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Jean Victor Colombani-Jaffré : Récits d'aventuriers, utiles ou futiles. Sa dernière vidéo

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Mike Horn ou Sarah Marquis, "L'aventurière des sables", un moyen de parler des récits d'aventure en général et de voir qui sont bien plus utiles que futiles ! Ecoutez Jean-Victor. Il est toujours aussi impressionnant.

Jean-Victor Colombani-Jaffré

La Croisée des Livres 

La Croisée des Livres - YouTube

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Australie Terre de défis de Michel Lextreyt

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Nos voisins rouvrent leurs frontières, ce livre est encore disponible et en promotion chez Calédo Livres. JP

1 950 XPF TT (prix promotionnel) publié en 2009 Éditeur Au vent des îles chez Calédo Livres dans la collection Beaux Livres

Cet ouvrage, à la fois scientifique et accessible au grand public, à l’iconographie abondante et particulièrement soignée, est une invitation au voyage, dans le temps ou dans l’espace du pays-continent.

Les auteurs ont abordé l'étude de l’Australie dans une approche à la fois historique, géographique, économique, sociologique et culturelle. Ils transportent le lecteur dans le lointain passé de la société aborigène ancestrale avant de lui faire suivre le cours de l'histoire : premiers découvreurs européens, années sombres du bagne, fièvre de l’or, épopée souvent tragique des explorateurs de l’intérieur, construction progressive d’un État moderne, tardive intégration des populations aborigènes....

Ils montrent aussi combien l'Australie est aujourd'hui un pays dynamique et attractif qui pèse bien plus à l'échelle planétaire que le poids de ses 24 millions d'habitants. Ce parcours initiatique présente un réel caractère scientifique pour ceux qui veulent aller au fond des choses, mais l'abondante iconographie (photos, cartes, croquis) permet une lecture parallèle rapide, bien accessible au grand public.

Australie Terre de défis de Michel Lextreyt

Publié dans Vie Pratique

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Causerie autour d’une nouveauté de l’éditeur Au vent des îles, Kaïn de Joël Simon.

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Si vous souhaitez lire une histoire de cyclone, un big le livre de Joël est excellent.

Si vous souhaitez lire une histoire de cyclone, un big le livre de Joël est excellent.

Joël Simon et le début de la causerie
Joël Simon et le début de la causerie

Joël Simon et le début de la causerie

La menace d'expulsion qui plane sur les squatteurs de l'Immeuble Taureau de Nouméa n'est rien en comparaison de l'imminence du cyclone « Kaïn ». Joël Simon ne manque d’imagination. Il faut souhaiter qu’il n’ait pas un don de prémonition car ça tape dur, il est méchant ce Kaïn.

Ce terrible Cyclone lui a donné aussi l’opportunité d’écrire d’une manière remarquable sur l’histoire du pays, l’histoire avec un grand H, par des flashbacks. Il relate des épisodes parfois peu connus d’une manière croustillante dans un style et un humour unique. On se régale. L’auteur a aussi un vrai talent pour décrire les petites gens du patchwork ethnique calédonien. Ses personnages sont des pauvres, des invisibles que la tempête va sublimer. Les circonstances vont en faire des héros. C’est une leçon de vivre ensemble et de solidarité. Ils vont se battre pour leur survie, encordés comme des alpinistes qui ouvrent une voie pendant une bonne partie du récit. On ne s’ennuie pas à la lecture de cette aventure qui démarre dans une cour des miracles et qui se termine à l’hôpital après un parcours du combattant. Une épopée qui ne manque pas de sel. Le souci des détails de ce sauvetage est fascinant mais il faut lire ce roman pour en savoir plus. Kaïn est un personnage à part entière mais comme les autres à préciser Joël Simon lors de la causerie. Une belle découverte, un roman épique disent ceux qui l’ont déjà lu. Gaëlle BESSAUDOU, attachée de presse calédonienne de la maison d'édition Au vent des îles était la modératrice de cette soirée.

Kaïn de Joël Simon est vendu 1800 F à Calédo Livres

Causerie autour d’une nouveauté de l’éditeur Au vent des îles, Kaïn de Joël Simon.Causerie autour d’une nouveauté de l’éditeur Au vent des îles, Kaïn de Joël Simon.
Causerie autour d’une nouveauté de l’éditeur Au vent des îles, Kaïn de Joël Simon.
Causerie autour d’une nouveauté de l’éditeur Au vent des îles, Kaïn de Joël Simon.Causerie autour d’une nouveauté de l’éditeur Au vent des îles, Kaïn de Joël Simon.

