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Mots Pour maux : Anne-Marie Jorge PRALONG-VALOUR Institutrice, Professeur de Lettres, de Français Langue étrangère, de Français Langue Seconde

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Quelques écrits inspirés par notre période de confinement

 

1-  Mars 2020

Si difficile à présent

Ne jamais m’arrêter

Des rencontres

Des gens

Des lumières des villes

Les paysages défilent

Un tourbillon une spirale

Des rires bruyants

Innocents

Trop jeunes

Indécents

 

Maîtriser le cauchemar

Le charmer

Mais elle est là

Brûlante

Tapie

Dans ma gorge

Je tousse elle est là

Je crie elle ne s’échappe pas

Ne couvre pas ma voix

Perle enrobée

À l’orient nacré

Pour l’avaler

Sans avoir mal

 

Elle me déchire le ventre

De ses aspérités

Elle

Vivante

Elle

Présente

Me tue

 

2-  29 mars 2020

L’eau brouille les couleurs

Mes cils la retiennent

Ce n’est pas la mer

Ni le ruisseau ni la rivière

C’est la révolte la fronde

Le marbre veiné d’ombres

L’obsidienne

La femme à l’arête du monde

 

Le ciel est gris acier

Le fond bleuté

 

3-  30 mars 2020

Sortie de la ville

 

Ne plus courir

Avouer la terre trop étroite

L’espace fragile

Le cœur battant de pierres froides

Qui cloîtrent la lumière

 

Se glisser dans l’enfance

Un éclat de rire court

Aller plus loin

Lentement

Respirer

Même avec un temps de retard

Toucher l’infini des parcours

Chanter les murmures les cris

Que l’oubli s’infiltre dans la mémoire

 

4-  31 mars 2020

Les lignes du papier jauni ondulent aux néons

Comme chevelure dans les tresses des vagues

La lumière en verdure vert sang

Craquèle les plinthes jusqu’à plus soif

 

Court instant de liberté

Dans le mur à enfoncer les doigts

Pénétrer ses fibres jusqu’au sol

Et disparaître dans les combles

 

Seuls des copeaux de bois

Tatouent un lino rouge

Autant de bouteilles à la mer

 

5-  4 avril 2020

 Je descendais masquée, gantée, hydro-alcoolisée sur la Baie.

Ce jour-là, le calme était prodigieux, même le vent soufflait en se taisant.

À la fois le calme d’avant et d’après la tempête.

Une silhouette blanche de jeune femme courait après une laisse qui devait certainement contraindre un gros chien ; certainement, oui !

Des sourires d’or brillaient dans le soleil, mais à distance de plus d’un mètre ; ils engendraient des regards furtifs, des airs fugitifs, ne plus se parler, ne plus se connaître, regarder ailleurs, mais on ne peut effacer le plissé des lèvres, l’envie aux commissures d’échanger, même si les paroles restent dans la gorge.

Les pavés de la baie haletaient, la terre transpirait, il y avait même des oiseaux qui se cherchaient dans les banians, le sable crachait l’humidité, la mer était étale.

Les panneaux encore très neufs étaient ceux des interdits.

 

6-  8 avril 2020

La fin de l’été est grise à 10 heures, matinée chagrine

Discret le crachin se répand dans la baie

Et s’assoit délicatement

Sur les plantes, les chaises empilées, les stores défraîchis

Comme s’il lui fallait endormir le tout.

 

Les pancartes de doléances ont disparu

Seuls deux mots dégoulinent de noir

Mascaras en pleurs sur peau d’ado vieillie

Bulbuls et colibris se disputent les branches

Le Sud-Est çà et là mouchette la mer

Comme s’il renonçait à la brasser entière.

