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culture kanak

Le numéro 60 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article

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Le petit plus de la rédaction :

Le collège de Tiéta a plus de 30 ans.

Un jour, un neveu qui m’a rendu visite à la maison voulait absolument que je l’amène pour qu’il foule la terre du collège de Tiéta. En montant les escaliers, je lui dis que la cour de notre école à Hunöj était plus grande que le collège de Tiéta. Il ne voulait pas me croire. Du haut des marches, on pouvait voir au fond le flanc de la montagne qui délimitait l’arrière-cour. Et je rajoutais que derrière le grand bâtiment de l’internat qui se dressait devant nous, il n’y avait plus rien. Lewatr était surpris. Il reprit disant qu’il s’étonnait plutôt par rapport au bruit que faisait le collège sur tout le territoire de la Nouvelle-Calédonie. Il faisait référence aux résultats surtout sportifs. Ben oui, on ne compte plus les trophées dans le CDI et dans la salle des profs. Et le collège continué le tapage dans beaucoup de disciplines. Je prenais l’exemple du neveu qui voulait voir le collège pour mesurer le chemin parcouru depuis 1990. C’est que le collège a grandi. L’ombre du manguier qui trône toujours à coté de la salle d’histoire/géo ne suffit plus pour contenir tous les élèves. Ce même manguier à ses débuts suffisait amplement et pour les élèves mais aussi pour tous les profs. 

Maintenant à coté des escaliers de l’entrée principale, il y a un grand bâtiment. Le grand bâtiment administratif, témoin que le collège est passé à la vitesse supérieure. Cela ne va pas sans heurts. Que veut-on ? 

Les frontières sont ouvertes, l’horizon s’est élargi en amenant le progrès. Internet est-là. L’autoroute de l’information amène à l’élève de Tiéta tous les évènements du monde et presque en temps réel. La vallée reculée n’est seulement plus que géographique. Les autres dimensions ne sont plus que de vagues vibrations. 

Oui mais toute cette révolution ne nous rajeunit pas. Et on dirait que j’ai peur. De quoi, je ne sais pas. Les lourdes responsabilités nous tombent dessus comme le massif du Koniambo. Et la génération, la nôtre, nous les assumons mais quand je pense à la génération de nos élèves, je me pose beaucoup de questions. J’espère que d’ici-là, ils auront le temps de bien mûrir et qu’ils seront en mesure de prendre la relève surtout pour tenir les rennes du collège de Tiéta et de notre pays à nous tous. La Calédonie-Nouvelle.   

Je l’ai écrit :

Mes 54 années pour que soit louée la Vie…

Je vais partager avec vous chè(res) ami(es) la réponse de mon père lorsque je lui ai annoncé un 24 mars d’une année oubliée : « Mon fils, ma paie suffit à subvenir aux besoins de la famille et de toute la famille. Papa te dis seulement de bien faire l’école. Je t’accompagnerai et plus tard lorsque tu auras un travail… de janvier à l’autre janvier, tu fêteras ton anniversaire tous les jours de l’année et tu t’achèteras le cadeau que tu veux t’offrir à toi-même. » Alors, je finis par oublier le jour de mon anniversaire mais je finis aussi par enlever ce jour-là de la tête de mes enfants. A la maison, la pratique est de ne pas fêter les diplômes, les naissances, les départs et d’autres évènements encore de la vie. Au fond, j’ai aussi un pincement parce qu’une année qui passe est une victoire sur les vicissitudes. Certainement qu’il y a une poussée existentielle de mon for intérieur. Faut-il l’extérioriser ? Le pli est déjà pris mais la porte aux partages restera toujours ouverte. A vous tous et à la toile… mes respects, ma reconnaissance et mes amitiés. 

Bonne éternité à tous et bonne lecture. Wws

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Le numéro 59 du petit journal Nuelasin de Tiéta est disponible et en téléchargement sur cet article

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Le petit plus du rédacteur en chef notre ami Léopold ci-dessous :

Bozusë. Ce n’est plus drôle à mes yeux d’afficher le tréfonds de mon être et je me pose toujours beaucoup de questions. Et cela n’est pas d’ordre culturel. Oh que non ! L’écriture est sûrement passée par là mais je ne dirai jamais qu’elle m’a libéré. Se retenir est un devoir. Je soulève seulement un pan de ma vie, le pan ‘soulevable’. Le reste de ma consistance, c’est pour le bilan que je présenterai à mes aïeuls

Wawa, mon amour… 

Cawiouko le Lundi 30 avril 2018 (7H20)

Je suis toujours amoureux de mes filles qui sont devenues femmes maintenant. Walila, Yvane (fille de mon petit frère), Sisa et Valiraka mais celle-là est encore toute petite et innocente. Elles sont à table en ce moment avec celle qui leur ressemble. Elles discutent avec leur maman. 

Samedi, journée de dédicace devant la librairie de Koné, le petit écolier. J’étais sur une chaise et devant la table à dédicace, où je signais mes livres ; je vis descendre vers le rond-point plus haut à quelques mètres de l’endroit où j’œuvrais. Wawa. Ma fille avec son petit ami. Ils allaient à la banque de la société générale qui se trouvait de l’autre côté du rond-point et à quelques pas de la librairie le petit écolier. Le garçon m’a tout de suite reconnu et de loin. Il s’arrêta et tourna sec sur ses pas. Il fit demi tour. Il disparut derrière la barrière de la mairie de Koné. Ma fille continuait toute seule pour retirer des sous au guichet extérieur de la banque. Elle allait repartir en traversant la chaussée lorsque Mme Noëlla la héla : « Faut pas avoir peur de nous saluer. Ton père est ici avec nous. Il dédicace ses livres. » Je vis l’étonnement dans les yeux de ma fille. Elle penchait légèrement la tête en balançant sa coiffure en queue de cheval pour me dénicher parmi le monde qui m’entourait. Je voyais bien que ma fille était gênée. Elle a été surprise. Elle avait honte. Toujours belle avec sa queue de cheval, elle vint m’embrasser pour dire bonjour. Elle salua le reste de monde qui m’entourait. Après un moment de discussion pour marquer son passage, elle repartit rejoindre son cœur caché quelque part, je ne sais où. 

Hier, pendant le petit-déjeuner, je m’apprêtais à faire la méditation avec Valiraka, Wawa arriva tout sourire dehors avec des baguettes de pain dans les bras. Il y a toujours un air nouvel lorsqu’elle arrivait à la maison. Sisa aussi mais toutes mes filles aussi. Même lorsqu’elles passaient en coup de vent. Wawa en stage à l’IRD, Sisa au lycée. Elles me mettent un quelque chose qui m’étrangle la gorge et qui me fend le cœur. Elles doivent partir un jour de la maison. Tel est le destin de nos filles. Hier, après le petit thé je n’ai pas arrêté d’embrasser ma fille. Oui, mais ce n’est plus pareil. Je n’embrasse pas Vali. Je n’embrasse plus la petite fille que Wawa était. Une femme. Et je suis un peu jaloux de son homme et un peu honte de moi-même. L’éducation que j’ai donnée à mes filles, j’y tiens. J’espère qu’elles rendront heureux celui qui sera captif de leur cœur et feront la joie de leur nouvelle famille.  

