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La pêche traditionnelle en pays Drehu d’Ernest Unë

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

La pêche traditionnelle en pays Drehu d’Ernest Unë
L’enseignant et chercheur en linguistique Ernest Unë a réalisé un travail de mémoire en mettant sur papier la tradition orale. La pêche traditionnelle en pays Drehu, d’Ernest Unë (Edition Atelier Adanis).

LA PÊCHE TRADITIONNELLE EN PAYS DREHU - NYI THA EKÖ NGÖNE LA NÖJE DREHU

Avec le concours de la Province des Iles Loyauté, ce livre écrit par Ernest Unë est disponible en librairies mais vous pouvez aussi vous le procurer à la Province des Iles Loyauté auprès de la Directrice de la culture et des affaires coutumières Sophie Zongo.

Ernest UNË (Extrait de construire les loyautés)

Passionné de sciences humaines, langues et civilisations, Ernest Unë a voulu par cet ouvrage, remplacer la PAROLE DONNEE (qui, outre la transmission du savoir, est conçue comme une véritable science de l’éducation, de la pensée et du comportement humain pour le “atre Drehu”) par la PAROLE ECRITE qui va faire perdre les valeurs mystiques de la conception du monde et de son univers par les gens du bord de mer car ces valeurs sont colportées et enseignées par cette PAROLE que constitue l’Oralité. Les révolutions technologiques incessantes ont remplacé ces espaces de communion authentique où l’Oralité sert à pérenniser la Transmission du patrimoine culturel. Aujourd’hui, à une époque si critique pour notre jeunesse insulaire, la lecture de cet ouvrage doit servir à comprendre le côté magique du comportement de nos ancêtres, pour penser méthode, technique et pratique, pour utiliser la mer et son littoral comme source de vie. A découvrir aussi : le côté mystique qui explique l’union parfaite entre l’Invisible et le Visible, et qui va conditionner une conception positive par l’établissement des diverses techniques de pêche et l’appropriation de l’espace-temps. Né à Wé Lifou en 1951, Ernest Unë a d’abord été instituteur puis Maître Formateur et il a suivi des Etudes Universitaires à l’INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales-Sorbonne Nouvelle-Paris III). De 1981 à 1987, il a été enseignant-chercheur en linguistique générale et appliquée à l’ex CTRDP (Centre Territorial de Recherche et de Documentation Pédagogique) de Nouméa. Membre de la Commission de Réflexion du vice-Rectorat pour l’élaboration des programmes et contenus pédagogiques des collèges et des lycées en Langue et Culture Régionale, ses recherches avaient pour but la normalisation de l’écriture des langues à des fins pédagogiques et la valorisation du patrimoine culturel, avec notamment la mise en place de l’enseignement de la langue Drehu au primaire et au secondaire. De 1988 à 1990, il fut Technicien Linguiste au Service Topographique, responsable toponymique de la révision cartographique générale du Territoire. Il a mis en place une convention phonétique agréée par l’INALCO, le Service Topographique et l’IGN (Institut Géographique National-Paris) pour une homogénéisation des différents systèmes d’écriture, une pour les Iles Loyauté et une pour la Grande Terre. Lors de la Provincialisation, il a été nommé responsable de l’Enseignement des Langues et Culture au primaire à la Direction de l’Enseignement de la Province des Iles Loyauté. Il a suivi une formation DHEPS (Diplôme des Hautes Etudes et Pratiques Sociales). Conférencier à l’occasion, il a continué les enquêtes et la rédaction de plusieurs documents monographiques et en 2008, il a été titularisé au grade de Professeur des Ecoles.

A paraître : “Mythes d’origine et structures sociales du monde Drehu”.

Le thème de ce livre a-t-il déclaré dans une interview au Nouvelles Calédoniennes : L’idée principale est qu’il faut des livres souvenirs sur des technologies. Je pose toujours la question « Si le Blanc n’était pas arrivé, où en serait le Kanak dans ses propres réflexions ? » Les gens ont su créer des choses, mais après, les premiers Blancs sont arrivés. Ça apporte des meilleurs rendements, mais quelque part, ça a freiné un peu cette attitude réflexive devant les besoins. (suivre le lien LNC pour l’intégralité de l’interview)

Bio express

Né à Wé, en 1951, Ernest Unë a d'abord été instituteur puis maître formateur. Dans les années 1980, il a suivi des études universitaires à l'lnalco (Institut National des Langues et Civilisations Orientales-Sorbonne Nouvelle-Paris lll). De 1981 à 1987, il a été enseignant-chercheur à l'ex-CTRDP (Centre territorial de recherche et de documentation pédagogique) de Nouméa. Au vice-rectorat, ses recherches avaient pour but la normalisation de l'écriture des langues à des fins pédagogiques, avec notamment la mise en place de l'enseignement de la langue Drehu. Au service topographique, il a été responsable toponymique de la révision cartographique générale du territoire. Lors de la provincialisation, il a été nommé responsable de I’enseignement des Langues et Culture au primaire à la Direction de I’enseignement de la province des îles Loyauté.

