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culture kanak

Le numéro 73 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article.

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Le numéro 73 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article.

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Le plus de la rédaction :

Bozusë. 

Nous sommes aujourd’hui le 21 janvier et annuellement, l’amicale de Hunöj tient sa kermesse ce weekend. Pour raison de covid, il ne se passe rien du tout à la tribu. Je revis seulement les souvenirs où j’animais à kolopi où des groupes venaient et se succédaient sur le podium. Désormais, cette page est tournée et le livre fermé. Jusqu’à quand ? 2023 seul le sait. 

Une joie de partager avec vous chères lectrices et lecteurs, un texte d’un écrivain de chez moi à Hunöj. Il me l’a envoyé l’année passée. C’est la deuxième fois que Saipö Jim m’écrit. Il décrit pour la circonstance un repas partagé sobrement avec une famille très modeste dans notre tribu. Il s’est trouvé que la dame qu’il a décrite est ma sœur adoptive. Et, j’ai adopté sa fille. Elle a fait ses études pour obtenir un master de bio-chimie à Lille. Elle est aujourd’hui biochimiste à Vavouto. 

J’ai remplacé dans son texte initial surnaturel par Invisible qui me semblait plus approprié par rapport à ma vision des choses. Ai-je raison ? That’s the question. 

L’autre changement est le prénom de la sœur que j’ai remplacé par celui d’une nièce. 

J’avais un autre texte à proposer, je vous le présenterai à la remise. 

L’autre texte, un poème, est de Jean-Luc David. Un ami aujourd’hui disparu. Rappelez-vous l’an passé, le plongeur qui s’est fait happer par les hélices d’un bateau alors qu’il était en train de plonger (se baigner) C’était en Équateur. Il était jadis une voix dans notre choral du Chœur de Voh. C’était avec Mme Yvana et notre grand Jacques à nous. Hommage. 

En ce moment, il fait très chaud dans la vallée avec le tonnerre qui brame de l’autre côté de la vallée. Vers Atéou. La grande crue va toujours charrier les grands troncs d’arbre et sa boue sur le pont de la Tiéta. J’espère qu’il n’y aura pas de drame humain comme les crues d’il y a peine trois semaines. 

Bonne lecture et bonne fin de semaine à vous. Wws

Leçon de choses

Nous devons prendre soins des nôtres, les personnes âgées en particulier, sans oublier les veuves et les enfants qui n’ont pas de papa pour aider. Le plus important est de planter un peu de bonheur dans le cœur de chaque individu, noir blanc ou jaune. Ce bonheur qu’on allume dans chaque être, nous revient toujours en récompense dans n’importe quelle circonstance. Certains l’appellent le karma. Peu importe à qui l’on procure ce bonheur, la Vie nous le rendra. L’Invisible agit toujours pour nous accorder sa juste valeur. 

Un soir, une force a agi en moi pour me pousser à aider une femme … celle de Hnaialu. Sûrement qu’un jour elle a rendu service à autrui pour que je le lui rende à mon tour. Parfois je pense à cette femme forte qui en l’espace d’une nuit a changé ma vie et ma façon de voir le monde. 

Le soleil brûlait la terre et la poussière se levait à chaque souffle de vent au milieu du champ. Avec mon père nous sortions les derniers tubercules avant de transformer l’ancien champ d’ignames en champ de patates douces. La chaleur nous brûlait la peau et la sueur parcourait notre corps comme pour nous rafraichir. Pas un seul chant d’oiseau ne sortait de la petite forêt avoisinante même les chiens qui d’habitude s’excitaient à la moindre alerte, se cachaient sous les feuillages. Avant de quitter le champ mon père rassembla quelques tubercules dans un trengadrohnu, sac en feuille de cocotier tressé.  Il y rajouta quelques oignons verts.  « Tu porteras ce sac à la femme de Hnaialu, ce soir » me fit mon père. Personne ne devait voir à qui le sac était destiné, sans doute pour éviter les mauvaises langues. La femme de Hnaialu est l’héritière d’une lignée de Joxu, chef dans la tribu.  

Le soir venu, je portais le trengadrohnu sur mon épaule et je traversais la tribu dans le noir. J’avais peur de marcher seul ; alors j’accélérais mes pas. A Pöj, je croisais des chasseurs de roussettes. Ils parcouraient la tribu à la recherche d’un supplément pour leur bougna du lendemain. A Béolan je rencontrais les garçons un peu plus âgés, ils étaient assis en rond autour de la cabine téléphonique. Chacun espérait recevoir un appel de son amoureuse. C’était ainsi que l’idée vint à l’un de ces grands frères, celle de composer la chanson Ma Béolan. L’air m’accompagna quelques peu sur la route : « Sonejëhi téléphone, je croyais que c’était pour moi » Sans doute pour rendre hommage aux nuits blanches, passées à attendre désespérément. 