Après le départ de maman, je me surpris à chanter cette chanson qui m’arrivait sur les lèvres sans que je sache pourquoi. En réfléchissant, je me mis à pleurer. C’était en moi, enfouie depuis je ne sais. Je chantais, criais et pleurais. Trois en un. Moi.

N’était-elle pas belle la vie calédonienne/kanaky/caldienne etc... ? 

Aimons…chantons…vivons.

 

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Nuelasin numéro 58, avec téléchargement gratuit disponible sur cet article

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Le numéro 58 de Nuelasin est disponible, j’ai eu le plaisir de rencontrer le rédacteur en chef au centre culturel Jean-Marie Tjibaou ce vendredi, il avait fait le déplacement pour rencontrer des lycées à l’occasion de la rencontre Prix Vi Nimö.   JP

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Le plus de rédaction :

Tiéta le 02 juillet 2021

Bozusë. Avant de partir au centre JMT pour la rencontre avec les lycéens cet après-midi à 13h, je vous livre le mariage Amekötine, comme les gens de Hunöj l’avaient nommé. C’était le mariage de ma grande sœur à la tribu, célébré bien avant les années 80. Ci-dessous, un extrait de mon livre Simano paru en 2015. Amekötine signifie diriger. Littéralement, rendre droit. 

C’est la traduction de petit-chef dans la langue drehu. Je n’ai pas l’explication de son statut officiel dans les registres de l’administration. Grand-chef, petit-chef sont des termes attribués par les européens aux indiens des Amériques (je suppose) Dans la langue drehu, Grand-chef est traduit par angajoxu dont le radical est joxu qui signifie dieuAngajoxu serait Dieu le père dans le lexique judéo-chrétien. Grand Dieu !

« Il existe à Huiwatrul[1] un mariage que les gens de la tribu ont fini par dénommer le mariage Amekötine. 

L’homme et la femme vivaient en concubinage depuis de très longues années chez la famille de la fille. La famille du garçon ne voulait pas de Macojukö à cause de la filiation, mais aussi pour d’autres raisons. Les leurs. 

Amekötine demanda alors aux deux êtres concernés les raisons qui les empêchaient de se marier. Nyineu lui répondit que sa famille ne voulait pas de la fille qu’il aimait. Amekötine reconsidéra la question en insistant sur le fait que le plus important pour la vie du couple était l’avis des deux êtres concernés. Il leur demanda s’ils voulaient être mariés par lui sans passer par le consentement des familles. Ils lui donnèrent leur parole. 

Le petit chef alla après voir les chefs des deux familles respectives, chacune de son côté. 

Il évoquait toujours la raison que les hommes et les femmes ne doivent pas vivre en concubinage dans la tribu. Cela relevait des pratiques anciennes qu’il fallait bannir. 

La religion avait amené la lumière avec le mariage... Les gens n’étaient plus à l’époque du cannibalisme et de la polygamie. Et patati et patata… 

Tout le monde en convenait.

Certaines personnes firent encore de la résistance, mais le vieux Amekötine partait confiant, fort de ses certitudes. Une fois les deux familles averties, il invita toute la tribu à la célébration du mariage chez lui. Une grande journée festive. Il alla prévenir la grande chefferie Boula, l’officier d’état civil et le pasteur de la paroisse. Les trois P, comme il disait pour les trois personnalités. 

Le jour du mariage fut enfin annoncé dans le temple comme s’il s’agissait d’un mariage ordinaire. 

Ce jour-là, chacune des deux lignées apporta un gros bougna cuit au four traditionnel et porté par plusieurs hommes. Ces deux bougnas furent échangés. Celui, confectionné par la famille du garçon fut donné à la famille de la fille, et le bougna apporté par la famille de la fille fut donné au clan du garçon. 

Les mamans confectionnèrent d’autres bougnas, de taille normale, qui furent mangés par tous les membres des deux maisons réunies. 

Le clou du « mariage Amekötine » était la cérémonie des cadeaux. 

L’alchimie voulut que chaque personne de la tribu apportât un présent. Oh ! Pas d’appareils électroménagers ni électroniques. Ce n’était pas encore l’époque d’Internet, et parmi les cadeaux on pouvait voir seulement les biens que les gens possédaient à la tribu. Des ignames et divers tubercules. Il y avait moult couples d’animaux. On aurait dit Noé qui allait s’embarquer dans l’arche. Ainsi la paire de bétail côtoyait la poule et son coq, le chien et le chat faisaient bon ménage. Une cane et un canard se trouvaient aux côtés d’un bouc puant et sa bique. Les mamans avaient aussi apporté divers plants et diverses variétés de fleurs. Les gens parlaient et chantaient au milieu des animaux qui geignaient. Tous ces animaux sociaux s’égosillaient ce jour-là. Il y avait de la joie d’un coté et des plaintes de l’autre. Et tous ces cris à l’unisson montaient droit comme un louange vers les cieux.

Tous les cadeaux restèrent chez le petit chef, jusqu’au jour où la tribu eut fini de construire la case du couple ; le bois et la paille avaient été offerts par un autre couple en promesse de don parmi les cadeaux. Un entrepreneur, originaire de la tribu, qui venait de s’installer à Drehu avait aussi participé en amenant des feuilles de tôles ondulées. Les vieux et les gens qui étaient venus partager la journée avec la famille des deux mariés s’extasièrent devant l’ampleur et surtout le succès de cet événement. 

– Le « mariage Amekötine», voilà le genre de mariage qu’on devrait célébrer sur toute l’île, cria un vieux séduit par la sincérité de l’événement. 

Au niveau des dépenses, il n’y en avait pas, ou peu. Chacun avait apporté selon son cœur. Ce mariage fit grand bruit sur toute l’île. N’en déplaise aux familles qui voulaient toujours fixer la barre haute en mariant leur fils pour faire étalage de leur richesse. Le couple vécut heureux jusqu’à la mort de l’épouse. Mais le mariage reste encore dans la conscience tribale. Et quand surviennent des problèmes conjugaux ou d’une autre nature, les personnes qui avaient célébré le « mariage Amekötine », n’hésitaient pas à se remémorer leurs agréables souvenirs. »

Hnacipan Léopold (extrait de Simano 2015, éd. Écrire en Océanie)

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Nuelasin numéro 57, avec téléchargement gratuit disponible sur cet article

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l'en-tête du journal 57

l'en-tête du journal 57

Une fois de plus, Bravo Léopold Hnacipan à toi et a ton élève pour le 1er prix Collège FELP de Tiéta – Voh- Nouvelle Calédonie à Jill WRIGHT (5ème A) pour « Le trésor de Kephren » du concours de Contes et Nouvelles d’Opalivres ! En France ! Tu peux embaucher ce garçon pour la rédaction du journal, je pense qu’il fait déjà partie de l’équipe. JP

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Le plus de rédaction : Tiéta le 25 juin 2021.

Bozusë.

J’ai une grande pensée aux enfants du pays qui reviennent pour les vacances après les mois difficiles de confinement qu’ils ont vécus loin des leurs. Il y en a parmi elles/eux qui ont réussi dans leur cursus. Félicitations. Les autres qui n’ont pas eu leurs partiels d’avant juin, je leur souhaite un grand courage et un redoublement d’effort pour les exams de rattrapage. Bonnes vacances à ces étudiant(es) qui aussi lisent Nuelasin.