 

Je croise un foulard qui protège un visage

 

Deux plumes noires et blanches dans l’herbe jaunie

Je pense à toi

 

Le chien de la plage va prendre seul son bain

Je le siffle il ne me voit pas

Jamais il ne me voit

Et c’est tant mieux comme ça

Deux clochards se tiennent par le bras

 

Nul besoin de maître quand on porte un collier

 

Anne-Marie Jorge PRALONG-VALOUR est formatrice primaire, 1er et 2nd degrés

Bibliographie : trois recueils de poésies :

Tant qu’il y aura une aube Z4 Éditions ; Margeride Z4 Éditions ; Aube Pacifique Éditions Écrire en Océanie (à paraître)

Publié dans Poésie

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Pâques 2020 confiné, Pâques 2020 confisqué mais Pâques 2020 sera fêté dans la plus stricte intimité

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

 

En 2020, la fête de Pâques est fixée au 12 avril pour les Églises d'Occident. Cette fête est tout à la fois une célébration religieuse et une fête du printemps et du renouveau. A cette occasion, il est traditionnel de se réunir en famille autour d'un bon repas et d'organiser une chasse aux œufs pour les enfants, impossible avec l’obligation de confinement

 

C'est également une période où l'on envoie de jolies cartes à ses proches, pour leur souhaiter de Joyeuses Pâques, certains l’ont peut-être fait mais mon blog vous envoie des « Mots pour Maux » en compensation. JP

Publié dans Divers

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Mots pour Maux : Luc Camoui poète du nord de la Grande-Terre en Nouvelle-Calédonie

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

« Un Homme a réussi s’il se lève le matin, se couche le soir et entre les deux a fait ce qu’il voulait faire. » (Bob Dylan)

Libre Confiné

Corps et chair confinés

Confus et atrophié

Faits et gestes maîtrisés

Serein ou dévoué

Esprit et imaginaire libérés

Evasif ou enjoué

Pas et mouvements comptés

Pensif ou éveillé

Besoins et moyens refoulés

Passif ou engagé

Mots pour maux approprié(e)s

Abusé ou rétamé

Paroles et verbe intériorisés

Alléché ou effaré

Sieste et repos exacerbés

Régime et diète enviés…

Au feu nos sacrés

Sacerdoce et vœux exaucés

Gageons avec Grâce

Providence et abondance

Pour déconfinement à rebours.

Vacuité ou dignité

Liberté est le propre de l’Homme !

Luc Enoka CAMOUI – (Hyabé Pweevo le 8/04/20)

 

Il nous offre aussi quelques citations populaires à méditer pour positiver l’avenir au présent :

« Ne consacrer sa vie qu’à faire de l’argent, c’est afficher un grand manque d’ambition. Cela exige très peu de nous. Car ce n’est que lorsqu’on s’attaque à une tâche qui nous dépasse que l’on réalise son véritable potentiel. »  (Barack Obama)

 

« Le bonheur n’est pas une chose toute faite. Il découle de nos actions. » (Le Dalaï Lama)

 

« On devient ce qu’on croit. » (Oprah Winter)

 

« La seule façon de faire du bon travail, c’est d’aimer ce que vous faites. » (Steve Jobs)

 

« Les gens oublieront ce que vous avez dit, ce que vous avez fait. Mais jamais ce que vous leur avez fait ressentir. » (Maya Angelou)

 

« Le plus difficile, c’est de décider d’agir, le reste ne tient qu’à la persévérance. »

(Amélia  Earhat)

 

Luc Camoui, écrivain de la cité

Instituteur et poète, Luc Camoui est l'une des figures de la poésie kanak. Son premier recueil, Phaanemi (Le ressouvenir), écrit avec son ami de toujours Georges Wayewol, est paru en 2006. Aujourd'hui les deux écrivains parcourent le globe et diffusent la culture kanak aux quatre coins du monde. (chapeau d’un article ancien des Nouvelle-Calédonienne)

Publié dans Poésie

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Mots pour Maux : Christine Bourrelly. Encore un beau texte, du très court de qualité

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

« Tremblez ! Tremblez ! La sorcière est de retour ! »

 

C’est la voix d’Ophélie à l’interphone. Je lui ouvre.

Ofé, c’est ma sorcière préférée, rieuse et maléfique en diable ! La revoilà, après deux mois d’absence ! Comme chaque premier jeudi du mois, ce soir se tient notre réunion du Club des sorcières. Chacune apporte à boire (de l’alcool), à grignoter (des cochonneries, no limit sur les calories), et on invente les pires sortilèges à l’intention de ceux qui nous ont fait du mal.