Au magasin Ponoz alimentation je m’arrêtais pour acheter deux boites de sardines et continuais après jusqu’à la maison à Gailu. Devant la masse noire conique de la case, je vis une petite lumière à ma droite. Elle éclairait l’intérieur d’une maisonnée faite de feuilles de cocotier et quelques tôles ondulées posées dessus. Toute la devanture était noire. Je traversais l’espace qui devait être un jardin et sous mes pieds, l’herbe fraiche me donnait des frissons. Tous mes sens s’éveillaient. Je compris que je foulais un terroir sacré, un lieu très respecté par nos aïeuls. Plus je m’approchais de la famille et la peur envahissait tout mon être. Alors je pressais mes pas.  De la devanture qui servait d’entrée à la masure, je me trouvai face à la femme de Gailu assise sur le hnasidrohnu sur le sol qui lui servait de paillasse. Elle était assise dans le rond avec ses enfants autour de sa marmite. Une petite bougie continuait de lancer une lumière jaune-oranger sur le pourtour de la maisonnée. A ma vue, la maman se lèva et me sourit. Avec le sac sur l’épaule, je me dressai droit. Et je ne savais pas quoi lui dire, avais-je oublié toutes les paroles que mon père m’avait données ? Mais m’avait-il parlé quand il avait fixé le panier d’ignames sur mes épaules ? Je me sentais seulement tout petit et fasciné par la réalité tribale. La mienne. La dame était d’une grande taille. Svelte et élancée. C’était ce qui faisait sa beauté en plus de la couleur brune imprégnée par la lueur de la bougie sur son visage. Elle décrocha machinalement ma charge du dos et m’invita à me joindre au diner de la famille que je refusai en prétextant des raisons qui ne me venaient pas. Je bégayais. Elle insista en me tendant déjà une assiette: « à la maison, il y a toujours une place sur la natte pour celui qui arrive à l’heure du repas. » Je m’assis sur le sol en faisant bruisser les feuilles sèches de cocotier parmi toute la marmaille qui s’écartait pour me donner de la place. Je me sentis soudainement coupable. La pensée de partager le repas me pesa sur le cœur. « Ils sont plusieurs bouches à partager cette soupe aux choux des îles à la sardine à l’huile. Beaucoup d’huile. Wahmija me sourit. Elle me rassura de son regard bienveillant et ce bon petit monde me fit oublier que j’étais un élément en plus.  Un pique-assiette. Pendant le repas, je m’efforçais de m’empêcher de baisser la tête lorsqu’elle me parlait. Mais baisser la tête est un signe de respect chez nous. Il est vrai que la femme de Hnaialu insufflait le respect et la lumière de la bougie suffisait à faire rayonner toutes les joies du monde. Vivre. A la fin du diner qui s’était achevé bon gré mal gré, Madame me dit de bonnes paroles pour remercier papa pour les ignames, geste d’amitié et d’humanité verdoyante de Ponoz. « Que l’Invisible rende la pareille. » 

A la fin, je m’excusai à la famille pour m’éclipser. Wahmija me remercia encore pour je ne sais combien de fois. 

Sur le chemin du retour, un sentiment d’un travail accompli sembla avoir gagné tout mon être. Je me dis alors que j’ai semé une graine en faisant un don aux plus nécessiteux. J’avais aidé les miens. Dans le noir, je n’avais plus peur du monde. Le Monde. J’avais foi que mes aïeuls veillaient sur moi et que je vivais pour eux. Désormais le monde m’appartenait et le froid ne se posa même plus sur ma peau. C’était comme si une grosse couverture invisible était posée sur tout mon corps. Pour la première fois de ma vie, je me sentis utile, mais surtout bien dans ma peau. Je savais désormais où puiser mon bonheur. 

A présent, je n’arrête plus de remercier mon père pour le service qu’il m’avait demandé d’accomplir. Tout le bien que l’on donne à autrui, est un bien que l’on donne à soi-même. Nous ne faisons qu’impacter notre propre vie. Notre acte nous libère. Avant tout c’est pour soi-même que l’on agit. Il est vrai qu’en portant le sac d’ignames à la dame de la chefferie de Hnaialu, je lui avais procuré de la joie mais au fond mon père voulait me donner une grande leçon de la vie. Une belle expérience du travail accompli qui n’a pas de prix.

La rencontre avec Wahmija et ses enfants fut déterminante. Elle m’a permis de me connaitre. En prenant soins de la vie de quelqu’un d’autre, je me suis senti bien. Alors j’en ai fait mon métier. Chaque soir, je rentre du travail avec la perception d’un besoin assouvi. Je n’ai pas choisi mon métier pour gagner de l’argent mais plus pour vivre-ensemble dans le rapport à l’humain qui est au centre de mon activité de tous les jours. 

Suite de billet avec la poésie de David (suive ce lien)

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Le numéro 72 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article.

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Le plus de la rédaction :

Je pense à Ginette Arhou. Elle est de Koumac. Elle est partie dans l’autre monde, (voila plus de je ne sais plus combien de temps.) C’est quand même dur de perdre une relation, c’était aussi à elle que j’envoyais mes textes pour corriger. Un soir, elle m’a invité pour conter autour d’un feu à la tribu de Gatope. J’ai accepté. C’est le texte ci-dessous que j’ai lu. 

Pendant le tournage d’un film (reportage sur une sœur poétesse, Imassango) nous sommes allés nous recueillir sur la tombe de Ginette à l’entrée du village de Koumac. A quelques mètres du bord de la route, Ginette se reposait dans le cimetière plutôt familial. La poétesse parlait mais je ne l’entendais pas. Je me tenais assez distant de ce lieu de rendez-vous. Je saisissais seulement quelques paroles, des bribes, entre les bruits de moteur des voitures qui roulaient à vive allure. Les usagers ne voyaient pas la résipiscence de l’évènement. Moi, je me suis éloigné encore plus en remontant dans ma voiture. Les paroles s’envolaient alors dans le vent, d’autres mourraient là sur l’herbe folle qui poussait dessus la tombe. Ginette à travers cette verdure nous suivait sûrement. 

Nuelasin 72 est un mélange de ce qui a été amorcé l’année dernière et celle de 2022. Je souhaite à vous une bonne lecture et à vendredi prochain. Wws 

 Cette nuit, Piliwe sortit de sa réserve et agressa Mazalujë. Sa force enroula d’une main sa tignasse et dans l’autre un gourdin qu’il avait arraché du jardin. Il était à deux doigts de la tuer. Excédé de jalousie. Mazalujë ne broncha même pas. Elle était sur ses genoux, elle pleurait parce que son mari l’avait traînée hors de la maison. Chez eux. Sa femme, plein de larmes dans le regard allait se laisser mourir. Elle lui dit alors en levant les yeux: « Fais-le ! » Elle laissa couler quelques temps pour bien marquer sa sincérité. Elle ne se débattit même pas. Elle était accroupie sur le sol. Mais il n’y eut rien. Alors, elle rompit le silence. Elle sortit les paroles des promesses qu’elle avait faites à Piliwe. « On s’était marié Piliwe mais tu connaissais la vie que je menais. Pour rien au monde, je ne l’abandonnerai. J’ai même juré sur la tête de l’oncle de nos enfants, Inegit. Et tu le sais, c’était à toi que j’ai dit même que tu étais avec Gérald ta putain de caporal de compagnie et tu étais d’accord sinon on ne se mariait pas. Maintenant, tu vois Wazika, Cilako et Dralue, ils sont bien de toi. Tu étais allé même à m’obliger de faire ce fichu test d’ADN. Ma parole ne te suffisait pas pour dire que nos enfants sont bien de toi. Ne me prends pas pour la tige de roseau creuse à laquelle ta mère aime assimiler les femmes infécondes. Tes frères n’ont pas de gosses, tes sœurs non plus. Des puits à sec. Et, maintenant que me veux-tu ? Ma mort ? Tue-moi, ma vie je te l’ai déjà donnée. Ma mort aussi. Je suis devenue morte à l’instant où tes sœurs sont venues me détacher et m’arracher à mon clan[1], à l’heure même où les cloches ont sonné[2] pour moi, chez toi. Dans ton église. » Le gourdin tomba de la main du justicier. Juste à côté de Mazalujë. Tous deux le fixaient. Un cœur de gaïac noir. Lourd. Piliwe était aussi lourd que noir de jalousie. Comme son gaïac. Amorphe, anéanti, il n’était plus un homme. 