Enerst et son fils (photo LNC)

Enerst et son fils (photo LNC)

Publié dans Ecrivain calédonien

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"Les sanglots de l’aigle pêcheur", un livre sur le soulèvement sanglant des Kanak en 1917

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

"Les sanglots de l’aigle pêcheur", un livre sur le soulèvement sanglant des Kanak en 1917

Couverture des "Sanglots de l'aigle pêcheur - Nouvelle Calédonie : la guerre kanak de 1917". © DR

Alban Bensa écoute les Kanak

Extrait dans LE MONDE DES LIVRES | 18.06.2015 à 10h12 Par  Julie Clarini

Il est là, nous l’avons sous les yeux. Il aura fallu attendre deux ans pour que l’anthropologue Alban Bensa mette un point final aux Sanglots de l’aigle pêcheur (700 pages, un CD de 40 minutes, plusieurs parties bilingues, une édition soignée), dont la rédaction aura pris au total quarante-cinq mois. Il voulait le livre structuré, complet, à la hauteur de ses attentes. Son chef-d’œuvre ? Quelque chose comme cela, un « point d’aboutissement en tout cas », confirme-t-il, le produit d’un travail mené à plusieurs, et sur plusieurs décennies, auquel le Marathon des mots rend hommage par une lecture et une performance. Jeune anthropologue influencé par Georges Balandier, Jean Bazin ou encore Pierre Bourdieu, Alban Bensa a commencé ses recherches en Nouvelle-Calédonie dans les années 1970, s’attachant, avec Jean-Claude Rivierre, à recueillir des « ténô », ces poèmes de tradition orale au contenu narratif souvent longs de plusieurs centaines de vers. De ce savoir de terrain, qui fut mis à profit pour des recherches déjà publiées (principalement des articles), Les Sanglots de l’aigle pêcheur est à la fois la synthèse et le renouvellement, menés ici avec la complicité du linguiste kanak Kacué Yvon ­Goromoedo et de l’historien néo-zélandais Adrian Muckle.

Le sujet peut sembler presque dérisoire : la rébellion des Kanak de 1917, alors que l’administration coloniale intensifiait la conscription pour renouveler les troupes en métropole. Des « événements », comme on dit, des « trou­bles », une guérilla qui a fait 120 morts. Un épisode banal... (suite)

"Les sanglots de l’aigle pêcheur", un livre sur le soulèvement sanglant des Kanak en 1917

Autre article Source Outremer 1er Publié le 20/06/2015 Par Tessa Grauman

Des centaines de Kanak se sont rebellés en 1917. Au moins trois cents d'entre eux ont été tués par les forces de l'ordre parce qu'ils refusaient de partir à la Grande Guerre. C'est leur histoire que raconte l'anthropologue Alban Bensa dans un livre qui vient de paraître ce mois-ci.

C'est une histoire qui est longtemps restée sous silence. En 1917, l’armée française cherche à renouveler ses troupes décimées par la Grande Guerre. Mais le récit de ceux qui en sont revenus soulève l’opposition des Kanak forcés à la conscription. S’en suit un soulèvement réprimé dans le sang, environ 300 Kanak sont tués, sans compter les déplacements de populations et la destruction d’habitations.

 Alban Bensa, anthropologue, arrive en Nouvelle-Calédonie dans les années 1960 et découvre cette page oubliée de l’histoire coloniale.

 Il recueille alors la parole des habitants de la région de Koné, mais travaille aussi sur une archive d’un genre très particulier : un poème qui retrace sur 800 vers cet épisode douloureux de l’histoire du Caillou. Des extraits de ce poème et d’autres témoignages oraux accompagnent le livre sous forme d’un CD.

 L'ouvrage s'intitule "Le sanglot de l’aigle pêcheur" : c’est ainsi que les Kanak revenus de la guerre évoquaient le bruit des avions au dessus des champs de batailles.

'Les sanglots du pêcheur", Alban Bensa, Kacué Yvon Goromoedo et Adrian Muckle, sorti en juin 2015 chez Anacharsis, 720 pages, 30 euros

Photo de l’anthropologue Alban Bensa de D. GOUPY

Photo de l’anthropologue Alban Bensa de D. GOUPY

Publié dans Ecrivain du Pacifique

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L’inoubliable voyage des émigrants du café fait salle comble à Nouméa

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

L’inoubliable voyage des émigrants du café fait salle comble à Nouméa

L’inoubliable voyage des émigrants du café. Entre illusions et émerveillement, la conférence de Christiane Terrier Professeur agrégée d’histoire et de géographie, Docteur ès Lettres de Jeudi 18 juin 2015 a été un franc succès. L’appel de Christiane a été entendu par les amateurs d’histoire et de bateaux, puisque c’est le musée maritime qui recevait. Malgré les travaux en cours, le public était nombreux car les conférences de l’historienne calédonienne sont prisées.

Rappel du thème :

Entre 1890 et 1920, environ 2 000 immigrants furent invités à venir s’installer en Nouvelle-Calédonie pour faire fortune puisque l’on parlait d’un Eldorado du café pour implanter des exploitations agricoles.

Afin de faciliter leur venue, l’Etat prenait en charge leur voyage sur les bateaux des Messageries Maritimes qui desservaient alors la Nouvelle-Calédonie. Cette conférence a retracé, à travers de nombreux témoignages représentés par des lettres, des journaux intimes ou des photos, le périple vécu par ces personnes qui n’avaient jamais voyagé jusque-là et qui a souvent représenté, pour elles, une extraordinaire aventure, hélas ensuite suivie de bien des désenchantements.

