Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Mots pour Maux : Michèle, derrière ce pseudonyme se cache une poétesse, c’est cela même qui le rend plus beau

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Sappho poétesse grecque de l'Antiquité

 

La nuit est noire, ce soir. Vide d'étoiles. Emplie de silence. Les lampadaires brillent d'une lueur pâle et étalée, tâches de lumière. Traces éphémères sur la toile urbaine.

 

 Silence assourdissant des rues désertes, de personnes sages ou apeurées. Qui lisent, font l'amour, dansent, se font du mal dans un espace confiné. J'ai envie et j'ai peur des mots. Des sons qui disparaissent comme si la vie respirait sereinement, que le danger s'éloignait.

 

 Quand nous recouvrirons le chemin du bruit, des pas, de la consommation, de la pollution. Qui serons-nous devenus ? Plus sages, plus aimants, moins pressés, plus attentifs à ceux qui travaillent chaque jour pour notre bien et qui étaient devenus invisibles ?

 

 Cette retraite forcée, cette vision de nous, seuls. Face à la solitude, face à nos proches trop proches. Occupés à remplir l'immobilisme, à remplir nos placards, à faire des réserves de denrées essentielles en quantités inutiles.

 

 Les œuvres dans les musées se reposent, les parcs publics se ressourcent. Les ouvrages de la rentrée littéraire 2020 sont en écriture et auront un parfum particulier. La beauté n'est plus à notre disposition mais elle transpire partout dans les esprits. Elle reprend sa juste place. Éternelle.

 

 Et la nature nous regarde. Elle se demande pourquoi nous avons déserté le terrain. Pourquoi nous sommes dans nos terriers. Figés. Que font-elles ? Ont-elles compris la leçon ? Pauvres créatures, terrifiées par l'invisible.

 

 

 La nuit est noire. Et le silence nous embrasse. Enfin le temps a ralenti.

 

Michèle

Publié dans Poésie

Partager cet article
Repost0

Mots pour Maux : Imasango, une poétesse au grand cœur nous offre une poignée de riz

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Pour une poignée de riz

 

À mes voisins Indonésiens, humbles et discrets, en les remerciant d’avoir suscité ma

curiosité de découvrir leurs ancêtres et leur terre d’origine.

 

Je n’ai pas découvert

l’arbre de mes ancêtres

c’est lui

qui s’est révélé à mes os

 

Nous avons mêlé nos souffles

et flux de vie

dans le mythe et l’histoire

façonnant mon visage

 

Mes entrailles métisses

nées sur l’île

ancrage de migrations diverses

où cultes primitifs

ronde bosse et terrasses irriguées

sont empreintes

rappelant mes aïeux

 

Ma tête creuse est fertile

tronc couché

au-dessus de dépressions infranchissables

aqueduc portant le flot

lignée en marche

vers son destin au-delà des mers

 

Amarrant les racines à leur source

les mains javanaises de l’arrière grand-mère

épouse d’un Balinais

puisant soif de vivre dans les rizières

abandonnées à l’époque coloniale

quand manqua sur la table

une poignée de riz

à remettre aux enfants criant famine…

 

Téléchargez la suite de ce beau poème en suivant ce lien

 

Née en 1964 en Nouvelle-Calédonie, Imasango passe son enfance entre Nouméa et la brousse où elle retrouve les racines de son métissage, avant d’effectuer des études de lettres en Europe et en Amérique du Sud. Passionnée de musique, de danse et de calligraphie, fascinée par les caractéristiques plastiques de la typographie, elle a longtemps préféré « exposer » ses poèmes plutôt que de les publier…

Retrouvez la sur son compte FaceBook où elle déclame de la poésie pour soutenir ceux qui souffrent.

 

Publié dans Poésie

Partager cet article
Repost0

Mots pour Maux : Jean Vanmai, président de l’association des écrivains de Nouvelle-Calédonie

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

J’AIMAIS TROP L’ARGENT…

 

Annie était éperdument amoureuse de Fred, un jeune homme venu travailler durant quelques temps dans son petit village minier, situé au nord de la Nouvelle-Calédonie. Lorsque la mine cessa ses activités à cause de la mévente du nickel, comme cela arrive régulièrement dans cette île surnommée aussi le « pays de l’or vert » ; Fred dût partir bien à contre cœur travailler à la capitale, Nouméa, éloignée de près de quatre cent kilomètres du village de Koumac. 

Lorsqu’un matin à l’aube, décidant sur un coup de tête, Annie qui venait d’atteindre la majorité légale, c’est-à-dire vingt-et-un ans, prit son baluchon et, sur la pointe des pieds, eut le courage de monter à bord d’un autobus, surnommé en ce temps-là un « baby-car », pour aller rejoindre son « Tristan ».

Tout au long du trajet qui dura près de sept heures sur une route en terre chaotique et poussiéreuse, elle ne regrettait aucunement sa vie passée sous les ordres et brimades d’une mère triste, agressive et acariâtre.

Maintenant installée, protégée, aimée par l’homme de sa vie, et, en attendant son retour, elle eut l’idée  d’écrire  régulièrement ses pensées ou découvertes, relatives  notamment à cette ville insulaire dont elle avait si souvent entendu parler auparavant.

 

LA VILLE DE NOUMEA EN 1960

 

La vie s'organisa peu à peu. Il faut dire qu’au début de cette vie commune et inédite pour moi, j'éprouvais une certaine anxiété lorsque mon Fred s'en allait au travail m'abandonnant à moi-même, seule sous mon nouveau toit. Le fait de pouvoir agir désormais à ma guise, prendre en toute liberté des décisions sans la crainte d'un reproche, me semblait étrange et me donnait le vertige. En effet durant l’absence de mon aimé, aucune autre personne au monde ne pouvait me donner des ordres ni me dicter ce que je devais ou avais à faire.

Cette émancipation récente me déroutait et m'effrayait terriblement. Est-ce le fait d'en recevoir trop d'un coup ? Probablement. Car cette sorte de libération soudaine survenue aussi rapidement face à un passé surchargé de contraintes avait le goût de l'angoisse.

-- Je souffrais du manque de liberté. Maintenant j'en ai trop... N'y aurait-il donc jamais de juste milieu ?

Fred se montrait si prévenant que je parvins à dominer mes inquiétudes et recouvrais peu à peu mon assurance. Je me transformais en une véritable maîtresse de mon petit intérieur. Il me devenait même agréable et grisant de pouvoir vivre comme bon me semblait.

Lorsque les problèmes à résoudre avaient une certaine importance, j'attendais naturellement le retour de mon homme au foyer. Aussitôt tout redevenait clair et lumineux. Car Fred avec douceur et compréhension approuvait, lorsque mes initiatives étaient bonnes ou apportait quelques conseils et ajustements lorsqu'il les jugeait nécessaires. Jamais plus je ne subis de réprimandes sur un ton sévère. Comme du temps où la moindre chose était régentée par des ascendants acariâtres et autoritaires. Grâce à lui, je découvris très vite le sens véritable des responsabilités.

- Tu organises ta journée et ton emploi du temps selon ta volonté, Annie. J’ai noté par ailleurs que tu te débrouilles très bien en tant que jeune maîtresse de maison. Je suis très fier de toi, ajouta-t-il les yeux rieurs.