Une grande joie de vous offrir le texte qui suit pour accompagner votre journal Nuelasin 57 de ce vendredi. Je vous demande de retenir le nom de l’auteur, il est de Hunöj. La relève ? Vous êtes témoin de son envol. Je dédie son texte aux jeunes arrivants de Métropole et à ceux qui y sont restés, loin des yeux. C’est pour vous cette envolée superbe.

Bonne lecture à vous de la vallée. Wws

Une envolée superbe

            L’amour est un sentiment très fort qui nous élève. Dans ma famille, il m’a permis d’avoir une enfance heureuse et de créer une dynamique pour m’envoler dans la vie.

« Il y a comme des pages dont le hasard est fait qu’on aimerait déchirer et jeter loin, très loin. Moi, pour rien au monde je ne renierais mes souvenirs. Ces clichés m’ont aidé à me connaître pour me situer dans ma généalogie, puis dans ma trajectoire dans le rapport au monde. C’est alors que je me suis senti plus rassuré. « Je sais d’où je viens et où je vais. » me disais-je. Je ne me posais plus de questions quant à ma place dans le monde ni dans la coutume. Toutes ces questions qui taraudent l’esprit de tous jeunes gens de ma génération à vrai dire, au fond définissaient mon identité, ma place en tant qu’homme, ce à quoi j’inspirais à devenir. »

Les chiens commençaient à s’exciter autour du champ au moment même où retentissait le trille du « eatreu » petit oiseau jaune à lunettes venant de la forêt toute proche. Il donnait l’alerte, signal pour marquer la fin de toutes activités dans les champs. « Il est temps de rentrer à la maison. » : fit mon père craintif et aussitôt avec maman, ils se mirent à ramasser les derniers tubercules fraîchement récoltés, disséminés ça et là sur le sol. Ils serviraient de provision pour notre séjour à « Mele » dans l’arrière-pays, derrière les falaises quand on allait au bord de la mer. A cette heure le soleil a déjà touché la cime des arbres de Sez, signe qu’il nous fallait nous empresser de tout mettre à l’abri. Le monde des esprits allait se confondre avec le nôtre.

En ce temps-là, je devais avoir quatre ou cinq ans et mon père m’expliquait déjà beaucoup de choses importantes pour la vie et tout cela s’entremêlait dans ma tête.

Tôt, le lendemain, papa fermait le dernier sac. Mon grand frère qui s’excitait, était tout comme nos chiens qui hurlaient de bonheur. Ils ne semblaient pas ignorer où on allait. Et ils s’impatientaient en poussant de petits cris et en tournoyant autour de papa. Mes parents ma sœur et mon frère avaient chacun un sac accroché aux épaules. Et moi j’étais haut perché à califourchon sur la nuque de papa. « Nous devons être dans la grande forêt avant que le soleil soit plus haut et darde plus fort ses rayons. » : enjoignit mon père d’un air plus appuyé en remuant la tête de haut en bas.

C’était mon baptême, la première fois que j’allais au bord de la mer. Et dans un ravissement profond, je m’enthousiasmais en sautillant sur mon siège. Papa me gronda.

Sur le sentier qui serpentait à l’ombre des grands arbres, ma curiosité monta d’un cran… elle venait de très loin, je suppose. Et le fond de mon être, me poussait chaque fois à faire des remarques auxquelles papa répondait toujours par des chuu… en portant l’index sur les lèvres. Chaque réponse à une question avait son temps. Sur ce chemin-là, nos interrogations demeuraient interdites, tous nos pas étaient mesurés ; pour ne pas déranger l’esprit de la forêt, disait-on.

A cet âge, je ne mesurais aucunement le degré de dénuement dans lequel vivaient mes parents. C’était criard et cela sautait grandement aux yeux des autres familles de la tribu. Aucun des deux ne travaillait pour avoir droit aux allocations. Alors, ils se donnaient inlassablement corps et âme au travail des labours pour nous faire vivre. Nous vivions de la chasse et de la terre. Ainsi pendant les vacances scolaires mes parents emmenaient toute la marmaille dans le littoral du pays pour assurer ce que mon père appelait ‘le tonnage,’ pour bien manger. Je ne sentis même pas le regard de nos familles pesant sur nous, à vrai dire dans le cœur de la fratrie, c’était tout le temps le printemps.

Dans la forêt, nous marchions. Les fourmis me dévoraient alors que la chaleur se faisait sentir et la douleur des morsures devenait de plus en plus insupportable. Mon grand frère, le torse nu courait devant avec les chiens. Et maman qui fermait la marche, racontait à ma grande sœur sa première virée au bord de la mer. Mon père quant à lui, m’expliquait l’importance des arbres, des « husapa » point d’eau dans la forêt et des feuilles mortes. Il m’apprenait ensuite à lire les pistes d’animaux comme dans un livre. Sur son dos, je me surprenais à deviner des odeurs et à citer le nom des arbres et des fougères. Les « sö », « trelewegeth », « hnë » et hmana, comme leurs branches, dansaient en écran derrière mes paupières. Je me sentais tellement heureux que la douloureuse morsure des fourmis n’est plus qu’un lointain souvenir. Le trajet était long mais personne ne se plaignait. Le plus important, c’était que nous soyons en famille. Unie, pour ne pas sentir notre situation et échapper aux regards de la tribu.

Soudain, nous arrivâmes devant une grande falaise que nous escaladâmes sous le regard des roussettes posées sur un banian. Elles ne semblaient guère effarouchées. « Il semble qu’elles nous encouragent à marcher plus vite » : s’écria ma sœur. Ils feraient partie de notre menu, le « boeboel » de la cuisson ce soir reprit mon frère. Arrivés au sommet de la paroi, mon père fit halte et me dit d’écouter. Je tendis l’oreille : « C’est calme. » Mais papa me reprit disant de faire un peu plus attention. « Écoute bien mon fils. Tu ne t’es pas bien concentré. » Rajouta-t-il.

Du haut de cette muraille le ressac de la houle qui se heurtait aux rochers, me parvenait. Le vent traversait la forêt en survolant les arbres et en emportant le chant des oiseaux. Au loin, se dressaient les pins colonnaires sombres comme des ombres voilées par la brume. Ils rendaient l’endroit à la fois magique et hostile. Nous entrions dans un monde féerique et surnaturel. La mer était agitée. 

Avant la descente en rappel, une odeur de mousse et de feuilles mortes sur les rochers, m’envahirent les narines. Dans une crevasse un crabe rose, l’air méfiant, m’épiait. Les pinces dressées au-dessus de la carapace.

« À partir de maintenant, plus de questions ni de bruit. Nous sommes dans un monde qui n’est plus du nôtre. Nous ne sommes que de passage, on prend ce dont on a besoin et on repart. On respecte les lieux. Ici, il y a les esprits bienveillants mais il ne faut pas les incommoder. Nous devons économiser l’eau et garder l’endroit propre. » Disait mon père d’un ton un peu plus autoritaire.

De l’échelle en bois pour descendre de la falaise, jusqu’au « qahlapa » campement, on installa des pièges à crabe de cocotiers. Mon père de son coutelas coupait les cocos secs en deux, mon frère et ma sœur les accrochaient à des racines d’arbre. On viendrait dans la nuit pour les éclairer. Sur le chemin maman, ramassait quelques « hone pahatr » des cœurs d’une fougère comestible. Ce serait pour la soupe du soir.

