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culture kanak

Nuelasin numéro 50, fidèle au rendez-vous après la fête de l’igname à la tribu de Tiéta. A télécharger

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Nuelasin numéro 50, fidèle au rendez-vous après la fête de l’igname à la tribu de Tiéta. A télécharger

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La plus de la rédaction :

Vendredi 7 mai 2021 

Bozu.

Le texte qui suit est un fruit ; résultat de mes recherches au sujet des gens de Hunöj partis dans l’autre monde mais qui ne sont pas enterrés dans notre cimetière tribal à Hnatro.

Hnatro : Le cimetière de Hunöj se trouve sur les terres des Ase, des propriétaires terriens (entre autres) de Huiwatrul. Il se situe entre Eika et l’école de Hnamelangatr. Le lieu-dit s’appelle Hnatro. Dans onze ans notre école sera vieille d’un siècle. Notre cimetière quant à lui, a 150 ans cette année 2021. Je m’explique. L’année de référence pour moi étant le départ de Mac Farlane en 1871 avec le pasteur Thaijö-qatr[1]. Le vieux est parti pour servir les causes de l’évangile de Jésus-Christ en laissant ses enfants, Hnacipan et Dremue. Il s’est remarié et est décédé en Australie dans le Détroit de Torres. Il dort sur l’île d’Orub (il a vécu 103 ans. 1820-1923 et marié trois femmes. Sisa-qatr une kanak et après deux femmes aborigènes) A Hnatro, la tombe de sa première épouse est celle qui n’est pas alignée, pas loin des tombes de la famille Hnacipan et Walewen (Hnamelen.) L’ancien cimetière étant de l’autre côté du terrain (de l’autre côté de la route) entre chez Bali et Qëmekë. 

Bonne lecture. Wws

Dans le lointain 

Lointain & Les esprits errants & Nos lieux de pèlerinage[2] ? : Les autres gens de Hunöj qui dorment quelque part sur cette terre, attendent de revenir un jour dans nos mémoires. « Kalabus[3]En français, cela signifie la prison. Cet endroit a servi autrefois à isoler les malades atteints de la lèpre. Une ancienne léproserie. Ce devait être au tout début avant les années 1900. En 1849 exactement. Le premier malade de Drehu devait être de chez nous. Kalabus a existé avant Hnawetr[4] entre Kejëny et Thuahaik. Cila, à la tribu de Nang[5]. C’était la dernière léproserie avant l’ouverture du centre Raoul Follereau[6]. On y arrive par cette allée de pierres entassées. Cette allée de pierres mène vers la citerne que voici. Aelan écoutait de toutes ses oreilles. La citerne était creusée à même le sol. Deux mètres de large et une longueur à peu près de quatre mètres et une profondeur de deux mètres. Avant d’arriver à Hunapo i Qëmek il fallait passer par Kalabus. Une rangée de cailloux entassés faisait office d’allée. A l’époque, il devait exister des maisons à côté de la citerne. La toiture servait à recueillir l’eau de pluie pour l’alimenter. Mais la nature avait repris tous ses droits. De tout temps, quand on allait à Mele, Kalabus servait d’endroit pour se reposer. Il y avait un figuier aux fruits rouges sous lequel le passant s’asseyait avant de repartir. De là, il pouvait apercevoir les racines des grands arbres et des lianes tomber dans la citerne et plonger dans les entrailles de la terre. Les gens de Hunöj, dit Trotreijë ont grandi avec cet héritage de la nature et une autre partie aussi de mystères. Tout autour de la citerne, poussaient des flamboyants témoins de cette époque. Les xaj[7] et les autres grands arbres ne poussaient pas à cet endroit. Vois cettevégétation un peu plus clairsemée. Le dernier cocotier, fruit de ceux sûrement plantés par les vieux à Kalabus, a disparu il y a de cela quelques années[8] ».

 Livani-qatr dort dans les îlots du Sud de Calédonie, à l’île Ouen. C’était l’époque où les îliens voyageaient encore sur des bateaux à voile. La mort l’a cueilli lors d’une croisière. Le bâtiment s’est alors approché des côtes et a jeté l’ancre. Les marins à bord sont descendus pour l’enterrer dans une parcelle de terre. Pour nous, c’est un peu comme dans un film mais n’oublions pas qu’il arrivait (et c’était courant) que le mort était enroulé dans son linceul et passé par-dessus bord. C’était une mode, excusez, pour les frères noirs africains dans le commerce triangulaire avec les Amériques. Toujours sur cette même terre ou bien à Goro ( ?), dort Hnacipan, frère de Mama Wamane (maman de Leo-qatr.) Il a été donné à nous à la maison (ceepi e Gaica) à cause de nos liens de sang et clanique. D’autres vibrations me viennent dans la mémoire comme des algues du fond de l’océan rejetées sur une plage. Wati-qatr Saipö et Keitrë[9] ne nous sont jamais revenus. Ils étaient partis ensemble sur la Monique[10]. Mon Dieu ! Nous reviendront-ils un jour ? Quelle éternité ? Eötr-qatr (Lawi) dort du côté de Boréaré à Houaïlou. Lorsque vous abordez le pont de Coula en arrivant de Karagreu (ou Bourail) il y a une piste qui rentre à droite. C’est la direction qu’il faut emprunter pour aller rendre visite à la poussière qui reste de lui. Il était pasteur là-bas entre les deux guerres (1923). Son épouse, Wasajë, elle est de Hmelek. Pour la petite histoire, il y a un vieux de Boréaré, Gowe Tchoé, j’ai des doutes sur l’orthographe. Tchoé en français voudrait dire, requin. C’est la traduction du nom du vieux à nous, Eötr. L’année 2019, Tchoé avait 96 ans, il était né en 1923 et neuf mois après sa naissance, sa maman partit dans l’autre monde. Le bébé fut confié aux deux pasteurs de Hunöj qui assuraient le service pastoral dans la vallée. Je ne le savais pas quand il était homme d’entretien là-bas à Nédivin quand j’enseignais dans le collège. Cette info m’a été remise par Jön Neköeng qui a rencontré le vieux en 2019. Personnellement, je prenais le vieux Tchoé comme originaire de la tribu de Gondé toujours dans la haute vallée de Houaïlou. Au tout début de cette année 2020, un groupe de musique de cette même vallée de la Houaïlou était venu à kolopi au terrain pendant la kermesse de l’Amicale de Huiwatrul. J’ai ramené après les musiciens à Luecila avec Qëmekë vers 1h30 du matin, alors qu’on s’apprêtait à fermer le site. J’ai présenté le groupe en donnant l’info que le vieux de Hunöj était enterré chez eux, sans savoir que j’allais avoir encore plus d’infos sur le même vieux. Hasard ? Concours de circonstances ? Allez, au dernier coup de fil d’échange avec une dame de Nessakoéa, elle me promit qu’elle allait me rappeler pour donner un taperas de chez eux qui parlait justement du vieil homme à nous, Lawi Eötr. Elle m’enverrait avec la traduction en français. J’attends. A Tchamba, Hnacipan-qatr a enterré ses deux filles jumelles (Utë & Tchuke.) Des prénoms de là-bas. C’est entre la cloche et la baraque pour attendre le culte à Eika. Il était aussi un pasteur, comme le vieux Lawi. Lui, c’était en 1904, qu’il assurait son service dans cette haute vallée. J’y vais assez régulièrement dans ce bout de pays pour les besoins de notre école. Je remercie Hélène Nateawe (mariée Nimbayes) de m’avoir donné ces informations. Mais ça, ce n’est pas un secret pour les gens de chez eux. Drumë Wapotro, un autre pasteur de chez nous. Il dort à Eika de la paroisse de Mou Lifou (oui, il y a aussi l’autre Mou à Ponérihouen). C’était en 1964 qu’il était parti. Il revenait de Hunöj où il avait rendu visite à Mama Wazana qui avait accouché de Wasa. C’est en se reposant dans la nuit que son âme s’est envolée. Dans la brochette de pasteurs, deux autres de la famille dorment dans deux contrées autres que Hnatro. Ixöe-qatr Katrawa (papa du vieux Gëz) avait été enterré à Drueulu où il exerçait sa vocation pastorale. L’autre pasteur, c’est Jooc Patel. Frère de Misa-qatr (papa de Qaeng-qatr, Patel-qatr…) Il se repose actuellement dans une tribu de Nengone. Wakone. A l’époque quand Siwen Hnasil enseignait à Hunöj, il rendait souvent visite à Lizi-qatr (l’épouse du défunt pasteur) Ils échangeaient en Nengone parce que la grand-mère parlait très bien la langue de là-bas. Mystère : Quand un fils Ngazo est allé jouer au foot à Nengone, il s’est vu offrir un panier d’ignames. L’inconnu disait qu’il était de la même famille que lui. C’était dans une tribu de Touho (Nengone, oui il y a aussi Touho en Calédonie.) Zyom, à l’époque du lycée disait qu’un camarade de classe connaissait dans sa tribu quelqu’un qui était du même nom que lui. Ngazo. Explication de Wotra : un vieux Ngazo, parti de chez nous pour Nengone, n’était jamais revenu. C’est probablement sa descendance. Les précisions sont entre les mains de la famille à nous de Drepo. Dans la vallée d’Amoa, tribu de Putchala Poindimié, repose le vieux Hnatu, grand-père des Hmej et d’une frange de la famille Hmaloko, papa de Zihnuë et de Mama Wasajë. Il était parti dans ce bout de pays avec tante Sanima, sa deuxième épouse. Elle était revenue toute seule. Année de départ, je l’ignore. En France, Medriko Thaiaw a été incinérée. Sa cendre a été ramenée au pays par la famille (par Hnai Walewen) après un détour à Kejëny (chez une autre fraction de la famille.) Medriko avait travaillé dans une librairie à Montparnasse. Elle était venue après au pays pour un court séjour. Je pense qu’elle avait travaillé à la bibliothèque universitaire avant de repartir. Elle ne supportait probablement pas la vie de chez nous. Elle avait pris sa retraite et a quitté ce bas monde pour d’autres cieux. La première citoyenne de la tribu de Hunöj à être incinérée, c’est elle. En France, vivent ses deux filles Béatrice et Anne-Marie ( ?) Chez Kasan & Caalo, juste devant leur maison bleue, il y a un avocatier et un croton[11] (c’était avant.) C’est sous le feuillage de ces arbres que Inane-qatr, Wadrö-qatr et toute la marmaille se prélassaient et appréciaient la fraîcheur des après-midi des temps chauds. Je ne leur ai pas dit qu’ils dormaient sur une tombe. Celle du petit frère de Mama Kaie (föi Pacue-qatr, Xodre.) Wilisen, il s’appelle. J’ouvre une parenthèse parce que j’ai aussi une pensée pour les nôtres que je qualifie d’esprits errants. Ils sont là confinés dans notre cerveau mais aussi quelque part avec nous et en nous. Ils nous assistent partout, ils nous gardent, ils sont dans nos forêts, on les voit dans nos rêves, ils nous parlent dans le vent, une jubilation, une oscillation d’une brindille de bois mort. Mais on les tue pour une deuxième mort dans la cacophonie, le brouhaha, le mauvais choix de nos musiques etc… On a peur d’eux. Entre Hnaköj et Watrapeng, il y a des anfractuosités. Les ossements sont dedans. Ils sont vieux de deux mille ans si ce n’est pas plus. Ils sont confinés dans nos mémoires. D’autres sont dans d’autres grottes aux quatre vents de la tribu. Je pense encore aux nouveaux-nés que nos filles (les jeunes mamans) étouffent entre les jambes pour expier la honte de leur geste. Je tais d’autres infos en ma possession pour ne pas faire mal à moi-même et à nous autres encore. « Que Dieu nous veuille absoudre. » Villon.