Elles sont toutes là, sauf Amandine, partie en vacances au Japon. C’est Agathe qui attaque. Elle n’y peut rien si sa poitrine est généreuse. Elle essayait une jolie robe décolletée trop étroite et souhaitait passer la taille au-dessus. Elle a détesté l’air pincé et gêné du vendeur lorsqu’il lui a dit : « Mais, madame, nous allons déjà jusqu’au 42 ! »

Elle agite la grande baguette noir et or et lui prédit :

« Chipolata ! Traviata ! Rosalie et pissenlit ! Cramoisi ! Riquiqui !

Change de métier, prends 20 kilos et perds tes cheveux ! »

Chacune a son style dans les invectives, mais on aime assez les rimes.

C’est au tour de Virginie. Pas de chance, elle a refusé une priorité à droite à une camionnette de flics. Au policier qui l’a verbalisée et lui a retiré deux points, elle crache son venin :

« Enragé ! Cassoulet ! Verrue au nez ! Prends-toi les pieds ! Quatre pneus crevés ! »

Nous, les sorcières, nous sommes parfaitement lucides. Ce que nous reprochons aux autres, c’est presque toujours de notre faute. Nous sommes gourmandes, dépensières, étourdies, distraites, maladroites et jalouses… Avec cette séance de mauvaise foi collective, nous nous octroyons le droit, pendant quelques heures, de devenir mauvaises, hargneuses et injustes, sans peur d’être jugées, unies dans un même esprit revanchard. Avec les sorcières, nous pleurons de rire en évacuant nos petites misères et en choisissant de prétendus coupables. Cela nous fait un bien fou !

J’ai prévu de maudire mon propriétaire trop rigide à coups de « bouses séchées de rat-taupe tout nu » et de jurons de grand-mère, parce qu’il vient d’augmenter mon loyer.

Ofé hésite à prendre la parole. Je l’encourage : « Allez ! À toi ! Fais-nous trembler ! »
Finalement, elle se lance :

« À la petite boule qui a grandi dans mon sein et qui est devenue bien trop grosse pour que je n’en parle pas, je dis : ‟Sacrebleu ! Laisse-moi un peu de temps ! Disparais et ne reviens jamais !” »
Elle éclate d’un rire sonore, qui dure, dure, et nous assomme. Un froid glacial balaie la pièce et s’accroche à nos grimaces figées. Ofé finit pas se taire ; elle se replie sur elle-même, et laisse couler ses larmes.

Oui, ce soir, les sorcières tremblent.

Devant un malheur si puissant, leurs pouvoirs de furies enjouées se sont éteints. Elles ne sont plus ni rieuses ni harpies, et redeviennent des femmes ordinaires. Elles oublient leurs petits soucis et entourent leur amie.

Tout à l’heure, je rangerai ma baguette de sorcière dans le tiroir de la commode. Et elle y restera. En souvenir de notre joyeuse insouciance.

Publié dans Nouvelles

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Mots pour Maux : Nicolas Kurtovitch, un poème inédit pour cette période de pandémie

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Quitter la brume

 

Quitter la brume

brume poussière et débris par un tunnel

jusqu’aux arbres rabougris mais plein de soleil

 

l’eau plate avance

à petits coups jusqu’à heurter en silence

la maison qui n’est plus habitée sinon d’herbes sauvages

 

dormir pourquoi n’est-ce pas possible

si seulement la pluie s’arrêtait

et le froid et la faim et la peur

 

suivre la berge

me dit-on jusque là-bas la porte bleue

mais la boue sur la berge me retient

 

ils se connaissent

se saluent au café petit matin froid intense

puis se séparent leurs pensées déjà bien loin

 

je regarde par la fenêtre

depuis là où assis sur la chaise  je lisais

je vois le temps avancer au rythme des petits chiens tenus en laisse

 

la friche

par au-delà les rivages les gris les sales les encombrés

en arrière des cages pour humains bariolées laides mal fabriquées

 

si économiques

tant lucratives lapins partis

disparus exterminés morts de désespoir

 

un gamin hurle

un autre plus âgé peut-être sorti de l’asile étend son bras rigolard

arrête le passant pour un rien il ne sent pas la pluie sur son visage

 

est-ce la pluie que j’entends

de la clarté de la lune demeure le souffle du vent

autrefois il me portait jusque la maison

 

ce reflet après la pluie

sur les branches embrumées est-ce ton sourire

le nez à la fenêtre j'admire le vent et les grosses feuilles qu'il bouscule

 