 A Joea, on installa notre bivouac sous la cocoteraie. Avec des feuilles vertes de cocotier, maman tressait des nappes qui nous serviraient d’assiettes. Les « behno » nous serviraient de natte. Je n’en avais pas besoin parce que j’étais suspendu sur un hamac. Papa débroussait tous les cocotiers en prenant garde de ne pas faire de mauvaises rencontres comme des serpents de terre. L’endroit en était infesté. Mon frère et ma sœur n’avaient pas attendu. Ils étaient déjà partis à la mer pour faire la pêche. « Isa öni than ; chacun mange sa prise » : claironna mon frère sans doute pour m’inciter à les rejoindre.

Après le grand nettoyage de la cocoteraie, avec mon père nous descendîmes par un chemin qui rentrait dans une crevasse de la paroi rocheuse pour sortir à la mer. Alors nous parcourions le « ngöne waja » le rebord sous les falaises. De la main gauche, papa m’attrapait par la main et de l’autre, il ne quittait pas sa sagaie. Parfois il piquait un perroquet et d’autres poissons encore qui venaient trop près du bord. Mon père faisait presque un avec la falaise dont il prenait la couleur. Il semblait même danser avec les poissons qui remuaient les nageoires au rythme des vagues. Pour les attraper, mon père s’immobilisait un moment en laissant le poisson s’approcher presque jusqu’à ses pieds. Et cela fonctionnait. Il n’avait plus qu’à les piquer. Avant de remonter rejoindre maman, on remerciait l’esprit des lieux.

Le soir venu, les poissons étaient sur le « pek » fumoir. Autour du feu nous sommes tous assis. J’étais alors dans les bras protecteurs de maman. Papa était en tailleur de l’autre côté du foyer. Les flammes dansaient entre nous, en nous réchauffant après la pêche. Parfois du bleu et du vert sortaient des bûches pour lécher le « pek » sur lequel cuisait notre poisson pour le dîner. Nos âmes étaient en paix. Le vent du large nous soufflait dessus. Les légendes commençaient à entrer dans nos sens et nous pénétraient de partout. Le surnaturel venait en communion avec cette chaleur humaine et ce feu. Même les étoiles et la lune participaient à cette grâce qui naissait dans le cœur de chacun de nous.

La magie s’opérait. Cette nuit-là, j’ai lutté pour ne pas fermer les yeux. Tout était beau. Mais à une heure avancée, le sommeil eut raison de mon corps frêle.

Au petit matin les crabes de cocotier étaient accrochés sur quelques branches des arbres alentours, les ignames cuisaient dans la cendre et mon papa dormait paisiblement à côté du feu.

Aujourd’hui je suis reconnaissant envers mes parents, qui malgré le peu de ressources qu’ils avaient, ont fait de moi ce que je suis devenu. Ils m’ont offert l’essentiel d’une enfance heureuse. Je me sens aussi reconnaissant pour ces endroits qui nous ont accueilli et nourri. Et j’essaie désormais au mieux de marcher sur les pas de mon père toujours avec humilité et beaucoup de respect. 

Quand la force de l’écriture m’a pris, ma fougue dirigea droit ma plume pour noircir ces pages et donner mon témoignage à la force du seul homme, dont je suis l’héritier, et que je juge fort bien de m’avoir éduqué à aimer la vie. Son nom a exigé le respect des hommes de tous les âges à Hunöj. Je lui dois tout. Hommage ! Saipö, c’est mon père. Jim Saipö

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La coupe du monde à Hunöj.

Avant les années 80, les hommes de la tribu dormaient dans une seule case. C’était une habitude comme si l’équipe de foot allait jouer le lendemain. Pendant la période de la coupe du monde, les footeux se retrouvaient chez un frère pour regarder le match diffusé en direct à la télé ou bien à la radio. Palpitant ! A cette époque-là, il n’y avait pas beaucoup de foyers à la tribu ni même dans l’île qui avaient des postes de télé. Et s’il y en avait, c’était le noir et blanc avec plein de petits points grésillants à l’écran. Mais quelle vie et quel engouement générait le ballon rond ! Pour des matchs qui se déroulaient à des heures indues, les hommes veillaient pour ne pas rater le coup d’envoi. Et c’était bol de café sur bol de café. Tout le monde suivait même les hymnes des deux pays. Chacun connaissait les noms de tous les joueurs. Tous les joueurs de tous les pays du monde. Du monde entier. Un homme savait même situer le pays participant dans son continent. C’étaient des cours de géographie que les uns donnaient aux autres. L’émulation faisait du coup des intellectuels faits maison (le temps de la coupe.) Des noms bizarres de pays et de joueur sortaient comme par enchantement. On se toisait, on pavanait. Mais si on s’intéressait de plus près à cette horde de supporters hunöjois, on se rend vite compte qu’ils avaient quitté très tôt les bancs de l’école pour des raisons que l’on connaît déjà. Manques de moyens financiers, manques de modèles, manques de motivations, manques de… etc… à n’en plus finir et ces raisons précitées ne sont guère révolues. 

Le lendemain de chaque match, chacun vaquait à ses occupations comme aller à son champ d’ignames… en pleine forme. Le Atr dans toute sa dokamoïté. Le foot a tout résorbé. Il a absorbé même les soucis du quotidien. Le football revigore … en attendant de se revoir à l’occasion du prochain match dans la même case. 

                  Allez ! Pour l’Euro 2021, je me lance ; mon cœur bat pour les bleus. A chacun sa potence. 

Et, en souvenir de ces années 80, je vous dédie cette chanson de Kobi de Orian en pensant bien sûr à Wana e fei wanadro. 

Bonne lecture et bonne écoute à vous.

Wws

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Trop lourd le mariage drehu : « Mettons un coup de pied à la fourmilière. »

Lundi 18 janvier 2021

Une journée exceptionnelle. Très lourde de pensées. Je me réveillais avec l’idée d’aller chercher Hnatu pour une course à Wé. Même pas de petit déjeuner ce matin-là, je partis. Chez le petit chef, sa fille voulut se joindre à nous. Nous partîmes à trois. La petite fille fut très heureuse de se rendre utile en me montrant le bureau de la CAFAT où je devais récupérer un papier pour joindre au dossier d’inscription de Sisa. La dame du guichet alors me dit de repasser : « Monsieur Hnacipan, repassez avant 11h, j’ai envoyé la demande de votre dossier à Nouméa. Avant 11h, je vous rappelle que nous sommes fermés l’après-midi. » « C’est retenu ! » Lui répondis-je. Je sortis. J’avais deux autres courses. Mais la priorité était donnée à Hnatu. C’est lui le petit-chef de notre tribu. « Je dois aller voir un responsable de l’aire coutumière des Îles. Un papa est venu à la maison dans la nuit pour me dire qu’il voulait faire revenir son fils qui vit maintenant en France. C’est pour son mariage. » Disait-il. Peut-être, qu’il voulait aussi avoir mon avis sur le conseil coutumier et je ne sais. Il s’éclata plutôt quand il m’entendit dire : « Mais dis au garçon de se marier en France. » « Purée, mais Wws, t’as raison… » Riait-il en balançant la tête de gauche à droite. Il pensait. Il réfléchissait. Oui. J’en étais sûr parce qu’il revint plus tard sur ma pensée quand on roulait entre Jozip et Hnaeu : « Mais Tonton (Hnatu, est aussi mon neveu), à bien y réfléchir ; c’est pas plus mal de se marier ailleurs. » Je riais en laissant aller sa pensée. « Tu vois, chez nous, il y a trop de travail pour un mariage. C’est bien… mais je suis aussi en train de penser aux mariages qui n’ont pas tenu. Le couple se marie, après ils se séparent. Le travail des vieux et de la coutume… oups dans le vent. Et nous avons plein d’exemples sur le sujet et sur ce cas précisément.» Après, on ne parlait plus. Wadrenga dormait profondément sur le siège arrière et le vent sifflait sa chanson sur les rétroviseurs. On retournait à Ponoz.  