Extrait de la nouvelle : Sous la fumée de Vavouto du recueil De séduction en séduction de Léopold Hnacipan

[1] Ils sont venus m’arracher à mon clan : évoque la coutume des Calédonie selon laquelle les sœurs de l’époux allaient détacher l’épouse et l’amener avec elles dans leur clan. 

[2] Les cloches ont sonné : pour célébrer le mariage. La religion a une très grande place dans le quotidien de la tribu.

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Le numéro 71 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article. Léopold est de retour

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La rédaction: Heureuse année 2022. Je voudrai m’excuser à vous chères lectrices et lecteurs pour ce long silence. C’aurait pu être un silence définitif vu que j’ai contracté le virus de la covid qui a nécessité mon isolement. Depuis, je me remets mais avec des séquelles comme l’essoufflement qui ne me quitte pas. … Voir la suite dans le PDF à Télécharger suivre le lien

Responsable de la publication: Léopold Hnacipan

Si je ne reprends pas Nuelasin, c’est comme si je suis parti dans le mauvais vent. Non, faut que j’écrive pour prouver à moi-même que j’existe. J’exulte! 

J’aurai pu le faire depuis, mais je ne le pouvais pas. Je rêve beaucoup mais on dirait que cette faculté-là (si c’en était une) m’a quitté. Elle revient petit à petit. L’usage des doigts me revient aussi. Je n’avais pas repris le travail depuis septembre. C’est que je m’essoufflais pour monter les escaliers à côté de la guérite pour aller au collège. 

À l’heure où je vais publier Nuelasin pour repartir, j’ai une grande pensée à celles et ceux qui nous ont quitté. Certains sont des lecteurs fidèles. Oleti. En ce moment, c’est le deuil de la maman des fils Ukeiwe. Cela me va droit dans le cœur surtout qu’ils sont de ma famille mais sutout aussi qu’ils me sont très proches par leur travail qui touche à la littérature. Nous avons les mêmes sensibilités. Qu’ils reçoivent mes condoléances en ces jours difficiles. 

Je reprends aussi en plus du journal, l’écrit (une interview) auprès de mama Waitha. C’est chez elle qu’a vécu Drikona Jean Ukeiwe, lorsqu’il enseignait à Hunöj. C’est de lui, Ataï (combien de temps encore ?), Troni a treijepin lo itre drai hnapane (repris par Reglyss le groupe de l’Hérault) et bien sûr Rozanë. Allez, je vous laisse en espérant vous retrouver vendredi prochain. Wws

Le puits de Hunöj. (suite et fin)

         Je suis chez Mama Waitha[1], ma grande-sœur[2] mais qui est aussi une des grands-mères de la tribu. Elle habite devant le temple. J’allais tout le temps la rencontrer lorsque j’arrivais à la tribu. Elle est une des personnes ressources de l'ancienne génération dont nous avions toujours besoin. Aujourd'hui, Mama Waitha a 79 ans. Elle était née en 1936. Je suis venu cette après-midi pour lui poser quelques questions au sujet de l'eau de la tribu. Je voulais savoir comment les gens de son époque se comportaient et comment l’eau était gérée quand Mama Waitha était arrivée à la tribu en épousant un homme de Hunöj.

Wawes : Et, à cette époque-là comment faisiez-vous pour vous baigner ? 

Mama Waitha : Chacun se baignait avec l’eau d’une seule bouteille et c'était suffisant. Moi, j'avais ma bouteille et pareillement pour les autres. Il n'était pas question de se baigner avec plusieurs bouteilles et de dépenser l'eau comme on le fait au temps d'aujourd'hui.

Wawes : Et vous arriviez à vous savonner tout le corps avec votre manière de vous baigner ?

Mama Waitha : À notre époque, on économisait l'eau et le savon. Et nous étions très propres. Quand je vois la génération de maintenant, je remarque que même après vous être lavés, vous paraissez toujours sales. J'ai l'impression que vous ne savez pas vous baigner. Vous vous lavez, vous vous savonnez et après vous vous essuyez. Et, quand on regarde la couleur de la serviette, elle est sale. Et elle est toute noire parce que vous n'avez pas frotté votre corps d'un linge ou de je ne sais quoi.

Wawes : Est-ce que les gens de votre époque avaient beaucoup de poux dans les cheveux ? 

Mama Waitha : Effectivement, les filles comme les garçons. Ils avaient des poux dans les cheveux mais je ne pense pas que ce soit comme les filles et les garçons de votre époque. Quand on sentait qu’on avait des poux, on pressait du citron dans la chevelure. C'était suffisant. Sinon, on s’épouillait des après-midis entières. Il n'y avait rien d'autre à faire. Les peignes à poux viennent tout juste d'arriver. Comme les autres produits d'ailleurs que nous trouvons dans le commerce.

Wawes : Et les gens des deux bouts de la tribu, Hnyamala et Drepo, venaient-ils aussi pour puiser de l'eau dans le puits à côté du temple[3] ?

