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culture kanak

Le numéro 69 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article

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Le plus de la rédaction : Bonne lecture à vous. Wws

Bozusë. Un petit texte pour nous lier et une chanson pour vous égayer dans votre lieu de rendez-vous. La traduction n’est pas fidèle. Elle relève plus du phantasme de celui qui vous écrit (hahaéèéèé !!!). Ça ne changera rien aux couleurs du temps. Ici, la pluie nous a rendu visite dans la journée d’hier mais elle n’a pas duré. Les quelques gouttes n’ont pas suffi à faire lever le niveau de la rivière qui, inéluctablement s’assèche. Patiente encore. Jusqu’à quand ? La question est posée. Bonne lecture et bon confinement à vous tous.

Wws

De l’école communale à Tiéta

Le matin du premier jour de la rentrée scolaire est toujours un moment exceptionnel dans la vie d’un écolier. La maison vivait au rythme des enfants. Maman s’était réveillée plus tôt que d’habitude. Emélie était en 5e. Moi, j’allais effectuer ma rentrée en 6e. J’étais pressé d’être devant le professeur, je vibrais à l’idée de parler une nouvelle langue. A la maison, Emélie, de deux ans mon aînée me montrait toujours son cahier d’Anglais. Elle émerveillait ma mère par ses nouveaux mots, surtout lorsqu’elle les prononçait. « How old are you? What your name? It is ten o’clock » et d’autres phrases encore qu’elle prononçait en ponctuant bien. Ma mère et ma grand-mère surtout en étaient subjuguées. Cela encourageait Emélie à toujours progresser. C’était alors comme si elle ne faisait plus partie de la famille. On la voyait déjà assise dans un bureau en train de donner des ordres aux hommes, comme on peut voir dans les films. Grand-mère, l’œil allumé disait que ma sœur irait loin dans les études.

Sept heures sonnaient lorsque nous franchissions le portail. Maman avait garé la voiture sous le flamboyant de chez Kafeat. Nous marchions en compagnie des autres parents et des autres élèves. Emélie marchait devant, son cartable flambant neuf était accroché sur ses épaules. Il couchait bien sur son dos. Maman ne lâchait pas ma main. Elle ne voulait peut-être pas me laisser partir. J’avais remarqué qu’elle feignait d’être à la hauteur de l’événement. L’instinct maternel. Elle pleurait son fils. Sûr. Elle savait que ma sœur et moi allions endurer les mêmes souffrances que l’année passée. Moi, je voulais dépasser Emélie. De toutes les façons, on ne réussirait jamais à changer la mentalité des gens du jour du lendemain. 

Il faut être le centre d’intérêt de la famille. Je me voyais revenir à la maison avec le cartable rempli de cahiers et surtout parlant Anglais. Ma seule motivation.

« Voilà Marcuse. » Me lança-t-on dans la cour. Je reconnus Delphine qui avait aussi fait tout son primaire à Voh, à l’école communale. Elle était venue toute seule. La « Mytho » ; celle qui aimait inventer des histoires de monstres. On était devenu de très bons amis malgré tout, parce qu’elle était aussi rejetée par les autres élèves. Les élèves du village lui menaient la vie dure. On nous reprochait de ne pas avoir de papa. En effet, nous en avons bien un comme tout le monde. Mais, le mien avait quitté ma mère pour vivre avec une autre femme. Ils avaient laissé le village pour Nouméa. Marienne, ma mère vécut seule pour s’occuper de nous. Sept enfants. Ce n’est pas simple. Je suis le troisième enfant. J’aidais beaucoup ma mère. Dès fois, le mercredi après-midi; j’allais à Gatope dans la mangrove pour ramasser des crabes. C’était plutôt extraordinaire pour mon âge. 

« - Alors Marcuse, ça va ? » « - Ah ! Ruben. Toi aussi tu es ici. J’ai vu Juliette avec sa grand-mère. Nous sommes trois du village. » Il se dirigeait vers les classes du haut. Ma mère était déjà venue pendant les vacances pour régler nos fournitures. Toujours en avance. Marienne était naturellement venue seule. Elle fuyait la foule. Les commères du village ne l’aimaient pas. Elles disaient sur elle de mauvaises choses. Je ne pense pas que tout cela est vrai. A l’école, les élèves me ressortaient tout ce que racontaient leurs mères à la maison, au sujet de maman. Evidemment, j’en souffrais. Cela n’avait fait que renforcer ma relation avec Delphine, une des mal-aimés de notre école.

7h45. Une voix se fit entendre. « Nous demandons à tout le monde de se diriger vers le réfectoire. » La salle à côté du manguier. Nous étions parmi les derniers à rentrer. Il ne restait plus de place sur les bancs. Nous nous étions alors dirigés vers le fond de la salle. Les profs et le personnel de l’école se trouvaient de l’autre côté de la balustrade où l’on passait avec le plateau à onze heures. J’avais peur. Je sentais les regards se poser sur moi mais aussi sur maman. Emélie n’avait pas peur. Elle me collait des noms aux visages que je lui montrais. Les anciens. Ils se reconnaissaient de loin. Ils avaient l’air plus dégourdis. Certains parlaient plus fort que d’autres, juste pour attirer l’attention sur eux. 

Après le discours du directeur, l’échange des coutumes se fit. Des tissus et des billets de banque étaient étalés sur une table. Un parent d’élève sortit de notre rang pour remercier le geste ; il s’était adressé à nous, les élèves. Il nous encourageait. Il nous disait de travailler. « Il faut écouter vos éducateurs et vos profs. C’est eux qui nous représentent ici à l’école. L’usine du Nord surplombe votre collège ; pensez. Travaillez pour le pays de demain. » Avait-il dit. Après ce temps de partage, on libéra le monde. Chaque élève gagnait alors sa nouvelle salle de classe où attendait le professeur principal. L’année scolaire de 6ème pour moi venait vraiment de commencer. Une nouvelle année où je devais une fois de plus faire face à la moquerie des autres élèves. 