Je suis en ce moment en train de penser à ce que j’ai écrit plus haut. Le neveu est arrivé de France spécialement pour son mariage. Le couple repartira. Quand ? C’est la question. 

Avant de partir en vacances, j’ai échangé avec un monsieur qui partait à Drehu. Il me disait que son épouse était déjà là-bas. Des mariages, il en a dénombré trente et un dans son district. J’ouvris grand les yeux surtout que dans sa famille, le papa a exigé des enfants 100000frs (cent mille francs) pour les coutumes. A Kowe Kara, en ce moment, c’est mariage sur mariage. On se marie et on continue de crier au désastre. A quand la reforme ? Le mariage kanak de nos jours est une calamité, du point de vue financier, qu’on s’entende. Il plombe les ménages. En ce vendredi précisément, du côté des Wetr, il y a une famille courageuse qui teste la réforme. C’est au foyer vietnamien pour celles/ceux qui ont le temps. Allez y. la famille, je la connais, vous accueillera bras ouverts. A Hunëtë, dans le Wetr, il y avait aussi eu un mariage du fils d’un dignitaire de la chefferie du grand Wetr. On attend beaucoup de ces prises de position couperet et incisive. Je pense que les autorités ouvriront grand les yeux sur ces essais (on va dire.) Il serait de soutenir l’initiative et améliorer. Le pays en a énormément besoin. Les discours pour mélanger Dieu&coutume&clan etc… sont caducs. Les paroles abrutissent plus d’uns et désorientent le socle de la future société kanak. Faut une remise en cause très profonde de notre vision de la vie. Le mariage dont on se sert/qui nous sert, est très lourd voire avilissant. Il a servi nos vieux parce que c’était à leur mesure. Si on continue sur la lancée, les couples ne vont plus se marier ou vont changer d’éthique. J’entends par éthique, d’autres valeurs… qui remettent en causent la structure première c’est-à-dire notre coutume. En Drehu, on dit : « Axö ojei Qahemë » explication : nous sommes en train d’élever des murènes comme Qahemë. Comprenez la suite.  

Nge ini a nango lapa (j’étais assis paisiblement)

  • Nge ini a nango lapa ngöne fene la i sinöe /alors que j’étais assis sous un arbre
  • Nge ini a öhnyi nyipë kola trongëne la gojenyi/et c’est là que je vous ai vu en train de marcher sur la route.
  • Ch- Nyipëti a troië pane manoju theng ke kucakuca ha nyipëti lai hna tro trohemi italofa itre sinenge löjë the xou kö eö ece itre sineng./Où allez-vous ? Daignez rester un moment avec moi. Vous êtes sûrement fatigué d’avoir trop marché. Venez, soyez les bienvenus. Entrez dans la maison. N’ayez aucune crainte vous êtes de ma famille.
  • Nyipëti a traqa ece ke hetre trongei nyipë/Vous êtes arrivés ici, à cause de votre ministère
  • Trongei Akötresie ke nyipëti la soja i Iesu/le ministère de Dieu parce que vous menez le combat pour Jésus 
  • Itre sinenge pëkö pengön icipa menu hi lola/La famille, je vous ai retenu pour pas grand-chose Ngo matre pane manoju, ke kucakuca ha lai hna tro. /C’était plus pour que vous vous reposiez parce que vous êtes trop fatigué d’avoir trop marché. 

Bonne lecture et bon chant de la vallée. Wws

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Le petit plus de la rédaction :

Bozusë

Mois de janvier 2021.

Un jour, je reçus la visite d’un ami qui me donna l’idée de partager avec lui le parcours que je faisais habituellement, lorsque je sortais de la maison, histoire de prendre l’air et de marcher un peu. Nos pas nous portèrent alors jusqu’à Hnamelangatr. L’école de la tribu. Dans 10 (dix) ans, elle aura 100 (cent ans.) Elle sera comme Havila et Hnaizianu les deux autres établissements, de l’ASEE. 

En arrivant sous la véranda du premier bâtiment, je tentai de situer les anciennes bâtisses (de mon époque), celles qui avaient abrité mon enfance. Mais tout a changé. Je tournai alors mon regard vers la cour. Seul le grand badamier trônait royalement. Il ombrageait désormais une aire de jeux d’enfants. Des balançoires traînaient ça et là. Eparses, et toujours avant d’entrer dans la forêt de caféiers qu’ombrageaient les troncs massifs argentés de peupliers. Le grand arbre n’a pas changé. Oui, et j’ai déjà posé la question à plusieurs personnes de la génération du dessus au sujet de ce géant. Elles disaient, qu’il est resté le même depuis qu’elles aussi, étaient enfants. Immuable. Le soleil est le seul témoin de la main qui a mis la graine dans cette terre de Hnamelangatr. Les enfants de notre génération, nous jouions au loup en grimpant sur l’arbre. Nous sautions de branche en branche. Certains avaient même lâché prise et étaient tombés. Mais ça, nous le cachions aux parents. Sauf pour les fractures. Cas extrême qui finissait toujours par des séances d’astiquage. Heureusement qu’il n’y avait jamais eu de départ précipité vers l’au-delà, à cause de nos jeux d’insouciance. Le cimetière de la tribu étant tout juste à quelques encablures. Des branches du badamier, la vue donnait sur les tombes qu’on évitait de regarder de peur d’être appelé par nos familles parties avant nous. C’était dans notre conscience commune d’enfant de cette époque-là et la formule était quasi obsessionnelle. 

Lewatr était le plus agile de tous. Il arrivait à sauter dans le vide pour se saisir d’une branche à deux mètres ou plus dans l’autre ramure. Impressionnant ! Là-dessus personne ne l’imitait. On tombait seulement d’accord pour dire qu’il était le meilleur. Mais j’ai toujours en tête l’accident de mon grand frère. 

Un après-midi d’un dimanche. Pierre était perché tout en haut d’un oranger. Oui, chez nous, il n’y avait que cette variété d’agrume qui couvrait toute la propriété.  Une grande sœur mariée dans les environs était venue pour demander des oranges. Pierre, plus prompt, a tout de suite grimpé sur l’arbre. Comme un singe, dirais-je. Je n’ai même pas vu comment il était tombé. Il a eu la vie sauve en s’accrochant machinalement sur une branche d’un grand caféier qui poussait non loin du grand tronc d’oranger. Il s’était accroché dessus. Il geignait. Mon autre grand frère l’a fait descendre précautionneusement des branchages. Il l’a allongé sur le sol et avec les dents il a sorti un long morceau de bois qui lui était rentré dans le pied. Maman a alors saisi des feuilles médicamenteuses pour crachoter dessus la blessure. Pierre s’est levé après et a marché. Il boitillait au début, mais après, il avait retrouvé l’usage de son pied. C’était comme si ce dimanche après-midi était d’ordinaire. La grande sœur a ramassé ses oranges et a disparu. Nous, les enfants de la maison, sommes partis devant l’église pour jouer avec les autres enfants de la tribu. La Terre n’a pas fait cas de l’accident de mon grand frère. Elle a continué sa révolution sans que rien change au monde. 