Question : Ailleurs : Nous avons des morts absents au cimetière de la tribu. Ils sont enterrés à Nouméa ou bien à la tribu. Je pense à H. et à son épouse. Question ouverte. Est-il bien d’enterrer son mort chez soi ? Ma réponse est NON. Nous ne vivons plus dans les hunapo[12]. Nous vivons dans une tribu avec des concessions, c’est-à-dire qu’on doit tenir compte de la vie communautaire. Une autre question s’impose, à quoi a servi le lègue de ce bout de terrain, Hnatro ? Pendant la mort de mon père en 1980, Utrane (ma grande sœur) est allée dire la dernière volonté de papa aux autorités coutumières : « A ma mort, vous me mettrez sous le fene ixöeë à Gaica (chez Drikone actuellement) pour que mes petits enfants viennent jouer sur ma tombe. » A l’époque, beaucoup de ses petits-enfants n’étaient pas nés. Pour répondre à ma sœur, Hmaloko-qatr (l’aîné des papa Hmaloko) a pleuré. Il a tiré des pièces pour demander pardon avant de dire que la décision de cette époque-là était d’enterrer tous les gens de Hunöj à kolojë. En sus, même lui en tant qu’ancien combattant de 39 & 45, il irait à Hnatro. Il faut aussi comprendre que la tribu est un espace de vie comme Hnatro est un espace réservé pour nos morts. Personnellement, je me vois mal construire ma case en plein milieu de Hnatro même s’ils sont des nôtres. Ça n’a pas de sens. Une aberration.

Bon week-end à vous de la vallée. 


[1] Thaijö : Pour ceux et celles qui voudraient tester. Saisissez ce nom-là sur le Net et vous tombez en Australie. Thaijö ; thai=victime jö=soleil. En Australie, ils ont deux noms. Thaijö et Thaiday. Thai (toujours victime) day=jour. Ce sont les deux noms que l’ont retrouve chez nos familles aborigènes. Ils sont déjà venus ici, à Hunöj, Hmelek (d’où nous sommes originaires) mais nous ne sommes jamais allés chez eux, dans le détroit de Torres au nord de l’île continent. Thaijö-qatr était parti de chez nous avec le prénom Iamele. En Australie, il a changé de nom. Jimmy Lifou, ensuite Joshua. Pourquoi changer de nom ? Je ne sais pas. Sur sa tombe est écrit qu’il était né à Lifu, Loyalty island en 1820 et mort en 1923 à Orub. Je saurais après que le fait de changer tout le temps de noms durant son existence est une coutume dans toute l’Océanie. Cela se faisait au gré des naissances. La mère ou le père prénom le nom du nouvel arrivant. [2] On pourrait se promener sur les tombes de nos aïeuls. Dans cet extrait, je n’ai pas repris nos familles enterrées à Nouméa dans les différents cimetières de la capitale. [3] Une info qui nous est parvenue par une expo d’un docteur (Collin ?) qui avait exercé à Lifou dans les années 1800. Centre JMT l’année 2019 : « Le marin était originaire de Huiwatrul, il était tout plein de pustules et exhibait sa veste pour l’offrir comme présent à quelqu’un d’autre. C’était comme cela aussi que la maladie s’était propagée sur l’île et dans le pays. » C’est moi qui résume le commentaire de l’expo photos. [4] Une léproserie ouverte après la fermeture de Kalabus à Hunöj.[5] Il y avait aussi la léproserie de Nang à Cila dans le district de Wetr, c’était après Hnawetr. Nous avons aussi de la famille qui dort par là-bas. Suun, Iamele (sœur et frère de papa) Kaijagön (papa de Jenema et époux de tante Qabue) Y en a-t-il des autres familles de Hunöj ?[6] L’actuelle léproserie de Nouméa située dans la presqu’île de Tindu.[7] En Drehu, une variété de grand arbre qui pousse dans les forêts de l’île.[8] Extrait de Ponoz, cordon ombilical de HNACIPAN Léopold.[9] Keitrë, femme de Trawel Hnoija. [10] Nyiatrë Jeannette Kaqea devait aussi prendre le même bateau avec Keitrë et Wati pour se rendre à nouméa. Le vieux Leitre-qatr Cejo (son grand-père) n’a pas voulu la laisser partir.[11] Croton : soma en Drehu. On la plante sur une tombe comme la cordyline.[12] Tertres ou tertres funéraires.