H.L

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Académie des Langues Kanak, une nouvelle parution de Louis-José Barbançon traduit dans les trois langues des Loyauté

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Photo subtilisée sur une publication FB de mon copain Paul Fizin (masqué)

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Nos ailes ont des racines

Bozu së itre sinee ne la pepa ka bulu i ALK.

Hanawange la sine i tusi ka troa mama e cikön.

En Drehu :

La itre iape së ka hetre iwaan" hna cinyihane hnei Louis-José Barbançon nge hna ujëne ngöne la koni qenelapa ne loialetri.

En français :

Bonjour les amis de la page bleue de ALK. Voici le livre qui paraîtra bientôt. Nos ailes ont des racines de Louis-José Barbançon traduit dans les trois langues des Loyauté.

L’Académie des Langues Kanak développe depuis 2009, une politique éditoriale variée : propositions d'écriture des langues kanak, dictionnaires, lexiques thématiques, recueils de textes, etc.

Pour avoir un aperçu des principales parutions actuellement en vente, suivre ce lien

Pour les commander, veuillez faire une demande de proforma à l’adresse suivante : alk@alk.nc.

Pour les amateurs en suivant ce lien vous retrouverez un article de ecrivainducaillou de 2014 sur les langues vernaculaires

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Le numéro 67 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article

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Le plus de la rédaction : Bonne lecture à vous. Wws

Bozu. 

Cela me fait très drôle de vous envoyer Nuelasin à cette heure. Vendredi dernier, je l’ai fait à 1H. A 6h, je prenais le Bético pour Drehu.

Une petite réflexion comme ça pour survoler et partager avec vous l’éducation kanak des enfants dans l’ancien temps aux îles Loyauté. Tout ça n’est pas approfondi. Je publie pour enclencher des réflexions comme des scintillements d’étoiles épars dans le firmament. Ensemble, nous finirons bien par amener les réflexions au grand jour et nous finirons par briller comme des soleils. N’est-ce pas ?

Bonne lecture à vous de la vallée où il fait toujours froid même les matins ensoleillés. 

Wws 

L’éducation 

Les enfants kanak grandissent dans une culture où ils sont aussi le centre des relations. Le nom se réfère toujours à un lieu-dit, un tertre. Il définit ainsi l’être par rapport à son entourage.  Le terme d’individu n’a de sens que dans le rapport à un groupe. Par le nom, l’enfant occupe déjà une fonction dans la société. Il occupe d’abord la fonction d’enfant parce qu’il est jeune. Il est plutôt vu comme « un vide à remplir »[1], il doit respect aux grandes personnes qui lui doivent une éducation. C’est à la lignée maternelle à qui revient cette tâche. L’enfant kanak se destine ensuite, dès sa naissance à occuper un rôle dans la société. Il reçoit ainsi une éducation pour le rôle auquel il est appelé à exercer dans sa vie future.

La terre dans la société kanak occupe un rôle important. Elle est sacrée. L’être humain se définit par rapport à elle. « L’homme n’est jamais individu ; il est le noyau d’un ensemble. Il est le centre de relations et il a un rôle à jouer dans un centre de relations données. » [2]Ce sont des contraintes, des obligations, qui font qu’il y a continuité. La séparation, la coupure ne sont pas des concepts de la culture kanak. « On thésaurise les relations. Cela veut dire qu’il faut tisser des relations, qu’il faut investir dans la construction et l’harmonie du système. (…) On donne de la sagesse, du bien, de l’accueil en permanence. On ne peut jamais être millionnaire ; mais les vieux disent qu’en donnant, on met en quelque sorte à la caisse d’épargne… »[3]

 L’éducation dans l’ancien temps

a) L’éducation des filles 

La fille passe la plupart de son temps auprès de ses parents. Au sein de la famille, la mère reste le personnage le plus proche de l’enfant. Elle s’occupe de l’éduquer au travail de femme : aider la mère à s’occuper des enfants en bas âge par exemple ou encore faire cuire la nourriture apportée par le père. Il existe dans les tertres, une case réservée uniquement pour les femmes ; les hommes n’y ont pas accès. La femme la plus âgée du groupe enseigne la jeunesse. Elle complète l’éducation de la maison. Le mariage et les questions de la vie d’adulte y sont professés. C’est un endroit où la jeune fille apprend le rôle qu’elle doit jouer dans le groupe le reste de sa vie. Une volonté d’arracher la jeune fille de l’adolescence et de la préparer au rôle de femme. Future mère oblige. La case est aussi le lieu retiré où dorment les femmes pendant la période de leurs menstruations ou celles qui viennent d’avoir un enfant. Elles sont impures et elles y resteront jusqu’au moment où elles n’auront plus d’écoulement de sang.

b) L’éducation des garçons : 

Le jeune garçon est vite séparé de sa famille. L’éducation est prise en charge par le plus âgé des jeunes[4]. A Lifou (une des îles Loyauté) les garçons se regroupent dans le « Hnehmelöm » ; case réservée aux hommes. Le jeune garçon y reçoit son éducation, une éducation toujours basée sur le respect, mais aussi sur la prise en compte de la hiérarchie existante, exactement comme pour les jeunes filles de leur âge. Le respect du plus âgé ne signifie pas seulement respecter le doyen du groupe. Il signifie respecter le plus âgé que soi. Ne connaissant jamais l’âge d’autrui, ils finissent toujours par se respecter mutuellement. En réalité, c’est le respect de l’être humain qui est le maître mot dans cette éducation. Un mot au sens très fort qui va choquer jusqu’à perdre la vie. Quand on va au bord de mer de l’île de Lifou à Ciolé plus précisément, on tombe sur une terre circulaire surélevée à quelques centimètres du sol. Elle correspond à un ancien « Hnehmelöm ». Des garçons de ces tertres claniques avaient été surpris dans leur sommeil, par un feu allumé par des ennemis, venant du Sud de l’île. Tous avaient péri, brûlés vifs. Les seuls survivants qui avaient réussi à s’échapper du brasier de chairs, étaient revenus sur leurs pas et s’étaient jetés à leur tour dans la fournaise. Ceux-là n’acceptaient pas l’idée de vivre alors que leurs frères compagnons mouraient. L’éducation à la vie sociale fut terriblement inculquée chez ces jeunes gens de Ciolé, que mourir ensemble est aussi valide que vivre ensemble. La vie et la mort chez le kanak font la paire. On vit parce qu’on ne meurt pas et on meurt parce qu’on ne vit plus. La mort étant le prolongement de la vie. Je ne pense pas que ces jeunes miraculés du brasier de chair auraient été accueillis par la société kanak de l’époque. Ils avaient sûrement compris que leur place était parmi leurs « frères » qui périssaient dans la fournaise. C’est le mauvais côté de cette éducation, à mon sens. On s’aime parce qu’on aime la vie. On ne s’aime pas pour mourir ensemble.