Trawel est toujours resté meilleur pour moi et pour nous tous de la génération. La cime des arbres. Lewatr. 

Bonne lecture et surtout bon chant.

Wws

 Ci-après, un requiem. Définition : Prière, chant pour les morts, dans la liturgie catholique. (J’ai extrait Hnenge hna awe d’un recueil de chants de l’église autonome commission chant version 1984)   

Hnenge hna awe 

Hnenge hna awe (j’ai gémi) ngöne melöhlem (dans le noir, dans les ténèbres) tha öhne köni la gojeny (je ne voyais pas le chemin/la route) sihngödri la ajai Angakaka (le choix du Père Céleste n’était pas explicite) miti drai hë la hnengödrai, (le ciel s’est assombri) Kola iwatratra nöjei atr (la foule s’est mise à se détester/les gens se sont mis à se haïr) matre menu menuhë la unge,(raison pour laquelle mon esprit s’est troublé) ini a thele Akötresieti (je me mis à la recherche de Dieu. Dans d’autres versions Akököjëti plutôt que Akötresieti. Le sens reste le même. Dieu le père) ngo kösë hnei nyidrë hna zae (mais il s’était caché, semble-t-il.

CH - Tro ni a lö,(je vais rentrer) sesë, sesë, (en sautillant, sautillant) kösë neköi kau a lö qa hnuma (comme un veau qui sort de la maison /l’enclos) Ke tro Iesu a xomi ni kowe la ga tingetinge me lolo (bis) (pour que Jésus me guide/prenne/m’amène vers la paix et le bien/le pays où règnent le calme et la paix.)

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Le numéro 53 du petit journal de Tieta spécial fête des mères en téléchargement.

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Le petit plus de la rédaction

Bonne soirée et bonne fête à toutes les mamans du monde.

Le texte qui suit relate ma naissance. Nous sommes en 1964. Et j’ai une pensée très forte à mes deux mamans, nenë Hmohmoa (Hélène dans le texte qui suit) et nenë Pamani (partie rejoindre sa sœur l’année d’avant dans l’autre monde.) Un extrait du texte avait déjà été publié dans Nuelasin (?) Je vous livre tout le récit à l’occasion de l’anniversaire d’un an de votre gazette. 

Que mes lectrices et mes lecteurs me veuillent absoudre. C’est déjà l’autre partie de la journée. Je voulais vous envoyer Nuelasin avec le lever du jour. Je le fais à son coucher. En ce moment, je cours. Et cela n’arrête pas. 

Ah ! j’allais oublier de remercier Mme Alexane Rousset (dans ce numéro) qui était bien passée dans mon bureau hier après-midi, juste pour me saluer. « Qaja, kuca » comme disent les drehu. « Dire et faire » Mme la lectrice de Nuelasin l’a dit (dans le journal) et elle l’a fait. Oleti beaucoup de la visite.

Bonne lecture de la vallée. Wws

Hélène

Quand Hélène ouvrit ses yeux ce jour là, elle ne vit plus son mari qui s'était levé tôt. Très fatiguée de la longue nuit entrecoupée par ses sorties nocturnes, elle mit du temps pour se traîner jusqu'à la base du poteau central. C'est là que son mari, entreposait le thermos d'eau chaude. Elle prit son thé accompagné de biscuits qu'elle sortit de la barrique du garde-manger. De l'autre coté du foyer de feu, Boula, le vieux du clan continuait de limer son couteau. Il s'apprêtait à quitter la maison pour aller défricher son champ d'ignames et déplacer son cheval. Le bruit de la lime sur la lame du couteau provoquait sur Hélène une sorte de nausée. Elle se sentait très mal et avait des envies de vomir. La jeune femme arrivait déjà à son terme. Elle allait donner naissance dans le clan de la famille de son mari pour la quatrième fois. Le vieux, lui, ne jetait même pas un regard aux souffrances de la dame. Ses yeux étaient fixés sur les mouvements d'aller et venue de son poignet sur son couteau. Il levait ses yeux de temps à autre pour regarder le feu dans son foyer et cracher dans la cendre. Et il reprenait son travail. Autour de lui des chiens. Et leur présence témoignait de l'activité journalière du vieil homme. Le vécu tribal. Il allait à son champ pour apporter des soins à ses ignames mais il était aussi le meilleur chasseur de la tribu. Quand il y avait des gens qui venaient le voir pour leur champ d'ignames dévastés par des cochons sauvages le vieux Boula se dressait en salvateur. Il abattait le cochon le jour même ; c'est qu'il possédait la meilleure meute de chiens de chasse à la tribu. La vie du vieil homme alors était rythmée par le nourrissage de ses bêtes. Sa proximité avec les animaux faisait de la case une pouponnière. Vers la fenêtre ; on pouvait entendre des chiots geindre. Une portée de quelques jours.

Hélène, elle, sentait aussi son jour. Et, elle n'avait ce jour là personne sur qui s'appuyer pour l'aider à accoucher. La maternité à la tribu c'est une affaire de femme ; même pas de famille. L'homme ne touche pas le nouveau-né. Il l'observe de loin et cherche ses traits sur sa progéniture. Il était impensable qu'Hélène demandât l'assistance du vieil homme. Le vieil homme non plus ne s'attendait pas que la jeune femme lui adressât la parole. Chacun dans la case vivait dans son monde. 

Hélène, poussée par les douleurs de l'enfantement prit la veste militaire que son mari avait fixée sur la première panne circulaire et sortit. Dans la case le vieil homme interrompit son geste pour suivre sa belle sœur du regard. Il ne parlait même pas ; les chiens ne dressaient même pas les oreilles au bruit de la charnière de la porte qui grinçait. Leurs sens étaient réglés aux moindres mouvements du vieux Boula. La chienne continuait la tétée ; Zizoué était enroulée à côté du vieil homme. Les autres chiens de la meute gîtaient autour de la case. Une case bien gardée mais aussi isolée parce que personne d'autre que les gens de la maison et du clan venait perturber la vie à Refuge. Refuge ; c'est le nom que le vieux Boula lui-même a donné à la maison. Une fois rentré chez lui on ne sortait plus ou alors les mouvements des invités étaient très limités. Boula le vieux ; s'était déjà même expliqué par le passé avec le conseil des anciens pour les enfants mordus sur la route principale mais aussi des gens non-accompagnés qui arrivaient à Refuge. 

Les aboiements des chiens à la maison firent sursauter le vieux Boula. Il se leva et partit vers la route pour rejoindre Temara qui l'avait appelé. 

-       Oncle ; où est tante Hélène ?

-       Je ne sais pas. Lui reprit-il avec étonnement.

-       Elle est dans la case je suppose.

-       C'était juste pour lui apporter ces quelques feuilles de brède et ces tubercules.

Et ils cheminèrent ensemble vers la case entourée des chiens qui jouaient et courraient autour de leur maître. A quelques encablures de la case Temara héla sa tante pour la sortir et s'enquérir de ses nouvelles. Aucun bruit ne fit écho à sa voix. Elle réitéra son appel jusqu'à s'inquiéter du silence.

