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culture kanak

Le numéro 83 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article.

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Le plus de la rédaction :

Dans la petite voiture de Maselo

-        Tu vois le genre de situation que je n’aime pas. Les parents qui vaquent à leur occupation en laissant leurs gosses comme ça. Regarde, c’est la deuxième fois que je manque d’écraser ce petit. Le même. Ce doit être un terrible à la maison. Je n’imagine pas qu’il puisse être à l’école comme ça.

-        Je suis entièrement d’accord avec vous Mr Maselo. Au collège, y en a de beaucoup comme lui. Ce sont des terribles. Ces petits pensent que le collège, c’est comme à la maison où ils font ce qu’ils veulent. Le plus grave, c’est qu’ils sont des enfants de nos anciens élèves qui ont bien marché à l’école. J’en connais. 

-        Le fait qu’ils ont été très suivis, trop suivis par les parents quand ils étaient encore gamins. Euh… Je ne comprends pas Mme Madeleine. 

-        Je ne vais pas parler des enfants des autres Mr Maselo. Les miens. Mireille et Zibo; de très bons élèves. Ils se sont connus au lycée d’ailleurs. Leurs petits; des carnes je vous dis… 

Vidéos pour adultes: (Témoignage d'une élève de 3ème du collège de Tiéta repris par M. Pierre Qaeze dans son journal Ukehajin 2018)  

            Aujourd’hui on voit beaucoup de petites vidéos pour adultes qui tournent sur le Net. Dans ces vidéos, il se passe des choses que même aucune autre personne ne peut croire, à part les acteurs et actrices. Ils tournent des scènes sans même penser aux conséquences de leurs actes. Ce qui est gênant est le fait que ce sont des jeunes de notre pays qui en sont les acteurs et les réalisateurs de ces ‘machins.’ Franchement ils devraient avoir honte. Avec une telle activité, ils salissent l’image de notre pays. Ce qui m’a aussi choqué sont les noms qu’ils citent. Les noms des communes apparaissent dans tout cela. Personnellement, je trouve que ces petits films font une mauvaise publicité. Les jeunes comme ça, méritent d’aller à l’asile. Ça me rend triste de voir que la jeunesse est pervertie. Ces jeunes dans les vidéos ne pensent même pas aux conséquences de leurs gestes. En mettant leur production sur le Net ou sur facebook leurs petits frères, leurs sœurs et même leurs oncles pourraient visionner leurs films. Non seulement ils salissent le nom des communes mais ils salissent aussi la réputation de leurs familles. Après ce genre de bêtises, ils parlent d’indépendance. Bah bravo! La Calédonie veut dépendre d’elle-même ? Alors commençons d’abord par régler les problèmes de notre pays avec tous ces jeunes qui barrent en vrille !!! Je me demande vraiment s’ils ont un cerveau ces imbéciles. Salir notre pays c’est tout ce qu’ils savent faire. 

Expression drehu (dans Nuelasin 82)

            I muto ne Wanaham: Littéral/mouton de Wanaham. Wanaham est l’aérodrome de l’île où paissent des moutons autour de la piste d’atterrissage. Le mois de décembre, étant la période de sécheresse où l’herbe se fait plus rare. Les bêtes pour la survie mangent alors de tout. Il n’y a plus de mauvaise herbe. Tout est bon pour se mettre sous la dent. 

Les filles de l’île sont souvent comparées à ces bêtes qui ne font pas le choix de leur liaison. À tout venant et le premier venu, premier servi. Tant pis pour la casse. Nous sommes aussi à l’époque où le SIDA n’avait pas encore fait son apparition. Par contre, les autres maladies… la blennorragie et la syphilis faisaient ravage tout sexe confondu. Les filles en âge de donner des naissances accouchaient maternité sur maternité et à un rythme soutenu. Les autres avaient recours aux décoctions des vieilles mamans pour éviter d’avoir des enfants. C’étaient aussi la période des conflits ouverts entre hommes ou entre femmes par rapport aux déceptions amoureuses. La courbe des naissances était galopante où l’on mettait toujours des points d’interrogation sur la paternité lié au nouveau-né. L’homme est toujours lâche à cette nouvelle venue pour assurer ses responsabilités. 

Mise au clair: je reprends cette expression I muto ne Wanaham. Elle avait été partagée sur fb, mal comprise et mal rendue. La source (?), on ne connaît plus. Elle fait partie des bribes de paroles que le temps a portées jusqu’à nous. Certains artistes l’ont fixée dans leur compo, le cas de Tim Samek, ce n’est pas de lui. Je l’ai aussi reprise dans mes écrits. Elle n’est pas de moi. D’autres useront par la suite de cette diction. Certaines personnes encore écrivaient que ce n’est pas un dicton/proverbe… parce qu’elle n’est pas sortie d’un livre. Rappelons que cette parole est une métaphore qui vient bien du pays drehu (à cause du mot Wanaham) qui est d’une tradition orale. Cela ne voudrait en aucun cas dire que le dicton ‘incrimine’ les habitants de l’île qui vivent à Aero. Elle ne vise personne ou alors tout le monde et des deux sexes. Le libertinage est l’apanage de toutes les civilisations. Les sœurs s’ouvraient à tous venants et pareillement pour l’autre sexe qui allait vers toutes les femmes. Personne n’est fidèle à personne.

Ceci est ma tentative de mise au clair du dicton/proverbe du pays drehu (je signe) D’autres personnes apporteront d’autres explications… je veux bien le croire. J’ai une très grande souplesse d’esprit. J’attends. 

« Toi, tu ne manges pas, tu as déjà eu ta part. »

            Je pense à Pasteur Passa W. Il était élève pasteur à Bethania en 1978. La vie était si rude à l’époque que pour le petit déjeuner du lendemain, les étudiants pasteurs et sa famille ratissaient en marchant partout dans la cour de l’école et devaient longer la barrière attenante à la route principale du chef-lieu pour soulever les pierres de corail à la recherche des petits crabes violets qui sortaient la nuit. Leurs épouses les grillaient ensuite ou les cuisinaient au jus de coco. Un jour, en revenant de ses cours, il partit se changer et comme à son habitude fuma sa cigarette. Il vint ensuite se mettre au bout de la table. Sa place. Mais ce jour-là, avant de rendre grâce, il reçut en pleine figure, comme un boulet de canon, les paroles de sa conjointe dans une grande colère, l’index tendu: « Toi, tu ne manges pas, tu as déjà eu ta part.» Le pasteur stupéfié, écarquilla ses yeux en fixant sa compagne qui ne se démonta pas. Au contraire, son bras tendu jusqu’au doigt était bien raide. Il restait parallèle au dessus du niveau de la table. Ils se maintinrent ainsi, tels deux chiens en faïence. Après un long moment d’une tension très douloureuse le pasteur baissa le regard et par conséquent son rang. La raison était du côté de Mme. Aucune parole n’était dite. Pasteur se leva et sortit sans manger. Il ne revint que le soir après ses cours, rongé par moult pensées et à table, il rompit le silence: « Je te promets Rozielle* sur la tête de mes enfants qu’à compter de ce jour, j’arrête de fumer. » Tous demeurèrent silencieux. Son épouse s’étouffa en sanglotant sous le regard stupéfié de la descendance. 