j’ai cru voir une barque

peut-être une barque grise peinture ou usage

la pierre est floue passée au papier de verre

 

des images

des photos peut-être se présentent en désordre

elles montrent une ville ou rien un immeuble ou un arbre

 

la mer le port

elles sont extraites d’un album ancien oui ancien

où reposent également des visages amis

 

la rouille

gagne partout elle s’affiche rouge noire entre deux trous

ce détritus ôter ce sourire du pouce faire de la poussière

 

il se chargera

lui le vent de disperser tout ça

moi par les pierres je remonterai le torrent

 

par un matin

d’avril dès le soleil apparu on les vit se presser

vers les quais pas dix par vingt empressés

 

avec le soir il est encore possible d’imaginer

le lendemain tandis qu’à la nuit seul demeure sensible l’incertitude

de ce qui va advenir par la fenêtre on peut observer une lune

 

c’est la nuit oui

la nuit rien d’autre un autre peut-être est-il à ses côtés

il dit c’est seulement le soir le soir et rien d’autre c’est là toute la différence

 

échoué sur le rêve

non là sur la grève toute grise

un paquet d’algues toutes en longueur et luisantes

 

quelques phrases

pour dire que la nuit s’invite qu’il est temps

de fermer boutique il faut penser à la route à faire

 

par-dessus d’immenses amas blancs

nuages transparents toutes formes flottantes

oui par-dessus lesquelles s’évadent les animaux

 

C’est ainsi que s’achèvent

les jours à la mer bientôt ils seront souvenirs

dépose le texte regarde comme tout devient page blanche

 

la brume ne laisse voir

qu’une ombre de rocher la distance réduite à une seule main

si petite qu’elle n’englobe que l’inconnu

 

                                                     Nicolas Kurtovitch

                             En ce mois si particulier, de mars 2020

 

Nicolas Kurtovitch naît à Nouméa le 20 décembre 1955. Sa famille maternelle est installée en Nouvelle-Calédonie depuis 1843. Elle compte parmi les siens l'un des premiers français ayant posé le pied sur ce qui n'était encore, aux yeux de l'Occident, qu'une « terra incognita » : Jean Taragnat.

Publié dans Poésie

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Mots pour Maux : Sandrine Teyssonneyre nous offre une poésie parfumée

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

[Agrumes]

Jardin des Hespérides

Limón – limon de la terre

Eclaboussure d’or jaune des seins des diosas

Diosas qui allaitent le nouveau-né au pomelo

Pampelune de miel juteux

Naranjas, mandarinas

Eclats de joie brûlants

Bain de lumière andalouse

Verdure dorée des allées ombragées du Sud alangui

Réveil agrumé qui se nomme Séville à l’Aube

Mordre l’écorce, âpre, amère, forte

Palais blancs qui ruissellent de luz

Luz limon-ade

Sol vert

Sol-eil

Nard de citrus qui fait l’amour avec la mer

Jaune au ciel qui fend les eaux

De fuego

Feu des Hespérides

 

[Fleur d’oranger]

Néroli des jardins près des médinas

Néroli de Vallauris

Orange, amer et pâle

Orange vierge

Orange sans sang

Odeur de lait

Odeur de sein-teté

Odeur à épicer

Odeur à poivrer

Néroli aux baies roses pour sortir des sentiers de la vierge

De la fleur d’oranger à faire des gâteaux pour bébés

Néroli à jasminer

Néroli sur les chemins de Damas la rose

Néroli et Bulgarie pour mettre le feu aux poudres

De la petite fleur blanche-enfant sage

Comme une image d’Épinal

Néroli à mettre au parfum

De coco

Pour lui apprendre à se déshabiller

Et à dévoiler ses seins

Nus

Sur le sable jaune qui fume

Comme une adoration au Soleil

Néroli à pimenter

Pour que l’Orientale sorte du harem

Comme une Tahitienne …

 

A noter : Sandrine Teyssonneyre a été la lauréate de la dictée du Pacifique 2020 avec le meilleur score, presqu’un sans faute. C'est une surdouée (je l'avais oublié dans ma programmation pourtant elle avait répondu dès les premières solicitations pour Mots Pour Maux)

 

Publié dans Poésie

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Mots pour Maux : Patricia Artigue poétesse calédonienne nous offre deux poèmes

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

ELLE

 

Un soleil sans vigueur étirait l’horizon terne troué de pâles collines.