Qu'il me semblait bien loin cette triste époque où je devais vivoter dans un milieu familial monotone, médiocre et sans joie. Réfugiée en son sein au-delà de l'âge légal de l’adolescence, je me comportais en réalité comme une enfant bourrée de complexes qui avait peur de la vie. Pendant que d'autres, garçons et filles, plus jeunes que moi, volaient depuis bien longtemps de leurs propres ailes vers la liberté et le bonheur.

Fred était venu, il est toujours là. Je n'avais donc aucun regret à avoir. Et de tous ces événements je ne voulus conserver que les bons. En revanche, ceux qui me rendaient nostalgique je les avais refoulés très loin, vers l'oubli. Car bien qu'ils fassent partie des lots pénibles de l’existence, je ne souhaitais plus perpétuer les souvenances d'un tel passé.

C’est ainsi que chaque jour, lorsque Fred se rendait à son travail, je partais souvent à la découverte de la cité

La vie urbaine était bien différente de tout ce que j'avais pu concevoir en pensée depuis mon plus jeune âge. Même pour une si petite ville la vie insulaire me semblait pourtant trépidante, active. Et cette sorte d'agitation perpétuelle portait en elle un aspect incroyable qui m'enchantait.

Mon étonnement s'arrêtait sur de multiples choses. Telles les vitrines attrayantes des magasins, les affiches commerciales, les belles maisons au style colonial ou tout simplement les passants. Un rien me fascinait.

Le marché couvert installé face à une grande place baignée de lumière, la Place des Cocotiers, était le point de rencontre par excellence des habitants multiethniques de cette mini-capitale des mers du Sud. A l'intérieur de ses bâtiments aux toitures de tôles ondulées, les portes s’entrouvraient dès les premières lueurs de l'aube. Une animation exceptionnelle y régnait durant toute la matinée. Je découvris avec surprise la foule ainsi que le va-et-vient des gens parmi les allées encombrées de tubercules et de fruits exotiques. Pendant que les bavardages entre amis et connaissances, tout comme les marchandages inévitables entre vendeurs et acheteurs, donnaient à ces lieux une note particulièrement pittoresque. Dans cette multitude cosmopolite et bon enfant, l'on pouvait rencontrer aussi bien des ménagères toujours pressées portant des robes de couleurs vives que des citadins nonchalants venus, en short et claquettes japonaises, comme clients ou simplement en curieux. Parfois de nouveaux immigrants fraîchement débarqués sur l’île s’extasiaient devant ce spectacle bigarré qui s'offrait ainsi à leurs yeux. Tandis que des touristes arborant chemises à fleurs ou des « robes mission *» pour la gente féminine, filmaient tous azimuts caméra 8mm au poing.

Dans une juxtaposition extraordinaire de couleurs, les étals croulaient sous des montagnes de marchandises. Ici, des maraîchers vietnamiens proposaient des légumes les plus variés. Là, une vendeuse d’origine mélanésienne présentait fièrement ses produits de la terre tels que taros, ignames, patates douces et maniocs. Un peu plus loin, un vieil Indonésien immobile et silencieux attendait le chaland à côté de ses pyramides de fruits tropicaux. Il avait exposé là des mangues, pommes lianes, cocos verts, bananes, ananas, pamplemousses, oranges, entre autres. Ailleurs, des Européens au visage brûlé et buriné par le soleil des îles présentaient à foison des orchidées, des oiseaux de paradis et autres fleurs fraîches de toute beauté. Tandis que de belles et joyeuses Tahitiennes, une fleur de tiaré immaculée accrochée à l'oreille, les yeux rieurs, criaient à la cantonade en roulant les "r" afin d'écouler au plus vite leur délicieuse salade de poisson cru, mariné dans du pur jus de citron. Pendant que des Wallisiens, véritables forces de la nature et excellents pêcheurs, se tenaient fièrement derrière des présentoirs bondés de fruits de mer. Un peu plus loin, près des balances anciennes rongées par la rouille mais toujours en service, des poissons de toutes tailles gisaient dans des sacs en toile de jute préalablement trempés dans l'eau de mer. Selon la variété, les picots de récif ou les bossus dorés étaient vendus soit à la pièce, soit au poids. Des mollusques, des crustacés à profusion et du poisson fumé faisaient également partie des mets rares et très recherchés par la population locale.

Dans la grande cour intérieure, les vendeurs de billets de loterie s'installaient sans sourciller à proximité de cageots contenant de la volaille, des pigeons ou des tortues marines. Leurs voisins déchargeaient des sacs de pomme de terre, de choux, de cocos secs et de mandarines des bennes des camions de colporteurs arrivés de la Brousse lointaine un instant auparavant. A mon avis, ce marché au pays du nickel et de « l’or vert* » demeurera le lieu de rencontre et d’attraction touristique de premier ordre pour très longtemps encore.

Mais mon émotion fut à son comble, lorsque je découvris des poissons proposés à la vente et qui étaient maintenus en vie dans de grands bacs rectangulaires remplis d'eau de mer.

-- Pris dans des filets ou au bout d'une ligne, prisonniers maintenant des hommes, ils ne rejoindront plus jamais la mer bleue, murmurais-je avec un certain désenchantement cette fois. Dans peu de temps ils finiront leur existence soit en friture, en court-bouillon ou encore, une fois découpés en fines lamelles et imbibés de jus de citron en salade tahitienne sur nos tables.

Décidant de m’éloigner de cet endroit, je me retrouvais quelques minutes plus tard dans le quartier des affaires. Mon centre d’intérêt se déplaçait dès lors vers les voitures de toutes tailles, rutilantes et polychromées qui roulaient innombrables au milieu de rues étroites et mal réglementées. La circulation en ce lieu me semblait d’ailleurs anarchique voire dangereuse. Pendant que le bruit assourdissant des moteurs de camions ou de motos peu entretenues, me donnaient très vite une sensation étrange. Celle d'être subitement débarqué sur une planète tumultueuse et enivrante. En spectatrice consciencieuse et curieuse, installée ainsi aux toutes premières loges devant ce véritable cinéma de la vie, je suivais aussi du regard la multitude qui se déplaçait sans cesse presque en désordre. Telles des fourmis humaines se rendant on ne sait où.

Puis malgré l'animation des êtres et des choses, la foule et le bruit finirent toutefois par me provoquer de terribles maux de tête. Habituée au calme depuis toujours, mon organisme avait sans doute des difficultés pour s'adapter à ces conditions de vie nouvelle.

-- Ça suffit pour aujourd'hui. Il faut que je rentre. Ce serait plus sage, me disais-je à chaque fois.

Ce fut là en tout cas un véritable bouleversement pour une fille comme moi qui n'avait jamais pu sortir de son trou. Et quel contraste frappant entre ces gens si différents toujours pressés et nos braves villageois au tempérament placide, à la démarche tranquille. Mais cette tranquillité paisible des gens de la campagne je n'en voulais plus. Je la laissais bien volontiers sans contre partie aucune aux maraîchers, agriculteurs, éleveurs ou aux vieillards et autres amoureux de la nature.