Publié dans Roman

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Le numéro 76 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article.

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

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Le plus de la rédaction :

Bozusë ;

 Il pleut toujours dans la vallée. Le pont de la Tiéta est tantôt inondé tantôt praticable. Et notre rentrée scolaire en est tributaire. C’est toujours misère à chaque reprise de cours après les grandes vacances. Un peu comme la chansonnette de notre enfance. Levez-vous les soldats (ci-après.) Par la magie de l’Existence (j’espère), le vieux Dick de Xodre et Chef Apou de Tiéta (de là où ils sont) vont refaire leur apparition dans les songes de nos autorités pour leur dire de lever un peu plus le niveau de l’accès à la civilisation. C’était au vieux Dick (sénateur et élu politique du pays) que Chef Apou en a passé commande. C’était en 1976. Actuellement, qu’il pleuve un peu plus au fond dans les vallées de Koniambo et Atéou que les cours sont suspendus au collège de Tiéta ! Et cela depuis toujours… et dire que le massif de Koniambo qui s’étale de Koné à Tiéta (+30kms) surplombe notre établissement. Parlons plus de liberté, de fraternité mais pas d’égalité.  

Isolé.  

Aujourd’hui 05H45. 

Wws : Bonjour, comment va ? 

Bernard : ça va. Mais le pont ! (Il écarta ses doigts et les bougea séparément de haut en bas.) Hésitant. L’eau est montée encore plus. Elle est presque arrivée à la barrière du champ de Maman Orphée. 

Wawes : Et tu penses quoi ? 

Bernard : Ce sera bon pour ce soir minuit. Pas avant. Mais s’il continue de pleuvoir, c’est reparti pour un jour… 

Samedi matin, au café littéraire du snack Boob’s du Quartier Latin, Mme Kama, la traductrice des poèmes de Nicolas K. et de Frédérique A. du recueil Siji dröne pahatr, m’a quelque peu surpris : « Je pense que vous les protestants parlent mieux le drehu que nous les catholiques. » Tentatives d’explications : Billy Wapotro : « C’est la pratique langagière qui se repose sur la lecture de la bible en drehu. Et il a enclenché sur la deuxième traduction de la bible par (?) du français au drehu. Hnacipan Léopold : « La première traduction de la bible en français était faite de l’anglais vers le drehu ancien (le miny.) Cela avait pris 17 ans. Certains traducteurs avaient les pieds ankylosés qu’ils n’arrivaient même plus à les déplier. Dans la pratique, ce support linguiste (qu’est la bible) est enseigné le dimanche à l’école du dimanche. C’est la lecture assurée (silencieuse et à voix haute) et les explications en drehu. » Je me suis arrêté-là. Je n’ai pas rajouté que la liturgie du dimanche est dite en drehu. Etc… on y reviendra dessus. 

À la foire du Pacifique. J’ai signalé à un petit frère que j’allais passer le voir samedi après le café littéraire. C’est fait. Il était au stand de l’hôtellerie avec quelques autres de ses collègues. Il y avait du monde qui arrivait. Des kamadra surtout qui voulaient visiter les îles Loyauté. C’était bien mais l’annulation des vols sur Drehu pour cause de fermeture du terrain d’aviation par la décision des chefs posait problème. À la radio, le PDG du transporteur aérien expliquait qu’il y avait samedi 500 passagers laissés sur le carreau. Dimanche, si le mouvement continuait, 500 autres se retrouveraient dans la même situation et il leur serait très difficile de les remettre sur les listes des prochains vols. Heureusement que le mouvement n’a pas continué dimanche. « Vois-tu grand frère, on parle de développement et on ferme. » lâcha l’hôtelier excédé. Pff !

Question : Que pensez des décisions de nos chefs ? Personnellement, je pense que le sujet n’a pas été suffisamment débattu. Et Wanaham comme la girouette, pour un oui, pour un non, on ferme. On, ce sont les trois chefs (le cas échéant), autrefois c’étaient les syndicats … la fois prochaine, ce sera quelqu’un qui n’est pas content de sa femme parce qu’elle s’est barrée avec un autre mec qui s’attachera à la roue de l’avion au milieu de la piste. Les plus heureux de la décision de fermeture de l’aérodrome sont les petits diables de Fetrahe parce qu’ils vont pouvoir enfin se reposer du bruit. Les perdants, c’est toute la population prise en otage et habituée à ne pas sortir de sa poche. Résultat : de plus en plus les autorités ferment les robinets… bon je ferme aussi ma parenthèse.  