L’idée de cette conférence est venue à l’historienne en visitant le musée de l’immigration à New York sur Ellis Island et après la visite des musées de Melbourne et d’Adélaïde en Australie. Les Calédoniens sortent du même moule que les pionniers des Etats-Unis et ceux d’Australie. Christiane Terrier a donné des informations croustillantes sur les conditions de voyage, la propagande en métropole et la désillusions lorsqu’après plus d’un mois de mer, la quarantaine et le lâchage par le tour de côte, le futur colon se retrouvait embourbé dans la mangrove sur la côte Est de la Grande Terre. (Les familles de colons étaient larguées comme les concurrents du jeu de la téléréalité de Koh Lanta semble-t-il)

Les noms de ces premiers colons évoquent souvent des connaissances actuelles, des noms de rue parfois comme Jocteur, Michel-Villaz, Devillers, David, Féré, Letocart, Jeannin, Lapetite, Soury-Lavergne etc. De nombreux émigrants du café sont repartis aussitôt pour les Nouvelles-Hébrides ou l’Australie et y ont fait souche. Une conférence forte instructive pour les citoyens de ce pays. JP

Ce sont les Pères Maristes de la Conception qui amènent les premiers plants de café en 1856 en Nouvelle-Calédonie. Mais c'est véritablement à partir de 1890, sous l'impulsion du gouverneur Feillet que le café va se développer. Convaincus que la fortune les attend dans notre pays, 1500 colons libres, soit environ 700 familles, vont se lancer dans cette aventure loin, très loin de leur terre natale. Mais dès leur arrivée, sur notre territoire, les difficultés commencent… Ces volontaires découvrent l'immensité du travail qui les attend. Pour se faire aider dans leurs cultures, ils feront appel, dès 1896, à une main d'œuvre réputée pour son sérieux et son obéissance : les Javanais, des agriculteurs, spécialistes de la riziculture. Ces derniers se verront proposés des contrats d’engagés pour une durée de 5 ans renouvelable...

Ci-dessous une vidéo « Les pionniers du café », Ajoutée le 19 févr. 2015 sur You Tube d’une émission présentée par Duke Menango. Copyright © NCTV 2014

L’inoubliable voyage des émigrants du café fait salle comble à NouméaL’inoubliable voyage des émigrants du café fait salle comble à Nouméa
L’inoubliable voyage des émigrants du café fait salle comble à Nouméa

Publié dans Colonisation

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L’énigme de la Monique, une blessure calédonienne

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

L’énigme de la Monique, une blessure calédonienne
Le 31 juillet 1953, le caboteur la Monique quittait le port de Tadine (Maré) pour rejoindre Nouméa, son port d'attache. Mais il disparut mystérieusement avec ses 126 passagers et équipage.
Que s'est-il passé lors de cette nuit du 31 juillet au 1er août 1953 pour que ce caboteur n'atteigne pas sa destination ?

 

Communication donnée à la convention mondiale de la FILLM* en 2003 pour le cinquantième anniversaire par Frédéric Ohlen (auteur et poète calédonien qui comme Louis-José Barbançon, l’historien de la vidéo avait un membre de sa famille à bord)

*(Fédération internationale des Langues et Littératures modernes)

 

DYNAMIQUE DE LA CATASTROPHE :

le cas du motor-ship La Monique.

par

Frédéric Ohlen

 

Communication donnée à la convention mondiale de la FILLM

(Fédération internationale des Langues et Littératures modernes),

dans la salle de conférences de la Communauté du Pacifique,

à Nouméa, le lundi 20 octobre 2003.

 

L'acte de création me semble autant dépendre d’un mouvement profond de l’être, en tant qu’entité singulière, que de ses réactions face aux circonstances, en tant qu’animal social, inscrit dans un certaine histoire et dans un certain espace. Peut-on imaginer l’artiste sans son terreau ni son terroir d’origine, comme un sujet standard et indifférencié, procédant et progressant dans une espèce d’inactualité ou de pure immanence ?

Cette réalité dont il est issu – j’entends par là cette intrication de faits, de fratries, de fils mémoriels, de prêt-à-penser, de modes de représentation, de symboles et de rites – faut-il qu’il s’en éloigne pour justement la penser ? Et cela consiste-t-il à la réfléchir passivement, à en extraire une éternelle paraphrase, message éculé de supposés voyants à destination d’un peuple de supposés sourds ?

L’artiste n’est pas un simple témoin des opacités et des injustices, il lui est donné de surcroît, s’il porte en lui assez de vie, de modifier notre idée même de la réalité. Passant devenu passeur, respirant devenu pensant, il sait que notre perception du monde, que notre champ de conscience doit faire l’objet d’un enrichissement constant, d’un réajustement.

À l’origine de toute démarche artistique, conçue comme une mise en marche et une remise en formes, il y a, de fait, presque toujours un ébranlement, un pic critique, fruit d’une expérience fulgurante ou d’une lente maturation. Non, les choses ni les êtres ne sont pas exactement tels qu’on nous les avait présentés. De ce hiatus naît une tension qui ne se résout partiellement que dans l’expression, dans une création qui n’est pas ronron ni reprise mais quête d’un sens qui relèverait, non du sublime ou de la grâce, mais d’une poéthique concrète.

Vient alors un moment où se dissolvent les frontières du social et du politique, le moment où des interventions privées peuvent et doivent bouleverser les liturgies, les traditions, les institutions autour desquelles s’organise l’espace public.

Une société qui ne serait qu’un rassemblement plus ou moins réglé d’hommes réunis par des intérêts communs ne m’intéresse pas. L’opportunisme des alliances, le réseau des soumissions et des subordinations, le psittacisme langagier, les formes actuelles de l’appropriation et de la jouissance, cela suffit-il à constituer un corps social autre que fonctionnel, à fonder une identité autre que plaquée ?