Puisque dès ce moment-là, j’étais déjà soumise et conquise par la loi du contraste. C'est-à-dire dans mon cas, quitter avec plaisir le silence et le calme pour le tumulte et la foule. Pour la première fois de ma vie aussi, je me sentais parfaitement bien dans ma peau et doublement comblée. Puisque j'étais amoureuse d'un homme mais également d'une ville.

 

Extrait du roman : « J’aimais trop l’argent »

Editions Dualpha Paris 2009

 

Chân Dàng « Les Tonkinois de Calédonie au temps colonial », est la grande œuvre de Jean Vanmai, il a fait connaître au monde cette histoire  des travailleurs indochinois en Nouvelle-Calédonie.

Publié dans Nouvelles

Partager cet article
Repost0

Mots pour Maux : Bernard Billot, dit Papou, auteur et illustrateur

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Eh l'autre ! Y's prend pour qui ?

 

 

Nos maisons, celle de Lafa et la mienne donnent sur la rue. Comme les dix maisons alignées là elles sont roses, elles ont un étage avec les chambres et la pièce du bas ouvre sur la terrasse et un bout de jardin. C'est bien. On connaît pire.  Avec Lafa on ne se quittent pas. On voudrait on ne pourrait pas : le même âge, le même collège, la même classe et des maisons voisines. Nos parents travaillent, on nous dit que c'est une chance, alors nous profitons des mêmes garderies, des mêmes centres aérés, des mêmes activités sportives. Ce n'est pas ma faute s'il aime le rugby et la natation comme moi, non ? Avec Lafa on est comme deux frères.

 

Il y a toujours un moment où, bien que nos parents aient tout organisé au mieux, nous nous retrouvons seuls et nous en profitons un peu. Enfin nous en profitions car depuis quelques semaines les choses ont changé et ça ne nous plaît pas du tout. Nos maisons sont proches mais pas vraiment voisines. Entre chez moi et chez Lafa il y a une petite rue étroite qui mène à une grande maison noyée dans les buissons, les arbres et les herbes folles. Avec Lafa nous allions jouer souvent dans cette jungle. On y mangeait des mangues, des litchis mais on n'en rapportait jamais. C'était notre forêt, notre secret, rien ne devait transpirer. La maison était vide mais on n'y entrait pas, on n'essayait même pas. Le vieux s'était pendu et il se racontait qu'il traînait encore chez lui prêt à s'attaquer aux intrus, alors, on se contentait du jardin.

 

Il y a quelques semaines plusieurs camions sont arrivés. Pendant que des ouvriers s'occupaient de la maison d'autres redressaient les clôtures, plantaient du grillage alors que des jardiniers élaguaient, taillaient, désherbaient. Notre jungle est devenue un parc.Nous sommes allés un soir constater les dégâts. Les jardins de la mairie ! Il ne manque que les poubelles, les bancs, les pancartes interdisant les chiens même en laisse. Où sont les balançoires et le toboggan ? Avec Lafa nous avions posé nos vélos  contre la palissade. Plus de brousses pour les cacher. Nous avons fait quelques pas sur du gravier tout neuf. Le lendemain un portail fermait l'accès. Nous n'avons pas posé nos bécanes, nous nous sommes contentés de slalomer sur ce semblant de route.

 

Deux ou trois jours plus tard nous avons dû nous plaquer le long du mur.La voiture qui s'avançait tenait toute la rue. Le type au volant, d'un appel de phare, nous intimait l'ordre de nous ranger.

Le portail s'ouvrit tout seul. À l'arrière de la bagnole, derrière les vitres fumées, j'ai bien vu des cheveux blonds. Un garçon de notre âge. Il ne nous a même pas regardés.

«  Purée ! A grommelé Lafa. Sa majesté dérogerait si elle saluait la valetaille. Fi, les vilains, ôtez vous de mon passage ! »  Après cette pompeuse déclaration tirée tout droit des cours de Monsieur Hennegraf Lafa enfourcha sa bicyclette et cracha dans le sillage du carrosse royal.

 

La grosse limousine, son chauffeur aux lunettes noires et le garçon passent chaque matin lorsque nous partons pour le collège et reviennent chaque soir en même temps que nous. Le passager, maintenant, pourtant, un enfant du quartier, va à l'école, ailleurs. Notre collège n'est sans doute pas assez bien et les mômes du coin pas fréquentables. Installée à l'arrière sa majesté nous ignore. La silhouette aux cheveux blonds reste immobile, pas le moindre geste ni le moindre mouvement de la tête. Nous avons essayé un signe de la main, un simple salut les premiers jours en pure perte. Nous sommes donc passé aux tirages de langue et gestes injurieux mais que ce soit de la part du chauffeur ou de son auguste passager aucune réaction. Nous sommes transparents, invisibles et vexés.

 

Les vitres teintées ne permettent qu'une image floue, nous aimerions voir la tête qu'a vraiment Môssieur le Prétentieux. Pour ça nous avons monté un « piège à con » comme dit Lafa. Ce jour-là,

pour rentrer du collège nous n'avons pas traîné. Les vélos posés en vrac devant le portail. Nous planqués le long de la clôture. La voiture a du s'arrêter. Le chauffeur est descendu braillant quelques injures mais laissant sa portière ouverte. Pendant qu'il écartait nos bicyclette nous avons foncé téléphone -fonction photo- à la main. Enregistrée la tête du mec. Complètement surpris il est resté figé les yeux grands ouverts. Nous nous avons filé contents d'avoir réussi notre coup sous les insultes du chauffeur.

Nous n'avions qu'une crainte, qu'ils confisquent nos bécanes pour nous punir. Nous sommes donc retournés à la nuit tombée. Soulagement. Nos bécanes étaient là, intactes.

 

Soyons francs, les photos ne sont pas terribles, mal cadrées, bougées, avec une mauvaise lumière mais on voit sa tête. C'est ce qu'on voulait, non ?

Son Altesse n'a rien de majestueux. Les cheveux blonds mais raides, la tronche maigre, le nez long, étroit, pincé, la bouche petite, la lèvre pendante. Rien de bien joli. Mais ce sont ses yeux surtout qui nous ont fait marrer. Écarquillés. Le hibou d'un dessin animé ! Lafa se passionne pour l'histoire moi pour les sciences-nat. Le nom m'est venu tout seul : le Grand-Duc. Voilà le surnom dont notre voisin secret a hérité.

Nous ne sommes que deux à rigoler de sa sale tronche. Comment en faire profiter les copains ?

 

Quand Youp, mon chien, a disparu, avec mon père nous avons fait des affiches. J'avais l'air intéressé, le paternel m'a donné un cours. C'était un peu long et plutôt sérieux. J'ai eu droit aux explications, à la démonstration et aux travaux pratiques ! Récupérer la photo, trouver titre et commentaire, imprimer les affichettes c'était dans mes cordes. Scotcher les tracts sur quelques poteaux du quartier ne réclama que peu de temps. « Pourvu qu'il ne pleuve pas cette nuit !» ai-je rigolé en quittant Lafa.

 

En gros, en rouge : inquiétante disparition. La photo. Texte : son altesse royale le Grand-Duc Théodule a disparu depuis deux jours.

Prévenir la gendarmerie ou le …........ . Nous avons mis un numéro bidon, déçus, le vrai on ne le connaissait pas.