Pour Pascal P. et Kash X. lundi dans la soirée, j’étais en grande conversation téléphonique avec Tedo H. la classe. Elle m’a filé son contact sur fb (mp.) et on a parlé longuement de nos années/lycée. Grande est un gros mot, nous avons plus ri. Ça fait quand même quelque chose de revenir sur des souvenirs maintenant que nous sommes devenus ce que nous sommes et d’autres qui ne sont plus. Tout y passait. Des bons, des mauvais, mais souvenirs quand même. Sa voix toujours si sonore est haut perchée, proche du pince-sans-rire. Tedo la classe !

Pour cet envoi, je vous livre la chansonnette de mon enfance, transmise à la génération du dessous. 

Bonne lecture à vous. Wws

Auto/revers

Levez-vous les soldats (bis) 

Si vous n’a pas levé, je vais/veux dire au capitaine.

Je cherchais toujours pourquoi la génération du dessus riait de nous. C’était pendant le mariage du grand frère Billy Wapotro (1972 ou 73) ou bien d’un autre mariage à la tribu. On était tous des i, raides, alignés et l’air grave, le thorax bombé avant de donner le salut militaire dans une férocité mortelle. Les autres, Hnatu I, Hmeunë et Drumë nous regardaient de leurs grands yeux admiratifs, pensait-on, en se gardant de ne pas pouffer de rire devant nous. À la fin, ils nous acclamaient. Ils riaient mais pas celui du rire moqueur. On s’en douterait qu’on chantait une connerie.

Oui, je sais que cette rengaine a déjà été publiée. C’est dans Nuelasin 33

Oui deux fois maintenant, mais elle commence à me trucider les méninges. Dernièrement, pendant le deuil du vieux Kai-qatr à Tindu, arriva Kuanë. En me voyant, il se mit à rire. Et en se rapprochant encore plus pour me saluer, il bredouilla cet air comme signe de ralliement. Les autres de la famille ne comprenaient pas. Kuanë, pendant le mariage du grand frère Billy était le plus petit de nous. Il nous suivait partout et la seule fille Wenë. On ne voulait pas d’elle, mais c’était la compositrice. Et elle nous mettait en garde de ne pas chanter sa compo sans son accord. Maintenant, j’en ris. À l’époque, c’était féroce comme un salut militaire. On avait encore la tête tout remplie des films en noir et blanc que les militaires projetaient certains soirs sur le vieux mur de Eika, notre presbytère. John Wayne en était le héros. C’était le débarquement de Normandie, enfin je ne sais pas si l’acteur avait joué dans ce film. Maintenant que j’ai appris la chansonnette à Elisa et ma fille, ça n’arrête plus. Cette journée (dimanche), c’est le morceau avec le rewind assuré. J’avais quelque peu mal à la tête surtout que mon petit-fils (4 ans) s’y est mis. Il demandait toujours à sa petite maman et sa grand-mère de rechanter … à n’en plus finir. Au départ, j’avais idée qu’ils se moquaient de ma chanson. Ben non, visiblement, elle était devenue un leitmotiv. Tellement entraînant qu’on en finissait plus. Le pire, je chantais avec la chorale (pièce montée) et je me pliais à leur raconter à l’infini, dans quelle circonstance on chantait cette ritournelle que je qualifiais de bêtisier de mon enfance.  

Concluons levez-vous les soldats pour la rentrée scolaire. Si vous n’a pas levé, la direction de l’établissement va signaler vos absences à la CAFAT (vos parents connaissent bien la suite…) Hahaéèéè !!! 

Publié dans Culture Kanak

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Café littéraire poésie avec Nicolas Kurtovitch et l’ALK, un succès matinal mérité

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Café littéraire poésie avec Nicolas Kurtovitch et l’ALK, un succès matinal mérité

Ci-joint deux photos :

L’une en compagnie de la traductrice Kama Fulilagi et de Paul Fizin de l’ALK

L’autre un aperçu de l’assemblée.

PS : Je ne suis pas trop du matin, les photos ne sont pas de moi. JP

 

Publié dans Poésie

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Le numéro 75 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article.

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Le numéro 75 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article.

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Le plus de la rédaction :

Bozu.