L’endormissement, le refus de voir, de se voir, d’assumer, est-il parfois si profond qu’il nous faille des séismes, des tragédies, des deuils, pour échapper enfin au fatras des faux-semblants, parvenir à nous éveiller à l’Ici, et, selon le mot du poète, à « habiter notre nom » ? Faut-il des chocs, des événements imprévus mais prévisibles, pour se connaître et se reconnaître, pour s’écouter et se comprendre, en lavant jusqu’au sang nos vieux mots inaptes à inventer le futur ?

Mais ce qu’entre nous, ni les révoltes ni les guerres, ni la spoliation ni l’exil n’ont pu, de la sorte, en un siècle et plus, tisser, un naufrage est en passe de l’accomplir.

Sur toute la Grande-Terre et aux îles, il n’est pas un Calédonien, Blanc ou Noir, gada ou dridri, qui n’en ait entendu, un tant soit peu, parler : la Monique ! Caboteur parti du port de Tadine, à Maré, avec 126 personnes à son bord, le 31 juillet 1953, et disparu, par beau temps, corps et biens.

Et ce n’est pas l’ampleur du désastre ni de la souffrance qui rendent illustre ce nom, ni le grand mystère qui entoure cette disparition, ni même cette facile métaphore de la nef Calédonie, alourdie par trop marchandises, mais ayant aussi charge d’hommes, de toutes origines. Non, ce nom de femme, c’est une chanson qui l’a rendu, à tous, intime, familier. Celle du vieux Abraham Manane. Son Oceano Nox.

Mais aujourd’hui, plus de tristesse : deko sheusheu !

Leçon de Joie, à contre-courant.

Car, ce matin-là, face au large, alors que nous étions rassemblés à Tadine pour nous souvenir, ensemble, de ces vies englouties, les autorités coutumières de l’île nous ont fait, très officiellement, don de ce chant auxquelles elles tiennent tant, à charge pour nous de le continuer en français, pour qu’il devienne, peut-être un jour, l’hymne de ce pays.

Seuls des hommes infiniment libres sont capables d’un tel geste.

Plus qu’une lecture commune de l’Histoire, mieux qu’une vague vision d’avenir, il nous est proposé ici d’entrer dans la chair du chant et même de le tresser plus avant. Alors, ce qui ne paraissait qu’adjonctions successives, chaos sociétal, empilement sans fin de conquêtes forcées et de relégations arbitraires, à travers cet événement-là, prend soudain du sens.

Tout l’intérêt de l’Art consiste à capter des énergies qui nous mettent en mouvement. Et le propre de l’artiste n’est pas d’être le traducteur du monde, le médium d’une claire représentation des forces qui nous conduisent, mais bien de nous faire signe, nous desceller, nous arracher à nos réticences et à nos frayeurs, et ainsi, au sens strict du terme, configurer l’avenir.

L’État, le gouvernement ne permettent pas de poser à eux seuls l’unité de la société civile. En se constituant en État, les hommes ne partagent pas seulement une volonté commune que manifestent des institutions plus ou moins souveraines, ils se reconnaissent aussi des références et des rêves communs dans la durée, c’est-à-dire beaucoup plus qu’une espèce de coexistence pacifique des individus et des groupes, ar-raisonnés, agrégés malgré eux, à la traîne d’une classe politique qui ne conçoit, le plus souvent, son action qu’en termes de développement économique, qu’en opérations ponctuelles de sauvegarde ou de secours.

Arbitrer les légitimités, réguler et coordonner, nourrir et loger, soigner et enseigner, soit, c’est nécessaire, mais quid de qui nous li(e)ra au-delà de nos besoins basiques et de nos intérêts bien compris ? Sera-ce ce navire évaporé, cette « part manquante » où le corps social d’ores et déjà se réinscrit ?

 

Une vidéo ci-dessous pour mieux comprendre

Ajoutée le 4 févr. 2013

Découvrez le mystère de la disparition du navire La Monique dans la nuit du 31 juillet 1953 entre Maré et la Grande Terre, en Nouvelle-Calédonie, avec 108 passagers à son bord, mais aussi l'expression pleine d'émotion d'une douleur collective et le dévoilement d'une société coloniale complexe...

RÉALISATION Vincent Perazio

Extrait d’un poème de Frédéric Ohlen écrit à l’occasion du 50e anniversaire de la disparition de la Monique et de l’exposition qui lui a été consacrée au musée de l’Histoire maritime (1er août-5 octobre 2003). Paru dans Orphée n° 28, p. 24-25, 2005.

Aux seigneurs des murs
aux insensés qui disent
que nul ne leur ressemble

qu’il n’est rien à partager
dans l’eau ni dans la mémoire
voici le cercle qui rassemble

Qu’est-ce donc qu’un pays
Même corps soudain
même voix

Non le passé
qui s’embracèle
pauvre diadème

mais
le corps là
et les mains qui se tiennent

© Frédéric OHLEN,
Nouméa, le 14 octobre 2003.