 

« Ça marche ! » m'a dit Lafa quand je l'ai retrouvé sur le chemin du collège. « Les gens s'arrêtent. ».

Ouais ! Élèves ou parents, certains s'arrêtaient, lisaient. Certains discutaient en repartant. Personne ne riait. « Théodule, pourtant, ça devrait les faire marrer. Non ? Grognais-je. T'en connais, toi, des Théodules ? ». En regardant l'affiche, la dernière, celle près du collège, je dû reconnaître qu'elle était plus inquiétante que drôle. Le soir , après la classe, nous n'avons revu aucune de nos affiches.

Lorsque la voiture est rentrée la vitre s'est baissée à hauteur de nos jardins. Elles nous ont été restituées, froissées, déchirées accompagnées d'un : « Minables petits merdeux ! Vous ne pouvez pas nous foutre la paix ? ».

 

« Il le prend comme ça ! Le Grand-Duc de mes fesses va voir de quoi sont capables les petits merdeux. Demain le carrosse devra s'arrêter. » Lorsque la voiture est proche du portail une petite lumière s'allume sur le pilier de gauche. Parmi les outils de Papa j'ai repéré un scotch opaque, il est isolant en plus mais ça on s'en fiche. Collé sur la petite fente lumineuse en double épaisseur le ruban adhésif à fait son office. Le portail a refusé de s'ouvrir, le chauffeur est descendu mais a pris soin de refermer la portière, il a arraché notre piège. En remontant dans la voiture il a haussé les épaules il a crié : « Ce n'est pas Théodule, il s'appelle Frédéric. P'tits cons ! »

 

Il sait qui nous sommes, où nous habitons. S'il en parlait à nos parents, pas sûr qu'ils apprécieraient.

N'empêche on aimerait en savoir plus sur le « passager mystère ». Nous nous sommes lancés dans une étude approfondie de la clôture. Devant c'est une palissade assez haute, opaque, infranchissable mais surtout bien visible depuis nos maisons.sur les côtés c'est un grillage solide à larges mailles. L'escalade en semble facile. Pas de barbelés, pas d'électricité. Quelques bâtons tests nous l'ont révélé. Deux grimpettes à des endroits différents nous ont permis de mieux voir la maison, une partie du jardin sans déclencher d'alarme. Nous n'avons vu ni entendu de chiens. Sa majesté tient à sa solitude mais se contente d'une sécurité minimum. Il ne nous reste plus qu'à préparer l'expédition.

 

Le prof d'EPS est absent, c'est la dernière heure. Nos parents se sont faits un peu priés mais ont signés nos autorisations de sortie. Nous avions donc le temps de contourner la propriété, d'escalader           la clôture et de se trouver un poste de guet avant l'arrivée de notre cible. Nos téléphones sont chargés mode appareil-photo, j'ai emmené mes jumelles et nos tenues, vertes et brunes, sont un parfait camouflage. Lafa voulait qu'on se maquille, des traces noires comme au cinéma. J'ai trouvé que ça faisait beaucoup. Les casquettes de chasse de nos pères suffiront.

 

Nous étions installés derrière un massif d'hibiscus à une vingtaine de mètres de la maison quand la limousine est arrivée. Elle s'est arrêtée près de la terrasse nous offrant un angle impeccable ; vision sur la portière arrière droite. Le chauffeur est descendu, est allé ouvrir. « Ah ! La chochotte ! A ricané Lafa, Môssieur attend qu'on lui ouvre ! »

 

La portière ouverte personne n'est sorti, c'est le chauffeur qui s'est glissé vers l'intérieur. Il est ressorti tenant le Gran-Duc dans ses bras. Les yeux immenses, écarquillés, plus de cheveux blonds mais un bonnet bleu, pas un mouvement. Une femme est sortie de la maison poussant un fauteuil roulant.

 

Je n'ai pris qu'une photo, une seule, je n'arrive pas à l'effacer, à l'oublier. Lafa et moi allons faire du vélo au parc, nous ne slalomons plus dans l'allée entre nos maison. Depuis l'expédition, deux fois, nous nous sommes trouvés à hauteur de la voiture. Nous avons fait un petit salut de la main sachant qu'il n'y répondra pas.

 

P'tits cons, sales petits merdeux, c'est comme ça qu'on se sent, même pire. Maintenant on sait mais comment réparer ? Si vous avez une idée...

 

PAPOU, c’est son nom d’artiste, après une carrière d'instituteur, a été lauréat du concours pour les affiches 2006 et 2009 de « Livre mon ami ». En 2007 il participe à l’album Toutoute en tant qu'illustrateur. Lauréat de l'aide à l'édition 2006, il a pu lancer grâce à la province Sud un second projet, Wahi et le grand requin. Il a publié La chanson des poissons aux éditions Plume de Notou. Papou est très demandé et il ne sait pas dire non.

Publié dans Nouvelles

Partager cet article
Repost0

Mots pour Maux : un magnifique cadeau, Le chasseur de sons, Conte de Luc Enoka Camoui illustré par les élèves de l’école de Hyabe à Pweevo

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Pour s'imprégner de la culture kanak ce pilou des sons du pays

Duba

Résumé :

Un conte imaginaire contemporain dans le registre des mythes fondateurs.

Duba, chasseur de gibier va changer progressivement la quête initiale de son objet de désir parce que la Mère lui a imposé ses droits et en a décidé autrement.

Le cagou, oiseau endémique du territoire est l’adjuvant qui va faciliter la seconde quête de Duba vers le notou qui détient le secret des origines du Kanéka.Duba, grand chasseur de gibier, devient « Chasseur de sons ».

 

NB : Le livre est en téléchargement en fin d’article, les illustrations sont très touchantes.

 

Liste des élèves ayant participé :

• cycle 2 du maître Luc Enoka Camoui

(GS-CP-CE1)

• cycle 3 de la maîtresse Gilda Andi Jiane

(CE2-CM1-CM2)

Iman Zana CAMOUÏ - Tayron NUNEWAÏE - Randy TEINBWIT - Marietta TOIBAT - Junior FAGINOU - Maurice TIDA - Lorenzo TIDA - Claire JIANE - Remy TOIBAT- Joris HOUNDA - Ruben HOUNDA - Joris HEIEC - Mateo SEURU - Rosy DOUI - Luther HEO - Marjolaine HOUNDA - Louise TIDA - Lorenzo DOUI- Ralf NUNEWAÏE - Jean-Bosco TOIBAT - Ovelia CHENU - Joenzo HARPER - Laure JIANE - Yovena KAOUA - Michèle SAKILIA - Joyce GOUNA - Sauraya HOUNDA - Temara KAOUA - Camilla KOITUNE -

Tiale SEURU - Sosefo TAALA - Ginette TIDA - Landry TOIBAT - Kurtis DIEUMA - Davina DOUI - Jean-René DOUI - Sebastien DOUI - Didier GOUNA - Luciano KOITUNE - Wilma TOIBAT - Ludjia WAÏA - Yaelle THEIN -HIVAC - Patrick HEIEC - Toue NUNEWAÏE - Ethan TOIBAT - Damien HOUNDA - Eïdie TAROU - Samirah KAOUA - Rebecca JIANE - Roy DELRIEU - Ida DELRIEU - Bob THEIN-HIVAC.