Mama Waitha : Le puits en effet était la propriété de toute la tribu. Et tout le monde venait pour puiser son eau. Comme je le disais, chacun venait avec son seau. Une fois qu'ils ont fini de tirer ce qui leur fallait, chacun repartait avec sa bouteille et son seau. Tu sais, si nos vieux n’avaient pas creusé ce puits, je ne pense pas qu’il y aurait eu une tribu par ici ou alors… la vie serait très dure[4].

Wawes : Et pour nettoyer le puits, comment faisiez-vous ?

Mama Waitha : Avant, c'était le vieux Ixöeë[5] qui descendait pour nettoyer le fond. On le descendait parce qu'il était aveugle ou malvoyant. On disait de lui qu’il n'avait pas le vertige et surtout qu’il n'avait pas peur. C'était comme ça. On attachait alors un siège au bout de la corde comme on le faisait pour un seau et on laissait descendre le vieux Ixöeë jusque dans le fond du puits. Il ramassait alors les feuilles mortes, les brindilles de bois mort et de l'herbe sèche qui était tombée dedans à cause du vent et qui pourrissait dans le fond. Il y avait aussi un autre vieux que Ixöeë, c’était Kamenu-qatr.

Wawes : Et comment ce puits avait-il été creusé ?

Mama Waitha : Je ne sais pas. Mais pour le nettoyage, les vieux avaient une technique. Ils descendaient dans le puits le vieux Ixöeë ou le vieux Kamenu, au bout d'un siège à l'aide d'une poulie. Les deux vieux ne descendaient pas directement dans le vide ; de chaque côté du trou il y avait comme des marchepieds que les hommes tâtaient au fur et à mesure qu'ils descendaient.

Wawes : Est-ce que les vieux avaient déjà sorti des poissons, des anguilles ou des bêtes de ce genre de l'eau du puits ? 

Mama Waitha : Du tout.

Wawes : Y avait-il eu des accidents survenus à l'époque liée à l'entretien de ce puits ?

Mama Waitha : Même pas.

Wawes : A qui revenait la tâche de puiser l'eau ?

Mama Waitha : Cette tâche incombait aussi bien aux hommes qu'aux femmes de la tribu. Pour nous ici à la maison, tout le monde pouvait aller puiser de l'eau ; les enfants mon mari et moi-même. Parfois on se retrouvait tous là-bas mais la plupart du temps, c’était juste moi.

Wawes : A quelle heure de la journée vous vous retrouvez au puits pour assurer cette corvée ?

Mama Waitha : À la maison, on allait puiser de l'eau plutôt vers la matinée. Mais la tendance était générale. Toute la tribu se retrouvait au point d'eau. Je pense que c'était parce que le petit chef de la tribu avait décrété qu'on laissait les gens se servir au puits dans la matinée pour leur besoin de la journée après c'était fermé jusqu'au lendemain. C'était encore l’époque de Hmeleu qatr[6]. C’était lui qui avait décidé cela. 

Wawes : N'y avait-il pas de quotas de bouteilles d'eau pour chaque maison ?

Mama Waitha : Non, on pouvait remplir autant de bouteilles que l'on voulait. Pour nous à la maison, on remplissait nos bouteilles qu'on laissait là-bas à côté du puits et après on faisait des allers et retours pour les ramener chez nous. Les gens qui avaient de la force pour tirer le seau du puits avaient beaucoup d'eau aussi. Tu sais, l'eau du puits provient sûrement d'une grande nappe phréatique. Une source intarissable.

Wawes : Et comment tu trouves cette eau comparée à l'eau de nos jours ?

Mama Waitha : L’eau d'avant à mon avis était beaucoup plus propre. Elle était plus claire et au niveau du goût, on ne sentait pas le plastique ni la tuyauterie moderne. Maintenant on sent aussi que dans l’eau il y a des produits qui y sont ajoutés.

Wawes : Avez-vous été malade d'avoir bu cette eau du puits ou vous est-il arrivé de vous trouver face à des personnes qui avaient souffert d'avoir bu cette eau ?

Mama Waitha : Non à vrai dire. D'abord tout le monde était obligé de boire cette eau mais il ne m'était jamais arrivé de penser que quelqu'un puisse tomber malade d'une diarrhée par exemple ou d'une autre maladie quelconque.

Wawes : Est-ce que quelqu'un était venu à l'époque pour analyser cette eau ? Un scientifique par exemple.

Mama Waitha : L'analyse de l'eau n'était jamais arrivée ni dans mon esprit ni dans celui des autres. On ne pensait pas qu'on pouvait tomber malade de cette eau que nous avons bue du puits à côté du temple et cela depuis des générations.

Wawes : Est-ce qu'il y a déjà eu des histoires je veux dire des mésententes ou des querelles à cause de l’eau ?

Mama Waitha : Pas à ma connaissance. Au contraire, ce puits nous rapprochait. Il rapprochait nos familles, nos clans, il n'y avait à aucun moment des problèmes à cause de l'eau. Je trouvais qu'il y avait plutôt une bonne gestion de la denrée mais surtout qu'il y avait de l'amour de l'eau. Tu sais des fois, on n'avait pas besoin de nous déplacer vers le puits de la tribu ; quand on n'avait pas d'eau on demandait à la famille d'à côté, à l'oncle, à la cousine, etc.… avant de nous rendre au puits. 

         Pour se laver, chacun prenait sa douche chez lui. Il n'y avait pas de douche publique[7]. Cette idée-là était venue bien après mais dans les autres tribus. Chez nous, nous n'avions pas de douche pour la collectivité ; les sanitaires qu'ils appelaient. Pour nous laver, nous n’avions besoin que d'une seule bouteille. Et nous arrivions vraiment à nous débrouiller avec.

Wawes : Est-ce que vous aviez du savon à l'époque ?

Mama Waitha : Tu sais, à l'époque nous allions couper des branches de Feja, nous enlevions la peau après nous grattions l'enveloppe jusqu'au cœur. Nous mélangions de l'eau à tout cela et la mousse montait. Il moussait beaucoup. Avec cela on se baignait et on lavait aussi notre linge. On était aussi éclatant que le linge que nous portions.

Wawes : Est-ce qu'il y a eu des histoires d'amour à cause de ce puits ?

Mama Waitha : Je ne sais pas.