Note personnelle : Quand j’ai interrogé le vieux Maten-qatr de Kirinata sur le tertre brulé de l’époque, et de chez lui, il me disait d’une voix tremblotante : « Thupëtresijiö, (homme adulte, que tu es) c’était à ton âge que nos jeunes ont péri. C’était un peu notre manière à nous d’aimer la Vie. S’aimer et mourir ensemble. » Il pleurait. 

  1. [1] Terme de Alain Mougniotte dans son cours sur la Pédagogie Traditionnelle : Nouméa fev. 2001
  2. [2] Entretien que J.M Tchibaou a accordé à Alain PLAGNE le 6 mai 1985. 
  3. Cité par Hamid MOKADDEM dans L’échec scolaire calédonien. p. 49
  4. [3] Id.
  5. [4] Il a un statut. C’est au fait le plus âgé des hommes célibataires. De nos jours on les appelle tous, les jeunes. Le mariage modifiera son statut dans la société. Un homme célibataire de plus de la quarantaine est toujours appelé jeune.
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Le numéro 66 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article

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Le plus de la rédaction :

Bozu. Il est minuit passé. A 6h, direction Betico pour accompagner mon grand-frère vers sa dernière demeure. Il sera inhumé à Hnatro, le cimetière de la tribu dans la journée de samedi. 
En dessous, un texte compte rendu de notre sortie dans un village de Papua pendant le festival des arts mélanésiens en 2014.
Bonne lecture et à vendredi prochain.  Wws

La sortie dans le village de Tatana.

Le dernier dimanche à Papouasie, nous étions sortis dans le village de Tatana. Une paroisse située à plus d'une trentaine de kilomètres de Port Moresby. Il faut quitter l'autoroute peu avant Ela Beach en entrant sous un pont pour s'y rendre. On roule alors en longeant le littoral. Le paysage ressemble au littoral de la côte Ouest de la Grande-Terre. On y rencontre des villages de pêcheurs avec des maisons sur pilotis bondées de palétuviers.

Notre groupe de chants, avait assuré des taperas pour ce rendez-vous. À l'occasion, pour sûr que nous avions été remplis de chants avec des voix qui filtraient par nos pores. Enivrant, ces voix de femmes très haut perchées contrebalancées par les voix graves des hommes. Harmonique. Surprenant. Ces chants nous portaient vers un monde qu'on aime. Une plénitude. L’être est rempli de tous côtés. Impossible d'en échapper. J'aime.

C'était à la demande des religieux responsables de la paroisse. Ils exhortaient alors la troupe de donner le meilleur d’elle-même. Chaque groupe a alors pris le défi à bras-le-corps. Je peux dire que les jeunes de Kejëny ont déroulé le grand jeu. Qu'ils se la jouaient. Sans complexe. Même topo. Même assurance. Ils se sont donnés à cœur joie sur l'asphalte. Les Kejëny vibraient au rythme endiablé de la caisse. Le public qui avait fait un cercle au milieu duquel les artistes jouaient. Un public d'enfants, de vieux, de riches, de pauvres et même de chiens. Tout ce que le village avait de retenu était sorti sur la place ce jour-là. Un grand jour pour tous. Le village mais aussi pour nous. La communion des êtres. Tendu jusqu'au bout des nerfs. Les danseurs assuraient. Les cris de guerre fusaient de la piste. Ils battaient le coaltar de leurs pieds comme nos vieux sûrement sur ce même sol. Ils défiaient les esprits de l'endroit. Les gens des hauts plateaux de Drehu ont pris possession de ce lieu où la mer venait lécher les pieds des maisons sur pilotis qui portaient les autres villageois qui sont sortis sur la plate-forme avancée de leur porte. Le spectacle était suivi comme des gradins. Les artistes dansaient, en se libérant comme des bêtes enfermées sorties de leurs enclos. Ils se lâchaient et ils allaient vers le public en lançant leur regard de démons  pour effrayer les petits qui s'avançaient trop près de la scène. Ses enfants riaient en se repliant en arrière dans le public. Chacun était transporté vers ses années enfantines. C'était peut-être cela la communion. Une joie explosive qui s’offrait à nous sur le visage de ces enfants. Une joie partagée pour communiquer la joie de vivre que la délégation était venue apporter. Le ciel était aussi de la partie. Surtout que pendant le service dominical de la matinée, il avait plu. C'était pour nous rafraîchir pour que les danseurs se donnent à fond et pour qu'ils soient bien suivis. Tout vibrait gaiement dans ce lieu où la misère se vit au quotidien. Le show des iliens contre un peu de paradis sur terre. Dieu était descendu ce jour-là. On était heureux, on était joyeux. Après la prestation, le public fut convié sur la piste par un morceau de musique bien de chez nous. Gurejele suivi de Relative qui prenait son envol. Marisena la miséreuse dans une composition qui incite à voyager. Mère de Dieu ! Après le show, nous sommes allés dans la salle de partage pour prendre le repas en notre honneur préparé par les mamans. Dans la petite rue qui mène vers le temple du village, il y a une plaque commémorative fixée contre la paroi d’un mur. Elle rappelle qu'en ce lieu, des missionnaires de la LMS avaient foulé le sol de ce lieu en 1872. Je me disais que nos arrières grands-pères étaient sûrement dans le groupe. Ils étaient arrivés à Orub dans le détroit de Torrès en 1871 avec le révérend père Mac Farlane. Surement, qu'ils étaient dans cette campagne d'évangélisation à mettre leurs pieds sur les bords de la mer de ce petit village de la Papouasie. Nous ne faisions que marcher alors sur les traces de nos ancêtres. Ils avaient quitté les iles Loyauté pour le travail de Dieu.