CaledonianPost

Publié dans Nouvelle-Calédonie

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« Le Calédonien » roman de Joël PAUL disponible à Dijon

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

« Le Calédonien » roman de Joël PAUL disponible à Dijon
Mon roman Le Calédonien publié aux éditions L'Harmattan en 2008, est toujours en vente et peut être commandé chez l’Harmattan mais il est aussi disponible dans une nouvelle bibliothèque. Je viens d’apprendre qu’il était en rayon à la bibliothèque municipale de Dijon Port du Canal depuis le 24 mars 2015. Merci au directeur de cet établissement. Joël PAUL

Hallucinante traversée

Article de Gilles Méline dans Télé7jours

Dans son premier roman publié aux éditions L'Harmattan, Joël Paul nous invite à bord du paquebot mixte Le Calédonien pour un voyage au long cours qui va mener son héros, Robert, de Paris jusqu’à Nouméa. Un périple à travers les océans, mais aussi un flash-back sur l'histoire récente de la Nouvelle-Calédonie à travers quatre décennies.

Après Coup de soleil sur le Caillou, recueil de nouvelles truculentes et poétiques, Joël Paul nous narre «sa» Nouvelle-Calédonie. Le Calédonien est un roman, certes, mais son contenu est lacement inspiré par les souvenirs de l'auteur. Ce dernier excelle dans un genre qu'il aborde pour la première fois : le récit d'une vie. Aîné d'une fratrie de quatre gamins, son personnage, Robert, aide ses parents à tenir la boulangerie familiale. La petite existence bourgeoise du jeune «parigot» (qui n'est pas sans évoquer l'univers d'Amélie Poulain) va tourner à l'épopée. Robert (malgré lui, mais pour son plus grand bonheur) embarque avec les siens sur le navire des Messageries Maritimes pour rejoindre son père, venu s'installer dans «les colonies» un an plus tôt. Alors que le bateau fait route vers Nouméa (quarante-cinq jours de mer), l'adolescent va découvrir la vie. Une vie racontée, entre autres, par quelques passagers bourlingueurs et cabots, jamais avares d'histoires exotiques. La traversée est passionnante, et le lecteur ne peut que partager, d'escale en escale, les sensations du jeune homme.

UNE VRAIE HISTOIRE D'AMOUR

La nouvelle existence de Robert, aux antipodes de la Métropole, est tout aussi exaltante. Les Calédoniens reviendront avec nostalgie au temps du «boom» du nickel, lorsque la vie était facile. Au fil des pages, le Caillou évolue, chargeant le sac à dos imaginaire de Robert d'un lest qui se fait de plus en plus pesant. Après les beaux jours viennent les «Evénements», le quotidien qui s'assombrit, non sans laisser la place à de belles éclaircies... Joël Paul décrit à merveille les soubresauts de son cheminement qui sont intimement liés à ceux du pays. Cette aventure est une véritable histoire d'amour racontée avec maestria par un «jeune auteur» qui possède déjà les qualités d'un narrateur de grand talent. Gilles Méline

« Le Calédonien » roman de Joël PAUL disponible à Dijon
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« Effluves Ephémères », le dernier roman de Bob Cooper

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Couverture du dernier Bob Cooper, Journaliste et écrivain calédonien

Couverture du dernier Bob Cooper, Journaliste et écrivain calédonien

Effluves Ephémères est une œuvre singulière dans la bibliographie de cet auteur. Avec Bob Cooper, Jean-Marie Creugnet se libère, il ose, il innove et surprend le lecteur.

Ce roman démarre dans la colonie naissante, l’époque de prédilection de Jean-Marie, mais devient vite, au fil des pages, un véritable traité des phénomènes paranormaux, une vulgarisation, qui a certainement demandé une documentation considérable. Ce livre, est aussi, une réflexion sur la vie après la mort. Une tentative de réponses aux questions que les sciences occultes abordent depuis la nuit des temps et que la rigueur des expériences scientifiques ne permet pas toujours de mettre en évidence. Dans cet ouvrage une conversation à trois s’installe petit à petit entre le journaliste Bob, Théo le héros doué de dons exceptionnels et le narrateur, l’auteur, pour nous guider, nous initier sur le sujet. Les mots de fin du quatrième de couverture sont « Essai transformé ». C’est exactement cela, une réussite de plus pour le lauréat du prix Arembo 2015 qui sera sûrement une des vedettes du prochain SILO au mois d’octobre. JP

Cathie et Jean-Marie Creugnet chez Calédo Livres

Cathie et Jean-Marie Creugnet chez Calédo Livres

Publié dans Ecrivain calédonien

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Une petite vidéo du lagon de mon Caillou

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Pour changer des articles littératures, une petite vidéo qui a bien marché sur CaledonianPost un journal du web où je suis aussi rédacteur.

Ces quelques images aériennes reflètent de la beauté du lagon Calédonien ainsi que tous ce qui le compose et qui l'entoure... A regarder de préférence en 1080p ou 4k UHD

De Youtube par David Socci , que l'on remercie pour le partage !

Publié dans Nouvelle-Calédonie

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François Garde « La baleine dans tous ses états »

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

François Garde « La baleine dans tous ses états »
François Garde « La baleine dans tous ses états »
François Garde est actuellement à Nouméa pour la promotion de son livre. La Nouvelle-Calédonie est aussi son pays. Il est considéré sur le Caillou comme un auteur presque calédonien. JP
François Garde « La baleine dans tous ses états »

Collection Blanche, Gallimard  Parution : 05-03-2015

Ni récit de voyage ni traité scientifique, ce livre part sur les traces d'une des plus fascinantes créatures du règne animal, la baleine. Loin des grilles d'analyse des spécialistes, François Garde a choisi au contraire de mener son enquête le nez au vent, débusquant dans les recoins les plus inattendus de notre planète et de notre culture histoires, souvenirs, paysages, qu'il a tissés ensemble pour former une sorte d'épopée.