 

PREFACE

Une fiction peut-elle en cacher une autre ? Ou bien, nous fait-elle simplement voguer entre rêve et réalité ? C’est le sens et l’essence même de ce petit bout de papier qui a fédéré autant d’énergie, de pédagogie, de conviction que de passion, autour d’un réseau partenarial avéré que « Douba, le Chasseur de Sons » naquit par le biais d’un projet d’école associant des intervenants culturels et artistiques de l’AFMI, l’ADACA, DK, l’ALK.

Honneur soit rendu aux élèves-acteurs du cycle 2 et du cycle3 de l’école de proximité de Hyabe Pweevo de l’ASEE quant au redéploiement efficient de leurs « Intelligences Multiples » pour que ce conte du registre « des mythes fondateurs-décisifs » soit perçu comme leur propre oeuvre dans l’exercice de leurs apprentissages exogènes en temps et espace scolaire…

Bref, il est des joies éclatantes expressives à en perdre le souffle avec brouhaha, mais, aussi des joies passives que l’on intériorise quand on est témoin de la joie et du plaisir de l’élève en difficulté exprimé d’une manière consciente la revalorisation de l’estime de soi peu ou prou…

Aussi, ce conte pour que la musique d’ici de Kanaky ou de Nouvelle-Calédonie, « le Kaneka » ; fasse « caisse de résonance » d’une Histoire à raconter ailleurs et à l’inscrire au concert des musiques du monde…

 

Remerciements

Pour mise à contribution réelle aux projets « Duba le chasseur de son » :

Les parents et élèves des cycles 2 et 3 de l’école de Yambé-Pouébo Dubaan Kâbe

• M. Touyada Austien (intervenant musique)

• M. Nerho Wilfried (intervenant musique et arts plastiques)

• M. Beley Christian (percussionniste)

• M. Dieuma Jonas (guitariste)

• Mlle Conan Anne-Sophie (intervenante théâtre)

• Les mamans de l’école

ALK (Académie de langue Kanak)

• Mlle Camoui Suzy (assistante en langue Jawe)

 

Télécharger le livre en suivant ce lien

 

Les premières pages ci-dessous :

Mots pour Maux : un magnifique cadeau, Le chasseur de sons, Conte de Luc Enoka Camoui illustré par les élèves de l’école de Hyabe à Pweevo
Mots pour Maux : un magnifique cadeau, Le chasseur de sons, Conte de Luc Enoka Camoui illustré par les élèves de l’école de Hyabe à Pweevo

Publié dans Culture Kanak, Nouvelles

Partager cet article
Repost0

Mots pour Maux : Catherine C. Laurent célèbre auteure de Nouvelle-Calédonie confinée à Paris

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Portrait signé Bénédicte Nemo source FB de Catherine C. Laurent

Lettre de confinement parisien.

Alors que nous sommes tous enfermés, confinés, privés de liberté, de rapports humains chaleureux, tendres, je repense à mon frère. Ce n’est pas que je l’ai oublié, non, je peux dire sans mentir qu’il marche à mes côtés depuis toujours et qu’encore aujourd’hui, avec le recul, je peux lui parler de moi, de nous, avec franchise et lui dire ses quatre vérités, chose que pendant longtemps, après sa mort, je n’ai pas pu. Mais là, enserrée par les murs parisiens de ma petite chambre, il est plus que présent. Il a passé dix-neuf mois enfermé dans une cellule et c’est cela qui l’a tué. Il aimait son île, il aimait l’océan, il aimait les baleines. Ce matin, j’ai cherché dans mes dossiers un texte à partager avec vous et c’est celui-là que j’ai trouvé, je l’avais oublié car il y en a des choses dans cet ordinateur ! Mon corps est bien ici mais mon cœur est resté au Pays et au final, j’aurais préféré être confinée en Calédonie…

La vie est une histoire d’îles. D’îles ou d’îlots. Qui se rejoignent ou pas. C’est selon.

Mon frère est mort.

J’avais quarante ans.

Mon frère était un repère masculin, normal, j’avais vécu petite sur ses pas, l’encombrant, l’ennuyant, le poursuivant. Le cherchant, le trouvant, et me retrouvant, à chacune de ses rebuffades, anéantie.

Dans ma vie de femme, il y a eu avant la mort de mon frère et après sa mort. C’est aussi simple que ça. Il y a eu aussi pendant les quelques années qui ont suivi sa disparition, la marée noire de l’âme provoquée par le deuil, sa perte irrémédiable.

Là, il avait fini par me semer pour de bon ! Nous n’étions même plus sur des îles différentes, aux antipodes des océans et du monde ; non, là, il était passé de l’autre côté, l’envers des choses. La nuire noire de l’âme. Absolue.

Alors, une fois passée la grande marée de la tristesse, j’ai retrouvé les hommes. J’ai enfin rencontré les hommes de ma vie. Les véritables miroirs de ma vie intérieure.

Disons que, certainement, je me suis définie autrement en tant que femme, avant et après sa disparition. Le miroir de son regard avait conditionné la manière dont je me percevais : un regard, une vision tronquée ! Toute petite, j’avais existé, ou plutôt j’avais survécu dans l’œil de « cyclope » de ce garçon terrible mais terriblement attachant. Un œil. Un seul pour m’accepter et accepter le monde. Il avait une vision sans relief. Absolument sans relief. Un monde plat et sans périphérie. Je lui prenais de la place et, plus il désirait m’éliminer, plus je m’accrochais à son seul œil valide.

Petite, quand les autres enfants venaient vers moi pour me demander ce qu’il avait à son œil, je répondais « c’est de l’essence » et ils repartaient atterrés par cette réponse… le pauvre, il avait reçu de l’essence dans l’œil ! Avais-je alors un défaut de prononciation ou bien était-ce un moyen de ne pas dire clairement qu’en fait c’était « de naissance » ? Je ne connais pas la réponse.

Hier, j’ai enfin fait ce que je devais faire depuis de longues années. Depuis huit ans exactement. Descendre dans la cave de ma mère et trier les affaires de mon frère. Celles qui restent, celles qu’elle n’a pas encore réussi à jeter, à donner.

Et voilà, ça n’a pas raté. Dans une caisse, au milieu de papiers, de dossiers, de photos, de livres, a jailli un petit objet arrondi, un demi-cercle transparent, creux, lisse. Il a surgi littéralement du passé, atterrissant au creux de ma main, me tirant un cri vite étouffé. J’ai soudain compris ce que c’était même si c’était si étrange de le trouver là, sans être protégé, emballé, contenu au moins dans une boite ; l’œil de mon frère. Un de ses yeux. Un second a suivi. Puis un troisième. Et ce dernier n’était pas transparent, il était complet, avec le dessin de l’iris, de la pupille.

Au creux de ma main se tenait ce petit objet étrange et si intime qui était la preuve tangible qu’un jour j’avais eu un frère, que ce frère n’avait qu’un œil valide et que le second avait dû être remplacé un jour par cette petite coque en verre. Qui avait redonné à son visage un semblant de normalité.

Il avait passé une bonne quarantaine d’années avec un œil fermé, fermé à la joie, fermé à l’amour. Toute mon enfance avait été occupée par le désir que le seul œil de mon frère me regarde et m’aime. Et jamais ce qu’il voyait ne semblait le satisfaire vraiment….