Après le repas, nous avons donné le geste d’au-revoir avant de redescendre vers les bus qui nous attendaient pour le retour. Nous étions arrivés au campus avec les phares allumés. C'était déjà la nuit.

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Conférence à la bibliothèque Bernheim avec Seloua Luste Boulbina

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Le directeur de la bibliothèque, la conférencière Seloua Luste Boulbina , Paul Fizin, notre docteur en histoire et la collaboratrice de Christophe Augias, le directeur

Le directeur de la bibliothèque, la conférencière Seloua Luste Boulbina , Paul Fizin, notre docteur en histoire et la collaboratrice de Christophe Augias, le directeur

La coutume, (cliquez pour agrandir et voir l'image dans son intégralité)
La coutume, (cliquez pour agrandir et voir l'image dans son intégralité)La coutume, (cliquez pour agrandir et voir l'image dans son intégralité)

La coutume, (cliquez pour agrandir et voir l'image dans son intégralité)

Chercheuse associée à l'Université de Paris VII (France), Seloua Luste Boulbina s'intéresse aux questions postcoloniales dans leurs dimensions politiques et culturelles. Le thème de sa conférence Ataï et les coupeurs de tête à quelques mois notre dernier référendum aurait pu dissuader le public de venir l’écouter, mais les Calédoniens sont curieux, ils veulent être éclairés. Le public a répondu présent. Une preuve qu’en Nouvelle-Calédonie nous avons la maturité pour aborder les sujets qui fâchent ou délicat.

Comme le veut la coutume et en présence des représentants coutumiers du sénat Paul Fizin a fait le geste, avant de préciser le thème de la conférence qui n’était pas de refaire l’histoire d’Ataï  mais de parler du symbole, de la tête et cette restitution, un retour comme le précisera la chercheuse, car la France a soigneusement évitée restitution pour préférer le terme retour. Paul Fizin a bien tracé le contour de la conférence dans sa présentation en parlant surtout de la mémoire et de la signification de la tête, personnalisation du chef. C’est sur ce terrain que la chercheuse philosophe a d’emblée orientée sa conférence en évoquant la guillotine du musée de Bourail et même la tête de Jean-Baptiste sur un plateau de la bible. Le ton était donné. Les coupeurs de têtes ne sont pas ceux que l’on croit. On a beaucoup étêté dans les colonies. Un réquisitoire contre le colonisateur assumé par la chercheuse qui a dénoncé les horreurs de l’anthropologie physique. Les théoriciens des races avaient besoin de trophées pour les étudier et les exposer. Le musée de l’homme à Paris détient 18 000 crânes et 23 000 restes humains, la plus grande collection du monde, dit-on. Il n’y a pas de quoi être fier. Mais c’était avant, comme on dit. Paul Fizin, en fin de conférence, a ramené un peu de sérénité en rappelant à la chercheuse que « la restitution », a été et sera l’objet de cérémonies de la part de toutes les communautés. Un consensus étonnant, une preuve de la volonté de vivre ensemble que Seloua Luste Boulbina a qualifiée d’œcuménique. Je pense que la réalité du pays échappe un peu aux gens de l’extérieur, car un gros travail de compréhension mutuelle est fait par les Calédoniens depuis quelques années. Un gros effort de mémoire reste encore à faire. Ces docteurs, chercheurs, historiens y contribuent. JP

Les ouvrages sur Ataï sont nombreux en Calédonie

L'Afrique et ses fantômes : Écrire l'après de Seloua Luste Boulbina

Un ouvrage de 2015 disponible sur Amazon ou FNAC

« Me demandant comment introduire au mieux une réflexion sur le devenir décolonial, il m’a semblé qu’un témoignage était sans doute la meilleure entrée en matière. Ce que vivent les gens, ce qu’ils portent en eux mais aussi entre eux, quoique souvent imperceptible, n’est pas toutefois inaccessible. Les troubles coloniaux, les issues postcoloniales, les devenirs décoloniaux ne sont pas seulement des événements historiques, des phénomènes politiques. Ils sont, également, des perturbations ou des améliorations de la communication, en soi et entre soi. »

Seloua Luste Boulbina introduit ainsi son texte qu’Achille Mbembe commente de la façon suivante dans la préface qu’il en donne : « L’histoire, la langue et la colonie sont, dans ce texte sobre et incisif, mis en relation avec l’architecture (intérieure), la politique (interne), l’espace sexué et le genre dévoilé. Seloua Luste Boulbina se démarque de toute une tradition de la critique aussi bien anglo-saxonne que francophone (...)

Elle inscrit son effort théorique et méthodologique dans la logique de la vieille injonction de se connaître soi-même, qui implique la reconnaissance de l’émergence du sujet comme expérience d’émergence à la parole et au langage, et par ricochet à la voix. (...) Plus qu’une doctrine, c’est donc une démarche qui est proposée. Cette démarche fait une large place à l’indétermination, à l’instabilité, à l’hésitation et au mouvement. Mais elle postule également que la postcolonie est, avant tout, un "entre mondes", une relation non seulement externe et objective, mais aussi interne et subjective. »

Un public très attentifs composé de personnes très au fait du sujet.

Un public très attentifs composé de personnes très au fait du sujet.

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Ataï et les chasseurs de tête par Seloua Luste Boulbina et Paul Fizin jeudi à la bibliothèque Bernheim.

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Ataï et les chasseurs de tête par Seloua Luste Boulbina et Paul Fizin jeudi à la bibliothèque Bernheim.