Elle n’avait gardé de la tristesse du torrent que l’éclat froid qui lui mordait la jambe et la douceur des galets, caresse moite à fleur d’âme.

Les écorchures de ses pieds dessinaient sur la grève d’anonymes esquisses,

Son souffle rauque effrayait les oiseaux,

Et c’est moi, petit homme, qui puisait à ce chant désespéré la force d’encore respirer.

Cette herbe folle cachait en elle la ténacité des chênes ancestraux.

Elle avait la grâce frêle d’un elfe fatigué mais la robe percée d’une gitane.

Elle avait la beauté des madones mais le regard crucifié de Marie sur Jésus.

Elle était la femme et j’étais l’enfant.

Elle était ma vie, j’étais sa promesse.

 

 

RENCONTRE

Homme, quand tu erres dans ces pays sans nombre

Où ton moi éperdu affleure le non – dit,

Quand tout le reste est vain, quand tout le reste est sombre,

Alors de ton chaos émerge une autre vie.

 

Quand tombe bas l’écorce de ta vieille peau

Et que léger tu oses murmurer aux oiseaux

La complainte du vent qui chante à ton oreille.

Quand de tes lèvres closes tu berces les abeilles,

 

Alors…je peux venir.

 

Là, où tout est si beau, là, où tout est serein,

Là, où les choses se nouent, là, où tout devient.

Dans ton pays d’ombres et de purs silences,

A l’à-pic de l’âme, au creux de l’absence,

 

Attends-moi, je viens…

 

Son dernier ouvrage : Bozù, Patricia Artigue, Éditions Écrire en Océanie, 2017. Elle a publié de la poésie dans l’ouvrage collectif ECLAIRE NOS PAS, QUINZE ANS DE POÉSIE chez l’éditeur Herbier de Feu

Nouvelle-Calédonie, 1995-2010

Une anthologie de 26 poètes dont Patricia Artigue, Anne Bihan, Luc Camoui, Pierre Gope, Déwé Gorodé, Nicolas Kurtovitch, Catherine C. Laurent, Denis Pourawa, Paul wamo, Waixen Wayewol…

Cette bibliographie n'est qu'un extrait de ses publications.

Publié dans Poésie

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Mots pour Maux : Alain Brianchon nous parle des Malgré-Nous, une émouvante nouvelle

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Une tranche de vie – Bourges 1944.

 

La petite histoire que je vais vous raconter aurait parfaitement pu être tirée de faits réels si… car malheureusement il y a un Si… le principal acteur, dont j’ose inventer la courte vie, avait eu la chance d’être toujours de ce monde au moment où l’action est sensée se dérouler.

Ainsi que vous pouvez vous en douter, chaque écrit d’un livre sous-entend, la plupart du temps, la résurgence de personnages, de tranches de vies, ayant plus ou moins directement traits à son auteur, et je ne renie pas que, sans certaines anecdotes familiales, un peu passées dans l’oubli, il m’aurait été difficile de créer une scène que l’on pourrait interpréter comme réaliste.

Mais revenons à notre sujet : nous sommes en 1944, dans une ville moyenne de France, Bourges. Son aéroport, ainsi que les usines de matériels qui le bordent, sont régulièrement bombardés par les forces alliées et les pauvres gens qui vivent alentour doivent subir, non seulement l’oppression des forces allemandes au jour le jour, mais aussi les ravages collatéraux que font les bombes qui viennent à tomber, de manière plus ou moins précise, sur la ville.

D’ailleurs, hier, le 11 avril 1944, les B-24 Liberator du 467th Bomb Group ont lâché leur cargaison de mort sur les positions allemandes, et principalement sur l’usine aéronautique A.N.C.A.C. et la Cité jardins de l’aéroport. Les sirènes ont déchiré l’air de leur hurlement strident pour signifier l’alerte et tous les habitants se sont réfugiés aux abris ; qui dans sa cave, d’autres dans l’église toute proche ou même dans les abris enterrés, ceux qu’on a rapidement creusés quelques mois ou semaines auparavant. La guerre est là depuis maintenant plusieurs années et tous se sont habitués à ces escapades diurnes ou nocturnes.