Wawes : Je pose la question autrement ; y a-t-il eu des histoires adultérines au bord du puits ?

Mama Waitha : Oui, c'était le cas de Joséphine[8] et du Vieux André. À cause d'accompagner pour puiser de l'eau la femme de quelqu'un d'autre au puits, le vieux André a fini par en être amoureux. Pareillement pour la vieille Joséphine qui n'allait pas au puits avec son mari mais elle allait aussi au champ avec le mari de quelqu'un d'autre.

Wawes : Vous est-il arrivé de puiser de l’eau pour faire boire vos animaux comme des chevaux par exemple ?

Mama Waitha : Ici à la maison, mon beau-père avait cinq chevaux, des mâles et des femelles. À côté, il y avait le vieux Leitre qatr, il possédait un troupeau. Ces vieux-là amenaient leurs chevaux au puits du temple pour les faire s’abreuver.

Wawes : Et, vous ne vous fâchiez pas que les autres fassent boire leur troupeau dans le même puits que vous ?

Mama Waitha : Non. Ils faisaient boire leurs bêtes en puisant l’eau du puits comme nous le faisions pour notre usage domestique. On ne peut pas reprocher aux uns et aux autres de faire boire leur bête à cet endroit. Nous faisions aussi appel à eux lorsque nous avions des charges lourdes à rapporter de nos champs. Dans les coutumes ; ils amenaient leurs cochons pour la viande. Il n'y avait pas beaucoup de maisons qui avaient des bêtes pour les coutumes. Chez nous, mon beau-père donnait un seau par bête et c'était suffisant. Et, il les faisait boire tous les trois jours non pas qu'il pensait à la réserve d'eau qui s'épuisait mais plus parce que c'était difficile de tout le temps aller pour faire boire les bêtes.

Wawes : J'arrivais chez toi et tu n'avais pas d'eau pour m'offrir un café, comment tu aurais fait ?

Mama Waitha : Pour le café nous n'avions pas d'eau. On allait seulement payer sa tasse chez le vieux Leitre qatr. Il avait une réserve d'eau suffisante parce qu'à la tribu il était le seul à préparer le café à cinq francs la tasse[9].

Wawes : Après le puits à côté du temple, apparaissaient de plus en plus des citernes d'eau dans chaque foyer. Qui c'est qui a commencé à creuser une citerne d'eau à la tribu ?

Mama Waitha : Je ne sais pas. Quand je me suis mariée ici j'ai vu qu'il y avait déjà la citerne de la tribu à côté du temple pas loin du puits mais on ne s'en servait pas. Pourquoi ? Je ne sais pas.

Wawes : Une date ?

Mama Waitha : A l'époque du vieux pasteur Mawe[10].

Entretien assuré par Hnacipan Léopold auprès de Mme Vve LUANANA Waitha qatr, le 17 juin 2015

 
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Regards Multiples le dernier ouvrage de Daniel Miroux sur les Atsaaï vivant à Nouméa

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Regards Multiples le dernier ouvrage de Daniel Miroux sur les Atsaaï vivant à Nouméa

Après 5 ouvrages sur la langue d’Ouvéa, un prix au festival international de Ouessant en 2019, Daniel a encore des choses à raconter sur cette communauté qu’il connait bien et à écrire sur le quotidien des Atsaaï urbanisés.

Daniel Miroux est aussi un infatigable défenseur de la francophonie.

 

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Autochtonies avec une contribution de Pierre-Christophe Pantz géographe spécialiste en géopolitique en Nouvelle-Calédonie

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Pierre-Christophe Pantz modérateur à la causerie d'Hamid Mokadden pour son ouvrage conte et phylosohie kanak
Pierre-Christophe Pantz modérateur à la causerie d'Hamid Mokadden pour son ouvrage conte et phylosohie kanak

Pierre-Christophe Pantz modérateur à la causerie d'Hamid Mokadden pour son ouvrage conte et phylosohie kanak

Regards croisés sur les territorialités et les territoires des peuples autochtones

Glon Éric (Directeur), Sepúlveda Bastien (Directeur)

Ce livre révèle tant la multiplicité que la recomposition des rapports à l'espace des peuples autochtones, ce que recouvre et ce que permet de saisir la notion - résolument géographique - d'autochtonie. Les contributions ici réunies présentent les résultats de recherches menées à ce sujet dans différentes régions habitées par des peuples autochtones, dans les Amériques, en Océanie, en Afrique et en milieu circumpolaire.

Avec une préface de Jean-Marc Besse.

Avec le soutien de l'ANR et de l'université de Lille.

L’enjeu de cet ouvrage est d’appréhender les manifestations multiples et complexes des recompositions que connaissent les territoires des peuples autochtones aujourd’hui. Ces écritures géographiques émanent, d’une part, de communautés situées dans ce qu’il reste de territoires traditionnels en grande partie usurpés au cours de l’histoire. Elles proviennent, d’autre part, de l’inscription d’un nombre croissant d’autochtones dans de nouveaux espaces, hors des cadres territoriaux d’origine. Aussi l’ouvrage s’intéresset-il à la manière dont certains héritages culturels s’expriment dans ces nouveaux espaces, tout en s’articulant aux dynamiques ayant cours au sein des territoires traditionnels. Les contributions ici réunies présentent les résultats de recherches menées à ce sujet dans différentes régions habitées par des peuples autochtones, dans les Amériques, en Océanie, en Afrique et en milieu circumpolaire. La lecture de ces contributions révèle tant la multiplicité que la recomposition des rapports à l’espace des peuples autochtones ; ce que recouvre et permet de saisir la notion – résolument géographique – d’autochtonie.