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Le numéro 49 du petit journal de Tiéta Nuelasin est disponible en téléchargement gratuit dans cet article

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Le petit plus de la rédaction : des témoignages d’événements de la vie, des textes de nos amis des îles qui sont rafraîchissants que Léopold partage avec sa gentillesse légendaire :

Vendredi 16 mars 2018 (6H00) Lutèce Hôtel - 5, rue de Langeac, 75015 Paris

Je vais plutôt parler de l’évènement familial qui a apporté de la joie dans mon cœur. Ma fille vient d’avoir un bébé. Un garçon. Elle m’a envoyé une photo de lui en fb (mp.) Je suis heureux pour ma fille. Je vois déjà le petit à la maison avec moi, chef de bord de la sub et courant aussi autour de notre case. 

Quand, je suis venu avec le beauf à l’hôtel mardi, qu’elle ne fut pas la grosse surprise mais vraiment. En descendant au métro de Montparnasse, où l’on faisait tout plein de détours dans la multitude qui se mouvait tel un mille-pattes dans les labyrinthes, j’aperçus la silhouette d’une dame… Cathie Manné. Je tentai de la héler dans la cohue. Miracle ! Elle reconnut ma voix et en se retournant, elle me vit. J’étais à quelques pas derrière elle. Elle ouvrit grand les yeux. Peut-être qu’elle ne pensait pas me voir là. Elle revenait de son weekend chez sa famille en Bretagne. Me dirait-elle. J’avais en plus des livres à lui remettre. On se salua d’abord avant de nous trouver un endroit toujours au milieu du fourmillement des voyageurs qui couraient dans tous les sens. J’ouvris ma grosse valise lourde. Après l’échange, chacun partit de son côté. Cathie comme le monde disparut comme dans la nuit. Le beau-frère et moi, allâmes nous aussi dans notre direction. Dans le dédale métropolitain, je traînais des pieds à cause des chaussures du beau-frère qu’il m’avait données mais aussi à cause du poids de la valise. Heureusement que j’étais accompagné par René. Il connait bien Paris.

Le mercredi, je décidais de dormir tout le jour parce que je n’avais rien au programme du salon du livre (de Versailles.) Ce que je fis et mon réveil dans l’après-midi fut un émerveillement. J’eus la surprise de la visite de Drazin. Le fils à nous. De Mr Pierre. Je ne savais pas comment il a appris que j’étais à Paris. Il m’invita pour aller nous promener ne serait-ce que dans le quartier. Pour boire un jus, a-t-il rajouté. Du coup, nos pas nous portèrent à la grande surface d’un Monoprix du coin. Il acheta pour moi, un parfum, un pull, et d’autres affaires de toilettes. Et, il promit de me ramener dans le reste de la journée des chaussures. Le soir, on se retrouva dans un restaurant thaïlandais. Le diner était plutôt bon, très copieux. La joie des retrouvailles était aussi au menue surtout qu’il y avait là une serveuse chinoise qui alliait beauté et humour. Beaucoup d’humour. Je la taquinais, Drazin était plié des bêtises que je sortais mais la dame avait de la répartie et elle répondait coup sur coup. Cela donnait du goût à notre soirée. Avant de rentrer dans mon hôtel, Drazin me dit au revoir en me glissant quelques billets. Oleti atraqatr !

Du goût, tiens ! il fut aussi question de plantes aromatiques. En parlant de cela, dans les échanges qu’on a eu à partager avec la chinoise, elle nous apprit à sécher des condiments. Elle expliquait qu’il faut les sécher ensuite, les torréfier comme le café. Après la torréfaction, il faut lesmoudre. Il ne suffit plus après qu’à les déposer dans des bocaux appropriés. Au fond, cette dame venait de donner la technique de séchage des épices et de leur conservation. En arrivant au pays, je mettrais ça en pratique. Promis. 

Y aurait moins de dépenses à acheter les bocaux de piment tout préparés. J’affectionne le piment ; mais cela est surtout un acquis en matière de gastronomie. La qualité, c’est un plus pour le goût. 

Bein ! Le texte qui suit traite du goût. Mais vous n’allez pas avoir de l’appétit. Lisez ! Pour âme sensible s’abstenir. Bon appétit quand même.     Wws

Le texte ci-dessous, je l’ai piqué du post de Kahlemu Dale. Je le remercie même si je ne le lui ai pas demandé dorénavant. Il accompagne le texte que j’ai publié dans le numéro ci-contre de Nuelasin 49. Les victimes des guerres entre le Wetr et Lössi devaient être sûrement cuisinés et consommés comme c’est raconté par le capitaine-commandant du poste de Wagap. Bonne lecture. 

 ***

Témoignage oculaire du Capitaine-Commandant du Poste de Wagap 

Témoignage oculaire du Capitaine-Commandant du Poste de Wagap sur une bataille entre les guerriers de « Ponérihouen » et ceux de « Houido » sur une rivière, probablement la « Tchamba ». Et il assista après la bataille à un festin cannibal qui lui fit frissonner jusqu’à la moelle des os et du « kwap’s » !

Les indigènes de Ponérihouen ont été longtemps insoumis et querelleurs . En 1864, le 6 juin, ils attaquèrent la tribu de « Houindo », mais ils furent contraints de s’enfuir en abandonnant, dans la rivière qu’ils traversaient, les corps de deux des leurs, dont celui du Chef qui tomba la poitrine traversée par la sagaïe du Chef de «Houindo». A ce sujet, voici comment un témoin oculaire de ce singulier combat rapporte les faits.

Au commencement du mois de juin 1864, le capitaine-commandant le poste de Wagap fut invité à assister au « Pilou-Pilou » qui devait être célébré par la tribu de « Houindo », à l’occasion de la Fête des ignames.

Un poste de dix hommes, commandés par un sergent, fut envoyé, et à l’aide des « naturels », établit un petit « Blokhaus » sur le sommet, une butte dominant la rivière, endroit choisi par les tribus de Ponérihouen et de « Houindo » pour opérer leurs attaques.

Le 6 Juin 1864, pendant que s’opérait le partage des ignames, un long cri aigu et perçant retentit au loin dominant la fête. Ce sont les « clans Ponérihouen qui viennent tenter une attaque.

Aussitôt, le Chef de « Houindo » ordonne à ses jeunes guerriers d’aller au devant de l’ennemi, arrêté sur le bord d’une rivière, limite des deux tribus.

Au milieu de la rivière se trouve un banc de sable. Au même instant, les deux partis abordent sur le sable blanc, qui peut avoir cinquante mètresdans sa grande largeur. Chaque parti comprend une trentaine d’hommes environ.

Le combat commence par un jet de pierres à fronde. Au bout d’un instant, il y a des blessés, mais un surtout, un de nos alliés, tomba sur le sable qu’il mordait dans les dernières convulsions de l’agonie. 

Alors, avec des hurlements de douleur, les gens de « Houindo », leur Chef en tête, se précipitent en masse dans la rivière et avec ceux qui étaient déjà sur le banc de sable, marchent en avant contre les « Ponérihouens » qui lachèrent pied rapidement et plongèrent à demi dans l’eau. Là, ils ne pouvaient plus envoyer leurs sagaïes ; c’était ce que voulait le Chef de « Houindo ». Il s’arrêta brusquement, rejeta en arrière son bras armé de la sagaïe et ajusta un instant… Sa sagaîe, atteignant le but, s’enfonça dans la poitrine du Chef ennemi qui tomba sans jeter un cri.

Il y eut pendant quelques instants une mêlée terrible au milieu de ces eaux furieuses où les guerriers s’étreignaient l’un l’autre, se laissant emporter par la rivière et se noyant plutôt que de lâcher prise. Enfin les gens de Ponérihouen cédèrent laissant les corps de deux de leurs camarades entre les mains des vainqueurs hurlant de joie et ivres de vengeance assouvie.

Je vis l’un d’eux, presque un vieillard, séparer à coups de hache un bras, l’agiter au-dessus de sa tête, puis arracher avec ses dents un lambeau de chair encore palpitante.

J’appris depuis que cet homme était le père du jeune guerrier tué au début de la lutte.

Le Chef s’avance vers nous, suivi d’un de ses guerriers qui portait sur son épaule la jambe d’une des victimes du combat ; il lui ordonna de la mettre à nos pieds, et dit en présence des soldats : « Voilà un morceau de ton ennemi et du mien. Choisis pour toi et les tiens la partie qui te plaira. J’en enverrai aussi au Capitaine de Wagap afin qu’il connaisse notre triomphe ».