Pour petit Pierre, le cadet de la famille et plus jeune de la fratrie de neuf dont nous allons parler, la vie est ainsi faite. Il a huit ans et ne se souvient que peu de ce qui se passait avant la guerre. Il vit ces événements comme des choses presque naturelles, comme si la vie de tout un chacun devait être ainsi faite. Après tout, il n’est pas malheureux, il est aimé, on peut même dire choyé par ses parents et tous ses frères et sœurs qui s’occupent de lui. La famille n’est pas bien riche, mais arrive quand même à survivre et arrive même à partager le peu qu’elle a, quand plus malheureux vient lui réclamer de l’aide. Personne ne se plaint et trouve que la vie peut avoir du bon, même en cette période d’occupation !

Pierre va à l’école et, comme tous les enfants de son âge a plein de petits copains avec lesquels il joue et s’amuse, dont un tout particulièrement, Gérard, le confident, l’inséparable, celui sans lequel rien ne saurait se faire. Et justement, ces deux-là ont quelque chose en tête, surtout depuis que Ernst, le vieux soldat allemand leur en a parlé. Mais, pour l’instant, c’est un secret qu’il nous faut garder.

Je peux comprendre votre étonnement quant au fait que deux jeunes bambins connaissent ce soldat allemand, à une période où l’envahisseur tenait la France sous sa coupe. Il me faut donc lever le doute sur ce que vous pensez et vous expliquer le pourquoi de la chose.

Ernst, Ernst Schulmeister plus exactement, Alsacien de souche et de coeur, la quarantaine passée, avait été enrôlé de force dans la Wehrmacht comme beaucoup de « malgré eux ». Il portait bien un nom prédéfini qui lui collait parfaitement à la peau, car il était maître d’école dans son village. Il adorait son métier et tous les enfants qu’il rencontrait lui rappelaient ceux qu’ils avaient dû laisser derrière lui, Pierre et Gérard n’échappant pas à la règle. Souvent il discutait avec eux quand il les voyait, et ces deux gamins étaient bien peu impressionnés de voir ce soldat, qui leur donnait aussi parfois des friandises. Ils n’avaient d’ailleurs pas plus d’appréhension pour son compagnon d’escouade, Hanz. Ces deux inséparables que l’âge rapprochait, aucun sous-officier du régiment de la place n’avait osé les séparer… (Téléchargez la suite avec le lien ci-dessous)

 

Télécharger cette nouvelle pour lire la suite en suivant ce lien

 

Alain Brianchon est grand spécialiste des tapas, c’est un collectionneur averti. Il écrit aussi des ouvrages historiques et des nouvelles comme celle qu’il nous a offert aujourd’hui.

Publié dans Nouvelles

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Mots pour Maux : Joël PAUL écrivain, blogueur, humaniste

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

La musique qui convient à ce récit et ce ballet d'hélicoptères

Mission Earthquake

 

 

« Tout moun sou tè a fèt tou lib. Tout gen menm valè (nan je lasosyete), tout moun gen menm dwa devan Lalwa.

Tout moun fèt ak yon bonsans, tout fèt ak yon konsyans epi youn fèt pou trete lòt tankou frè ak sè. »

 

Karl Hook essayait de comprendre le sens de la prière que cette femme, à genoux, récitait devant la statue de François-Dominique Toussaint dit Toussaint Louverture sur le Champ-de-Mars. Une fois de plus, Toussaint avait résisté. Droit et fier, il était planté devant le palais présidentiel effondré.

 

The first Lieutenant Hook venait, une dernière fois, de tenter avec ses hommes de sortir des rescapés des décombres du palais mais il fallait se rendre à l’évidence, aucun des sénateurs en réunion ne devait avoir survécu. Il s’épongea le front en regardant une fois de plus cette femme agenouillée devant le bronze de Toussaint Louverture. Le spectacle lui rappelait la Louisiane dont la population en majorité noire ressemblait à celle-ci après le terrible ouragan Katrina. Après une longue hésitation, il donna enfin l’ordre à ses hommes de se mettre en marche pour rejoindre le point de ralliement ou un hélicoptère viendrait les récupérer.