Membres du laboratoire Territoires, Villes, Environnement & Société (TVES) à l’université de Lille, Éric Glon et Bastien Sepúlveda sont géographes et se sont intéressés, au cours de leurs recherches au Canada et au Chili, à différentes facettes du rapport que les peuples autochtones entretiennent avec le territoire. Ils ont organisé, en 2017, dans le cadre du projet INDIGEO financé par l’ANR, les journées INDITER – « Territoires et territorialités autochtones » dont les communications sont à la base du présent ouvrage.

www.pur-editions.fr ISBN 978-2-7535-8294-1 vendu 24 €

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Multilinguisme : clap de fin pour les Etats Généraux avec l'intervention du directeur de l'académie des langues kanak du Caillou

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On aperçoit Leonard Sam, et le directeur de l'ALK, Weniko Ihage qui fait un discours

Présentation de l’Académie des Langues Kanak (ALK)

L’Académie des Langues Kanak (ALK) est un établissement public du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie issu de l’Accord de Nouméa (1998) et créé par la délibération n° 265 datant du 17 janvier 2007. Elle a pour but la sauvegarde, la valorisation, la revitalisation et principalement, la transcription du patrimoine linguistique kanak, ainsi que des expressions de tradition orale qui y sont associées, à travers notamment, la normalisation et la standardisation des 40 langues et dialectes kanak.
L’objectif visé est de déterminer, pour chacune des langues d’une aire coutumière et linguistique, un système d’écriture, soit un code alphabétique normalisé, instaurant des correspondances graphiques entre les phonèmes (les sons) et les graphèmes (les signes), puis entre les unités ou groupes lexicaux, syntaxiques, etc.(du site ALK)

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Participation de la Nouvelle-Calédonie aux Etats Généraux du Multilinguisme à l’île de la Réunion (Océan Indien) du 25 au 28 octobre.

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Participation de la Nouvelle-Calédonie aux Etats Généraux du Multilinguisme à l’île de la Réunion (Océan Indien) du 25 au 28 octobre.
Participation de la Nouvelle-Calédonie aux Etats Généraux du Multilinguisme à l’île de la Réunion (Océan Indien) du 25 au 28 octobre.

Dix ans après les premiers États généraux du multilinguisme dans les Outre-mer (EGM-OM) organisés à Cayenne, les deuxièmes États généraux du multilinguisme dans les Outre-mer sont organisés à La Réunion du 25 au 28 octobre 2021 autour de trois grands axes : 1. L’enseignement des langues locales et du français comme priorité d’une politique linguistique.

L’académie des langues kanak de Nouvelle-Calédonie ne pouvait pas rater l’événement Magulue Paul Fizin en photo ci-dessous est sur place.

Photo aimablement fournie par Paul Fizin ici en compagnie de notre ministre de la culture

Cet évênement est organisé par le ministère de la Culture en collaboration avec le ministère des Outre-mers et de l’Education nationale, les EGM-OM réuniront les collectivités territoriales de La Réunion, Mayotte, Guyane, Martinique, Guadeloupe, Saint-Martin/Saint-Barthélemy, Wallis et Futuna, Polynésie française et Nouvelle-Calédonie.

Chaque délégation est composée de représentants des organismes locaux compétents pour les questions linguistiques, universités, établissements scolaires, secteur associatif, élus, etc… Il est attendu près de 200 participants au total. La Nouvelle-Calédonie en devait constituer la plus grande délégation invitée mais crise oblige,  la délégation est réduite mais la Calédonie est présente. En effet, sur les 75 langues de France, plus d’une cinquantaine sont parlées dans les territoires ultramarins dont 28 rien qu’en Nouvelle-Calédonie.

Un document de bilan du séminaire préparatoire a été réalisé par l’ALK et le comité de pilotage, présentant des propositions de préconisations, classées en 16 axes majeurs qui pourraient constituer les bases de la mise en œuvre d’une politique linguistique inclusive en Nouvelle-Calédonie, pour la décennie 2021-2031. Plus voir site ALK.

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Deux nouvelles publications ALK, Louis-José Barbançon, et Nicolas Kurtovitch - Frédéric Ohlen, traduites en langues kanak.

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Deux nouvelles publications ALK,  Louis-José Barbançon, et  Nicolas Kurtovitch - Frédéric Ohlen, traduites en langues kanak.

Deux nouvelles publications de l’ALK :

Louis-José Barbançon, et Nicolas Kurtovitch et Frédéric Ohlen, traduits, à leur demande, en langues kanak.

  • “Poésie, siji dröne pahatr” de Nicolas KURTOVITCH et Frédéric OHLEN. Texte en drehu
  • “La itre iape së ka hetre iwaan, Nos ailes ont des raçines” de Louis-José BARBANCON. Texte en Drehu, Nengone Iaai.

Source : Académie des Langues Kanak (ALK) 29, rue Georges Clémenceau – Centre-ville – Immeuble « Le Botticelli » – 6ème étage BP 274 – 98845 NOUMEA CEDEX – NOUVELLE-CALEDONIE Tél : (687) 28.60.15 – Fax : (687) 28.60.35 Courriel : alk@alk.nc – Site web : www.alk.n

Poésie, siji dröne pahatr de Nicolas KURTOVITCH et Frédéric OHLEN.

Présentation de l’ouvrage :

Sur les sentiers de l’île de Lifou les feuilles de fougères « pahatr » et autres plantes témoignent encore de nos jours d’une pratique Drehu : le « siji dröne pahatr ». Celle-ci consiste pour celui qui chemine à graver un signe, un mot, un code, un surnom sur le support végétal à destination d’une autre personne.

Ce recueil poétique de Nicolas KURTOVITCH et de Frédéric OLHEN est avant tout une invitation à décrypter le signe et à le transcender pour y extraire l’universalité de l’émotion. C’est une marche pas à pas à travers le Pays : « Chemins de sang et de haine », « Poèmes de la Côte Est » (Kurtovitch)… Mais aussi un regard sur la région miroir, de nos aspirations comme dans « Poème à Katherine Mansfield » (Kurtovitch)…

Ainsi les chemins deviennent initiatiques, et contemplatifs car « Tout est présence » (Olhen). Les destinées se signalent pour des rencontres singulières faites de « Bribes » (Olhen) et d’animaux fantastiques tel « Un Éléphant de cristal » (Olhen). Ici marcher signifie s'accompagner, se rencontrer, se saluer, avancer, reculer, s'arrêter, regarder derrière comme devant et tisser sur les nervures des « pahatr » vivantes un lien avec l’autre.