Catherine C. Laurent

Catherine C. Laurent est née en 1962. Elle est arrivée en Nouvelle-Calédonie en 1993 poussée par l’appel du Pacifique. Depuis toute petite elle rêvait de l’Australie pour échapper à la grisaille de sa Lorraine natale. Elle a effectué des études de littérature à Aix-en-Provence. Elle s’est installée ensuite à St-Pierre-et-Miquelon où elle a travaillé à la Radio. C’est en Calédonie qu’elle a pu s’installer finalement pour vivre au contact de ce monde Pacifique. De là, elle a pu aussi aller à Tahiti puis à l’île de Pâques. Sa vie en Calédonie s’est déroulée entre l’île des Pins, Bourail et Nouméa où elle a enseigné, partagé la vie des gens du pays et écrit. De retour à Paris, elle poursuit l’écriture : romans, poésie, théâtre, essais mais aussi livres jeunesse. Prix POPAÏ document du SILO 2018 (Salon international du livre océanien), pour Les Calédoniens.

Publié dans Nouvelles

Partager cet article
Repost0

Mots pour Maux : Hamid mokaddem, écrivain philosophe, Hamid est aussi un ancien footballeur !

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Ce coup de boule jamais n’abolira le hasard :

Hommage au style de Zidane

(Texte initialement paru dans Les Infos puis dans une revue littéraire néo-zélandaise juste après la finale de la coupe du monde de foot à Berlin que j’avais suivi alors à Melbourne dans un quartier italien. Je ne faisais pas le malin).

 

Ça aurait pu se dire et s’écrire comme les titres des romans de Françoise Sagan :  Bonjour tristesseLes bleus à l’âme. Zidane, le « Prévert du football », selon Djamel Debbouze, d’un coup de boule, fait de cette finale une anecdote. Ça se dira : Coup de tête, et l’image plane au-dessus du navet filmé à Auxerre. En italien, Testa, en français, coup de boule. En suspens, « stupeur ». Comme on fait dans la littérature, nul ne s’attendait à une telle Fin de partie, titre d’une pièce de Samuel Beckett. Les Bleus se sont fait damer le pion par des … « Bleus ». Le Bleu de la squadra azzurra. Des Blancs battus en … neige.

            Quadruple « Z », Yazid, Zinedine, Zidane, Zizou, zone et lézarde le terrain de ses gestes exceptionnels. Panenka, en italien cucchiaio. Puis un coup de tête, asséné dans la surface de réparation, oblige Buffon à contredire son nom. Rien de comique, il sort de sa palette un geste à hauteur de celui de Zidane et déploie une parade comme rêve de faire tant de gardiens.

            Zizou zigzague et provoque le scénario inédit. À l’image de ses roulettes qui déstabilisent le système défensif adverse, Zidane, par un coup de tête suicidaire, transforme la donne et stupéfait les milliards de bouches suspendues devant l’écran de télévision. Zizou terrasse le colosse Mario Materazzi. Ce dernier, déjà connu dans le Calcio pour son jeu cru et nu, avait réussi également un surprenant coup de tête. D’un seul geste et le visuel cède la place au lisible. Chacun veut décoder les mouvements labiaux de Materazzi.

            Pour revenir à Zizou. Qu’est-ce qui rend exceptionnel un joueur ? L’audace ? Le culot ? Celui qui consiste à oser placer un geste technique qui fasse histoire. Exécuter le geste intériorisé et répété en solitaire des milliers de fois ? Les professionnels délaissent la grâce du jeu pour l’efficacité et la victoire. Coup de génie. La Testa al petto éclipse la finale. Encore plus fort. Ce joueur n’oublie ni le jeu, ni qu’il est un homme. Il finit sa trajectoire comme ses balles travaillées et décidées pour devenir décisives. Zizou déclare serein à Michel Denisot qu’il arrête la vie virtuelle et revient dans la vie réelle.

            Le et les geste(s) de Yazid Zinedine Zidane seront décidément imprévisibles qui laissent pantois le (télé) spectateur. On recouvre la signification du jeu. Une suite de coups qui laissent une part à l’imprévisible. Certains pourront refaire le match :  Ah ! si Vieira ne s’était blessé, et si Zidane avait rentré la tête, ou encore si Zizou n’avait été expulsé, et puis si Wiltord avait fait preuve de plus de sens collectif, et si Trézéguet avait rentré son tir au but… et si Buffon avait été moins extraordinaire, et si Materazzi n’avait eu encore cette force de frappe qui le caractérise… Toujours est-il que le geste exceptionnel éclipse la finale et … le football. Humain trop humain, le pain et le cirque divertissent les peuples. La grammaire du fantasme ne conjugue que le conditionnel (« et si … et si »). Le pragmatisme emploie le constat de l’indicatif (« la squadra azzurra, l’Italia è campione del mondo »).

            Le tranchant est extrême : Fureur de vaincre, désir de se faire respecter, plein cœur dans le jeu comme le coup de boule dans le thorax, aussi fou que la tête précédente, ce coup de tête est excessif, anormal.

            Zizou ne s’excusera que devant les enfants et les éducateurs et non devant la nation comme l’exigeait la droite extrême laquelle, en bonne réactionnaire, réagit à l’habileté de Jacques Chirac : « La nation vous aime et vous respecte ». Ce contre-pied est adressé contre les récupérateurs, « professionnels de l’idéologie » et de la « moraline ». Pablo Picasso, alors qu’il œuvrait à Guernica, énonçait ceci : « Tout acte de création commence par un acte de destruction ». Le jeu créateur de Zizou s’achève donc sur un acte destructeur. Toutefois, il révèle toutes les facettes cachées de ce jeu comme pression, corruption, objectif à tout prix du gain. La sortie hors de soi fait éclater les limites de ces feintes. On recommande la lecture de l’excellent livre un jour peut-être traduit en français et en italien de John Foot (Oui. Le nom est prédestiné) Calcio. A History of Italian Football (4th Estate, London, 2006).

            Un commentaire : Encore bien joué Zidane ! Cette sortie nous ramène sur terre. Le football n’est qu’un jeu. Les règles de celui-ci exige-t-il une discipline du simulacre ? La réponse reste en suspens. On finira sur un détail statistique. Lors de ce mondial, les coups de colère furent plus nombreux de la part des joueurs de l’équipe de France. Le pays de Descartes serait-il si raisonnable ?

Hamid Mokaddem a reçu le prix scientifique pour son livre Yeiwene Yeiwene. Construction et Révolution de Kanaky (Nouvelle-Calédonie).

 

Publié dans Essai

Partager cet article
Repost0

Mots pour Mots : Christine Bourrelly, nouvelliste et correctrice bénévole

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Nature sacrée par Christine Bourrelly

 

Tu grimpes sur ton cocotier préféré. Son tronc penché, poussé par les alizés, a adopté un angle insolent et s’est courbé au-dessus des vagues, débordant sur la courte plage. Tu t’assieds à califourchon, l’enserres de tes bras et appuies ta joue sur son écorce rugueuse, encore humide de la fraîcheur de la nuit.