 

 « On met nos masques à gaz les gars ». Ils enfilèrent leurs masques du type M40 plutôt destinés aux risques chimiques mais c’était la consigne. Chaque GI ajusta son masque, avec le même geste mécanique, en expirant fortement pour décoller les clapets de sortie d’air puis en serrant la sangle pour bien coller le masque sur son visage. L’odeur dans les rues du centre ville était insoutenable. Des cadavres jonchaient les trottoirs sans personne pour les enterrer. Les bras disponibles étaient utilisés à sauver d’éventuels survivants.

 

« Cheat Earthquake, let’s go ! » ordonna-t-il à ses hommes avant de se mettre en branle.

 

Tous les hommes de sa section étaient épuisés mais aucun ne le montrait devant tant de misère. Les regards désespérés des survivants qui croisaient la section ainsi équipée étaient insoutenables. Depuis deux jours, dix-neuf hélicoptères se relayaient pour vider les cales du porte-avions Carl Winson de tout ce qui pouvait servir à nourrir ou aider les sinistrés. Il n’y avait plus rien à bord. Karl et ses hommes savaient que c’était leur dernière mission. Ils allaient partir en simulant une autre rotation en trompant la population. Ils avaient le cœur serré.

 

Une fois arrivé au « landing strip » sommairement aménagé depuis leur arrivée et après avoir dû repousser mendiants, estropiés qu’ils croisèrent en traversant le centre ville, ils grimpèrent un à un dans l’hélico turbine en rotation en se faisant copieusement engueuler par le pilote qui leur rappelait impérieusement de faire vite.

 

« Allez grouillez-vous, bande de bâtards. Je n’ai pas envie de faire feu sur ces malheureux ».

 

Le pilote craignait que son appareil soit pris d’assaut. Le premier jour de leur mission, un groupe d’Haïtiens menaçants avait tenté de le faire, ils durent faire usage de leurs armes en tirant en l’air pour les disperser.

 

Une fois dans la carlingue, ils ôtèrent leurs masques. Ils étaient abasourdis par la fatigue, le bruit de la turbine et les pales en rotation. Ils contemplèrent, en décollant, une dernière fois le spectacle de Port-au-Prince dévasté par l’un des plus importants tremblements de terre que la région ait connu. En prenant de l’altitude pour rejoindre le porte-avions mouillé au large, le gros oiseau bruyant leur dévoila le pourtour de la capitale meurtrie, entourée de collines appelées mornes. Karl qui passait pour un officier lettré savait que morne en français veut dire : empreint de tristesse.

 « Les Créoles en choisissant ce mot pour désigner une petite montagne avaient peut-être anticipé cette catastrophe », se dit-il. Port-au-Prince est entouré de tristes collines. « Pauvres gens, pauvre pays, toute la misère du monde est sous nos pieds », lança-t-il à ses hommes. « Yes, sir », répliquèrent-ils d’une même voix.

 

Ils ne se l’avouèrent pas mais chacun des hommes de l’US Navy pensait être un privilégié avant cette mission. Ils se la coulaient douce par rapport à leurs collègues sur les théâtres d’opérations en Afghanistan ou en Irak mais le spectacle de tous ces morts, femmes, enfants, vieillards qui n’avaient eu que leur seule misère au poing pour se défendre les attristait au point de pleurer.

 

Des larmes traçaient un sillon sur les joues poussiéreuses de certains soldats. « Ça ne pleure pas un homme », disait le chanteur Ringo dans les années quatre-vingts. Pourtant des soldats ont pleuré à Port-au-Prince trente ans plus tard à cause d’un séisme qui aurait pu être baptisé « Amalric magnitude 7 », un méchant séisme qui a ordonné à son bataillon de secousses : « Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens ».

 

Le 16/10/2010 juste après mon retour de Vanuatu après avoir pris connaissance dans l’avion du drame haïtien.

 

Traduction : Premières phrases de la déclaration des droits de l’homme en créole

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits.
Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

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Mots pour Maux : Huguette Montagne poétesse, conteuse amoureuse des mots

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Monsieur le président de la République,

 

C'est à vous que je m'adresse parce que ma grand-mère disait toujours qu'il valait mieux s'adresser à Dieu qu'à ses saints. Je ne veux pas discuter avec le chef de la fanfare municipale, le maire, le préfet, le patron de la sûreté, du GIGN ou d'autres sous fifres. Quand un corps est gangrené par la septicémie on ne le guérit pas en allant chercher le rebouteux... Et on ne pose pas un Velcro sur un fourreau de Dior qui vient de craquer... J'espère que vous me comprenez, en tout cas moi je me comprends.