Frédéric OHLEN

Frédérix Olhen à ST Malo

Frédéric Ohlen, poète et romancier français, naît à Nouméa (Nouvelle-Calédonie) le 15 décembre 1959. Sa famille y est installée depuis six générations. Sur son arbre généalogique, des émigrants allemands, des déportés de la Commune. Il grandit dans la dernière ferme de sa ville natale, en des lieux où la brousse et l'espace urbanisé s'entremêlent et nourrissent son imaginaire. Très engagé dans la vie culturelle calédonienne, il est en 1989 à l'origine du concours de science-fiction TranspaSci-Fique, mais également du Prix Orphée de poésie.

Son engagement au service de la création prend aussi la forme d’une maison d’édition, L’herbier de feu. Il est officier des Arts et des Lettres et reçoit, en 2021, le prix Arembo de la Poésie, attribué conjointement par l’association Ecrire en Océanie et la Mairie de Boulouparis. Consacré par les éditions Gallimard avec son roman Quintet, il demeure une référence classique et innovatrice dans le paysage littéraire local et national.

Nicolas KURTOVITCH

Prix Arembo en 2020, photo EEO

Poète, romancier et dramaturge, Nicolas Kurtovitch naît à Nouméa le 20 décembre 1955. Sa famille maternelle est installée en Nouvelle-Calédonie depuis 1843, ce qui l’enracine affectivement et culturellement sur le territoire, en dépit de ses racines yougoslaves et de ses nombreux voyages.

Engagé politiquement et socialement dans l’histoire littéraire calédonienne il a très tôt initié une dialectique entre des voix qui, affirmant leur diversité, manifestent dans le même temps la possibilité d’une parole partagée. Influencé par le taoïsme, conscient de l’impermanence de événements, il se montre soucieux de la mesure et du détachement, cultivant le présent, se montrant explorateur des soubresauts et des tréfonds de l’âme humaine, rêveur et observateur de scènes de rue, objecteur de conscience et pourfendeur des laideurs du monde.

Recueils de poésie, romans pièces de théâtre s’enchaînent et de nombreux prix consacrent l’écrivain, régulièrement invité des salons littéraires et des résidences d’écriture. En 2021 il reçoit le prix Arembo de la Poésie, attribué conjointement par l’association Ecrire en Océanie et la Mairie de Boulouparis.

La itre iape së ka hetre iwaan, Nos ailes ont des raçines de Louis-José BARBANCON

Présentation de l’ouvrage :

De qui sommes-nous les héritiers ? C’est par cette question que Wieni Robert Xowie, maire de Lifou, a interpellé Louis-José Barbançon historien calédonien. Il nous invite à un voyage initiatique à contempler le sillage d’hier à travers le parcours de femmes et d’hommes de Lifou et Tixa qui ont marqué l’ensemble de la société calédonienne. Depuis Elia Trijikone, premier maire de Lifou à Case Kanyan footballeur en passant par Fote Trolue premier juge kanak, sans oublier Ieneic Jacques Iekawe haut fonctionnaire d’État, l’historien nous propose au gré de son cheminement de vie une approche intimiste des acteurs d’hier et des héritiers d’aujourd’hui.

Tous avaient la singularité de puiser dans leurs racines la force de s’envoler au-delà des assignations que leur imposaient leurs époques et de s’envoler vers de nouveaux rivages, comme une ode à la liberté.

Weniko Ihage, Directeur de l’ALK donne un visage à ces acteurs par une galerie de portraits qui clôture le propos de l’historien. Il fige ainsi dans le temps autant de visages, « qëmek », en drehu pour les générations futures.

Louis-José Barbançon

Historien, est originaire de Nouméa, Nouvelle-Calédonie. Professeur certifié hors classe à la retraite, descendant direct de condamnés aux travaux forcés, il travaille depuis plus de 30 ans sur la transportation et la déportation en Nouvelle-Calédonie.

Silo 2020, Louis-José Barbançon reçois le prix Popaï pour son ouvre le Bagne Calédonien (Le travail d'une vie)

Silo 2020, Louis-José Barbançon reçois le prix Popaï pour son ouvre le Bagne Calédonien (Le travail d'une vie)

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Le numéro 70 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article

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Le plus de la rédaction : Bonne lecture à vous. Wws

Bonjour, avec un peu de retard (16h03). Je vous propose une partie d’un entretien avec une grande sœur, grand-mère de la tribu. C’est au sujet de l’eau, un problème récurrent aux îles Loyauté et notamment à Hunöj. Bonne lecture à vous. Wws

         Le puits de Hunöj.

         Je suis chez Mama Waitha, ma grande-sœur qui est aussi une des grands-mères de la tribu. Elle habite devant le temple. J’allais tout le temps la rencontrer lorsque j’arrivais à la tribu. Elle est une des personnes ressources de l'ancienne génération dont nous avions toujours besoin. Aujourd'hui, Mama Waitha a 79 ans. Elle était née en 1936. Je suis venu cette après-midi pour lui poser quelques questions au sujet de l'eau de la tribu. Je voulais savoir comment les gens de son époque se comportaient et comment l’eau était gérée quand Mama Waitha était arrivée à la tribu en épousant un homme de Hunöj, Naxue Luanana.

         Wawes : Mama Waitha, je voulais te poser des questions au sujet du Grand puits à côté du temple. Je voulais connaître ta pensée mais surtout comment les gens de la tribu utilisaient l’eau de ce puits.

Mama Waitha : Personnellement, je ne connaissais pas trop bien l'histoire de ce puits. Quand j’étais arrivée ici pour la première fois pendant mon mariage il y avait déjà le puits.

Wawes : Et vous, vous n’aviez pas de puits ici chez vous à la maison ?

Mama Waitha : Non, nous n'avions pas de puits ni de citerne ni de réservoir d’eau.

Wawes : Et du coup, vous vous rendiez au puits de la tribu pour vos besoins domestiques.

Mama Waitha : Eh bien, c'était là-bas que nous allions puiser de l’eau pour notre foyer. Nous puisions de l'eau en tirant sur une corde.

Wawes : Et avec quoi vous puisiez votre eau ?