C’est ta position de prédilection pour observer le soleil qui se lève. D’ici peu, quelques nuages blancs le couronneront, mais, pour l’instant, il pointe fièrement ses premiers rayons et t’éblouit. Tu lui souris, recevant ce premier baiser comme la promesse d’une journée sereine. Juste en dessous de toi, les vagues dansent sur le sable ; les crabes jaillissent de leurs trous et croisent les coquilles colorées des bernard-l’ermite moins rapides. Cette chorégraphie fluide et harmonieuse t’hypnotise. Tu respires lentement au rythme de la marée qui descend et tu remplis tes poumons de l’air doux du matin.

Un mince croissant de lune s’affiche encore dans le ciel. Tu penses à Téa Kanaké, le premier homme, né d’une dent de lune plantée dans un rocher. Tu imagines la dent qui se décompose sous l’effet des rayons du soleil et donne naissance aux êtres vivants. Les uns restent sur le rocher et se transforment en lézards, les autres glissent dans l’eau et engendrent les anguilles et les serpents. D’autres créatures viennent encore et, enfin, Téa, l’ancêtre de tous les clans, apparaît à son tour.

Tu aimes cette histoire qui t’a été racontée mille fois. Tu te vois déjà, aux abords de la vieillesse, assise sur une natte, entourée de petits-enfants à qui tu la raconteras. Tu te réjouis d’appartenir à cette nature sacrée, et regagnes la case d’un pas joyeux.

La plate, votre barque à fond plat, est là, remontée sur l’herbe. Ton père n’est pas encore parti pêcher avec ton frère. Ce soir, vous mangerez un bossu ou des langoustes qu’ils auront attrapés en plongeant en apnée.

Des sanglots t’alertent. Tu accélères le pas. Ta mère, debout devant la case, très agitée, pleure et crie : « Non… ce n’est pas possible, cela devait arriver… » Ton frère, à côté d’elle, donne des coups de pied violents dans une souche. Tu comprends que quelque chose de grave est arrivé. « C’est ton père. Il ne s’est pas réveillé. »

Ton père est mort de son métier de plongeur. Son cœur et ses poumons ne se sont plus compris. Il a arrêté de respirer.

 

Tu grimpes sur ton cocotier. La lune est toujours là. Le prêtre t’a dit que ton père est là-haut qui vous regarde. Tu repenses à Téa et à la suite de son histoire, quand il a voulu connaître la mort. Son âme est entrée dans l’arbre des esprits, le banian, et a plongé dans ses racines, jusqu’aux pays souterrains où elle a rejoint les anciens. Tu crois que ton père a emprunté le même chemin, et que, comme Téa, il renaîtra parmi les vivants, dans la nature qui nous entoure.

Tu te demandes s’il est déjà présent dans le sourire de la lune et du soleil qui te saluent ce matin. Oui… tu en es sûre. D’ailleurs, c’est bien sa voix que tu entends, dans les feuilles du bois-de-fer, maintenant que le vent les agite.

 

Christine Bourrelly est une championne en orthographe. Elle s’est illustrée à la dictée du Pacifique 2020. Elle écrit des nouvelles, sa dernière participation a été dans un ouvrage collectif, Chroniques calédoniennes d'hier et d'aujourd'hui - Nouvelles historiques et paroles de Nouvelle-Calédonie coordonné par Frédéric Angleviel

Publié dans Nouvelles

Partager cet article
Repost0

Mots pour Maux : Paul Fizin, un docteur en histoire en pleine ascension qui est aussi poète. Il nous offre 3 poèmes !

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Extrait d’un futur recueil A la lumière du Tanoa 

 

Parole # « Faut bien dire »
 
Ma parole se nourrit
 De l’écoute d’autre parole
 Dans le concert des paroles
 Qui traverse jour et nuit le Pays
 
Orchestré par les coutumes 

De bonjour, d’au revoir 

De Mariage de Deuil 

De Pardon et de réconciliation
 
Dites quotidiennement
 Dans nos rapports avec l’autre

 En liant les bouts de destin 

Pour que celui-ci Soit commun
 
Dites perpétuellement

 Par les artistes

 A travers la pierre Le bois, le souffle des ancêtres 

Sur les instruments à vents 

Et dans le frappement des bambous

 Et le grondement des guitares électriques
 
Dites par les corps en mouvement

 Nourrit par les rythmes de l’occident 

Ou les « bua » et les « Fehoa »
 
De la lecture d’autre parole 

Ecrite par des poétes, ecrivains, des journalistes 

Des rédacteurs des hémicycles

 Qui fournisse sans cesse au J.O

 Des délibérations et lois du Pays

 Pour civiliser une nation en devenir
 
 
Tissé sous le regard des totems modernes

 Ou l’araignée géante et le manque d’écoute
 Emprisonne les esprits serviles 

A une parole spectacle 

Sans contenu, sans contenant 

Par manque d’écoute, comme un silence 

Symbole du plus grand des mépris
 Sur la terre de parole

 
  Mon île #noqu yanuyanu
C’est une petite île qui vit en moi 

Au milieu d’un monde devenue trop étroit 

Et qui s’étend de qazi ne losi aux calanques

 Ou DENGEI le dieu serpent fidjien 

Fleurte  avec les WANANATHIM Sur le port de la lune
 
Ile sortit  de l’océan des liens que j’ai hérités  et que j’ai attaché 

Tertre bien aimé 

Ou j’ai pu accoucher de moi-même 

Dans les hurlements identitaires

 Et les lumières exotiques
 
Ile mystérieuse qui surgit 

 A la faveur d’un mot ou d’un son 

Comme un mirage

 Des jours heureux artificiels

 Elle enrichie et elle brouille Ma vision du temps présent
 
Elle proclame au monde 

 L’éloge de l’authenticité 

Et de la reformulation permanente 

  Alors que sur les ruines de la colonisation 

On érige comme des totems 

 Le squelette déchu des ancêtres exilé 

Pour bâtir un présent 

 Qui fantasme sur son passé 

 

Mardi de mariage à Noje Drehu
 
Ivre de joie Ivre de Bonheur

 Le plateau se prépare
 Depuis les rails des cuisines

 Les yeux brulés par la fumé 

Aux carrelages du « melekap »

 Paré d’étoffes chinoises
 
Opanapo se prépare
 
Robes aux multiples couleurs 

Couronne de « hnim » 

Et cœur de cocotier fendu

 Le oui éternel sera donné
 
Les verts et blancs se  prépare
 
A la Sainte-Amour,

 Les alliances s’échangent 

Les ignames se transmettent 

La valise se donne 

Et les destins se marient

 

Extrait d’un futur recueil A la lumière du Tanoa 

Par Rose WETE et Dr Paul FIZIN.

A télécharger cadeau en plus, des poèmes de Rose WETE originaire d'Ouvéa de la tribu de Gossanah. (suivre le lien). Ses poèmes sont en anglais. English

 Elle travail actuellement dans le secteur de la diplomatie et est actuellement basé à SUVA aux iles Fidji.

« Qemëk

Respect et humilité précédé toujours la parole en pays kanak. A travers ces textes »

Dr Paul FIZIN diplômé de l’université de Bordeaux III

Enseignant en Histoire Géographie Lycée à la recherche d’une titularisation.