            Sa voix émotive était vibrante et sonore. Pasteur présentait son récit de vie à mon fils Kalé et Lyzée (les deux mariés de vendredi dernier, de mes 58 années) la vie de couple et de comment il a compris du consensus sacrificiel. C’était à l’ombre du grand badamier du foyer wallisien. L’épouse de pasteur est partie chez nos aïeuls voila deux ans. Je lui dédie ce petit texte. Wws 

De deux pierres/un coup: Pendant le mariage de mon fils, il y avait eu la première partie des échanges coutumiers jeudi 24 mars dans la matinée chez les Waheo à RS. Pour recevoir la famille de la mariée, dans une allocution qu’on m’avait demandée, j’ai fait allusion au mariage (fait social qui n’existait pas chez nos aïeuls) A l’arrivée de l’évangile en 1842, dans ma grande chefferie de Hnengödrai (Mou Drehu) le chef avait dans sa cour 23 (vingt-trois) épouses. Épouse/compagne/conjointe ou je ne sais. (cf l’article dans Nuelasin, j’ai oublié, c’est dans les documents de Jean-Christ Ukeiwe, docteur en histoire, que j’ai puisé mes informations) Fao (le tongien évangéliste) a interdit la pratique de l’anthropophagie, la polygamie et autres… 

Je fus surpris qu’au moment du service du gâteau de mariage offert par les oncles maternels, le vieux Pombei W. annonça que c’était mon anniversaire et que je devais danser avec 23 femmes. Sûrement qu’il faisait allusion aux 23 épouses moins une, mises de côté par ma chefferie de Lössi du siècle dernier. Je fus alors assailli comme par une nuée de papillons qui m’arrivèrent par devant et derrière, je vous jure. Le vieil animateur du moment aurait dû désigner une seule femme pour que je lui offre la danse de mes 22 ans… il y eut alors pour la circonstance le gâteau des échanges coutumiers pour la monogamie dans le niveau inférieure de la salle des fêtes et dans le niveau supérieur, la danse d’incitation au retour à l’ancienne pratique sociétale. La p(…)gamie. Ce jour-là, je vous assure que j’ai commencé à éprouver de la haine pour Fao, parce que je préfère toujours Elisa même si je n’ai pas dansé avec elle. Chépavous. Hahaéèéè! 

Pour ce week-end,  je vous offre la fin d’une nouvelle que j’avais intitulée à l’époque La destinée. Histoire de Esther, une fille de Siloam à qui les gens de Hunöj ont présenté la coutume de mariage. Bonne lecture à vous de la vallée. Wws. 

Depuis le départ des gens de Hunöj, Esther n’était plus retournée dans la maison en dur. Elle était restée allongée à côté du feu au milieu de ses parents. Elle se sentit comme soudainement unie fortement à eux. Tous les faits et gestes qu’elle allait accomplir désormais à la maison seraient comptés, là, dans ce lieu où le reste de son cordon ombilical fut séché et enterré. Là où elle avait encore vu s’écouler son enfance. Tout le passé d’un seul coup revint en force dans sa mémoire, même les détails de la vie qu’elle avait décidés d’enfouir dans les parties les plus cachées de son être. Esther se rappela alors des coups de triques que la maman lui administra deux ans auparavant parce qu’elle était tombée sur un courrier qu’un flirt lui envoya d’Ouvéa. Elle avait pleuré et même qu’elle en était devenue malade. Esther avait ensuite projeté de quitter définitivement la maison en allant vivre chez ses oncles maternels. Elle soupesa ce passé. Aucun malentendu. Entre elle et ses parents rien ne doit entraver son départ. Tout en elle n’attendait plus que le mariage baisse le voile sur toute sa jeunesse et mette fin à ses années d’innocence. Il faut être bien avec soi-même pour avoir l’esprit libre et partir.

(extrait de je ne sais plus quel recueil de Léopold Hnacipan ni de quelle année. Fini vieux… n’est-ce pas WJH (gaucher) ?)

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Nouveauté : Regards Multiples le dernier ouvrage de Daniel Miroux sur les Atsaaï vivant à Nouméa

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Nouveauté : Regards Multiples le dernier ouvrage de Daniel Miroux sur les Atsaaï vivant à Nouméa

Après 5 ouvrages sur la langue d’Ouvéa, un prix au festival international de Ouessant en 2019, Daniel a encore des choses à raconter sur cette communauté qu’il connait bien. Dans ce dernier ouvrage il évoque le quotidien des Atsaaï urbanisés.

Daniel Miroux est aussi un infatigable défenseur de la francophonie. Il organise chaque année de nombreuses manifestations pour la promotion de la langue française.

Cet ouvrage est disponible et en vente dans les bonnes librairies 

Prix :1 950 XPF TTC Chez Calédo Livres

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L’Entreligne avec Hamid Mokaddem Mathieu Venon et Zay à Calédo Livres

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Hamid Mokaddem Mathieu Venon et Zay à Calédo Livres

Hamid Mokaddem Mathieu Venon et Zay à Calédo Livres

L’Entreligne, l’intervalle entre deux ouvrages, un événement que la librairie Calédo Livres propose le samedi a atteint son rythme de croisière. Avec Oudouane et Tchitchi d’Hamid Mokaddem accompagné ce samedi de ses deux acolytes Mathieu Venon et Zay pour les illustrations, le public était au rendez-vous.

Hamid, lauréat du prix scientifique du festival du livre de l’île de Ouessant pour son ouvrage Yeiwene Yeiwene, auteur de Histoire et Psychologie des Mélanésiens d’Apollinaire Anova et d’autres ouvrages scientifiques, a surpris tout le monde avec la parution de Oudouane et Tchitchi, une déclinaison philosophique élargie à partir d’un conte pour replacer la philosophie à portée des enfants. Son but, faire de la pédagogie pour les enfants et essayer de les initier à la culture kanak. L’ouvrage explore différents aspects d’un monde proche de nous sur le Caillou, mais lointain pour ceux qui ne connaissent pas la coutume ou les relations entre clans. Hamid Mokaddem espère que les enseignants du territoire vont s’approprier cet ouvrage philosophique.

Avec l’appui et le talent de ses deux illustrateurs, le pari peut être gagné. C’est tout le mal qu’on lui souhaite. La rencontre dédicace a eu du succès et des échanges fructueux, parfois animés ont pu avoir lieu entre le public et les auteurs. Une belle matinée culturelle dans la librairie spécialisée du centre-ville. Un rendez-vous est annoncée pour samedi prochain, il promet d’attirer du monde avec une poétesse et artiste peintre. Ci-joint quelques photos prises lors du passage de votre serviteur. JP

Dédicace de ZayDédicace de Zay

Dédicace de Zay

Alejandra Rinck Ramirez artiste plasticienne, illustratrice. Une discussion avec le public et les auteurs
Alejandra Rinck Ramirez artiste plasticienne, illustratrice. Une discussion avec le public et les auteursAlejandra Rinck Ramirez artiste plasticienne, illustratrice. Une discussion avec le public et les auteurs

Alejandra Rinck Ramirez artiste plasticienne, illustratrice. Une discussion avec le public et les auteurs

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Le numéro 82 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article.

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Le plus de la rédaction :

Bozusë 

Pour Madue: je livre le petit journal de chez mon petit frère à Nouville avant de m’en aller à la Vie. Je voulais parler du mariage de mon fils. Hier, c’était les coutumes à la RS, chez les Waheo. Aujourd’hui, c’est au foyer wallisien que le manger ensemble va se faire avec la famille de son épouse de Nengone. Ça va déménager. Pensé-je. Non. Les nièces (les filles de mon beau-frère) m’ont nommé animateur dans une de leurs réunions de préparation du mariage, il y a quelques mois. Cela fait revenir dans ma mémoire les années où j’ai animé les kermesses de l’Amicale de Hunöj et de l’Amicale de Fëmeigötr à Kolopi à Huneihnamus. 