Seloua Luste Boulbina est chercheuse associée à l'Université de Paris VII (France), elle s'intéresse aux questions postcoloniales dans leurs dimensions politiques et culturelles. En attendant de l’écouter, le rédacteur de ce billet à récupérer quelques informations sur la spécialité de cette chercheuse. JP

Lien vers article du Monde sur la restitution du crâne de l'insurgé kanak Ataï

Ce que dit Wikipédia sur la définition d’études postcoloniales :

Les études postcoloniales (de l'anglais postcolonial studies) sont un champ de recherche apparu dans les années 1980 aux États-Unis, plus tard en Europe, en réaction à l’héritage culturel laissé par la colonisation. Elles s’inscrivent dans la démarche critique du discours postmoderne. L'adjectif «postcolonial», qui renvoie aux théories et écrits du postcolonialisme, ne doit pas être confondu avec le terme «post-colonial», qui désigne la période ultérieure à la colonisation.

L'Orientalisme d’Edward Saïd (1978) est généralement considéré comme le texte fondateur du postcolonialisme. Selon certains spécialistes, les fondements du postcolonialisme seraient à trouver plutôt dans les œuvres de Frantz Fanon (Peau noire, masques blancs, 1952 et Les Damnés de la Terre, 1961), le livre Portrait du colonisé, d’Albert Memmi (1957).

En tant que théorie littéraire, il fournit des outils critiques permettant d'analyser les écrits produits par les auteurs issus d'anciennes colonies, et de façon plus globale porte un regard critique sur le colonialisme. Ces colonies incluent principalement les pays faisant partie des anciens empires français, britanniques, espagnols et portugais, à savoir les pays d'Afrique, l'Inde, les pays de l'ancienne Indochine française, d'Asie de l'Ouest les Caraïbes et les pays de l'Amérique latine. Les œuvres produites au Canada, en Nouvelle-Zélande et en Australie peuvent également être analysées dans le cadre des études postcoloniales, surtout en ce qui a trait à la littérature de leurs populations autochtones. La large étendue des nations, des peuples, des formes d'écriture, des langues, des thèmes et des enjeux soulevés qui forment la littérature des anciennes colonies donnent à cette dernière une richesse inestimable.

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Le numéro 65 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article

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Le plus de la rédaction : 

Bozu, bozu.

Je suis très heureux de ma journée d’hier (et des autres jours d’ailleurs, mais bon !) où je suis allé à la tribu de l’Embouchure pour rendre visite à Mme Dewe. Cela fait longtemps que je ne l’ai pas vue. J’ai failli rater la rentrée de la maison. Heureusement, un groupe de jeunes gens se trouvaient de l’autre côté de la route en face de la maison commune. Je me suis arrêté pour leur demander les renseignements. « Ah ! Je vous connais, je vous ai déjà vu à la télé. » Me lança le jeune homme en me montrant la route. Je suis resté quelques minutes avec elle, quoi ! Une vingtaine de minutes et c’est la route à nouveau. Aujourd’hui, je vous propose la parole du banian de chez les Fëmeigötr. 

Bonne lecture et bon weekend. Wws

Paroles de banian 

Jeudi 8 juin 2006 (4H20) Eika de Ponoz 

            La case de la cousine Nyiatrë n’est pas encore terminée. La pose de la couverture arrive seulement vers le hnë thipi tepolo. Et puis, il faut aller demander d’autres de paille chez les uns et les autres qui en ont dans leurs champs. Là où elle pousse dru. Hier, toute la compagnie a passé le reste du jour chez les Pöj. Nous avons plus ri qu’arraché. Ede qatr, Dra, Zorro et Trehle sont nos vieux. Ils étaient avec nous à se dépenser pour arracher et les plaisanteries étaient notre carbure. Fallait bien entretenir la morale de la troupe. J’étais haut perché. Dans les nuages. Heureux de fouler les terres de la tribu. Fier que mon corps se plante dans les champs de mes aïeuls. Au milieu de la famille avant de repartir à Voh pour le travail, je remuais discrètement les lèvres pour m’adresser à l’Invisible de l’endroit pour ces moments qu’on ne peut savourer qu’une fois. Ma joie ne me quitte pas. Elle colle à ma peau comme l’habit que je vêts. Sauf que ma joie va au plus profond pour me réchauffer. Tout de l’intérieur. 

            Hier, j’ai donné mon billet à Hnyela. Elle devait réserver ma place à l’agence d’Air-cal de Wé. Je ne connais pas où l’affaire en est en ce moment. Le doute ne me vient pas. Je ne m’inquiète pas pour mon billet et je ne sais pas pourquoi. La vie pourvoie toujours. Partirai-je après avoir couvert la case de la grande sœur ? Certainement. Le vrai est au-dessus de tout. Je bénis le ciel pour qu’il me vienne en aide. La rentrée scolaire : lundi. 

            Vendredi 9 juin 2006 (21H25) Eika de Ponoz

            Je viens d’arriver de Hnyamala avec Pasteur Belë où nous avons mangé la soupe. Le Dieu de nos aïeuls s’est encore manifesté. Il continue d’agir dans les secrets de nos vies. Je n’ai pas de place pour repartir sur Nouméa. A koië, certains de mes neveux se posaient aussi des questions à mon sujet. Ils s’inquiétaient pour moi. Les vols sont pleins jusqu’à mardi. De mon côté, la vie a toujours coulé sans heurt. Je ne m’inquiétais même pas. Je suis rempli d’une assurance, d’abord celle d’être sur mon île. Il est vrai que je me suis déjà habitué à passer ma vie en dehors de Lifou. Alors je continuais de rester à Hnyamala à donner la main aux neveux pour finir le chantier de la case. Jusqu’à la fin, je resterai. 