Enfin, le lendemain, voulant m’entretenir avec le Chef de Houindo, je revins seul sur les lieux où s’était livré le combat. Mon étonnement fut grand de ne rencontrer âme qui vive. J’explorais les environs, lorsque je vis un Canaque qui semblait vouloir m’éviter. Je courus à lui et lui demandai où étaient les Chefs. Il hésita un instant, puis il me fit signe de le suivre.

A quelques minutes de marche, un murmure de voix frappa mes oreilles. Mon guide, s’arrêtant, me fit signe de venir vers lui. J’obéis. Alors la main de mon indigène écarta lentement une grande feuille de bananier et, par une ouverture de quelques centimètres, j’aperçus une scène qui me fit frissonner jusqu’à la moelle des os.

Une douzaine de Canaques étaient assis auprès d’un grand feu. Je reconnus les Chefs que j’avais vu la veille. Sur de larges feuilles de bananiers était placé, au milieu d’eux, un monceau de viandes fumantes, entourées d’ignames et de taros. Nos amis se livraient à leur barbare festin et les malheureux « Ponérihouen » tués la veille en faisaient les frais.

Je vis un Vieux Chef qui grignotait une tête. Celle-ci était entière, car, conservant le crâne comme trophée, il ne le brise jamais. On avait eu soin de brûler les cheveux et la barbe, et le vieux démon, s’acharnant sur ce visage, avait enlevé le nez et les joues. Restaient les yeux. Le Vieux Chef prit un bout de bois pointu et l’enfonça successivement dans les prunelles afin de parvenir à vider le crâne et à en savourer le contenu.

Il retourna plusieurs fois son bois dans cette boîte osseuse, qu’il secoua sur une pierre du foyer pour en faire tomber les parties molles, et cette opération accomplie, il les prenait de sa main comme une griffe et les portait à sa bouche, paraissant très satisfaisant de cet aliment.

Voilà, fin du témoignage du Capitaine du poste de Wagap

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Nuelasin N°48, le journal du Nord pas comme les autres est disponible

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Nuelasin N°48, le journal du Nord pas comme les autres est disponible

Toujours ponctuel, le numéro 48 est sorti des rotatives de Tiéta, à lire la prière du directeur d’école. Ce journal est vraiment original ! JP

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Le petit plus de la rédaction en cadeau :

Lundi 1er février 2021

Samedi de la semaine dernière je décidais d’aller en ville pour jouer aux échecs à la grande place. Là-bas ; il y avait la bande. C’est-à-dire les habitués. Moi, je me suis intégré à eux. Ce jour-là, je rencontrais Qejeniju*. Il est de ma tribu. Il discutait avec les gens du Wetr, ses oncles maternels de la tribu de Siloam. 

Un jour, son oncle tomba malade et la descendance alla à l’hôpital pour lui rendre visite. L’oncle était à cette époque-là, conducteur d’une navette. Le genre de petit bus qui assurait la liaison des tribus pour aller à Wé le chef-lieu de l’île. Le bus amenait aussi le petit pain à la maison histoire d’arrondir les fins de mois. Et à chaque touchée de bateau à Xepenehe, les navettes arrivaient au quai pour promener les voyageurs. Il y avait un bon circuit mis en place par l’association Mejinewetr pour découvrir Drehu et surtout le Wetr. La grotte d’un diable par-ci, une belle plage par-là, un cultivateur de vanille pour habiller le court séjour, accueillait la tournée chez lui pour un thé parfumé à la senteur des îles. Locale ! Une belle aubaine, enfin… un jour le vieux tomba malade. Le neveu sut et arriva sans tarder pour lui rendre visite. Ce fut alors que sortit indélicatement la parole de la bouche de son épouse comme quoi, elle voulait conduire la navette du vieux pour rouler avec et qu’elle la lui ramenait à sa sortie. Ainsi soit-il. Quelques semaines après l’internement du vieil homme à l’hôpital, le couple ramena la voiture à la tribu comme promis... Surprise ! En plein milieu de la cour, trônait une voiture neuve. Une nouvelle navette. La même que celle que Qejeniju et Leila (son épouse) ramenaient. Les époux allèrent voir le vieux dans la case. Il dormait après le repas de la mi-journée. Qejeniju le réveilla et lui dit qu’il ramenait sa voiture. « Laquelle de voiture ? » s’étonna le tonton. « Mais votre voiture, celle qui vous servait pour la navette. » reprit imprudemment l’épouse. « Mais ma voiture… elle est là dans la cour. » répondit Hmihmie, en mettant l’accent sur chaque syllabe énoncée. Elle s’étonna. Interloquée. Mais son homme avait déjà saisi. Le discours fondateur revint du fond des âges. La voiture, le vieux la lui avait déjà donnée et qu’il n’avait pas le droit (selon la coutume) de reprendre. Le neveu avait déjà écrit les lignes de vie de sa main sur le volant du véhicule. Entre eux, il n’y avait que la vibration ondulatoire qui compte. Elle part de la source. C'est le don. Et le coût de la parole s’appelle la vie. Le neveu pleura. Son épouse se demanda pourquoi. Mais Qejeniju ne parlait pas. Il avait déjà compris la maladresse de Leila. Si erreur il y a, elle ne réside que dans la précipitation… celle d’avoir parlé très vite. Trop vite. Elle ne s’était pas contrôlée mais surtout qu’elle n’avait pas été mise au courant du lien mortel entre un oncle et son neveu. L’épouse est étrangère à cette coutume. Elle n’est pas de l’île. Qejeniju se leva seulement, dit à sa compagne de le suivre. Ils partirent sans mot dire. Le vieux continua sa petite sieste.

Expliquer : Dans le monde kanak et notamment à Drehu, le neveu est tabou, il est l’interdit. Il est la trace de la maman (matrice) c’est-à-dire la sœur de l’oncle. Le monde du vivant. Il ne doit pas cueillir un fruit chez son oncle maternel ni envier aucun bien au risque de tout faire périr chez son aïeul. Il attend. Il est servi. Il est maître. Son être est un sceau qui sanctifie les alliances. Enfreindre cette coutume s’appelle appeler la malédiction et la Mort de toute la lignée du côté de sa mère. 

J’accorde pour finir une reconnaissance toute particulière à la Vie c’est-à-dire à toute ma lignée générationnelle chez les Kejëny/Hnadro/Hnasse à cette date d’écriture de Nuelasin. Mercredi 24 mars 2021, c’était mon anniversaire. Et pour les lectrices et lecteurs, je n’ai que 22 ans ( koi angeic ; hahaéèéè !!!!). Et pourtant, on dirait que j’ai même âge que le soleil. Mon soleil. 

Pour ce vendredi je vous propose un chant, un classique. 

Chantons. Wws (*prénom d’emprunt)

 ****

 

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Nuelasin, le journal de Tiéta, le numéro 47 est disponible et on peut le télécharger gratuitement.

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è Téléchargez le numéro 47 en suivant ce lien

Le petit plus de la rédaction

Le parking des voleurs

           Mercredi 07 avril 2021, 11H. J’allais faire mes courses au magasin Primag de Voh avec un collègue qui était venu au collège pour fixer des planches aux fenêtres de l’internat et des salles de classe. Après être passé à la caisse, je sortis. Où la voiture était garée, je posais mes courses à côté de la roue arrière droite. Je partis après voir M. Sylvio qui se trouvait à l’autre bout du parking. Quoi ? 25 mètres.  Il découpait ses planches. Je l’aidais pour la dernière. Je lui dis après que j’ai terminé mes courses et que j’avais besoin de la clé pour ouvrir la portière. Il me fit signe qu’il allait reculer la voiture pour récupérer ses planches. A l’emplacement, où j’avais posé mon petit carton de clous et un marteau, il ne restait rien. Je demandais alentours. Personne n’a rien vu. Je suis entré à nouveau dans le magasin pour voir si la camera de surveillance n’avait pas d’images de cette scène. Le vol s’était produit hors champ de l’objectif. Je restai évasif un moment. J’étais choqué non à l’idée que cela puisse aussi m’arriver mais que cela se produise encore dans notre pays. Sûr que je rêvais. Mais j’avais la ferme conviction qu’un pays comme le nôtre en lutte d’autres fléaux sociétaux. La covid, l’addiction aux produits illicites…, nos pensées devraient tendre vers d’autres objectifs. Pas des broutilles de larcins. Mes courses, fallait que je les refasse. Oui, j’en avais bien besoin pour mon petit chantier. Je le refis pour 6000 francs. Un moment d’inattention me disais-je. Non. Je n’en étais pas si rassuré. Il devait bien y avoir des voleurs dans le parking.