Je pense à mon neveu Samë, si quelqu’un peut le mettre en contact avec moi dans la journée pour qu’il vienne animer le repas en déroulant son répertoire des chansons des Mike de Jua e Hnawe. Petit souci, c’est que je risque de divorcer de la vieille si le neveu jouait Rozanë toujours des Mike de Jua e Hnawe. Kölö e Nengone ! Ehaéèéè !

Il pleut: Il pleut, il pleut et cela fâche plus d’un. Surtout les profs de sport qui ne peuvent pas aller sur le terrain pour assurer leur discipline. Mais y a pas qu’eux qui sont fâchés du mauvais temps. Y a moi aussi. Je ne compte même plus les jours où je ne me suis pas rendu dans mon champ. Pff ! Alors, j’allais en voiture pour m’arrêter sur le bord de la route et d’en haut je regardais mes taros de montagne, les Makue. Ce que j’ai planté avec mon fils sous le bois noir. Ils poussent bien, les feuilles, je veux dire… les tubercules ? C’est plutôt la question intéressante qu’il faut poser. Un jour, un homme de la tribu, une connaissance, en revenant de son travail à la municipalité m’a klaxonné en ouvrant sa vitre pour me crier en rigolant: « Hé, ton champ ne va pas se sauver. Tes tubercules d’ignames sortent déjà de l’autre de la rivière vers la chefferie Apou. » Si ça pouvait être vrai. Je riais… non j’en rêvais. 

 Le petit temple : Dedans, il n’y avait presque toujours personne ou alors quelques vieillards éparpillés le long des nombreux bancs qui accentuaient encore plus le grand vide. L’eau de Cologne et l’odeur de moisi tournoyaient dans l’air. Tout au fond, le pasteur, habillé de blanc prêchait la parole de Dieu. Moi, j’arrivais toujours en retard pour me mettre derrière l’assistance pour qu’après l’envoi liturgique, je me retirais sans qu’on me voie. Après, je rentrais chez moi. Je me sentais tout le temps bien. Bien, d’avoir écouté les paroles du dimanche. Bien, d’avoir été connecté à la dimension de l’Invisible.

Dans la petite voiture de Maselo

_ Bonjour Mme Hiké, vous savez que  je ne vous ai pas reconnue et même depuis notre départ de Vavouto. C’est en évoquant ces souvenirs qui m’ont mis la puce à l’oreille. Nédivin, le lycée et après le service militaire. 

_ Oui, Mr Maselo. Mais j’ai aussi connu la prison. Je me suis éventuellement aventurée dans ce milieu. C’était une expérience intéressante mais que je ne veux plus revivre mais surtout en parler. Je n’veux pas que ça se sache. 

_ Et pourquoi donc ? Une vie c’est si bien avec des hauts et des bas. Des fois c’est bien meilleure avec plus de bas que de haut. N’est-ce pas ? Personnellement, je vois que votre sortie de prison ne vous a pas affectée plus qu’une autre situation.

Mr Maselo, vous êtes un homme. Et, nous n’avons pas les mêmes sensibilités.

_ Je n’avais jamais pensé à cela. J’ai toujours raisonné comme si notre cœur était d’une même texture pour que nous supportions pareillement tous les aléas de la vie. 

_ Non ! Heureusement ou malheureusement, cela dépend de quel coté du problème on se place M. Maselo … 

L’ordre des choses : Tchéou* un kanak originaire de la Province Nord, très jeune homme qui s’était engagé dans l’armée, lors d’une campagne africaine, traversait un désert avec à ses côtés un de ses supérieurs. Ils filaient à tombeau ouvert lorsqu’ils virent un arbre (le seul dans l’immensité vertigineuse) qui abritait un enfant et une chèvre. Il fit la manœuvre pour s’arrêter. Élan de solidarité du pays oblige mais le haut gradé lui intima de poursuivre leur route. Plusieurs heures après, ils arrivèrent à destination. Leur camp. Et le supérieur hiérarchique de demander au jeune subalterne s’il avait compris la raison pour laquelle il lui avait dit de ne pas s’arrêter pour aider l’enfant au côté de son animal : « Vois-tu, garçon, si on s’était arrêté pour aider le petit d’homme comme tu le pensais, on aurait effrayé la bête qui se serait enfuie à travers le désert en laissant le petit mourir. Ses parents l’ont laissé seul avec la bête pour que la chèvre le nourrisse de son lait quand il a faim. Les parents sont sûrement dans le désert en train de chasser ou s’occuper pour leurs besoins de la vie. » 

Ce vécu m’a été rendu par mon beau-frère Whaap K. le week-end dernier à l’heure de la coutume de mariage de mon fils dont il est l’oncle maternel. Cette comédie relève de l’ordre du divin. Elle fait revenir au fond de chaque lectrice et lecteur, l’histoire de Rome. Allez, je m’arrête. 

Je vous laisse le texte ci-après, souvenir du petit Charles, le vrai. Les autres, ils fréquentent toujours le CDT jusqu’au jour d’aujourd’hui et avec entrain comme si notre collège est parent du prénom, pardon plutôt des attributs. Saugrenus. Grands Dieux ! Bonne lecture à vous de la vallée. Wws

Lundi 27 avril 2015 21H35

Avant de partir à 7h45, j'appelais Köfö. C'était juste pour écouter sa voix. Cela faisait longtemps que nous ne nous étions plus vus. Saine et lui. Je lui racontais alors Charles avec qui j'avais cours de français vendredi parce que son prof de physique/chimie manquait, je pris son heure pour occuper les élèves en faisant quelques exercices de français. Je disais à Charles qui répondait tout le temps et chaque fois avant même que j’aie posé la question : « Mon garçon, tu es comme un coureur de 100m qui n'avait pas attendu que le juge donne le départ. Tu prends démarre à toute vitesse avant les autres athlètes sans connaître l’arrivée. Tu cours comme ça. Si ça se trouve tu cours dans le sens contraire à la course. » Tout le monde se mit à rire. 

Köfö était aussi plié au téléphone. Il rajouta que Charles ressemblait à un personnage de bandes dessinées. La vache qui avait des roues à la place des pattes. Celles-ci tournaient à vide à toute vitesse mais elles ne faisaient pas avancer l’animal. 

Question : combien y a-t-il de Charles dans vos cours cher(e)s collègues ? 

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Le plus de la rédaction :

Bozusë, je vous propose une suite au texte de vendredi dernier. Bonne lecture à vous de la vallée. Wws 

Il cria pour rameuter la troupe et envoya des messages sur le portable de quelques uns. Pendant ce temps, Lepexenyë et Opatrë trouvèrent l’aide de quelques autres jeunes pour sortir les poches d’excréments d’hirondelle et de chauve-souris vers l’entrée d’une grotte. Quoi ! L’équivalent d’une centaine de mille et même plus. Ils les ont retirés de l’intérieur des galeries souterraines. Il y en avait tellement que les excréments en s’entassant devinrent presque des stalagmites. Des colonnes entières. Les deux hommes, depuis qu’ils avaient trouvé la bonne veine envoyaient régulièrement leurs épouses pour vendre les poches de fiente à cinq cents francs au marché de Wé. Les jardinières de l’île amatrices de belles fleurs n’hésitaient jamais à mettre la main à la poche, et demandaient toujours aux deux dames si leurs époux en avaient encore en réserve. Comme les deux hommes ne disaient jamais rien, leurs épouses ne donnaient pas de réponses sûres. Elles repartaient seulement les mains vides du marché et leurs portefeuilles gonflés à craquer. Leurs poches d’excréments d’oiseaux partaient comme des choux des Îles. 