On découvrira ou redécouvrira ici la baleine des livres : Jonas, Moby Dick, Pinocchio. La baleine des baleiniers : chasses héroïques, usines baleinières à l'abandon, gestes oubliés. Les secrets de la place de la Baleine à Lyon ou de la rivière de la Baleine au Québec. Les baleines des images publicitaires, les baleines en peluche, les baleines de musée et tant d'autres traces énigmatiques ou familières, monumentales ou presque invisibles des rencontres entre l'homme et la baleine.

Animé tout du long par la curiosité insatiable et l'inventivité narrative de François Garde, La baleine dans tous ses états est un livre méditatif et ironique, burlesque et profond, poétique et érudit. Un livre ouvert sur le monde, inquiet parfois, sans jamais être mélancolique ou moralisateur.

François Garde a reçu le prix Goncourt du Premier Roman en 2012

Diplômé en 1984 de l'ENA (promotion Louise Michel),

Secrétaire général adjoint de la Nouvelle-Calédonie de 1991 à 1993

Administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises (du 25 mai 20002 au 19 décembre 20043),

Secrétaire général du gouvernement de Nouvelle-Calédonie, (août 2009 - août 2010),

Vice-président du tribunal administratif de Dijon, puis de Grenoble.

Haut fonctionnaire du corps préfectoral, auteur du roman Ce qu’il advint du sauvage blanc, François Garde a fréquenté la baleine lorsqu’il était en poste en Martinique et aux îles Kerguelen. Jeudi soir, il a donné une conférence à la bibliothèque Bernheim pour communiquer sa passion pour cet animal fantastique devant un public nombreux. – François Garde compte de nombreux amis en Nouvelle-Calédonie –

Ce samedi matin, c’est à la librairie Pentecost à Nouméa que l’on pouvait le rencontrer. Son ami Frédéric Ohlen édité comme lui chez Gallimard était aussi présent à l’heure où je m’y suis moi-même rendu cela valait donc le déplacement. François Grade qui repart mardi après un séjour pas seulement littéraire n’a pas chômé pendant cette grosse semaine.

La Baleine, l'une des plus fascinantes créatures du règne animal, François Garde a voulu en parler dans un livre qui est ni récit de voyage, ni traité scientifique, mais qui est à la fois une quête personnelle, une enquête, une illustration et défense du cétacé en péril, a-t-il expliqué dans de nombreux interviews et conférences.

Le livre est composé d'une trentaine de chapitres et divisé en trois parties - « L'animal », « La chasse », « Le ciel ». Les arguments de François Garde pour convaincre les futurs lecteurs ne manquent pas. La baleine pèse autant que 27 éléphants ; sa langue, seule, pèse trois tonnes. Aux quatre coins du monde, en bord de mer, des rues portent son nom. Qu’est-ce qui justifie une place de la Baleine à Lyon ? L’une des filles de l’auteur (il en a deux) lui pose cette colle un matin. Nous sommes heureux d’apercevoir sa famille : son obsession baleinière ne le coupe pas du monde. Il enquête et trouve la réponse : la rumeur courait au Moyen Age qu’une baleine circulait dans le Rhône. Une rue de la Baleine à Saint-Jean-de-Luz ? Rien de plus normal : inventeurs de la baïonnette, du nom du port de Bayonne, les Basques furent les rois de la chasse à la baleine.

En 1988, tandis que François Garde occupe son premier poste comme sous-préfet en Martinique, il doit trouver le moyen de débarrasser une plage d’une baleine morte : « J’avais appris deux ou trois choses à l’ENA, mais rien sur les baleines.» L’unique solution consiste à faire exploser l’animal pensait-il. Un militaire était à deux doigts de refuser ses hommes : « Ils sont soldats, pas bouchers ! »

Un caporal se lance. Une fois hissé sur le dos de l’animal, il a le plus grand mal à percer son lard. Il supporte le jaillissement d’un « geyser de matières liquides en décomposition», puis enfonce le bras jusqu’à l’épaule pour déposer les pains de plastic. Le capitaine avait vu juste : c’est une vraie boucherie. « A ma façon, j’avais porté atteinte à la dignité d’un cadavre», écrit F. Garde.

La baleine dans tous ses états est un livre à la fois méditatif et ironique, poétique et érudit, dans un esprit très XVIIIe siècle. Un livre ouvert sur le monde, soulignant la richesse autant que la vanité des aventures humaines, inquiet parfois, sans jamais être mélancolique ou moralisateur peut-on lire sur les blogs des critiques littéraires. JP

CalédonianPost

Joël PAUL, François GARDE, Frédéric OHLEN

Joël PAUL, François GARDE, Frédéric OHLEN

François Garde « La baleine dans tous ses états »

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La poussière des âmes de Sandra Dumeix

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

La poussière des âmes de Sandra Dumeix

Publié par les éditions Humanis de mon ami Luc Deborde, mon éditeur pour mon roman « Les Visiteurs du Château Hagen », à qui je souhaite un prompt rétablissement. Ce premier roman d’une jeune auteure calédonienne a reçu le soutien de la province Sud. JP

Invitée à partager la vie d’une communauté aborigène, Athénaïs, une jeune femme grecque, découvre un monde qui la bouleverse. Elle s’éprend de Tjukurpa, un enfant meurtri qui l’accepte peu à peu pour mère, et envisage de s’installer à jamais dans cette nouvelle existence, si proche de la nature et de ses richesses. Mais son ancien compagnon, Georgio, est à sa recherche… C’est sa propre expérience romancée que l’auteur nous invite à découvrir dans ce récit puissant et émouvant. Deux années inoubliables qui ne tarderont pas à hanter vos propres rêves.