-       Mais, Oncle Boula, es-tu sûr que tante Hélène est dans la case ?

-       Je vais voir.

-       Non ; laisse-moi y aller. Apporte ces ignames et ces feuilles là-bas à la cuisine. Dis à Dolly de les cuisiner pour onze heures. Arrose la marmite de beaucoup de jus de coco.

Devant le vide de la case, l'inquiétude de Temara augmenta encore plus. Elle proféra des reproches à l'égard de son oncle. Les reproches frisaient même la malédiction. « Mais quelle idée de laisser toute seule tante Hélène avec oncle Boula ! » A Hunöj ; tout le monde le connaît. A part ses chiens et ses ignames le monde s'arrête de tourner. Elle sortit et appela la jeune Yaella qui lavait son linge sur le lavoir à coté de la citerne.

-       Ma fille, as-tu vu tantine Hélène sortir de la case ?

-       Elle est peut-être partie avec grand père Willy à Wé. Ils ont dû prendre le bus très tôt le matin. Mais la voix du vieux Boula fit contrepoids.

-       Non ; elle était dans la case, il y a quelques instants.

Le vieux Boula ; avait son temps à lui. De toutes les façons, les gens de la tribu le connaissaient, le vieil homme était toujours en marge. Il avait même déjà pris son sac ; les chiens le précédant ; d'autres qui avaient déjà saisi l'emploi du temps du vieil homme ont déjà traversé la route principale pour partir à Ifij. Là-bas, le vieux cultivait ses ignames et élevait son bétail.

Laissée, seule face à son instinct maternel et au doute qui la travaillait ; Temara s'engagea dans un petit sentier qui s'enfonçait dans le champ de caféiers, pas loin de la case, vers la petite porte de la case ; le coté ou dormaient la chienne et sa portée. Au milieu des caféiers ombragés par les colonnes de grands peupliers Temara lança un premier appel. Le vol des moustiques et le chant des oiseaux ne lui remirent que l'écho dans la pénombre. Elle s'immobilisa entre le tronc d'un bois noir mis en travers du chemin ; elle pria. Temara n'avait pas encore fait passer sa requête par le nom de Jésus-Christ que les cris d'un nouveau-né lui firent ouvrir les yeux. Hélène ; à quelques pas derrière la pieuse était à demi inconsciente. Ses cheveux recouvraient un coco sec sur lequel sa tête prenait appui. Elle était allongée de tout son corps sur la veste de son mari. Et au niveau de ses cuisses béantes gigotait un bébé ; un nouveau-né dont les cris se mêlaient aux joies de la Nature. Le vent dans les feuillages ; le chant d'oiseau sur une branche comme pour accueillir le nouveau-né. Hélène, elle aussi remuait de tout son corps comme pour éloigner machinalement cette souffrance qu'elle a sorti de ses entrailles. Temara pleurait. Elle pleurait toutes les larmes de son corps pour reprocher à sa tante Hélène de ne pas rester dans la case et donner naissance à son cousin qu'elle portait maintenant dans ses bras. Elle reprochait aussi aux autres femmes de la maison de ne pas prendre soins de sa tante. Dans ses propos ; il n'était pas question de reprocher aux oncles leur démission face à l'événement qui se nouait : la vie. 

Quand Hélène était revenue à elle ; elle était allongée dans la case. A Refuge, il n'y avait plus de chiens. A la place de la chienne qui allaitait ses petits ; dormaient Hélène et son bébé. Vers la fenêtre ; la petite porte ; la porte des femmes, est allumée un deuxième feu. Le feu de la naissance. Les femmes de la tribu viendraient rendre visite à la maman et son enfant à cet endroit. Là-bas où le vieux Boula affûtait son couteau ; une vieille maman a pris place. Elle était allongée et de temps à autre, par-dessus ses épaules jetait un œil vers la maternité. Elle veillait Hélène. Elle lui a déjà administré les feuilles ; les médicaments pour l'aider à retrouver sa forme, pour une nouvelle naissance.

A la cuisine, là-bas vers la maison en tôles ondulées, les jeunes de la tribu s'afféraient à cuire de la viande. Les femmes ont aussi leurs baraques ; et en attendant leurs marmites sur le feu ; lançaient leurs plaisanteries pour habiller cette journée de joie.

Le pasteur de la paroisse et les autres personnes des autres clans ne sont pas encore arrivés. Tous les gens de Hunöj et surtout du clan du vieux Willy l'attendaient. Quand Hélène était revenue tout à fait à elle ; c'était déjà vers le soir. Elle était entourée des femmes de la tribu. De toutes les femmes de la tribu et surtout des femmes de son âge. C'étaient leurs chants de louange qui l'avaient sortie de son état. Quand elle eut bien ouvert ses yeux ; Temara lui risqua quelques questions sur son geste.

-    Tantine ; pourquoi ne m'as-tu pas appelé ce matin. Tu aurais dû dire à Yaella d'aller me chercher pour t'assister ?

La voix de la plus âgée des femmes fusa alors d'à côté du foyer principal.

-       Hélène ; n'as-tu pas de bouche pour dire à Boula de sortir avec ses chiens de la case ? Elle rajouta.

-       La case ; c'est pour nous les humains ; pas pour les bêtes. 

Plus personne ne parla comme si toutes les communications avaient été brouillées par la voix de la vieille Ala. L'autorité maternelle est un droit. Et cette autorité là est incontestée parce que liée à la maternité. Quand Hélène voulut parler à Temara ; celle-ci la devança pour lui signifier que le geste était déjà préparé. Il n'y eut plus de bruit. Mais le silence dans ces occasions était aussi meublé de sanglots et de spasmes. Toutes les femmes pleuraient comme pour accueillir les paroles de Hélène.

-       La vieille Ala ; je m'abaisse devant toi et devant les autres femmes ici présentes ; pour présenter mon pardon d'avoir donné naissance à l'héritier de votre clan dans un endroit que vous connaissez. Qui dira au vieux Boula de sortir de la case ; de chez lui. J'ai accompli mon geste parce que dans ma tête ; si je donnais naissance dans la case ; les vagissements de mon fils auraient attiré les chiens du Vieux. Ils auraient fait de mon fils et de moi leur festin. Voilà tout. Voilà mon geste de pardon, voilà le geste que je présente devant le poteau central ici à Refuge. Que Dieu et les esprits de ce lieu nous bénissent tous. Oleti.

II n'y eut plus de bruit dans la case ; tout le monde attendait les remerciements et les paroles que la doyenne des femmes et du clan allait prononcer.

Avant que la nuit ne couvre tout à fait la tribu de Hunöj, le vieux Boula fut revenu dans sa case pour annoncer que le pasteur allait arriver pour prier. Le père du nouveau-né, quant à lui ne vit même pas Hélène ni son fils. Le nom du petit lui fut même imposé par le chef de clan. 

Léopold Hnacipan (Ole, oleti 2010 avec écrire en Océanie)

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Le petit plus de la rédaction

Bozusë.