Au lieu du ralliement, le monde arrivait au compte goutte. L'hélicoptère de l'armée s’était posé non loin de la voiture. Wapata prit la parole pour dire que ce n'était plus la peine de rentrer à nouveau dans la forêt mais qu'ils allaient attendre là. Quand midi sonna toutes les montres, Drikone et Amekötine se regardèrent en espérant que quelque chose allait se produire mais rien ne se passa. Mr Blanc ne sortit même pas de la grande forêt comme l'avait prédit le sorcier. Les gendarmes s'impatientaient et allaient donner l'ordre aux pilotes de re-décoller. Wapata demanda un instant pour s'entretenir avec tous les volontaires engagés aux recherches. Il s’avança et révéla la requête que le petit chef et lui sont allés porter dans la tribu voisine. Tout le monde se taisait. Le chef de la brigade de Wé mâchouillait des fétus de paille qu'il avait arrachés à portée de main. L'autre monsieur de la brigade n'arrêtait pas de consulter sa montre. Le puma de l'armée allait décoller d'un moment à un autre.

Que ne fut pas le parfait étonnement lorsque Qanamaca, un des jeunes de la tribu, muet comme une tombe, s'avança au milieu du demi cercle pour dire que Amekötine et Wapata s'étaient trompés d'endroit. Le grand silence. Pas de paroles introductives. Incisif. Il lâcha: "Voyez qu’il n'y a ni sapin, ni banian ici, regardez la voiture, les clés ne sont pas dessus comme vous le dites. Je connais l'endroit. C'est par là-bas vers Hnaköj. La voiture, ce n’en est pas une. Le sorcier parlait plutôt d’une grotte, les vieux de notre clan à travers cette cavité, sillonnaient l'Océanie. Ils partaient de l’endroit même. Ils y entraient et fermaient les yeux en murmurant des paroles que eux seuls connaissaient. C’était alors qu’ils se retrouvaient projetés à des centaines de kilomètres à la ronde. Diverses destinations. Ils allaient à Kiamu, à Tanna mais aussi dans les îlots du Nord de Calédonie. Ils volaient les femmes de ces terres lointaines..." Amekötine en voyant le jeune dérouler le récit comme son arbre généalogique, le coupa nette, il voyait bien que les militaires s'impatientaient. Ils n'arrêtaient pas de zieuter le chef de la gendarmerie de Wé. La tension était palpable. "Soit. Je vais faire repartir l'hélico, mais mon collègue et moi restons pour poursuivre les recherches avec vous. Personnellement, je veux bien prendre un temps avec le jeune homme. Je crois ses dires. Il faut qu'il vienne avec nous et qu'il nous montre la grotte."

Ces choses-là, l'ont toujours intéressées. Ils partirent, la voiture de la gendarmerie devant, suivie de celle de Wapata et de Amekötine. Le reste des jeunes arrivait avec quelques voitures mais le gros de la troupe marchait. Lorsque la voiture de tête arriva dans une sorte de clairière, Qanamaca fit signe au conducteur de s'arrêter. Tous les occupants des voitures mirent pied à terre. Wapata fit la mimique à Amekötine d’allumer un petit feu avec des brindilles de bois morts. Il ramollit les cœurs de hmacatresi après quoi il ouvrit la marche vers l'entrée de la grotte. Lorsque le silence fut total, il appela Mr Blanc par le nom que lui avait donné l’oracle. Il n'y avait pas de craquement de branche ni de chant d’oiseaux. La tension était à son comble. "Atr" avait-il jeté à la Nature entière qui l'écoutait. Et la voix répondit. Tous se regardèrent avec les yeux grands ouverts. Mais personne ne savait de quel côté la voix venait. Elle ne venait certes pas des noirceurs de la grotte mais des voitures garées en arrière sur le bas côté. Amekötine se fâcha et cria aux jeunes qui étaient restés en arrière d’être plus sérieux et de ne pas jouer avec les choses de cette vie-là. Une voix répondit que personne n'avait répondu. Machinalement, Wapata fit un demi tour sec en disant aux autres de l'attendre. Il n'était pas encore arrivé aux voitures qu'il vit Mr Blanc, debout sous le sapin. L’air perdu. 

Il attendait.

Qui ?

Personne autour de lui. 

Wapata s’avança droit en se gardant d’être au dessus de ses émotions. Il lui flanqua une, deux puis trois coups au visage avec les cœurs de hmacatresi. Mr Blanc sursauta comme s'il sortait d'un grand sommeil. Il se frotta les sourcils pour s'accommoder la vue. Wapata devait être dans la brume pour lui. Ils se serrèrent la main et se congratulèrent. Le monsieur reprit Drikone pour dire qu'il s'était seulement égaré : "Heureusement pour moi qu'une dame m'a indiqué le chemin pour arriver jusqu'à vous, mais tout à l'heure, j'ai dû aider des jeunes pour sortir leurs paquets d'excréments d'oiseaux de la grotte. Je leur parlais mais ils ne me répondaient pas. Je suis alors reparti rejoindre les deux femmes qui préparaient à manger pour nous. Elles disaient qu'à midi, on allait manger les ignames qu'elles avaient brûlées. J'allais partager leur repas, au fait, elles n’avaient cuisiné que pour elles seules. Deux ignames dans la cendre, deux cocos verts, deux fruits qui étaient des pommes, on dirait. A voir de plus près, on aurait dit des fruits de faux manguier, enfin je ne sais pas." Quand le reste du groupe fut arrivé, Wapata et Mr Blanc était déjà en grande discussion. Mr Blanc remercia le brigadier chef de la gendarmerie de Wé de répondre à son texto en venant le chercher. Il conversait normalement comme s'il n'avait pas passé deux nuits dans la forêt. Il ne s'étonnait pas d'entendre l'hélico survoler la zone, il disait qu'avec les deux dames, ils écoutaient les conversations dans de la cabine : "RAS, RAS, aucun signalement, on va se poser près de la voiture..." Le gendarme qui lui posait des questions ne semblait guère étonné. Il disait seulement qu’il avait déjà eu affaire à des situations similaires. Il a déjà lu des rapports de gendarmerie qui allaient dans le même sens. Quelques temps après, Mr Blanc fut invité à monter dans le camion des pompiers venu sur place. Il était question de la santé du revenant dont il fallait s’en occuper en priorité. Mr Blanc répondit qu'il allait très bien et que ce n'était pas nécessaire de l'emmener à l'hôpital de Wé ou alors qu'il se rendrait de lui-même. Le brigadier chef le reprit d’aller sur le champ et le pria de monter dans le camion de secours. Sa voiture suivrait avec l'autre gendarme. 

Ce qui fut fait. 

Le cas de ce professeur n'est pas isolé. Lifou en est habitué. L’île a déjà vécu d’autres circonstances analogues. Et comment !

Avant la disparition de Mr Blanc dans la grande forêt de Hunöj, les cœurs des gens de l’île se sont battus très fort pour d’autres personnes de la famille qui n’étaient des fois jamais revenues. La même rengaine. La population et surtout la jeunesse avaient toujours été mises à contribution dans les équipes de recherche. 