C’est la dernière semaine avant la rentrée. Tristesse pour certains et joie pour d’autres. Ces vacances ont été vraiment un peu spéciales pour nous tous pour raison de la covid avec en sus la variante qui n’allège pas la masse d’énergie pour trouver le remède pour. À chacun son poison comme chantait Réglyss. Personnellement, cette année me sonne à l’oreille comme déjà un départ. La retraite ce n’est plus pour longtemps. Je sais que je ne vais pas arrêter d’écrire, mais je pense fort au devenir de Nuelasin. Cela tombe bien de toutes les façons parce qu’il (Nuelasin) signifie, laisser pour la postérité. Je sais qu’il y aura quelqu’un de la génération future qui prendra la relève. Si le cœur seulement lui parle. 

Il pleut toujours et la chaleur n’arrange rien à nos journées. Un autre phénomène. Les mouches. Nous avons bon lavé les parterres et les murs, rien n’y fait. Elles sont toujours là et d’autres arrivent d’on ne sait. Elles foncent droit dans l’œil ouvert ou fermé. Ça empêche de dormir. On ne peut même pas se couvrir le visage avec la chaleur. Señorita.

J’ai déjà publié cet écrit (l’article Souvenir de Fiji) pour accompagner le numéro 52 du 20 mai 2021. Je voulais seulement que ce texte figure dans le journal pour partager la vie de nos pays frères et surtout que nous sommes en pleine rentrée des classes où nous devons penser aux inscriptions de la descendance. Voilà pourquoi. Y a aussi d’autres textes que je ferai revenir dans le petit journal comme les écrits de Saipö Jim, Tonton Kaudre et le défunt frère David. Je l’ai déjà fait pour JC Ukeiwe. Ainsi va Nuelasin. 

J’écris la suite de Nouméa. Hier jeudi, je rentrais dans la voiture en descendant de chez mon frère à Nouville et et et … sur le tableau de bord, le thermomètre affichait 42°c. Il est vrai que la voiture était fermée, oui mais j’ai laissé quand même une ouverture. Mon Dieu, cela me rappelle mes années de jeunesse dans la ville de Grenoble où les étés sont vraiment très rudes. 

Le texte qui suit est un écrit extrait d’une nouvelle qui me reste sous les coudes. Je traitais les disparitions à Drehu. Chose mystérieuse. Dans la forêt, dans la mer et on ne sait. Cette intro vous permet de comprendre la conclusion pourquoi les gens de Hunöj ne sont pas sollicités pour les recherches des disparus en mer. 

Bonne lecture et bon weekend.Wws 

 Partir 

Un soir, avant de dîner entre hommes, Simelem reçut un coup de fil de Waisoma sur le portable de son cousin. Il parut très gêné lorsque Thailue lui tendit le mob : « Waisoma ! » C’était juste pour lui demander s’il allait bien. Cela le perturba énormément mais le sommeil lui apporta le grand soulagement. Au milieu de la nuit, son rêve le fit prendre une douche. Une deuxième. Simelem était tout mouillé. Il avait rêvé de Waisoma. Il était passé à l’acte. Il mit naturellement sur le compte de la moiteur au cas où Thailue s’amuserait à lui faire une remarque sur cette agitation nocturne. Quelque part, il n’aurait pas tout à fait tort en ces temps de période cyclonique. Le lendemain, la journée coula douce. Il ne s’était pas levé. Il était resté allongé en faisant sans cesse revenir son rêve. Simelem était dans un petit nuage et pour lui, toute la réalité concrète allait s’accélérer. 

« Mon frère, pour ce soir t’as une idée ? Ça te dit de venir en ville ? Le coup d’un petit cinoche ? Allez, je t’attends à la place des cocotiers. » Silence. Simelem savait qu’il n’avait rien à dire non plus sinon de se laisser vivre. Vers la tombée de la nuit, changement de programme. Un taxi attendait Simelem dans le parking. Il fut surpris lorsqu’une voix le héla de très loin. Un temps d’arrêt comme une marque d’hésitation et il alla à la rencontre de l’homme qu’il reconnut tout de suite. Thailue debout à côté de la voiture l’invita à prendre place sur le siège arrière. Il n’était pas seul. La dame recula pour lui créer plus d’espace. « Waisoma ! » : s’écria-t-il. « Non, je suis sa petite sœur ; Sesëhnie. Waisoma m’a parlé de vous. » Reprit la dame dans une voix très douce. Simelem déduisit inéluctablement la raison de cette présence. Elle et lui. La promise était venue. Waisoma, Sesëhnie, le rêve de la nuit précédente. Simelem parut très gêné du service complet. « La vie n’est pas avare, un bienfait est toujours rendu au centuple. » N’est-ce pas ? Le leitmotiv de fin de discours revenait. Le cœur était à ses tempes et il pouvait compter ses battements. Les sentiments qu’il éprouvait devant les époux Thailue arrivaient au grand galop. Il avait du mal à donner de l’allure pour honorer le choix de sa belle-sœur. Pensait-il. Il était gauche. Ce n’était pas non plus dans ses habitudes. Si Thailue n’était pas là ! Il n’y aurait pas eu de bouleversement dans sa vie. « Trop choc ! » disaient les jeunes. Pendant tout le trajet, la conversation tournait entre le conducteur et Thailue. Le conducteur était arrivé sur le territoire voilà deux ans et comme par hasard chez tous les nouveaux-arrivants, il était lui aussi intéressé par la coutume et la culture kanak. La fête de l’igname était au cœur des discussions. De temps à autre, la parole allait vers les sièges arrière.  Et Simelem se gênait encore plus d’entendre son cousin faire appel à lui pour des explications au sujet de la chefferie Boula et de la fête de l’igname. Autant Sesëhnie, autant Simelem était muré dans une chape de plomb. Leur silence n’avait pas la même raison. A vrai dire, la demoiselle était plus à ses aises. Elle avait déjà toutes les billes en main. Elle était en plus d’accord pour convoler en justes noces. 