 

Voilà ce qui se passe : nous autres, simples petits écrivaillons du quartier Célières de Nouméa (une ville peu connue de la Présidence, il me semble, mais qui gagnerait à l'être davantage, enfin c'est mon avis et je le partage) sommes pris en otage par le P.I.E.D (Pour l’interdiction de l’écriture dirigée) . Entendez-moi bien, on ne nous a pas pris par les pieds, c'est le pied qui nous a pris. C'est clair ? Pour moi oui, je me comprends.

 

Le PIED nous a pris par surprise un lundi. Ce n'est pas que le jour soit important, mais cela mérite d'être signalé car c'est celui où on travaille. Un mardi, par exemple, ils auraient fait le pied de grue devant une porte close...Ne croyez pas que nous ayons pris notre pied dans cette affaire ! Non, puisque c'est le pied qui a fait la prise, vous me suivez ? Moi, je me comprends.

 

Bref, ces terroristes, je n'hésite pas à employer le mot, et pourtant j'ai bien conscience de son impact négatif sur un chef d'état à notre époque, ces terroristes donc... Bon, voilà qu'ils se fâchent ! Mais bon dieu, quel mot voulez-vous que j'emploie pour vous désigner ? Libérateurs ? Vous y allez un peu fort, tout de même !

 

Permettez, Monsieur le Président, que je règle notre petite querelle de vocabulaire avant de continuer...Vous nous prenez en otage et vous souhaitez que je vous nomme libérateurs ? Désolée, ce mot est inapproprié et je sais de quoi je parle, tout de même ! Émancipateurs ? Ce n'est pas un peu prétentieux ? Vous ne vous mouchez pas du pied si j'ose dire...Défenseurs des libertés ? En nous en privant, vous trouvez ça logique ? Pourquoi pas bienfaiteurs de l'humanité, tant que vous y êtes ? Sauveurs ? Rédempteurs même ? Vous me faites rigoler, tiens ! Pas vous ? Bon, après tout c'est vous qui tenez le pistolet, on va trouver un terrain d'entente linguistique : groupuscule armé, ça vous va ? Comment non ? Ah si ! Deux personnes ce n'est qu'un groupuscule, désolée de vous contredire encore, et c'est bien un pistolet que vous avez là, non ?

 

Comment ça non ? Il n'est pas chargé ? Mais bougres d'imbéciles vous ne pouviez pas le dire plus tôt ? On est huit, vous n'êtes que deux, vous croyez que j'aurais ameuté la présidence de la république sans ce foutu pistolet ? Votre opération, vous l'avez faite au pied levé, non ? Allez, qu'on attache bien fermement ces individus aux pieds de la table, ça leur fera les pieds, hé, hé !

 

Monsieur le Président, veuillez accepter nos excuses pour le dérangement. C'est ces gars qui étaient dérangés : vouloir faire interdire l'écriture dirigée ! Ce n'est pas à vous qui dirigez précisément notre grand pays la France que je vais apprendre les bienfaits de la contrainte ? Ici à l'atelier d'écriture nous nous épanouissons dans la contrainte. Et vos sujets devraient vous remercier d'être dirigés d'une main ferme par un homme aussi contraignant que vous.

 

Vous me trouvez trop courtisane ? Vous avez raison.

 

Huguette Montagne écrit des nouvelles et même du théâtre. Avec son sketch Tendresse écrit pour le théâtre Dis moi à quoi tu penses, je te dirais comment tu me hais… interprétée par la comédienne : Marithé Siwéné dans le cadre Le cabaret des fous à lier, la voix aux paroles d’ici, paroles grinçantes et décalées en 2014. Elle lit des contes et des texte sur son compte Face Book pour apporter sa bonne humeur dans les foyers confinés. (voir le lien ci-joint)

https://www.facebook.com/huguette.montagne.1/videos/1427717507416037/

Publié dans Poésie

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