En l'espace de trois ans, plus de cinq disparitions avaient été dénombrées à Drehu. Grave pour une île de 1150 km2 dépassant celles de la Martinique et de Tahiti. Ces personnes étaient des deux sexes et d'âge varié. Ces tragédies avaient un point commun ; une auréole mystique. Le cas d'une femme d'une tribu du bord de mer qui est allée passer plus de deux semaines chez les morts, était certainement l’incarnation du spiritisme à son apogée. Aucune étude ne s’est jamais intéressée au phénomène et les pouvoirs publics en sont démunis. Le problème est plutôt perçu comme une plaie. Les religieux et les autres bêtisiers du genre perçoivent au fond, une manifestation méphistophélique. La culture kanak rappelle seulement le lien entre les deux mondes ; le visible et l’invisible, le palpable et l’ordre du mythe. Une disparition et une réapparition sont la réappropriation de la notion de l’évolution parallèle de deux mondes. Ne sont-ce que les manifestations de voyages aller/retour vers le monde des aïeux … 

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Le plus de la rédaction :

Bozusë ;

Kat…: Je pense à lui. Il est/était de ma tribu. Il est parti dans l’autre monde la semaine dernière (Voilà pourquoi les deux temps de la conjugaison.) Kat… n’était pas vieux, je suis même sûr qu’il n’avait pas la demi siècle. Toujours dans le mouv comme on dit. Le mouv; c’est le chantier jusqu’aux heures de convenance. Mais après, ce n’était pas à la maison de suite. Il faut rester encore avec les collègues de chantier ou bien aller chez la famille proche, pour prendre un verre, se passer la tige jusqu’au bout de la nuit. Le matin, on se débarbouille avec encore dans la bouche les relents de victuaille de la veille. On se parfume alors pour être de bon pied dans la journée. Faux. On ne l’est pas. On feint d’être en forme comme les autres. Le frère entrepreneur est content. Tout le monde est content. Le disque dur cérébral tourne sans arrêt et à vitesse grand V. À la fin, il craque. ‘Craque’ veut dire que le cœur explose. C’est la fin et la tristesse comme lot gagnant pour toute la famille. 

Combien de jeunes sont à l’exemple de Kat… ? Le sommeil réclame toujours sa part chez tous les êtres animés. Quand on ne récupère pas de l’effort entrepris, le sommeil nous saisit au dépourvu mais … pour le repos sans fin. Et on s’étonne. Or, il n’y a pas à s’étonner. Faut travailler pour vivre. Le sommeil nous manque, je vous jure. Prenez du temps pour la récup. Dormir. C’est aussi ça le défi des hommes. 

Il existe dans le petit journal du collège une rubrique Dans la petite voiture de Maselo où je mets en scène un taximan qui véhicule des parents de la région VKP pour se rendre au collège de Tiéta. Je vous livre un aperçu. Petit rappel:ce journal du collège existe depuis 2008. Il sort tous les jeudis scolaires. Je ne l’ai pas encore lancé cette année. D’ici peu, on va le faire. Hmajan! Comme s’exclame Mme Hmaloko P. 

Dans la petite voiture de Maselo (Vetchaong 17.00)

- Finies les vacances, le travail a repris depuis plus de deux semaines. Et vous savez Mme Ginette, on ne va même pas sentir l’année filer. 

- Vous avez raison, ça va être comme 2016. Faut dire que c’est plutôt bien Mr Maselo. Bien, pourquoi ? Je ne sais pas. Personnellement, je ne veux pas que l’année meure ainsi. On n’a même pas eu le temps de marier le neveu de la famille. Tout était prêt mais au dernier moment, je ne sais pas comment l’autre neveu, celui qui devait assurer la coutume, était tombé malade. Il avait été évacué sur l’Australie. Peu de temps après, il était parti. Moi, je n’étais même pas au courant. Myriam, ma nièce, c’est elle qui m’a annoncé la nouvelle. Et comment, Mr Maselo ? Par la France. 

- Ha !

- J’étais à Koné pour une affaire au palais de justice, une cousine très éloignée qui faisait du fb dans le parking, était venue pour m’annoncer la nouvelle alors que personne n’était encore au courant dans la famille. L’info arrivait de la Métropole. 

- Oh ! Mme Ginette avec Internet, le monde est à portée de main.

- Mais aussi sens dessus/dessous ! Je vous jure.

- Quand j’ai appelé mon frère qui était à Vavouto, il n’était même pas au courant alors que toute la tribu le savait.

- Les nouvelles comme ça, ça va vite ! Et même très vite ! 

- En effet et même M. Maselo, on a l’impression qu’une partie de notre vie nous échappe. Elle nous file entre les mains. Marie Aimée !

Jessie C: Je vous livrerai sa réaction au numéro de Nuelasin 79 dans une prochaine édition. Elle écrivait qu’elle sortait d’une convalescence covid. Elle reprenait son travail mais qu’elle n’avait pas trop la forme. En lisant mes écrits, elle prit son courage à deux mains et elle repartit à je ne sais combien de tours/minute. Et moi qui pensais que je n’écrivais que des bêtises ou alors pour moi-même. Par cet encarté, je remercie Mme Jessie qui par sa réaction me donne une raison à mon écriture. Une bonne. Et oui; si ça se trouve, il y a aussi d’autres raisons. Des mauvaises. Sûr, que Elisa est en train de prier son totem pour me quitter, à cause de mes conneries scripturales; n’est-ce pas Sœur Marie Tamole ? Wanamatra! Moi mort. 

« Mesdames, je vous aime »: Mardi, au collège de Tiéta, nous avons comme les citoyens du monde rendu hommage à la Femme. Et l’histoire de Mme Rosa Parks m’est venue machinalement à l’esprit. Une femme qui en voulant rester assise, a mis debout tout un peuple et même a fait honneur à l’humanité entière, en abattant le système ségrégationniste de son pays, l’apartheid. « En 1955 dans une Amérique déchirée par la ségrégation raciale, Rosa Parks refuse de céder sa place à un passager blanc dans un bus de Montgomery (Alabama). Arrêtée par la police et condamnée à une amende, elle fait appel de son jugement et devient l’égérie d’un mouvement national de défense de droits civiques. »

Il y a dans le monde d’autres femmes comme elle. Je ne les cite pas. Mais… au CDT, il y a Mme Bernadette qui, pour rendre hommage au combat des femmes, a organisé, bien sûr avec le concours des autres collègues du même genre, un petit buffet que nous, personnel enseignant avons partagé dans le hall de notre nouveau bâtiment. 

Aux filles, futures responsables et mamans de ce pays, il a été demandé de s’habiller en robe popinée. Elles étaient venues le jour tout en couleur de l’arc-en-ciel. Elles étaient éclatantes, je vous jure. Nous n’avons pas arrêté de nous prendre en photo dans la cour mais aussi devant un grand panneau, un drap teinté en bleu ciel sur lequel sont épinglées des fiches/pensées des élèves au sujet des combats de la femme. Vous avez dû vous en rendre compte par vous-même en allant sur les réseaux sociaux. 

         Pour vous lectrices et lecteurs de Nuelasin, je propose ce petit texte produit un peu pour m’exorciser. La semaine d’avant, c’était la disparition d’un neveu dans la grande forêt de Hunöj. Il fut retrouvé. Grands Dieux ! Samedi dernier c’était le départ de l’autre neveu, Kat…, vers l’autre monde. Toute la semaine depuis lundi, c’était l’offrande de la nouvelle igname. Combien en donnera-t-on pour conjurer le sort ?