(…) Un moment, un des fils de la maison me surprit : « Oncle, tu as une place, il sourit en même temps, mais il faut rester pour terminer la maison de nos deux mamans (Ixoe et Nyiatrë. Leurs deux mamans de Fëmeigötr, sont mes deux sœurs par nos liens) L’esprit de la maison t’accompagne. » J’ouvris grand les yeux. Il se fit plus précis : « Le banian a des yeux et des oreilles. » tout en continuant sa besogne. Il grattait une gaulette qu’il maintenait ferme dans la main. Ce langage, je le connais. Lotip orienta mon regard en levant ses sourcils vers la petite forêt derrière la case en construction en faisant un coup de bouc. Geste qu’il gratifia d’un sourire. Derrière la maison, poussait un très grand banian plus que centenaire. Il étendait ses gigantesques troncs tentaculaires à plusieurs mètres à la ronde et en plongeant puissamment ses racines dans les entrailles de la terre. C’est l’habitat des Finiwan, premiers occupants des terres claniques de chez eux. Ils sont les petits diables du clan.  

… à mon réveil, je retournais à Koië pour manger les grattons que Saipö a cuisinés la veille. Et au retour chez Drikone, je prévins Kiri d’aller m’informer à Eika si Hnyela revenait de Wé. Hnyefe s’était mise en deux pour me trouver une place. Fini le tour de Willy. Je sentis la fatigue me gagner. Une fatigue physique à cause des veillées à Koië et psy, la mauvaise tendance venait à pas de loup. Je m’endormis aussitôt sur mon matelas, de l’autre côté du foyer. Même que Iloie, le neveu, mari de Hélène m’avait vu. Il était passé à Eika pour voir Pasteur. 

Vers une heure, Kiri arriva et me réveilla. « Papa Wawes, voilà ton billet. Hnyela a dit qu’il n’y a plus de place jusqu’à mardi. Mieux vaut aller voir sur place. » Je pris le temps de me réveiller et de bien me rendre compte de ma situation qui devenait alarmante. Je pris le billet que ma nièce me tendait. Elle se rendait bien compte de mon abattement qui gagnait peu à peu. Je relevai un pan de la natte sur laquelle je dormais pour glisser le billet dessous et je me remis à dormir en tirant vers l’autre partie de la journée. 

Mon réveil fut brutal. Pasteur était debout à la porte. Il voulait que je l’amène à sa réunion à Hnaeu. Je me levai de ma couche en reprenant le billet. Je me préparais et on partit. Il pleuvait fort sur la route. « Grand bien qu’il pleuve maintenant que nous avions fini le chantier. » fit-il, en remontant très haut la vitre de sa portière. J’enjoignis la promesse du neveu dans notre discussion au sujet de la ‘parole’ du banian. « Mais tu sais Wws, ces êtres invisibles-là, sont toujours avec nous. Ils se manifestent au besoin. D’extrêmes nécessités… » Foi de pasteur, j’acquiesçai en me concentrant toujours plus sur ma conduite. J’évitais même des nids de poule imaginaires sur la chaussée. 

            A Wé, devant l’agence, il n’y avait plus la foule des grands jours. Je rentrai. La guichetière qui me connaissait, affichait le sourire. « Bonjour M. Hnacipan, vous voulez une place pour quand ? » me demanda-t-elle. « Demain, si c’est possible » lui répondis-je. 

- la matinée ou dans l’après-midi ?

- pourquoi, vous avez de la place ? 

- Ben oui. Aujourd’hui, demain et toujours. (Je tiquai et cela ne lui a pas échappé. Elle ria très fort que la dame de l’autre guichet se retourna.) Oui, M. Hnacipan ; y a de la place pour vous. Mais restez encore quelques jours avec nous. Vous autres, êtes toujours pressés de repartir. 

- T’arrêtes. Je reprends les cours lundi. Je voudrai bien partir demain matin, s’il te plait.

- Dans le vol de 10H, je te confirme. Mais il y a aussi de la place dans le dernier vol de ce soir. (Elle attendit un instant pour me laisser réagir avant de pianoter son clavier)

Quelques temps après, elle me tendit mon titre de transport en me souriant. Je sortis de l’agence tout radieux. Je lançai même des remerciements à Oncle Taïn qui, du bureau annexe me donna tout en riant des nouvelles du dernier mariage de Kumo. Chez les oncles de ma mère où, avec Lönë, nous avions préparé la soupe le vendredi, une semaine plutôt.

            Avant de repartir et reprendre Pasteur au lieu de sa réunion, je remerciai le grand banian du neveu et de son clan en levant les yeux au ciel. L’impossible n’existe pas ou alors rêveusement il attend … pour un autre défi. 

Mais ça ?... 

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Vivres et vivre en terre A’jië, cuisine et culture en Nouvelle-Calédonie, un publication de l’ALK

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Vivres et vivre en terre A’jië, cuisine et culture en Nouvelle-Calédonie, un publication de l’ALK
Vivres et vivre en terre A’jië, cuisine et culture en Nouvelle-Calédonie, un publication de l’ALK

L’Académie des langues a publié cet ouvrage sur les pratiques culinaires, une des multiples missions de l’ALK. Weniko Ihage, est le directeur de cet établissement.

Vivres et vivre en terre A’jië, cuisine et culture en Nouvelle-Calédonie

Cet ouvrage, qui s’adresse plutôt au grand public. Il est le fruit d’un travail d’Yvette Boawe  et Jacqueline de la Fontinelle-Kasarhérou, une linguiste de renom, qui a également associé plusieurs membres de sa famille. L’ouvrage part du principe que la nourriture est un moyen universel de s’ouvrir sur le monde. Elle permet d’aborder aussi bien des questions historiques que sociales. Ce livre rédigé en français, en a’jië et en anglais est une porte d’entrée sur des « rituels sociaux complexes qui donnent sens à la vie, insiste Jacqueline de la Fontinelle-Kasarhérou. La nourriture est un excellent moyen pour commencer à étudier l’environnement, les contes et les récits ».

Cet ouvrage est destiné aux Calédoniens, mais surtout aux Européens qui ne connaissent pas véritablement la Brousse, ainsi qu’aux personnes intéressées extérieures à la Calédonie, avec des explications en langue anglaise. Plus sur l’ALK avec cet article de DNC

Celeneraw est restaurant créé par Alphonse Koce, en photo ci-dessus, un grand chef cuisinier du pays maintenant très connu. Il participera à la causerie chez Calédo Livres.