Mama Waitha : Nous amenions avec nous le seau de la maison. Arrivé au bord du puits, nous attachions l’anse à la corde que nous descendions dans le puits. La corde était la propriété de la communauté. Elle restait là-bas à côté du puits. On descendait le seau dans le puits à l'aide d’une poulie et on le remontait une fois qu'il était rempli. Il était toujours plus facile de puiser de l'eau en groupe. Individuellement, le travail était plutôt pesant. Le poids de l'eau et du seau était très lourd. Le seau était une marque américaine arrivée chez nous après la deuxième guerre mondiale. C'étaient les Américains qui nous avaient fait parvenir cet ustensile. Je disais que le travail était moins pénible si nous nous retrouvions en groupe mais lorsqu'on était tout seul, le travail était très corvéable. C'était le cas pour nous autres ici à la maison parce qu’on était seulement deux à aller puiser de l'eau. C'était une très lourde tâche. On retirait alors l'eau du puits et nous remplissions nos bouteilles que nous disposions à côté de l'ouverture. Beaucoup de bouteilles en verre. À l'époque, on ne laissait pas traîner les bouteilles vides. On les récupérait pour les stocker à la maison. On trouvait toujours leur utilité. Celle de contenir l'eau pour notre usage domestique. 

On pouvait voir le fond du puits à cause de l'eau aux reflets d'argent. Elle bougeait comme si elle coulait doucement. On pouvait même regarder le seau descendre jusqu'à toucher le fond. Avec le recul de l'âge surtout, je me rends compte que le puits était quand même très profond. Avant, je ne m'en rendais pas compte. C'était peut-être à cause de mon âge et de ma force. Quand on se retrouvait à plusieurs, on se mettait à deux ou à trois pour tirer sur la corde qui allait de l'ouverture du puits jusqu'à l'autre côté de la route vers chez le vieux Ixöeë à une trentaine de mètres si ce n'était pas plus.

         Quand quelqu'un passait et rencontrait une personne en train de puiser de l'eau, il courait tout de suite à son secours. Il se rendait alors au puits pour donner un coup de main parce que tout le monde savait que puiser de l'eau était une tâche quotidienne et pénible. Un travail d'homme tout le temps assumé par les épouses. Une fois que nous avions retiré le seau du puits, chacun disposait son récipient à l'entrée et une personne se chargeait de remplir une à une ses bouteilles vides. On pouvait faire facilement notre travail quotidien sans être dérangé un moment par une voiture. Aucune voiture ne passait pas non plus sur la route. Nous avions largement notre temps mais aussi notre espace pour accomplir la tâche.

Wawes : Et le seau à qui il appartenait ?

Mama Waitha : Le seau était une propriété individuelle. Chaque femme amenait son seau de la maison.

Wawes : Et votre seau, était-il en quelle matière. ?

Mama Waitha : Notre seau était très lourd parce qu'il était en métal. Il était aussi très grand. Il n'y en avait pas d'autres que celui-là que nous étions obligés de l'utiliser, en plus, il y avait très peu de récipients par ici. Quand on se retrouvait à plusieurs autour du puits, le travail était allégé parce qu'on se mettait à deux ou trois pour tirer sur la corde. Mais le travail était tout autant harassant parce qu'il fallait puiser de l'eau pour une femme puis pour une deuxième puis pour le reste. On avait honte de remplir notre seau et de ne pas remplir le seau d'une autre femme. C'était comme ça chez nous.

Wawes : Et les bouteilles, de quelles matières étaient-elles ? Etait-ce déjà la période des dames-jeannes ?

Mama Waitha : À cette époque-là, nous ne connaissions pas encore l'existence des dames-jeannes. Une fois revenue à la maison avec les bouteilles d'eau, nous les rangions soigneusement dans un coin. Nous n'utilisions pas l'eau n'importe comment vu qu'elle était une denrée plutôt rare.

Wawes : Et cette eau que vous retiriez du puits, est-ce que vous la buviez ou vous en faisiez un autre usage ?

Mama Waitha : L'eau nous servait pour notre consommation domestique. Nous buvions cette eau et nous nous en servions aussi pour la cuisine. Mais jamais nous la buvions directement du seau. Mais des fois, il nous arrivait de la boire directement en la sortant du trou ; pendant des travaux communs de la communauté ; un mariage, un deuil etc.… Alors on pouvait se concocter une citronnade avec.

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Désobéissance pacifique de Naouiâme Yewéno et Bruno Lahaye

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Désobéissance pacifique de Naouiâme Yewéno et Bruno Lahaye

Source des informations Présence Kanak - Présentation de la société Kanak traditionnelle et moderne (Nouvelle-Calédonie)

Ce livre a été publié par les éditions Naouîame.

« Désobéissance pacifique » est un ouvrage écrit à quatre mains. Il aborde les difficultés d’accès à l’ensemble des services audiovisuels pour les habitants de Nouvelle-Calédonie non pas comme un pamphlet en faveur de la liberté numérique mais à travers des échanges riches, respectueux et constructifs.

Résumé

Le livre est un dialogue entre Naouiâme Yewéno et Bruno Lahaye. La première interroge le second puis vice-versa pour se retrouver dans une discussion faite de partage d’idées, de visions, de solutions pour aider la Nouvelle-Calédonie à sortir de ce qu’ils nomment « l’apartheid numérique ». A travers leurs dialogues, leurs échanges, ils présentent leurs histoires, leurs cultures mais aussi leurs expériences professionnelles dans le domaine de l’audio-visuel en Nouvelle-Calédonie ; ils racontent la culture, la société Kanak. La première est Kanak, le second est Métropolitain et leur dialogue illustre à merveille la devise du Pays « Terre de parole, terre de partage ». plus et extrait sur Présence Kanak

NB : Préface de Claudia Rizet-Blancher, Fondatrice du Blog « Présence Kanak »

Les auteurs

Bruno Lahaye a travaillé près de 40 ans pour la TDF, il en a été le directeur délégué Nouvelle-Calédonie pendant 4 ans. Aujourd’hui retraité, il continue à travailler bénévolement pour différentes associations humanistes et enseigne aussi la légitime défense en tant que bénévole. Naouiâme Yewéno travaille depuis des années dans le secteur de la culture ; comme de très nombreuses femmes du Pays, elle s’investit également au sein de sa famille et de plusieurs associations.

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