Paul FIZIN

Contact: 523279  https://paulfizin.wordpress.com/

Publié dans Poésie

Partager cet article
Repost0

Mots pour Maux : Sylvie BAILLE un extrait de son dernier roman en cadeau de solidarité

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Qui a tué Hnaéla-Rose ?

  

Boom sur le marché de l’art

 

Guignard grimaça devant le chemin détrempé et boueux. Des taros, plantés ici et là, paraissaient le narguer avec leurs larges feuilles qui se pavanaient sous les gouttes. L’eau était partout. « Satanée pluie ! » se dit-il en regardant ses souliers en cuir de Cordoue. De toute façon, il n’avait pas le choix. Guignard ajusta son couvre-chef en poil de lapin, un beau feutre taupé acheté chez un chapelier parisien qui lui avait garanti son imperméabilité, puis chaussa ses Ray-Ban. Les verres fumés dissimuleraient ses yeux à la pauvre femme qu’il venait voir. Annoncer la mort de son enfant à une mère était sans doute une des pires missions que son métier lui imposait. Commissaire. Il aurait mieux fait d’être médecin légiste. Les cadavres au moins, on n’avait pas à leur parler. Finalement, il aurait dû écouter ses parents. Ils avaient été colporteurs et ne voulaient pas que leur fils mène à son tour une vie de patachon. Toute son enfance, ils lui avaient répété : « Antonin, tu ne seras pas saltimbanque comme nous. Toi, tu seras médecin. »

Ils avaient espéré très fort, mais pas assez. Il était entré dans la police pour devenir commissaire. Depuis, les pauvres parents ne vivaient plus, l’imaginant sans cesse le corps criblé de balles. Dire qu’il venait de passer la nuit dans les bras d’une superbe blonde ! Il avait eu deux orgasmes consécutifs qui l’avaient laissé dans un état de perplexité heureuse. Depuis combien de temps cela ne lui était-il pas arrivé ? Il aurait voulu, le matin, ne pas quitter ses rêves voluptueux, mais voilà, il avait fallu que ça tombe ce jour-là. Un meurtre.

Sur le coup de six heures, le téléphone avait sonné. Le corps d’une jeune femme venait d’être trouvé à l’entrée du squat des Flamboyants. Passé un réveil brusque, Antonin s’était assis au bord du lit, avait posé ses pieds au sol, senti le carrelage froid et repris péniblement contact avec la réalité. C’était aussi cela percevoir qu’on était en vie. Il avait lu rapidement le petit mot que sa sulfureuse maîtresse avait laissé sur la table de chevet : « Rappelle-moi quand tu veux. Baisers fripons. Morgane. »

Bon, il n’allait pas falloir gamberger. Un meurtre, c’est du sérieux.

 

— Premières constatations ? demanda le commissaire dès qu’il arriva sur la scène de crime.

Basile Crottin n’avait pas son pareil pour faire parler les cadavres. Pourtant celui qui était devant lui n’avait pas grand- chose à dire. Ce n’était pas toujours rose d’être médecin légiste. Tout en jouant machinalement au yoyo avec un porte-clés enrouleur, il répondit :

— Désolé, mon vieux. Je peux juste te dire qu’elle a été étranglée. Le reste, c’est de la mise en scène. On l’a déposée au creux du banian puis sa tête a été ornée de plumes d’aigle et de crins de cheval. Un peu comme une coiffe indienne, tu ne trouves pas ?

Le commissaire s’agenouilla, observa la jeune femme morte, comment son corps avait été disposé entre les racines adventives. Les éléments qui avaient été placés, cachaient un sens qu’il fallait découvrir. Le va-et-vient du yoyo l’hypnotisait et ses pensées s’éloignaient de la victime vers celui de sa maîtresse. Morgane. Il l’avait rencontrée quelques semaines auparavant dans une galerie d’art. Elle était immobile, les yeux rivés sur une toile dominée par des tons rouges. C’est tout ce dont il se souvenait de la peinture, lui était resté sans bouger, le regard fixé sur cette femme. Le temps avait dû s’arrêter un bon moment, car il faisait nuit quand ils étaient sortis ensemble de la salle d’exposition.

— Un tableau, dit finalement Guignard.
— Hein ? Tu te sens bien Antonin ?
— Oui, pourquoi ?
— Parce que t’es en débit limité ce matin. Pas plus de deux mots à la fois...tu

t’économises ?

— Le yoyo.

— Ça ? demanda le médecin légiste en déroulant l’objet.

 — Arrête-le.

— C’est un porte-clés enrouleur Key Bak avec clip ceinture, de conception similaire aux étuis de pistolet. Boîtier en polycarbonate haute résistance. Câble enrobé de Kevlar, plus solide et plus léger qu’une chaîne...

Guignard lui arracha des mains et, enfin libéré de l’emprise du mouvement hypnotique, soupira de soulagement.

— L’arme parfaite du crime. D’où sort-il ?

En connaisseur, il le détailla. C’était un produit haut de gamme. Le fil ne mesurait pas loin d’un mètre. Son déroulement était lisse et rapide.

— Je l’ai trouvé au bord de la route, là où j’ai garé ma voiture, dit Crottin la main toujours en suspension.

— Tu l’as ramassé ! Et tu t’amuses avec... une pièce à conviction !

Le commissaire n’en revenait pas. Décidément, Basile Crottin manquait parfois de jugeote. Il avait joué au yoyo avec ce porte-clés enrouleur qui avait dû servir à tuer. Au bout de l’instrument de mort, se balançait une clé.

— Ah ! Merde. J’ai pas pensé une seconde que...

— En règle générale, tu ne réfléchis pas à grand-chose. Tu vois ça, c’est une clé de sûreté et cette bille qui roule dans la rainure voue toute tentative de copie à l’échec. La duplication se fait exclusivement sur justification des codes de sécurité de la carte de propriété. Autrement dit, elle n’appartient pas à monsieur Tout-le-Monde.

— À un mec sévèrement barré en tout cas pour faire une mise en scène pareille.

— À moins que ce ne soit un tableau. Une reproduction allégorique par exemple.

— Une allégorie ? Avec un tel coup de pinceau, le meurtrier a dû faire les Beaux-Arts. Si tu veux mon avis, tu tiens une piste là.

 

Antonin Guignard évitait tant bien que mal les flaques pour rejoindre la mère de la victime. Son esprit s’évada un court instant vers ses doux souvenirs nocturnes tandis que son pied droit choisit ce moment pour s’enfoncer dans une motte de boue. Il regarda sa chaussure souillée. Un modèle Richelieu acheté six cent trente euros chez Carmina, avenue des Champs- Élysées. Ce n’était vraiment pas le bon jour. Il leva la tête. La pauvre femme était devant lui. Maintenant, il devait lui annoncer que sa fille Hnaéla-Rose venait de faire une entrée fracassante sur le marché de l’art.

  

A Propos : « Après avoir enseigné les lettres modernes en Midi-Pyrenées, je me suis installée en Nouvelle-Calédonie, ma terre de prédilection. J'ai publié deux romans, Swing à Lifou, Qui a tué Hnaéla-Rose? et contribué à un recueil collectif de poésie. »

Publié dans Roman

Partager cet article
Repost0

<< < 1 2 3 4