 

 Celeneraw : 37 rue Jean Jaurès, Place des Cocotiers, 98800

Les crevettes d'Alphonse, dans New calédonia tourisme

 

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Le numéro 64 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article

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è Téléchargez le dernier numéro de Nuelasin

Le plus de la rédaction : Bonne lecture à vous. Wws

J’attends ma fille qui arrive ce matin de Nouméa par le bus de 11h, je la récupère à Koumac et on part dans l’extrême nord vers Djou. Au nord de Tiabet. C’est de là que l’on va prendre le bateau pour nous rendre à Tanlo. Un îlot au large de Boat-Pass. Nous serons de retour sur la Grande-Terre pour le week-end. Un endroit où il y a très peu de réseau téléphonique et je n’ai aucune idée pour Internet. Voilà pourquoi une première fois j’avance la sortie de votre Nuelasin. 

Et pour cette sortie exceptionnelle de votre journal, je propose ce texte/réflexion d’un frère sur le sujet du mariage. Il est de Drueulu, une tribu du district de Gaica du pays Drehu. Il est un lecteur assidu de Nuelasin. 

J’ai aussi une pensée pour l’ASEE qui fête ses soixante-trois ans d’existence. Hnamelangatr, c’est l’école de la tribu. 90 ans, elle a et dans 10 ans, elle est centenaire comme Do-Néva ; Havila. C’est là que j’ai débuté ma formation scolaire pour la vie. Longue vie à l’ASEE. 

Bonne lecture à vous et à vendredi prochain. Wws

Se marier

Il est des couples qui vivent en concubinage depuis de très longues années avant de convoler en juste noce. Mais le problème de certains relève des aspects sociaux culturels, d'autres d'aspect religieux. Nous avons beaucoup de préjugés vis à vis de ces couples qui aspirent à rendre leur situation digne et en règle face à la communauté. Mais celle-ci ne leur rend pas la tâche facile. Aussi, vivent-ils des années avec des enfants reconnus plus ou moins par ceux-ci. Jusqu'à ce que des personnes animées par des esprits très compréhensifs les prennent en charge pour les rendre légaux aux yeux de la loi et de l'église. La plupart des cas relèvent des problèmes d'ordre financier.  Le mariage en effet sous-tend une sacrée organisation quant à la préparation logistique, matérielle et spirituelle. En deçà des attentes particulières de la famille et du garçon, et de la fille, les couples en question n'ont qu'une issue possible de faire appel à l'autorité du petit chef, et seulement sous sa gouvernance les deux partis préalablement avisés en temps et en heure des préparatifs jugés pour le moins acceptables pour tous. Gain de temps et moins de dépenses. Mais comme toujours des irréductibles prônant leur capacité à réaliser sans l'aide du petit chef, afin d'afficher aux yeux de tout le monde leur moyen matériel. Sans doute de la vanité, or cela a un prix que chacun doit assumer. Nous nous plaignons d'être accablés de ces choses que nous accumulons au fil des ans, parfois très superficielles mais que nous ne parvenons pas à nous en débarrasser. Mentalité conservatrice d'une tradition qu'il faut juste réajuster et malgré les séminaires diligentés par des personnes animées d'un désir de changement puisque trop pesant pour certaines familles modestes. Nous oublions l'essentiel du mariage car si  nous sommes rassemblés là c'est pour le couple à marier. Non, on se focalise sur le côté matériel et on laisse le côté spirituel. Aussi les mariages aujourd'hui représentent une vraie manne d’économie financière pour le commerce, les services de transport : avions, bateaux, location de voitures. Jugés utiles puisque l'on ne peut pas se passer de ces services. La population augmente d'année en année et cela représente beaucoup en matière d'économie et d'énergie. Une bonne gestion s'impose... En tous les cas rien ne se perd lorsque des mariages s'annoncent, ça fait renforcer l'économie du pays. Tout ce que je souhaite c'est que la jeunesse voit et prenne marque des difficultés de leurs aînés et change de cap pour un avenir meilleur... 

Zim Haluatr

Au jour d'aujourd'hui, une bonne trentaine voire plus, de jeunes se marient. Avec les moyens de locomotion et de transport, les échanges se font très facilement et s'étendent au delà des îles Loyauté. Cela entraîne le métissage des liens avec les autres îles voisines, Vanuatu, Wallis, la Polynésie, et la métropole et d'ailleurs. Alors qu'il y a 40 ou 50 ans les mariages étaient plutôt rares et ils représentaient les seules occasions des retrouvailles alors les préparatifs duraient sur des mois. Déjà les différentes étapes du mariage font que le temps compte. Il faut savoir qu'en ces moments là, les fiançailles se passent par l'entremise de la famille et du clan. Le garçon, s'il est plus dégourdi en matière de femmes rendrait la tâche facile à la famille. Or la plupart des cas relèvent d'un parcours de combattant. On se réunit et l'on demande au jeune s'il a une petite amie au préalable en vue, sinon la famille et le clan se chargent de tout.

Première étape, parcourir les différentes tribus à la recherche d'une fille à demander en mariage. Dans le cas d'un oui potentiel, les dons et contre dons se font dans un rituel immuable.  Chez le garçon, les vieux et le reste attendent sagement le retour des éclaireurs. Au son des klaxons, on reconnaît tout de suite un bon présage. On fixe alors un nouveau rendez-vous chez la fille pour prétendre à la dot : signe que la fille a accepté l'offre du garçon et de son clan. C’est la date du mariage qui est fixée en accord avec la fille et sa famille. Le garçon pourrait ainsi dormir sur ses deux oreilles. Mais il arrive que certaines familles essuient des refus. C’est l’échec. Ces problèmes se corsent mais grâce à la solidarité des familles et les clans alliés, on ne se plaint pas de manquer de quoi que ce soit. J'admire ces époques parce que malgré tout on se contente du peu et de ce que chacun amène en contribution.