       Je racontai ce qui m’était arrivé à un beau-frère. Il me fit retour de ce que sa fille (ma nièce) avait vu dans un parking d’une grande surface à Koné. Un couple avait chargé leur course dans la benne de leur camionnette. Mais la maman, qui avait oublié sait-on, quels articles importants à ses yeux, fit revenir le couple dans la grande distribution. A leur sortie, ils ne trouvèrent rien de leurs achats dans la voiture. La maman criait sa douleur. Le papa aussi. Mais les voleurs avaient déjà disparu. C’était ce que la nièce avait rendu. Je pense plutôt que les détrousseurs les regardaient s’égosiller sans bouger. Ils ne devraient pas être loin du lieu où ils avaient commis leur forfait. Quel courage ! Connaissaient-ils le langage du cœur ? Non, ce sont des gens du métier. Ils sont rôdés. 

      Pourquoi écrire ce vécu pour accompagner le texte ci-dessous et Nuelasin ? Je voulais attirer l’attention de tous. Il doit y avoir un trafic de ce genre. Et les personnes qui s’adonnent à la rapine doivent faire partie d’un réseau. Ils volent. Pour après revendre. Tout un trafic, une pédagogie. Du vol, au recel jusqu’à la revente. Ils opèrent en bandes. Qui ? Les nôtres. Des gens de chez nous. Mais je n’ai pas envie d’orienter mon intellect vers cette pratique. Si j’ai un conseil à donner, c’est celui de fermer la voiture et de ne pas traîner dans les parkings. Les gens observent tous vos mouvements d’aller et venir avant de fondre sur vous comme des oiseaux de proies. 

      Bonne lecture quand même de la vallée où il pleut toujours. Wws 

Hélène 

      Il ne m’était jamais arrivé à l’esprit qu’un jour de ma carrière d’enseignant, je tomberais en admiration sous le charme d’une de mes élèves. Hélène. Je me collais à moi-même l’idée que cette élève aurait pu être ma personne lorsque j’avais son âge quand j’étais encore au collège. Le temps a vite passé et emporté toutes les belles images de ma carrière professorale. Mais le visage d’Hélène m’accompagne encore jusqu’au jour d’aujourd’hui. 

       Originaire d’une tribu du bord de mer, Hélène arrivait tôt le matin par l’autobus du ramassage scolaire. Elle avait élu le grand banian comme son arbre de prédilection. Elle déposait son cartable au pied de l’arbre. Elle s’asseyait alors sur un grand tronc de cocotier qu’elle avait fait venir là, par une autre personne. Son gabarit ne lui aurait pas suffi à transporter une telle masse. Et en attendant la sonnerie du collège, elle plongeait toujours corps et âme dans un grand livre qu’elle dévorait à pleins yeux. Il m’arrivait de la surprendre après la sonnerie, au pied de son arbre. Comme pour excuser son retard, elle me lançait un sourire qui lui plissait les deux joues. Je gardais l’air austère pour lui montrer qu’elle avait tort et qu’il fallait sortir prestement de son imaginaire. Hélène s’enlevait alors de sa souche, ramassait ses affaires à toute hâte et courait vers sa classe. Oh ! ce n’était pas bien méchant pour une fille de son genre. Avec une moyenne trimestrielle qui frisait toujours la perfection, mademoiselle pouvait se permettre quelques égarements.

         Elle avait la moyenne dans toutes les matières mais elle continuait toujours de travailler. Travailler, c’était trop dire. Je ne l’avais jamais vu dans ses notes. La lecture restait sa seule instruction. Elle lisait tout ce qui lui tombait entre les mains. Et elle avait raison. Une fois, je l’avais vu se disputer un sujet de physique avec un autre élève, le meilleur de la promotion qui dominait pourtant la matière. Hélène connaissait aussi son sujet. Martial abandonna. Je lui demandai alors de m’expliquer l’objet de son entêtement. Avec des signes et des figures, elle me fit une démonstration au tableau. Je ne suivais pas son raisonnement, je ne comprenais rien à ce langage scientifique. J’admirais seulement une élève qui n’avait pas peur d’enseigner devant son professeur. Je me souviens très bien d’elle. Je lui avais donné les deux heures de français pour aider ceux et celles qui n’avaient pas fait la différence entre courant continu et courant alternatif. Certains termes qu’elle avait employés sortaient tout droit de ses lectures personnelles, pas du cours du prof.

         Hélène a quitté le collège depuis plusieurs années. Elle a réussi son bac avec mention, depuis elle poursuit ses études universitaires. J’ai entendu dire par un autre étudiant arrivé récemment de Métropole qu’Hélène est devenue ingénieur en aéronautique et qu’elle a trouvé un travail dans les usines de montage de Toulouse. Quant à ma mémoire, elle ne s’est toujours pas défaite de l’image de cette adolescente modèle. Et, à chaque promotion qui arrive dans mon cours la nouvelle année, j’ai pris l’habitude, par jeu et par dépit de la précédente génération, de toujours déceler la nouvelle Hélène.

  Léopold Hnacipan 

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Nuelasin numéro 46, le petit de journal de Tieta est disponible

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Nuelasin numéro 46, le petit de journal de Tieta est disponible

Téléchargez le numéro 46 en suivant ce lien Ci-dessous Supplément du rédacteur en chef :

Bonjour,

Mardi soir, je reçois un SMS de Pyks. Hier, c’était le coup de fil de Wetris. On avait fait les études ensemble à Grenoble à la même époque. Ils me rappelaient que le corps de Jeanjean allait partir par le Bético du vendredi. C’était triste. Et je me mis à penser à un autre grand frère. Une partie de ma vie avait coulé avec lui. On revenait de Châtillon-sur-Seine dans nos années de vacances d’été. Nous étions allés pour les vendanges dans la région de la Côte d’or. Oui je me souviens comme si c’était hier. Jacques Hnau. On était dans le même compartiment du train qui nous ramenait à Lyon. Plusieurs autres vendangeurs se mélangeaient à nous. Jacques jouait de la guitare. On chantait ; des chants de chez nous. Un moment, je sortis pour prendre l’air. Je ne supportais plus la fumée de cigarette et la buée sur les vitres. Il me rejoignit quelques temps après. Lui non plus, ne supportait pas la fumée et les bavardages des gens plus saouls que nous. Je lui demandai de m’apprendre une chanson en Maré. Il sortit un carnet de notes de sa parka et copia Nengone ne guhna en chantonnant machinalement. Il enjoignit la traduction avant de déchirer la page qu’il me remit. J’étais heureux. Il parlait d’un vieux de Nengone qui est allé en France pendant la guerre et qui a voulu manger une orange. Il voulait la manger cette orange mais il ne pouvait pas parce qu’elle était à vendre et qu’il n’avait pas le sou. Il resta debout avec la pensée qui allait chez lui là-bas à Nodei Nengone où il pouvait manger des oranges à volonté. Elles sont sûrement plus sucrées que celles exposées sur l’étal. C’était la traduction disait-il. Nous restâmes quelques temps entre les deux wagons pour l’apprendre. Chose difficile à cause du bruit des roues de la machine sur les rails. On revint alors dans le compartiment et avec les autres étudiants vendangeurs on se mit à chanter Nengone sur un air de ukulélé. C’étaient Wetris et Kiki qui jouaient l’instrument pendant que d’autres voyageurs arrivaient pour partager ce moment de communion entre nous. On s’entassait à plusieurs dans le même compartiment. Après le contrôle de nos tickets l’ambiance descendit d’un cran. Les autres voyageurs regagnèrent leurs places. Le calme vint avec le sommeil. On s’endormit jusqu’au terminus. C’était le lendemain qu’on arriva à Grenoble. Jacques et les autres étudiants étaient descendus à la Pardieu. Nous ne nous sommes même pas dits au revoir. On se perdit de vue. 

