce lien

Télécharger la version en hula(Fidji)en suivant ce lien traduction de  Valiraka Qaeze.

 

NB : Léopold Hnacipan écrit rarement en drehu, il est professeur de français (en brousse) à Tieta Koné, il a nous a fait parvenir ce texte pour ses amis et sa famille à Lifou avec la traduction pour les non-locuteurs de cette langue vernaculaire, une des 28 de notre Caillou. JP

Publié dans Ecrivain calédonien

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Mots pour Maux : Marc Bouan, ingénieur, romancier et poète

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

 

PLAGES EN PERIL

 

                                                        En ces temps particulièrement difficiles…

                                                                    Pour s’évader en esprit…

                                                                    Par sollicitude pour nos compatriotes d’ici,

                                                                    Et de Métropole affectés par l’érosion des côtes.

                                                                                             

 

La vision de nos rivages nacrés nous faisait penser jusqu’ici

A une agitation joyeuse de vagues

Berçant nos maisons sur pilotis,

Ou brassant l’eau autour des pointes rocheuses,

Pour nous offrir sur la plage des bouquets d’algues,

Tandis que les cris des mouettes

Font monter en nous des saveurs iodées.

 

Finie la mobilité douce et toute naturelle du littoral,

Sous l’action combinée des vagues, du vent, des courants et des flores affectées

Fixatrices des sables et des vases.

La mer ne danse plus et les déferlantes océanes font peur aux paisibles passants.

Soumis aux douleurs de transitoire,

Le littoral recule significativement malgré

Les digues, les épis en bois ou autres ouvrages de protection.

L’urbanisation, les activités humaines, comme le nettoyage des plages et l’extraction,

La destruction des mangroves et la construction des barrages fluviaux

Contribuent à cette régression.

Dans le monde, l’estran1 se rétrécit parfois de façon spectaculaire

Et inquiétante.

A la faveur de la montée des eaux, et des tempêtes plus fréquentes, l’océan,

Avec sa brutalité primitive a raboté les côtes et ébranlé les falaises imperturbables,

Illustrant la délicate rencontre entre la terre et l’océan, et

Nous invite à rejoindre les anciennes cités englouties.

 

L’océan sera toujours là, immuable et infini, et constitue

A la fois une source de vie et un espace de mort.

Il est parcouru par des puissants courants qui représentent

Des métaphores du voyage.

Bruyant, fantasque et exigeant, il pulvérise le solide, le préjugé, le conformisme.

Il provoque un réajustement constant des équilibres et des idées.

Il stimule notre raison et nous rend plus humble.

 

Marc Bouan - 2014

 

 

1. Estran : portion de littoral comprise entre les plus hautes et les plus basses mer

Publié dans Ecrivain calédonien

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