Petit extrait du début livre

Sandra Dumeix

La poussière des âmes
(White Mama)

Tjukurpa

Désert australien, Broome, terre ancestrale des Aborigènes.

Une longue traînée de terre rouge signale l’unique route qui mène vers le désert australien. À ce moment de l’année, le vent souffle avec force sur les espaces poussiéreux du Grand Nord. La saison des cyclones s’annonce, et avec elle, le regain des esprits et la régénération de la nature. Toutes les communautés aborigènes sont dans l’attente de cette phase brève et intense.

À l’écart de sa communauté, tournant le dos à la mangrove, Tjukurpa, assis en tailleur, laisse errer son regard sur les étendues austères que la lune montante baigne d’une lueur diffuse. La lune… sa mère. Tout comme le soleil est son père.

C’est ainsi qu’il voit les choses depuis la perte de ses parents. Sa communauté lui a servi de pilier familial, mais c’est dans la Nature qu’il trouve l’apaisement. C’est elle qui le berce comme une mère aimante berce son enfant. C’est elle qui le ramène parfois violemment sur son chemin, en lui fouettant le visage d’un vent corrosif.

L’esprit vif, le jeune Tjukurpa montre une intelligence agile et une maturité précoce, comme si les forces de la terre, souvent confuses au moment de la conception des âmes, s’étaient accordées sur celle de ce petit être. Au moindre sourire, son visage semble éclater d’une lumière qui contraste avec la teinte sombre de son corps. Et quand la tristesse le gagne, elle teinte ses yeux noisette de nuances profondes.

Une mystérieuse agitation l’a tiré du sommeil ; il est parti affronter la froideur de la nuit, longeant un maigre ruisseau qui reflétait le ciel, jusqu’à la lisière du désert silencieux. Une vacuité propice au dialogue avec les esprits des ancêtres. Ce lieu est son refuge depuis son plus jeune âge.

Il songe au temps du rêve où sont nées toutes les légendes. Il chante.

Rien ne nous appartient, nous sommes des âmes qui naissent sur terre, et nos corps retournent à cette terre avant nos réincarnations.

Editions Humanis

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Signature d’une convention entre la Maison du Livre et NC 1re

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Signature d’une convention entre la Maison du Livre et NC 1re
La Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie et NC 1ère, un partenariat pour  l'émission littéraire "Des Livres et nous".
Pour l’occasion, un comité des signataires s’est réuni pour la signature de l’accord du Faubourg Blanchot qui permet de pérenniser l’émission littéraire calédonienne « Des livres et Nous ». Cette cérémonie a eu lieu dans le grand salon de la maison Célières.

 

Wallès Kotra, (directeur régional de NC 1ère), a signé ainsi une convention avec Frédéric Ohlen, (président de la Maison du Livre), ce lundi 27 avril à la Maison du Livre (Maison Célières). Cette signature officialise les engagements réciproques, tant au niveau technique que de contenu, initiative rare et originale entre deux structures de la sorte en Nouvelle-Calédonie.

« Des Livres et nous » est une émission mensuelle enregistrée dans les locaux de la Maison du Livre, au Faubourg-Blanchot. Elle est diffusée en direct sur les ondes de NC 1ère Radio, le dernier mardi de chaque mois de 20 h à 21 h 30, puis programmée en différé dans sa version filmée sur NC 1ère Télé, le mardi suivant à 22 h. Voir ci-dessous des précisions sur cette émission.

DLEN est un magazine littéraire mensuel qui propose au public de s'informer sur l'actualité éditoriale locale, au travers d'échanges avec les acteurs de la filière du livre : écrivains, slameurs, dessinateurs, mais également libraires, bibliothécaires, documentalistes, universitaires, journalistes, associations de médiation, etc.

Au travers de thématiques générales ou des problématiques de la filière du livre, les invités bénéficient d'un espace d'échange, voire de débat, donnant à mieux connaître les enjeux et réalités culturelles. Régulièrement, des invités internationaux interviennent dans l'émission, par exemple les invités du SILO, mais aussi Charles Juliet (écrivain), Alain Schneider (chansonnier), récemment la poète militante écologiste, Natasha Kanapé Fontaine, etc.

 

DISCOURS

prononcé le 27 avril 2015

à la Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie

à l’occasion la signature de la convention MLNC-NC 1re

pour l’émission Des Livres et nous.