Combien de temps après, j’appris que le grand frère était parti dans un accident de la route entre Hunöj et le col Boula. Max N. était mort le soir de son mariage, là-bas à Poindi-Wimia. Je ne savais même pas qu’ils étaient déjà rentrés au pays. Depuis, leurs souvenirs luisent toujours en moi. Jeanjean, Jacques et Max sont des frères de ces années où les études universitaires étaient vraiment difficiles. Pas tant les études mais surtout nos conditions de vie. Nous n’avions pas les moyens de la génération d’aujourd’hui. Souvenir quand même. 

Je vous livre à tous le récit ci-après d’un autre vieux (au sens local) de chez nous et d’une autre époque.  

A ma mère

J’entends encore son rire sec et étouffé, comme si elle allait suffoquer. Un sanglot d’enfant empreint de retenu comme si rire était un manque de respect. Elle était comme ça maman. Très discrète et même qu’elle nous disait sans arrêt de ne jamais rien demander à personne. Sauf que de l’autre côté, elle nous conseillait de donner, au sens d’être toujours au service des plus nécessiteux. Avec le recul, je me rends compte de cette dimension du cœur qu’elle a en elle. L’amour.  

Un jour, elle s’est ouverte à moi en levant un voile d’une partie de sa vie. On l’a mariée à 16 ans. Sûrement un mariage arrangé comme pour beaucoup de couples à cette époque-là. Elle était très jeune et les vieux en avaient conscience. Mon grand-père et les autres hommes du clan tinrent conseil. Ils dirent à papa de partir pour laisser maman toute seule à la maison. Le temps qu’elle grandisse, pensaient-ils. Un an après son retour au foyer ; mon grand frère naquit. Maman avait tout juste 18 ans.

On vivait de produits de la terre et de quelques cochons qu’elle élevait. Je me souviens encore de certains jours de marché à la tribu, maman se réveillait de bonne heure pour faire des crêpes, dont elle seule connaissait les ingrédients et de comment aguicher sa clientèle. Elle nettoyait ensuite quelques tubercules d’ignames, de patates douces et des légumes. C’était surtout des choux et des tu[1] (prononcé tout.)

Moi, je préparais mon attirail pour la pêche. J’attachais un hameçon et un plomb à ma ligne que je fixais après au hajujuny en sö [2]ou hnë [3], deux bois très flexibles que j’ai pris soins de couper dans la petite forêt non loin de la maison. Alors que je préparais ma canne à pêche, que déjà mon esprit esquissait le sentier et surtout l’endroit où je devais m’accrocher au bout des racines de banian suspendues dans le vide. C’était aussi excitant que tout mon être vibrait. J’étais déjà le grand pêcheur de la tribu comme ceux de la génération du dessus. Je m’autorisais toutes ces pensées. Maman me supplierait d’arrêter de pêcher parce qu’il y avait trop de poissons à la maison. J’en riais. Tout seul. J’avais mes petits coins secrets que je gardais jalousement. J’en avais une dizaine aussi poissonneux les uns que les autres. 

Aussitôt arrivé, je lançai ma ligne. Les appâts étaient des petits crabes violets. Je ne mettais pas beaucoup de temps à attendre. La ligne raidissait et faisait éclater la ligne d’eau des têtes des poissons que je levais avec force. Jubilatoire ! J’étais transporté. Une joie débordante que je devais contenir pour ne pas effrayer les esprits qui gardaient l’endroit. Si les prises étaient nombreuses, je ne changeais pas d’endroit. Je restais là jusqu’à midi ou bien vers la fin de la journée. Je ne rentrais jamais le soir pour ne pas inquiéter maman. Et elle souriait tout le temps en me voyant arriver avec ma gibecière accrochée sur l’épaule. C’était ma part pour le dîner. Je l’aidais à amener la pitance. J’étais fier mais maman aussi était fière de moi. Je le voyais bien dans ses yeux lorsqu’elle me parlait ou lorsqu’elle me regardait. Elle était soulagée. Non moins de ma contribution mais surtout que je sois rentré de ma partie de pêche. D’autres enfants de mon âge tombaient dans des crevasses ou disparaissaient. C’était angoissant. 

Mais cette inquiétude parentale, je l’aurais dans la conscience bien plus tard.

Pour la génération, vu notre jeune âge les produits de la pêche étaient considérés comme des prises de guerre. Même si nous n’avions aucune idée de ce que cela représentait. La guerre, c’était grand-père Atrea-qatr qui nous racontait. Il était un ancien combattant de la guerre de 14/18. Et ramener du poisson à la maison suscitait des réactions dans toute la tribu. Il y avait de l’estime à celui qui en pêchait le plus. Son nom passait de bouche à oreille et de famille en famille. C’était énorme. Nous étions devenus des demis adultes pour notre âge. Pour ma part, le sourire de maman me suffisait. Amplement.

Une fois Hminyiajë me fit une confidence : « Quand je te vois ramener du poisson à la maison je revois ton père le soir à son retour de la pêche. Parfois, je me levais à des heures indues pour lui préparer un bol de thé chaud ensuite je vidais tout le poisson qui devait rapidement être placé sur le fumoir au-dessus du feu dans la case. » Le fumoir était une roue de bicyclette raccommodée qui servait de support pour enfumer les aliments. C’était notre seul moyen de conserver et d’être sûr d’avoir tout le temps du poisson. En ce temps-là aucun foyer n’était équipé d’un appareil de conservation. Ni réfrigérateur, ni congélo. 

La première prise fut fêtée avec enthousiasme. C’était un samedi après le marché. Maman était revenue sans rien. Le poissonnier était absent pour cause du mauvais temps de la veille. Ma mère avait tout vendu de sa cargaison de crêpes et de patates douces. Au retour, elle était taraudée par l’idée qu’on n’aurait pas de poisson pour mettre dans la marmite du soir mais aussi du lendemain. Et je voyais la désolation en elle. Elle peinait de me dire qu’on n’aurait rien pour dimanche. Ma réaction ne se fit pas attendre. Je pris la ligne qui traînait, suspendue sur la tonnelle et avec le couteau rouillé de grand-mère, je partis. C’était la marée basse des longs mois de juillet. J’avais idée de ramener des bigorneaux, des trocas et des bénitiers. Surprise ! Dans un trou d’eau, je vis un sisa, une bande de perroquets bleus surpris par le retrait de la marée. J’en tuais huit avec le vieux couteau. Je sabrais le tout venant. En remontant, je laissais mes prises à l’abri sous un cica[4], et je partis prévenir maman pour m’aider à rapporter la cueillette. Maman. Elle avait l’œil pétillant qui brillait. Des coquillages oui, mais du poisson comme c’était le cas, relevait d’une part de mystère : « Oui, mon fils. Les esprits des vieux du rocher étaient avec toi. Que le très Haut soit loué. Nous avons de quoi mettre dans la marmite ce soir mais aussi demain. Tout à l’heure, tu iras chercher la bénédiction chez grand-mère Wawatra en lui offrant deux iebuluu. Tu verras mon fils que tu ne rentreras jamais bredouille de tes parties de pêche. C’est maman qui te le dis. » Maman me parlait ainsi dans la voix d’une diseuse de bonne aventure. L’Infatigable maman. En veillant sur nous, elle gardait l’œil et la pensée sur tout. On n’avait pas grand-chose à la maison mais on ne manquait de rien. Hminyiajë était une femme, tout simplement elle-même, une maman aux ressources insoupçonnées avec un cœur et une âme dans un corps frêle. Et dans mes questionnements à son sujet, je fus toujours amenée à me demander comment un bout de femme ait pu porter toute la fratrie de huit enfants que nous étions. Deux des nôtres n’étant plus de ce monde.  Grands Dieux !

Mon père nous a quittés en 1965 quand j’avais 8 ans. Et de 1965 à 2003 date de la mort de maman, elle nous a assumés toute seule. Quelque fois comme un fardeau, me disais-je, mais elle ne s’est jamais plainte. Elle nous couvrait seulement par devoir et toujours avec amour. Jamais femme ne fut plus occupée que ma mère.

C’était comme cela que je la voyais.