         Bonne lecture à vous de la vallée. Wws 

Simelem ne trouvait pas le sommeil à l’instar de tous les jeunes de Hunöj. Ils en avaient grand besoin ces jours-ci de fin d’année. Pendant la nuit, plusieurs d’entre eux avaient dormi dans la grande forêt. La tribu avait encore livré bataille pour extraire cette fois à la forêt un européen qui s’était perdu. Trop dire. Mr Blanc a juste garé sa voiture à côté de la pépinière, petite entreprise tribale. Il a marché en direction de la forêt et fasciné par les variétés d’arbres et par la densité végétale, il a épousé leur esprit et disparu. Mais les gens de la tribu disaient assez juste que sa tête avait été tournée par les deux filles et qu’il n’avait pas eu le réflexe de retourner sa veste. Avant que son téléphone ne se vide complètement de sa batterie, il eut la sincérité d’esprit d’indiquer son positionnement à la gendarmerie de Wé: « Mr Blanc, prof d’EPS au collège publique de Wé, suis parti me promener dans une grande forêt du plateau. J’ai garé ma voiture à côté d’une pépini... tuut…tuut… » Les gendarmes sont allés donner l’information aux employés municipaux. L’un a appelé l’annexe de Mou. Un homme de Hunöj y travaillant, Wapata eut le réflexe d’appeler le responsable de la pépinière qui partit voir pour confirmer la présence de la voiture du monsieur. L’annexe de la commune à Mou appela après la gendarmerie. Et les gens de Hunöj lancèrent les recherches. Le petit chef fut averti et immédiatement les équipes de secours furent organisées. Pendant que la populace entrait dans les brousses ; Wapata et le petit-chef se rendaient chez Waigojeny, le sorcier qui habitait Hmelek, la tribu voisine : « Sa voiture n’est pas garée très loin du grand banian. Les clefs sont dessus. Mais vous ne pourrez pas l’ouvrir. Quand le soleil touchera le sommet du sapin à pic et qu’il n’y aura plus de chant d’oiseaux, appelle-le. De la voiture il entendra. Appelle-le non par son prénom mais par Atr. Il répondra et il viendra normalement. Ne l’effraie pas comme un oiseau de proie et surtout ne lui parle pas avant que vous lui flanquiez les trois cœurs de hmacatresi sur le visage. Je vais vous les donner. Une, deux, trois. Vous allez voir, c’est comme s’il sortait de son sommeil. Après, c’est bon. Il reprendra sa voiture pour partir comme s’il avait fini sa promenade. De toute façon, il ne sait pas ce qui s’était passé. Il aura seulement le souvenir d’avoir fait la rencontre de deux femmes. Une noire et une blanche. Une des deux parle sa langue et l’autre pratique une étrange langue mais qu’il semble arrivé à comprendre. Le reste ne lui reviendra pas avant longtemps. Même qu’il a le temps de tout oublier. Voilà, je pense vous avoir tout dit. Surtout, respectez les consignes et éloignez-vous du véhicule. » Le sorcier a parlé et donné les feuilles de la plante vertueuse. Wapata et le petit-chef repartirent vers les champs à l’endroit où Mr Blanc a garé sa voiture. Les gendarmes étaient déjà sur place avec d’autres jeunes de la tribu qui étaient ressortis de la grande forêt. 

Vers midi, le portable de Simelem sonna : « C’est oncle Wapata. T’es où ? » « A Hnaköj. » 

- Retourne à la grande route et rejoins-nous à Jien.

- Tonton mais y a d’autres jeunes qui sont encore un peu partout dans la forêt ; je les entends.

- Dis-leur de se joindre à toi et de revenir vers la voiture. Céb !

Il raccrocha. 

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Le plus de la rédaction :

Bozusë ;

Misère humaine : Samedi dans la matinée, on allait faire nos courses dans une grande surface à Koné. Passa devant la voiture un être aux habits enguenillés. Il marchait nus pieds avec toute la tête enturbannée. Il a dû me remarquer pour relever la veste plus haut et se cacher ainsi le visage. J’attendais qu’il traverse le passage piéton pour repartir. Une fois sur le trottoir d’en face, il accéléra un peu plus ses pas. Vers où allait-il ? 

Je continuai mon chemin. Après les courses, sur la route du retour, Elisa me dit: « Tu connais le jeunot qui est passé devant nous tout à l’heure ? » Je répondis non. « Ben, c’est Tein*. » Je me tus à nouveau. Ma pensée s’empreignit fortement de l’image du jeunot. Un fils de la vallée qui avait toujours affaire à la gendarmerie, pour vols, voyeurisme et autres petits délits. Je me dis seulement qu’il a franchi un cap. Sortir. Non pour découvrir le monde au delà des crêtes montagneuses mais pour s’exposer et se voir. Tein était déjà de la flopée de jeunes jetés sur la route entre Voh et Koné. Le plus loin, où il irait, me disais-je, c’est la capitale. Je suis même sûr que je le verrais à la baie de la Moselle tourner entre les roulottes pour quémander quelques pièces d’argent pour s’acheter un pain pour se mettre sous la dent. 

Poutine: Quel gros ‘dégueulasse’ ! C’était le mot exclamatif d’une relation que j’ai appelée le lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Aujourd’hui c’est dimanche et je n’ai même pas suivi les infos. Le jeu des alliances est déjà mis en place. Le temps de penser aux réfugiés sur les routes mais aussi les pays frontaliers qui les accueillent… pff! « Quelle connerie la guerre ! » Écrivait Prévert. 

Le petit chat est mort: Dimanche soir, il pleuvait et en revenant à la maison, comme à son habitude, la chatte venait s’abriter sous la voiture mais au lieu d’attendre que le moteur soit coupé,… résultat: les deux roues des deux tonnes et demi lui sont passées dessus. Écrabouillée. Je descendis, le temps du recueillement pour après attraper une pelle et la ramasser. Je suis resté quelques temps silencieux. Les images des morts d’Ukraine et de Russie  défilaient dans mon crâne. Après, plus rien. C’était déjà la nuit avancée. Le coassement des grenouilles, le chant des grillons qui recouvraient toute la vallée et le silence nous mettaient tous en phase avec nous-mêmes. Lundi, j’avais cours avec les deux classes de 5ème. Deux heures chacune. Je m’endormis… 

Littera Mahoi: C’est Chantal Spitz qui dirige cette revue littéraire de l’archipel frère polynésien. 2021, elle m’avait demandé des écrits et je lui avais envoyé deux textes de deux lecteurs de Nuelasin. Un neveu de Hunöj (Jim Saipo et hmihmi Kaudre.) Lundi, je reçois un mail du tonton pour dire qu’il a reçu un exemplaire de Littera Mahoi envoyé par Chantal aux bons soins de notre Edou national. À mon tour de remercier Chantal par le biais de Nuelasin.

Bonne lecture à vous tous de la vallée.

Wws 

Quand Mamako ouvrit la porte, elle fut surprise de se trouver nez-à-nez avec des rats qui se débandèrent à sa vue. Elle resta figée devant la porte en vieille tôle ondulée avant de pénétrer la pièce. Le temps de s’accommoder à la sombreur, elle vit sur le sol un amoncellement de fruits d’igname et des petits tubercules relégués. C’était ce que son mari avait ‘rangé’ là, comme il disait. D’autres, par manque de lumière dépérissaient. Il y en avait bien plus de cinq cent pièces. Un autre champ. A ce spectacle, Mamako manqua de s’étouffer. Elle allait pleurer, l’igname c’était sa vie. Une vibration intergénérationnelle inexplicable. Elle sentit la chose monter vers elle. Elle s’efforça de se contrôler comme elle seule connait. L’asthme ne vint pas. Elle tendit sa main vers le fumoir, il n’y avait plus que le moignon. C’était ce que les rats et les autres petites bêtes ténébreuses avaient laissé. Elle s’immobilisa. Dehors, la pluie avait cessé quelque peu. Des gouttes d’eau tambourinaient encore la vaisselle laissée en dessous le pandanus derrière la cabane. Opaqagö ne vit même pas son épouse sortir de l’abri avec son couteau, les fruits d’igname et des petits tubercules soigneusement enroulés dans sa robe. La parcelle laissée par Opaqagö, quoi ! Dix mètres par cinq seulement. Elle espérait sauver quelques semis pour les nouvelles semailles. Il faut avoir foi en la terre nourricière. La dame s’agenouilla écarta la mousse de la surface et piqua vers le fond avec la pointe de son couteau, et d’un mouvement brusque vers un côté elle ouvrait la terre pour enfoncer sa semence. Cet exercice qu’elle répétait lui procurait un plaisir immense. Elle en jouissait même. 