La pensée du moment va vers une lectrice. Lizie. Elle veut absolument recevoir toutes les publications de Nuelasin. Je la remercie de son entêtement, mais je ne réussis toujours pas à les lui envoyer. Après chaque envoi, le message retour affiche qu’il est trop volumineux. J’ai diminué le volume d’envoi. Rien n’y fait. Je projette maintenant de passer par lecteur interposé. Drikone du Mt des oliviers, s’en chargera. C’est son lien. J’espère qu’il réussira parce que je ne compte plus le nombre d’échecs enregistrés. Quelle frustration !

Mardi 16 août 16 (chez Mamie Ro à Boulari)

Souvenirs de Fidji : Mr Pierre a conversé avec un Fidjien qu’il a rencontré à Martintar et dans la discussion, il a appris que le Mr était payé 150$ la semaine. L’équivalent de 9000 frs de chez nous. Cela veut dire qu’au mois, il touchait 36000 frs (à peu près). Un salaire de misère. Mais il disait aussi qu’il était un privilégié au regard de ceux qui n’ont pas de travail. Il ne travaillait pas pour lui-même parce qu’en plus de sa famille, il faisait vivre d’autres personnes proches qui n’ont pas le sou. Le plus difficile dans la gestion de l’année se situe à chaque rentrée scolaire quand il faut acheter les fournitures, disait-il. Et, Mr veut dans tout cela épargner : 10 frs. Il s’en sort tout de même mais on peut imaginer à quel prix. 

Dans un autre taxi de Nandi, j’appris que le conducteur ne faisait pas vivre uniquement sa famille. Il perce mais difficilement comme l’ouvrier de Martintar. Il est jeune. Lui aussi est de la communauté indienne. Il travaillait surtout la nuit. Sa voiture était personnelle. Cela veut dire qu’il œuvrait pour son compte. Il était ainsi responsable de la vie de ses parents, de sa sœur et d’autres membres gravitant autour de sa sphère. Toute une congrégation. Shafil. C’était cela que j’ai entendu comment ils l’appelaient. Un taximan qu’on contactait un peu plus souvent pour nos courses. Il était plutôt bon vivant. Il plaisantait beaucoup avec M. Pierre, M. Kokone et moi-même en faufilant dans les files de voitures des rues de Nandi. Une forte pensée d’admiration pour ces gens me presse. Fidji s’offre le monde en exhibant l’opulence comme une vitrine d’un pays en plein essor. La réalité est tout autre. L’argent roi coudoie la misère humaine. Et la masse a appris à vivre avec en arborant des masques tout rayonnant de vie. Le visiteur ne s’en rend même pas compte. Jésus ! Béni soit-il. 

Sipo : Je suis à la recherche des définitions des noms des tribus de Drehu existantes ou bien de comment elles ont été fondées après 1842 (date de l’arrivée de l’évangile à Lifou) Je n’ai pas beaucoup d’info sur le sujet. 

Agréable lecture à vous tous de la vallée et bonne fête de mai. 

Wws

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Nuelasin numéro 51 le petit journal de Tiéta en téléchargement dans cet article

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Le petit plus de la rédaction :

Mercredi 12 juin 2018 (la case 6H28)

Je dors seul dans la case depuis quelques jours. Elisa ne veut pas être de ma compagnie. Raison première, le froid. Il est vrai que dans la case, il fait un froid insupportable qu’il faut entrer tout son corps sous la couverture. 

Alors, le petit chat de la maison venait par-dessus toutes les couvertures doublées et même triplées. En écrivant, je le sentais sur mon dos. Il ne bougeait pas. Il ronronnait. Noisette, c’est son nom. Je l’ai ramené de chez Qaeze à Pouenlotch. Sa chatte avait mis bas. Et dans la propriété il y avait beaucoup de chats. Quand je suis arrivé, il y a quelques jours des chatons venaient jouer sous la table. A mes pieds. Je pris un parce qu’à la maison nous n’en avions pas. Il y en avait, mais ils ont tous disparu. Morts. Bien lui en a pris, je veux parler de Noisette parce que tous les chattons de la portée sont morts. Au dire de la propriétaire, les petites bêtes ont été mangées par les chiens de la maison même. J’ai tout intérêt de soigner mon petit chat. 

La semaine dernière, la bête est arrivée dans la case avec dans la gueule une souris. Alors, ce n’est plus le ronronnement habituel quand il est perché sur mon dos, non. Le ronronnement avait changé de tonalité et d’intensité. C’était celui d’une grosse bête qui signalait une proie qu’il ne voulait pas partager avec ses congénères. Noisette devenait subitement nerveux. Après avoir posé sa souris sur le sol, il regardait autour de lui, reprenait sa proie dans la gueule et s'éloignait pour un autre endroit pour renouveler le même scenario. Je regardais le lion et les autres félins à côté du poteau central de la case. J’en riais quelque peu de mon petit chat que j’aurais tué d’un seul revers de la main. J’aurais peur pour un autre félidé.  

(00h00) Cette même nuit, mon amour a pris l’avion pour la France. Elle m’a envoyé un SMS pour signifier qu’elle a déjà enregistré et qu’elle attendait pour rentrer dans la salle d’embarquement. Il est minuit passé. On s’était dit qu’elle m’appelait avant de partir. C’est la troisième fois que ma fille part en Métropole sans que je l’accompagne. Elle sait que je ne supporte pas de la voir me quitter. Je trouve cela très drôle. Moi, qui voyage tout le temps. Je ne supporte plus ce déchirement de tendresse. 

Il est 7H55 à l’horloge de la machine. Je sais ; Wawa va bientôt atterrir à Narita. Je pense même que dans l’avion, ils ont déjà lancé l’annonce pour dire qu’ils allaient atterrir dans quelques minutes. Ma fille va assurer sa soutenance pour son master II. Elle m’a dit qu’elle a déjà envoyé son mémoire la semaine d’avant. On avait eu une petite discussion pour ce qu’elle a envisagé après son diplôme. Elle disait qu’elle voulait arrêter. Plus rien. Ma fille veut prendre du repos mais surtout du recul. Nécessaire pour les grandes orientations dans sa vie. Elle est déjà grande et femme, il est grand temps qu’elle s’envole de ses propres ailes. A la maison, il ne va plus rester que Sisa et Valiraka. Thaijö prend de plus en plus de la distance. Bien & mal, je trouve que chaque enfant commence à gérer son indépendance. Ils apprennent. Et, la pensée que j’avais eue à l’époque quand je n’étais pas thupëtresij, me revient. Je misais sur les enfants de la maison (ceux de mes sœurs) en les prenant en charge. J’avais idée qu’un jour, ils allaient aussi assumer leurs charges. Mes charges. Nos charges. La coutume. La Vie. J’y pense toujours. Mama Dominique L. disait toujours dans les échanges sous le préau coutumier que le thupëtresij est l'outil de travail à la tribu. Le garde-fou. L’avant-garde. Il est le garant de la sécurité etc… etc… ces valeurs-là ne sont pas que des souvenirs. Elles nous accompagnent à chaque pas de nos vies. Ma fille Wawa va revenir dans deux semaines, c’est ce qu’elle a dit à sa mère. Si tel était le cas, elle serait sûrement avec Cléa (mon autre fille) et son bébé. Mon petit-fils. Asaël. Bonne lecture et bon long weekend à vous. Wws

Je vous livre comme suit la prière de Jésus (le Notre père) en drehu ancien qu’on appelle miny. Je n’ai pas mis de ponctuation, sinon à la fin. 

 

Publié dans Culture Kanak

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