___________

Madame et Messieurs les Directeurs de NC 1re, des Antennes Télé & Radio,

Mesdames et Messieurs,

Au fil des ans, chaque Calédonien a tressé, avec sa radio puis sa télévision, une sorte de vie plus ou moins commune, de PACS plus ou moins clair. Ce fut d’abord, je m’en souviens, la voix familière d’un Raymond Lacroix ou d’un Jacques d’André, d’un Gérard Périer ou d’une Régine Reyne. Autant de repères fidèles... Rappelez-vous aussi, cette fois tout en chair et pixels, Luc Chevalier, conteur intarissable passionné d’histoire(s), la sensibilité lyrique d’une Jacqueline Sénès, allant confesser, en noir et blanc, et en 16 mm, les derniers témoins : tel cap-hornier centenaire conservé dans le sel et l’alcool, Minh, le gardien solitaire du village de la Tiébaghi, ou Fernande Leriche, écrivaine métisse, petite-fille de Naïtani et de James Paddon. Ce fut aussi le jeune Joseph Caihe cherchant avec moi, dans les rayons squelettiques du magasin Barrau, une veste, voire une cravate pour présenter son premier JT. Ce furent enfin ces cameramen cascadeurs qui, au temps de notre folle adolescence équestre, allaient, au péril de leur vie, s’allonger, pour de spectaculaires prises de vue, au milieu des obstacles.

Cette télé-là, cette radio-là étaient marquées par la proximité, par la bonhomie, par la conviction d’appartenir à un monde où chacun se connaissait et se reconnaissait, avec, pour autant, cela va de soi, les lunettes et les filtres de l’époque. Cela n’empêchait pas les rencontres : cette vision stupéfiante des marionnettes géantes de Mélanésia 2000, du général de Gaulle trébuchant, dans le flou, marchant au radar, sans lunettes, sur les trottoirs de Nouméa pour regagner sa DS

Et puis, l’ancien monde a basculé. Il convenait de refonder au plus vite, bon gré, mal gré, notre pacte, rendre plus équitables, plus justes encore nos créations, nos réalisations, nos reportages, et que, du sommet à la base, tous y participe. Quant au livre, il aura connu, vous le savez, des fortunes diverses : chronique d’un amour ou d’un désamour, d’un déni ou d’un dédain. Un soir, un certain Wallès frappe un grand coup en présentant, à une heure de forte écoute, le recueil Vision d’insulaire d’un certain Nicolas.

Suivent des émissions par trop éphémères, quelques directs, trop rares, à la bibliothèque Bernheim. Mais le public reste encore, la plupart du temps, coupé de notre travail. Il n’a pas accès à nombre de séquences historiques : Pierre Gope au festival mondial du théâtre à Cuba, ou tel célèbre chorégraphe kanak à Saint-Pétersbourg. Rien donc, sur Richard Digoué en Russie ; rien ou presque pour Pierre Pudewa brûlant les planches à Limoges ou à la Comédie-Française. Quelques secondes à peine pour les écrivains calédoniens à Ouessant, Adelaïde ou Sydney…

Et cependant, la reconnaissance viendra bel et bien de l’extérieur : prix littéraires, distinctions, essais, traductions. Et si et si tout cela méritait un peu plus qu’un regard ? Si cette identité, si cette autre parole, on pouvait les trouver là, dans et entre les lignes, chez Kurto ou Claudine, Fred ou Déwé ? Alors, quoi ! Quelle pesanteur nous fait jusqu’ici hésiter, alors que les preuves s’accumulent, que chaque voix se fait plus vive ? Des associations sont créées : écrivains, éditeurs, Maison du Livre. Des propositions sont faites. Insensiblement, les lignes bougent. Les frontières se déplacent. Un vent nouveau, venu de Polynésie, se met à souffler. Premier salon littéraire place To’ata. Et un temps d’antenne soudain redevenu élastique pour écouter ces auteurs, parfois venus de fort loin, faire pour nous le point sur l’Homme.

Les désirs se liguent enfin. Être dans le même lit-pays ; mieux : y faire les mêmes rêves ! Parler des livres, de nos livres… ? Oui, non seulement c’est possible, mais c’est nécessaire, aussi nécessaire que respirer ou voter, étudier, imaginer, voyager ! Pourquoi ? Pour renforcer et construire sans cesse notre humanité, pour mieux l’exprimer aux yeux du monde, cette terre-ci, pour mieux les chanter, face à l’universel, ce sol et ce ciel si particuliers.

Nous avons réussi là, il me semble, un mariage réputé difficile entre radio et télé, entre l’image et le livre, entre oralité et littérature, entre une modernité finalement assumée et la force de nos héritages. Se faire passeur, soit ! Dire, en effet, pas en une semaine ou en deux, mais continûment, sur des mois, des années, ce qui s’écrit ici, se lit, se pense, pour, tout à la fois, se délivrer de soi-même et se reconquérir.

Je suis fier du chemin accompli, et je voudrais remercier, très sincèrement, nos équipes de la Maison du Livre et de NC 1re, toutes celles et tous ceux qui, jour après jour, ont rendu cette aventure possible : Gilles, Pierre, Cris, Jean-Brice et tant d’autres, en régie ou sur le plateau, tous mobilisés pour que nos voix portent. Je ne les citerai pas tous, mais tous se reconnaîtront, je crois, dans cette phrase, signée Jacques Prévert, que j’ose leur proposer comme devise : « Il y a sur cette terre des gens qui s’entretuent ; c’est pas gai, je sais. Il y a aussi des gens qui s’entrevivent. Eux, j’irai les rejoindre. »

Frédéric Ohlen,

Président de la Maison du Livre.

Frédéric Ohlen pendant son discours avec les représentant de NC 1er dont Wallès Kotra à sa droite et Jean-Brice Peirano directeur de MLNC en chemise rouge à sa gauche

Frédéric Ohlen pendant son discours avec les représentant de NC 1er dont Wallès Kotra à sa droite et Jean-Brice Peirano directeur de MLNC en chemise rouge à sa gauche

Publié dans Maison du livre NC

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