Quand Opaqagö eut terminé le travail pour lequel il avait demandé à Mamako de l’attendre, il partit la rejoindre et que grande ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvrit son épouse en pleine labeur. Elle ne l’avait même pas entendu arriver. Quand il était rentré dans la cabane, son épouse n’y était pas. Il constatait seulement que du tas de fruits d’igname et de petits tubercules, il ne restait que les fruits et les petits tubercules secs et pourris, bons à être jetés pour nourriture à la terre et aux éléments. Mamako était assise à même le sol. Toute mouillée et haletante. Elle plantait et nettoyait en même temps l’endroit en arrachant les herbes folles qui avaient poussé depuis les dernières semailles. La parcelle avait été laissée en friche. Le feu avait brulé plus que nécessaire du précédent champ d’homme que le couple avait prévu pour les coutumes de la nouvelle année. La terre était restée dans la noirceur du brûlis. Des tu et des kacatr ont pris possession de l’endroit. Les tu, c’étaient les herbes sauvages desquelles son mari et elle, venaient cueillir les cœurs pour cuisiner dans du jus de coco et donner à leur fille Cadran quand elle était sortie de la maternité. Elle allaitait l’autre petit-fils, celui à qui elle a donné le prénom de son grand-père, Opaqagö. Ces feuilles donnaient beaucoup de lait aux mamans, rendaient les enfants vigoureux dans leur croissance et les femmes encore plus fécondes pour une nouvelle maternité.   

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Le plus de la rédaction :

Bozusë,

Drikona Yvon: Habituellement, j’envoyais Nuelasin vendredi dans la journée. Des fois, tôt. Parfois la veille quand je suis trop pris le lendemain. Pour cette année, mon emploi du temps me mène jusqu’à la fin des cours de l’après-midi. Faut après rester avec les élèves sous la guérite du collège pour attendre les parents …

Pour accompagner Nuelasin, je vous propose le texte ci-après. L’esprit de la forêt.  Bonne lecture. 

Wws 

Unetröhnitr 

Le diacre de Hunöj avait rapporté qu’un jour, un apiculteur venu d’Europe était arrivé au presbytère pour goûter son miel. Le spécialiste avait été étourdi par les différents arômes. Il avait été dans l’impossibilité de définir le type de miel, cela était dû aux diverses fleurs d’arbres très variés qui composaient la forêt. Des arbres que la communauté scientifique n’avait pas encore répertoriés.

Il n’était plus étonnant que sur Lifou, les autorités faisaient appel à la population pour aller chercher quelqu’un qui s’était perdu en forêt. Certaines personnes en sont revenues, d’autres jamais. Même des fins connaisseurs arrivent aussi à se perdre. Et pourtant, Lifou n’est pas grand. Une île aux mensurations légèrement plus grandes que l’île de Tahiti. Cela était surtout dû à la densité de la forêt. A Hunöj, Saipö un homme que tout le monde qualifiait de connaisseur et qui allait tout le temps ramasser des crabes de cocotier au bord de la mer disait que même avec lui, il arrivait que la forêt lui tourne la tête. Il disait par exemple d’éviter de marcher dans la forêt par temps couvert. Le soleil étant le bon moyen de s’orienter. Si l’on arrive à se faire surprendre par la nuit, il valait mieux tout laisser et attendre le lever du jour ; surtout que dans la tradition, les humains n’étaient pas les seuls êtres à marcher dans les forêts. Avec les animaux, il y avait aussi les esprits. Utiehmej a déjà fait une surprenante rencontre. Ce chasseur disait un jour qu’il avait rebroussé chemin parce qu’il avait entendu un drôle de bruit qui arrivait droit sur lui mais il ne voyait pas la chose d’où émanait le bruit. La manifestation a cessé lorsqu’il a tiré un coup de fusil en l’air. C’était l’histoire qui animait la tribu une semaine avant l’arrivée de Aelan. Atranganya aussi, une ramasseuse de coquillages à son retour de Mele fut surprise par la nuit. Elle décida de dormir dans la grande forêt en plein milieu du sentier. Au milieu de la nuit, elle vit un drôle d’énergumène fluorescent qui ressemblait à une jeune fille avec des antennes. Les yeux sortaient des orbites oculaires, tombaient jusqu’à toucher terre et revenaient dans ses cavités comme s’ils étaient retenus par des élastiques. Des yeux yoyos, peut-on dire. Cette pêcheuse de coquillages n’avait nullement peur du phénomène. Son oncle lui avait dit après que c’était un « unetröhnitr », un esprit de la forêt dont il ne faut pas avoir peur « Il est notre gardien dans la forêt, notre ange protecteur. » mais qu’il faut craindre.

A part les croyances et les grands arbres qui peuplaient la grande forêt, Lifou serait une île mystérieuse. Elle renfermerait des mystères aussi profonds que ses grottes. Muro le vieux diacre de la tribu conseillait d’ailleurs aux gens de ne jamais marcher de nuit pour éviter de chuter dans des crevasses en surabondance sur l’île.

Il s’agissait de cette forêt suspecte que les gens de Hunöj devaient traverser pour aller au bord de la mer afin de ramasser des crabes de cocotier et des coquillages ou tout simplement de jeter la ligne des falaises escarpées pour pêcher du poisson. Il fallait pour un bon marcheur une bonne heure. Un bonheur. C’était la partie de la forêt, la plus grande de Lifou. On s’en rendait bien compte quand on arrivait de Magenta en survolant l’île. 

Hnacipan Léopold, Ponoz, cordon ombilical

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Un article avec une petite vidéo pour parler de l’historien Paul Magulue Fizin. Il gravit les échelons de la notoriété doucement. Il est souvent invité en télévision ou en radio. J’avais aussi envie de le filmer pour un article sur mon blog. C’est fait ! On ne sait jamais avec Paul si on s’adresse au professeur d'Histoire, au responsable des ressources documentaires et de la communication de l’Académie des Langues Kanak, ou au Consultant politique mais il est tellement sympathique que c’est toujours un plaisir. JP

Paul Fizin est originaire de la tribu de Hmelek à Lifou. Docteur en histoire de l’université de Bordeaux III,  il est spécialisé sur l’évangélisation protestante de la Mélanésie de 1850 à 1900. Il publie de nombreux articles scientifiques sur le sujet.

De plus il a dirigé la rédaction d’ouvrages institutionnelles dont « Congrès et Parlements de Mélanésie et du Pacifique » (Congrès de la Nouvelle-Calédonie) ainsi que « Le livre blanc de la jeunesse kanak » (Sénat-Coutumier).

Enfin il se passionne pour l’écriture de nouvelles et de poésie ainsi que de littérature orale du Pacifique.