Du repos, jamais et les journées étaient très longues. Elles s’ouvraient par une méditation, profonde, au premier chant du coq pendant que toute la maisonnée encore dormait. Moi, je la regardais au travers de la paupière de mes yeux englués. Je l’entendais murmurer une prière. Après les paroles d’exhortation, elle sortait en nous laissant dans la case. J’ai toujours dormi dans une case jusqu’à l’âge de 8 ans. 

En Drehu (Lifou, Île Loyauté, NC) Uma ne Meköl… La maison du « dormir ». L’habitat traditionnel. Notre foyer était constitué d’une case, une cuisine et une petite maison en torchis pour manger. Dès 7 heures, le monde était déjà debout pour partir aux champs. Pendant les vacances scolaires, on assistait maman dans toutes ses pérégrinations. Les champs, quel grand mot ! Le plus proche se trouvait à 2 ou 3 km. Le sentier rentrait dans la forêt dans laquelle maman donnait à manger aux cochons dans leurs parcs. Il y en avait bien une bonne dizaine et c’était beaucoup à nourrir pour une femme comme maman. Elle tenait bon. C’était aussi une source de revenus pour payer nos fournitures scolaires. 

La petite forêt donnait accès au deuxième champ après une marche d’une bonne heure. Un bonheur pour moi de marcher devant les autres. Je jouais ainsi le rôle de l’homme de la maison. Cela poussait maman à dire qu’après le départ de papa, c’était à moi qu’incombaient toutes les responsabilités. L’homme en question n’avait qu’entre 12 et 13 ans. J’étais fier.

Aux champs, ma mère s’affairait dans toutes les tranches parcellaires. Quelque fois j’ai dû penser qu’elle était déjà rentrée à la maison alors qu’elle était encore en train de soigner un pied de salade, cueillir des tomates ou couper de la canne à sucre pour mes 2 sœurs et moi … elle était à l’autre bout de son lopin. 

Nos repas en ces temps-là, parfois, étaient constitués de la salade de laitue sauvage baignée dans du jus de coco et de petites tomates écrasées, ramassées sur le bord des chemins en revenant des champs. Une boîte de sardines « Pilchard » accompagnait le tout. C’était le bon repas pour la maison, avions-nous tant aimé. Plus tard je saurais que nos repas habituels de poissons frais étaient meilleurs.

Hminyiajë était ma mère et mon père à la fois… elle s’est dévouée corps et âme à l’éducation des enfants de la maison que nous étions. Je lui suis très reconnaissant. Je ne l’oublierai jamais. 

Hminyiajë comme je l’aimais, ma mère.            Hmihmi Kaudre 

Bonne lecture de la vallée et bonne deuxième rentrée scolaire.              Wws


[1] Solanum nigrum L. Solanacées, brède-morelle, morelle noire.

[2] Allophullus ternatus Radlk (A. timorensis (DC.) Blume, = A. cobbe Bl.). Sapindacées, faux kohu.

[3] Podonephelium Homei Radl (= P. Leplanchi Baill. = P. stipitatum Baill. = Cupania stipitata Pauch et Seb, = C. erioglossoides Panch = Ratonia Homei Seem). Sapindacéés, faux chêne tigré ou pommaderis-ail.

[4] Excoecaria agallocha L. Euphorbiacées, palétuvier blanc.

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Nuelasin numéro 45, le petit de journal de Tieta est disponible

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Nuelasin numéro 45, le petit de journal de Tieta est disponible

Fêtons le premier avril et son poisson même si la covid n’en était pas un. Sinon quoi ? Se morfondre ? Grands Dieux !

Téléchargez le journal en suivant ce lien ç 

Ci-dessous un petit texte en supplément du rédacteur en chef :

On était à Havila. Je devais être au collège. À midi d’un jour, deux garçons furent appelés au réfectoire devant le monde pour être ‘jugés’ et après recevoir des coups de trique. Tous furent surpris que le surveillant disparaisse un moment pour reparaître peu de temps après. Il avait été appelé par un prof qui cherchait à s’excuser (on le saurait bien après.) « Voilà, Qahe* et Giin*, vous êtes sauvés. » Ils pleuraient. Les deux élèves étaient allés informer leur prof de leur sort. L’enseignant leur avait donné l’idée de raconter des bobards le 1er avril (poisson d’avril.) C’est la mode de chez les blancs disions-nous. Effectivement qu’ils avaient voulu mettre en pratique ce qu’ils avaient reçu de la culture de l’autre. Les deux hurluberlus ont alors écrit une petite lettre qu’ils ont faite parvenir astucieusement à une demoiselle: « Iengenë* ton grand frère est décédé dans la nuit dans un accident de voiture. Nous allons venir vous chercher ton frère et toi pour l’enterrement en fin de semaine. » Mot signé des parents. La rose ne se rendit pas en cours. Qu’elle pleurait ! Elle a ensuite cherché à joindre sa famille en allant voir le vieux cuisinier qui s’était mis à contacter les parents. Imaginez le branle-bas de combat. Il était surtout très en colère parce qu’on ne plaisante pas sur ce sujet. Cela nous a ouvert une brèche vers la culture des blancs des années après. Mais on n’oublie plus de dessiner un poisson.

(*) Prénoms d’emprunt.

Pour compléter votre lecture, je vous dédie cet écrit que j’ai envoyé à Madue quelques années auparavant. Wws

 

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Tout savoir sur la culture Kanak, en Nouvelle-Calédonie, une courte vidéo et une conférence

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Les carnets kanak. Voyage en inventaire de Roger Boulay à Nouméa

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Les carnets kanak. Voyage en inventaire de Roger Boulay à Nouméa
Les carnets kanak. Voyage en inventaire de Roger Boulay à Nouméa

Des nouveautés disponibles chez Calédo Livres ouverte pendant le confinement et possibilité de livraison dans votre voiture Calédo Livres, 21bis, rue Jean-Jaurès 98800 Nouméa Nouvelle-Calédonie

Appelez au : +687 27 38 11

Les carnets kanak. Voyage en inventaire de Roger Boulay  

Roger Boulay, collaborateur de l’Agence du Développement de la Culture Kanak de 1979 à 1998, se vit confier par Jean-Marie Tjibaou et son équipe, une exceptionnelle mission d’Inventaire du Patrimoine Kanak Dispersé (IPKD) dans les musées et collections publiques du monde entier. Il réalisa cet important travail de recensement en étroite collaboration avec Emmanuel Kasarhérou, aujourd’hui président du musée du quai Branly - Jacques Chirac. Un minutieux travail d’enquête documenté par plus de 3 000 croquis et fines aquarelles des objets inventoriés.

À travers un dialogue entre les carnets originaux et des œuvres conservées au musée, l’exposition propose d’entraîner les visiteurs dans « l’aventure de l’inventaire », de manière à en appréhender la réalité concrète et de mettre en lumière les étapes, les acteurs et les enjeux mémoriels de cette mission colossale.

En 2019, les dix carnets de croquis aquarellés ont fait l'objet d'un don de Roger Boulay et ont intégré les collections Mondialisation historique et contemporaine du musée du quai Branly – Jacques Chirac.