En cas de désaccord, on se remet autour de la natte pour de nouveaux consensus. Et les tractations se renouvellent, encore et encore. Mais tout ça dans un flegme collectif. Personne ne se plaint, au contraire chacun est fier d'apporter sa petite pierre à l'édifice. Aujourd'hui nous devenons facilement taciturnes et revanchards. A la moindre difficulté, on abandonne et l'on accuse le monde d'être là cause de son malheur. Mais tout n'est pas que malheur, la modernité apporte également son lot de bien-être. Les relations se tissent assez facilement et rapidement. Les moyens de locomotion facilitent également les échanges. Merci pour votre lecture et votre réponse, si vous le souhaitez. Zim

Hnamelangatr de 1931 à 1960, des pasteurs, moniteurs puis enseignants se sont succédés à la direction de Hnamelangatr. Il s’agit de Ajapuhnya Waikata, Wamo Weniko, Iwa Sinepö, Gorode Waia, Wapotro Drumë, Wadriako Thapan, Tchako Daniel et de Wabet Hukan. De 1960 à 1995, Mole Moka, Sihnyeu Ipinë, Bako Fia et Wahmetu Johannes.  

Actuellement l’école compte sept enseignants dont Hmaloko Abel qui en est le directeur et intervenant en LCR, Luenu Gisele (SP&SG), Wejieme Francoise (SG&CP), Hmeun Jacques (CP&CE1), Sio Adèle (CE2), Hnacipan Willy (CM1&CM), et Qazing Albertine (ASK E) et en attente de formation, et 84 élèves de la maternelle jusqu’au cours moyens 2, les sept enseignants sont titulaires d’un diplôme d’enseignement au primaire. La plupart des élèves sont originaires de la tribu de Hunöj. Le reste vient des tribus circonvoisines. 

Ps/oleti Lewatr pour les infos ci-dessus

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Causerie à Calédo Livres avec Hamid Mokaddem, Pierre-Christophe Pantz, Mathieu Venon et Zay ce mercredi 11 août 2021

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Causerie à Calédo Livres avec Hamid Mokaddem, Pierre-Christophe Pantz, Mathieu Venon et Zay ce mercredi 11 août 2021
Causerie à Calédo Livres avec Hamid Mokaddem, Pierre-Christophe Pantz, Mathieu Venon et Zay ce mercredi 11 août 2021 Causerie à Calédo Livres avec Hamid Mokaddem, Pierre-Christophe Pantz, Mathieu Venon et Zay ce mercredi 11 août 2021
Causerie à Calédo Livres avec Hamid Mokaddem, Pierre-Christophe Pantz, Mathieu Venon et Zay ce mercredi 11 août 2021

La philosophie dans tous ses états : arts, littérature jeunesse et politique mêlés. C’était le menu de cette causerie, une déclinaison philosophique élargie à partir d’un conte, pour replacer la philosophie à portée des enfants, inspiré des contes kanak. On peut dire d’une manière un peu triviale qu’Hamid Mokadden a voulu ratisser large. Une mayonnaise qui a pris l’intellectuel « sait faire », comme on dit. Le philosophe, enseignant retraité a encore des choses à partager. De plus, il n’a pas pris de risque pour séduire son auditoire avec Pierre-Christophe Pantz comme animateur. La causerie promettait d’être d’un haut niveau et ce fut le cas.

Après une présentation de l’agrégé de philosophie par Christophe Pantz et un rappel des nombreux ouvrages qu’il a écrits sur des personnages kanak marquants du pays. Cela fait longtemps qu’il a compris que derrière le discours, les palabres et l’énumération des clans pendant les coutumes se cachaient de la philosophie. Hamid n’a de cesse que de promouvoir des personnages remarquables mélanésiens qu’il a parfois côtoyés. Les ouvrages connus sur la culture kanak ont été écrits par des missionnaires, des historiens, des anthropologues ou des économistes mais pas par des philosophes et pourtant la philosophie kanak est bien réelle. Il a commencé sa causerie par ce rappel puis la présentation d’un ouvrage publié en 2020 par la courte échelle Éditions transit dans la collection Kanaky Nouvelle-Calédonie.

La philosophie kanak n’est pas un discours folklorique, il en est persuadé après une profonde réflexion sur la philosophie océanienne dont il a pris encore plus conscience aux îles Fidji. La philosophie dans la culture kanak n’est pas assez mise en valeur. Le philosophe a été convainquant, l’auditoire était suspendu à ses propos.

Le conte « Oudouane et Tchitchi », écrit pour les enfants, a occupé une large plage de temps à la fin de la causerie. Ainsi, les illustrateurs ont pu raconter comment ils avaient répondu à la demande de l’auteur, en métropole pendant sa rédaction. Ce séjour dans l’hexagone à permis à Hamid Mokaddem de tester ce récit, d’au-delà des mers sur les petits métropolitains. Ils ont adoré, ce qui confirme que la philosophie, les histoires inspirés de contes kanak, ne sont pas un frein pour un succès de l’autre côté du récif. En s’adressant à des intellectuels, des lecteurs avertis ou des enfants Hamid Mokaddem cherche avant tout une positivité pour s’ouvrir à l’autre par l’étude de la culture kanak. C’est la philosophie du philosophe, pourrait-on dire. Mais résumer les propos d’un intellectuel comme Hamid est une gageure pour le rédacteur de ce billet. Tous les ouvrages d’Hamid Mokaddem sont en vente à la librairie Calédo Livres.

Causerie à Calédo Livres avec Hamid Mokaddem, Pierre-Christophe Pantz, Mathieu Venon et Zay ce mercredi 11 août 2021
Causerie à Calédo Livres avec Hamid Mokaddem, Pierre-Christophe Pantz, Mathieu Venon et Zay ce mercredi 11 août 2021 Causerie à Calédo Livres avec Hamid Mokaddem, Pierre-Christophe Pantz, Mathieu Venon et Zay ce mercredi 11 août 2021 Causerie à Calédo Livres avec Hamid Mokaddem, Pierre-Christophe Pantz, Mathieu Venon et Zay ce mercredi 11 août 2021
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