Présentation et causerie chez Calédo Livres du recueil. Photo JP

Les chroniques référendaires de Paul Magulue Fizin évoquent de manière réaliste et impressionniste le référendum de novembre 2018, alors que deux textes-manifestes s'intéressent aux enjeux politiques actuels à lire dans Chroniques calédoniennes d'hier et d'aujourd'hui - Nouvelles historiques et paroles de Nouvelle-Calédonie. Un ouvrage collectif coordonné par Frédéric Angleviel chez Edilivre en 2019

Magulue Fizin est l’un deux directeurs de la collection Portes Océanes chez L’Harmattan, une collection calédonienne comme Les Lettres du Pacifique. C’est une opportunité pour de nombreux auteurs calédoniens de publier à compte d’auteur, les éditions Spinelle, un éditeur également comme L’Harmattan, est en vogue en ce moment, mais le catalogue des deux collections calédoniennes de L’Harmattan pèsent plus de 90 ouvrages. "Faute d’avoir trouvé à publier à compte d’éditeur, Les Moustaches de Tigre, mon roman sur fond de décolonisation de l’Indochine, a pu ainsi voir le jour." JP

Lien article les Portes Océanes Les deux directeurs de la collection Portes Océanes sont calédoniens, Paul Fizin et Frédéric Angleviel.

A la lumière du Tanoa Par Rose WETE et Dr Paul FIZIN est un recueil de poésie.

Rose WETE originaire d'Ouvéa de la tribu de Gossanah. Ses poèmes sont en anglais.

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Le plus de la rédaction :

Bozusë,

Hier j’étais très heureux d’avoir passé la soirée avec mon grand cousin. Chez nous kanak, c’est tout simplement un grand frère. Il m’avait appelé mercredi qu’il arrivait jeudi. Pilepoil. Après la réunion de direction, je demandais à Mme Nathalie de me ramener à la maison. En tournant vers le coin du nouveau bâtiment, le téléphone sonna. « Wws, c’est Dominique. Je suis à la guérite du collège. » : le frère. 

En levant mon regard, je vis la Peugeot blanche. Je repris que je le voyais. Il fit alors mouvement vers la rentrée du parking pour m’embarquer. Je lui dis de ressortir vers le pont et d’aller faire un tour vers les habitations de l’autre côté de la tribu en allant vers la chaîne. On longeait alors la masse noire du massif du Koniambo qui se découpait dans la pénombre de la nuit et qui dépliait son voile noir piqué d’étoiles : « Tu vois, si on continuait dans cette direction, nous allons droit sur Atéou et la tribu de Koniambo. Et si on piquait légèrement vers la gauche on atterrit à Hienghène. Au rond-point, on retourna. 

A la maison, nous avions mangé des pâtes et parlé de notre arbre généalogique jusque tard dans la nuit. 

La rentrée : la machine est mise en route. Lundi avait eu lieu la rentrée des élèves de 6ème. Mardi, c’était tout le collège de la 6ème jusqu’à la 3ème. Nous avons trouvé que la formule était meilleure. Les élèves de 6ème avaient fini leur cycle au primaire et allait entamer un nouveau cycle dans lequel, ils allaient passer 4 années. Le collège, vaut mieux et pour eux et pour le collège que ce soit les profs qui fassent la présentation de leur nouveau lieu de vie. On connait la suite si les anciens de 5ème… faisaient leur présentation… nous avons tous étaient élèves, n’est-ce pas ? 

Le pont : Le niveau de l’eau du pont n’est pas tout à fait descendu. La rentrée s’est faite tant bien que mal. Pendant que la cérémonie de rentrée se faisait sous le préau de l’école, certains parents avaient toujours leur attention tournée vers le pont. L’eau à un moment arrivait jusqu’au parapet. 

Il est 17H et rien ne s’est produit pour entraver le déroulement de la première semaine de cours. Nous en sommes heureux, on espère que la suite sera toujours pour le meilleur. 

Hnamelangatr : J’ai une pensée pour les élèves de Hunöj qui, cette semaine, en plus du problème de transport sur l’île, vivent une autre situation problématique. La cantine. Les parents se sont donc organisés pour subvenir aux besoins de nos petits choux. Un jour, c’étaient les parents de Koië, un autre jour, c’étaient les parents de l’autre bout qui préparaient la popote. Et dire que cette école dans neuf ans aura 100 ans. Ainsi va le monde wië me hatr

Pour vous, je dédie ce texte exercice de style que j’ai proposé à une association qui m’a demandé une dictée. Bonne lecture et bon weekend à vous de la vallée. Wws

La coutume ‘bombarde’ 

Lorsque Sarah eut jeté son bouquet dans la tombe de Tchabaé, il dracha et une bourrasque éclata telle une poudrerie. Elle souleva les fleurs du kapokier géant en ce lieu de dernier rendez-vous et les lui flanqua en pleine figure. Elle vacilla un moment au bord du trou et manqua de tomber : « Tchabaé, il ne veut pas me laisser seule sur ce quai. » pensa-t-elle. Et tout lui revint en ordre et en force comme si toute sa vie se résumait en un jour.  

Ce jour-là d’un mois de mai, la pluie fine lissait son doux visage. Sarah était radieuse, belle à s’ouvrir à la vie. D’une main, elle enroula le pain-marmite dans sa popinée et de l’autre, elle suspendit la cafetière. Sa petite sœur Léa la suivait avec le couvert. Elles apportaient le ristrette à leur oncle à la mine chafouine. Allez savoir ! Il parlementait avec un inconnu dans la case. Au moment où Sarah allait se baisser pour se déchausser et rentrer, le fada changea de ton et sa voix monta en volume. « Tiens, voilà une des filles de la maison. Bonne à marier. Elle vient d’arriver de Havilapour les deux semaines de vacances. Elle peut arrêter l’école. A quoi bon ? Elle quittera la maison de toute façon. » Le monsieur resta bouche bée. Il leva seulement les yeux pour dévisager Sarah. La lueur de la lumerote qui avait remplacé la lampe à pétrole au-bas du poteau central donna une pâleur plus mate à sa peau. Lorsque les deux filles furent entièrement dans la case, le vieux Nyimo leur dit de tout poser dans le foyer sans feu et d’aller s’asseoir à coté du monsieur. Sarah obéit. Elle salua l’inconnu en l’embrassant et alla se mettre de son coté sur la natte. « Toi, tu vas rejoindre les autres à la cuisine. » Léa posa le pain-marmite sur l’assiette, les deux tasses à coté de Sarah et disparut sous la pluie. 

Monsieur, encore bien vigousse pour son âge avait fait le trajet de Calédonie. Il n’avait prévenu personne dans son commerce de dépanneur. Ce champagné avait fini par avoir de l’influence parce que son business servait plus à aider les petits gens de chez lui à Poutchala qu’à faire un bénéfice. Un tap-tap l’avait conduit jusqu’à KejënyTchabaé avait déjà passé le demi-siècle, un baroudeur des grands océans de la vie mais qui était resté célibataire ; endurci au départ mais l’appel générationnel du devoir et surtout la présence de l’enfant qui allait devenir son épouse lui fendit le cœur. Il arrivait à Drehu pour demander une femme aux oncles maternels de son père. 

« C’est elle ta femme ! Vous pouvez reprendre le Cap des pins mardi. » Le vieux Nyimo avait parlé sans même rajouter d’autres paroles. Sarah demeura prostrée. Sa tête tournoya. Elle pleura seulement parce qu’elle avait compris qu’elle quitterait sa terre natale, celle qui a bu le placenta de sa naissance… pour toujours.          HNACIPAN Léopold (à la mémoire de ma mère et à toutes les femmes de mon pays

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