Vous pouvez feuilleter l'ouvrage sur la page du Musée du quai Branly

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Nueasalin, le numéro 42, du 12 mars vous fera découvrir la douce mélodie. Rozanë

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Nueasalin, le numéro 42, du 12 mars vous fera découvrir la douce mélodie. Rozanë

Le petit journal de Tiéta paraît inlassablement et son Responsable de la publication, Léopold Hnacipan mérite un grand coup de chapeau. Je n’ai pas trouvé sur YouTube sa mélodie mais une mélodie à la fin de cet article vous rappellera des souvenirs. Qui n’a pas des souvenirs heureux de séjours aux îles et en particulier à Drehu. JP

hnacipanl@gmail.com

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Le Billet de Léopold Hnacipan :

Bozu. L’extrait d’un de mes livres relate l’histoire de Kalabus, devenu un lieu-dit. Autrefois, l’endroit était une léproserie. J’ai une pensée à ma grande famille décimée par la pandémie du siècle dernier. Tous sont morts à Cila (une léproserie) dans l’arrière pays quand on va vers le bord de mer en passant par la tribu de Nang. Papa et une tante mariée chez les Paici (Poindi-Wimia) en sont les seuls survivants. L’arrière grand-père étant parti chez les aborigènes. Il n’était jamais revenu. Ces départs-là, je les ai vécus comme de l’intérieur en me rendant coupable de quelque chose dont je ne suis pas responsable et dont j’ai du mal à expliquer. N’est-ce pas là le poids de l’Histoire qui sommeille en tout homme et qui le rend responsable de la vie tout cours ? Du coup, j’associe Cila au confinement que nous endurons en ces temps douloureux. Mais je le prends comme un mal nécessaire. Je ne pense pas connaître à fond pareil drame. Je dois seulement l’embrasser par la pensée. Cela n’est peut-être pas suffisant et la masse voit le phénomène se dérouler loin là-bas comme dans un film. Derrière l’écran. L’océan étant toujours une barrière suffisante à leurs yeux. Grave ! Il faut donc faire prendre conscience aux nôtres que les petits films du Net tant visionnés des cercueils entassés dans les rues des grandes villes pourraient aussi bien être le spectacle de notre quotidien. J’ai déjà eu vent de comment ma famille (et des gens de Hunöj bien sûr) vivait la séparation de cette époque-là (de Cila/pas de Kalabus, trop loin dans le temps.) Que d’affliction ! Mais les citoyens du pays prennent encore le confinement pour un délassement et un prolongement des fêtes de fin d’année. Ils se donnent alors rendez-vous sous des ponts ou dans des parties de bingo pour le plaisir de se rencontrer et par conséquent propager la maladie (le cas des porteurs potentiels du virus.) Pour ma part, je suis de l’opinion que les autorités sévissent. La populace n’est pas assez bien éduquée pour endiguer les grandes catastrophes. Trop d’assistanat et moins prompte pour assumer des responsabilités. Grave, une deuxième fois. De ce fait, pour le bien de soi, de la race, de l’humanité, de tous, le devoir de mémoire, et autres thèses ; respectons le confinement ! L’adage : « Loin des yeux ; près du cœur » doit jouer pleinement son sens pluridimensionnel. Oleti, amdö comme le disait toujours Mme Yvana …

« Kalabus en français signifie prison. Cet endroit a servi autrefois à isoler les malades atteints de la lèpre. Une ancienne léproserie. Ce devait être au tout début avant les années 1900. En 1849 exactement. Le premier malade de Drehu devait être de chez nous. Kalabus a existé avant Hnawetr[1] entre Kejëny et Thuahaik. Cila, à la tribu de Nang[2] était la dernière léproserie avant l’ouverture du centre Raoul Follereau[3]. On y arrive par cette allée de pierres entassées. Cette allée de pierres mène vers la citerne que voici.

Aelan écoutait de toutes ses oreilles. La citerne était creusée à même le sol. Deux mètres de large et une longueur à peu près de quatre mètres et une profondeur de deux mètres. Avant d’arriver à Hunapo i Qëmek il fallait passer par Kalabus. Une rangée de cailloux entassés faisait office d’allée. A l’époque, il devait exister des maisons à côté de la citerne. La toiture servait à recueillir l’eau de pluie pour l’alimenter. Mais la nature avait repris tous ses droits. De tout temps, quand on allait à Mele, Kalabus servait d’endroit pour se reposer. Il y avait un figuier aux fruits rouges sous lequel le passant s’asseyait avant de repartir. De là, il pouvait apercevoir les racines des grands arbres et des lianes tomber dans la citerne et plonger dans les entrailles de la terre.

- Les gens de Hunöj, dit Trotreijë ont grandi avec cet héritage de la nature et une autre partie aussi de mystères. Tout autour de la citerne, poussaient des flamboyants témoins de cette époque. Les xaj[4] et les autres grands arbres ne poussaient pas à cet endroit. Vois cette végétation un peu plus clairsemée. Le dernier cocotier, fruit de ceux sûrement plantés par les lépreux à Kalabus, a disparu il y a de cela quelques années.

- Celui-là ? dit Aelan.

- Tu vois le dernier cocotier avait servi de croisement de chemin et de déviation pour éviter de faire la rencontre d’un grand serpent qui avait son nid sous des pierres pas loin du sentier que nous empruntons. C’est mon grand-père qui a changé la direction du sentier. Grand-mère Qahnuma avait très peur de ce genre de bête. Les gens ont suivi, maintenant nous ne passons plus droit. Dommage, parce que c’était plus court. On gagnait du temps pour arriver à Qanope Hise.

Aelan écoutait les explications comme sur un banc. Il était en prise directe avec l’école des noirs. Des kanak. L’école de la vie. Il était émerveillé qu’un citoyen de seconde zone de la république à la tribu, lui apprenne tout ce que beaucoup de personnes ignoraient, l’histoire de cette léproserie.

Ils écoutaient aussi les chants de toutes sortes d’oiseaux, les abeilles bourdonnant, lourdement chargées, le vent plissant le feuillage, couverture de la forêt. Trotreijë et Aelan étaient dedans. Ils sirotaient une bière avant de s’en aller vers les falaises, là où se trouvait la grotte de Qanope Hise, un autre endroit débordant de mystères. Aelan écoutait avec passion les explications de son ami, qui était incollable sur l’histoire du lieu. » (Extrait de Ponoz cordon ombilical de Léopold Hnacipan)

 

Pour votre confinement, je vous sers la douce mélodie. Rozanë. Un peu de tendresse du groupe des Mike de Jua e Hnawe que j’affectionne particulièrement. Cela me ramène à mes années collège. Je me souviens très bien comme si c’était hier. 1979, alors que j’allais passer mon brevet et Chuuuut (…)

Bonne lecture à vous de la vallée.  Ww

Ps : Kalabus, c’est à un peu plus d’une heure de marche de Hunöj, si vous voulez vous y rendre.

________________________________________

[1] Une léproserie ouverte après la fermeture de Kalabus à Hunöj

[2] Il y avait aussi la léproserie de Nang à Cila dans le district de Wetr, c’était après Hnawetr

[3] L’actuelle léproserie de Nouméa située dans la presqu’île de Tindu

[4] En Drehu, une variété de grand arbre qui pousse dans les forêts de l’île.

Publié dans Culture Kanak

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Contes d'Iaai, Mojuu hwen iaai. Hnân ûne

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Auteur : Collectif - Illustrateur : Djoëlla Wallepe

Éditeur : Académie des langues kanak

Parution : Janvier 2021

Prix 1750XCP chez Calédo Livres

Recueil bilingue (iaai-français) de douze contes traditionnels d’Ouvéa, une des îles Loyauté de Nouvelle-Calédonie.

À travers ce recueil de contes, en langue iaai, traduits en français, vous partirez à la découverte de l’île d’Ouvéa en Nouvelle-Calédonie et suivrez les aventures des animaux qui peuples ses îlots, ses grottes et ses cocoteraies : la roussette, la buse, la perruche, le pluvier, la nérite, le hibou, et même le serpent et la murène.

Vous apprendrez notamment comment le bananier et le cocotier se sont réconciliés après une dispute et découvrirez ce qui est arrivé au garçon mi-homme mi-chat.

Au-delà de simples histoires pour enfants, ces douze contes permettent de transmettre les valeurs universelles de la culture kanak à travers la vision du monde des gens d’Iaai, petite île de l’océan Pacifique.

NB : L’Académie des Langues Kanak se compose de huit sections régionales, installées dans les huit aires coutumières. Chaque antenne se compose d’un(e) chargé(e) de mission, d’un(e) académicien(ne) et d’un(e) linguiste de référence qui supervise et accompagne les travaux menés par chaque antenne.

 

Et aussi vendu 1500F

Propositions d'écriture du iaai

Parution de décembre 2020

Éditeur : Académie des langues kanak

Auteur : Collectif

« Hna setr hwen iaai ae thep ûnyi ».

Cet ouvrage fixe les règles d'usage du iaai, l’une des deux langues originaires d’Ouvéa (îles Loyauté de Nouvelle-Calédonie.) Après une présentation générale et un bref panorama de l'histoire de son écriture, des systèmes phonologique et graphique sont exposés ainsi qu'un certain nombre de propositions d'écriture, illustrées à travers un poème de Lazare Dialla et un extrait issu de la bible.

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