Après le dîner, et le cinéma Simelem accepta la proposition de son cousin. Sesëhnie avait déjà été bien rassurée. L’affaire était vite conclue. Les tourtereaux allaient passer la nuit sur la même branche, c’était leur nuit de noce avant l’heure. Ils rentrèrent.

« Le bonheur des uns fait le malheur des autres. Ehaé ! » C’était la voix de Waisoma qui réveillait sa sœur. Elle savait qu’ils étaient chez son mari. « Alors, Simelem… il t’a montré comment sont les gens de Hunöj ? » Sesëhnie souriait en jetant un coup d’œil vers son futur époux. Elle lui fit une tape amicale sur la poitrine. Le mode plein volume était enclenché. Ils écoutaient ensemble cette voix à la fois si lointaine et si proche. « Euh… ma sœur, je t’appelais parce que je n’ai pas bien dormi. J’étais dans un mauvais rêve. Et surtout que j’ai passé le reste de la nuit à chercher à lui donner un sens. Inutile !»

-         Mais si ça se trouve, ça n’a pas de sens…

-         Un rêve a un sens. Maman le disait mais il est toujours difficile de trouver la bonne lecture.

-         Commence par tirer le bon bout. Venons-en !

-      Ipo, la grande fille de Oncle Watroie, était assise sur une plage. Elle s’amusait à creuser un grand trou et dans le grand trou on dirait qu’elle allait pour jeter une caisse à l’intérieur de laquelle, il y avait des petits pieds et des petites mains qui sortaient de chaque extrémité. Ils s’agitaient.  

-       Elle a avorté. Sûr !

-       Peut-être ! Je ne sais pas, mais cela me stresse. Je sais que j’vais pas être bien de la journée. 

-      Oh ! Toi. Avec tes grands airs de diseuse de bonne aventure. Tu vas finir par faire venir des nuages sur ce beau soleil. Mais si ça se trouve, euh… t’es en voie de famille. A moins que ton mari ait dormi chez Simelem. Hahaha ! Attends Mass[1]. Maman disait aussi que des fois, faut comprendre le contraire de ce que la nuit a révélé. 

-     C’est vrai. Je me rappelle. Cela me console plutôt. En plus, j’ai eu le réflexe de retourner spontanément mon oreiller. Bonne journée et bisou à Simelem. Hé, tu n’oublies pas de faire aussi la bise à mon mari. Aouh tout seul ! Lui ! Pas dire ! »

Quelques temps après l’échange, la voix de Thailue résonna de la cuisine. Il appelait Simelem et Sesëhnie pour le petit-déjeuner. Il avait pris soin d’aller acheter des croissants et des pains au chocolat. « C’est pour que vous puissiez vite vous remettre d’aplomb ! » Avec un sourire à la commissure des lèvres. La réponse ne se fit pas attendre. C’était sa belle-sœur : « Föixa[2] ! » gratifié de trois coups de mains cadencés, une explosion de joie qui allait lancer la journée. Tous les trois rirent et passèrent à table. Simelem ce jour-là, n’eut pas droit à sa grâce matinée quotidienne. 

« Mon grand frère, ce geste est un signe de respect et de remerciement à toi pour la maison et à Waisoma. Je ne connaissais pas les arrangements que vous avez montés. C’était votre part pour l’édification de ma personne au regard de notre famille mais aussi de notre clan. Papa, il est vrai qu’il a vu le soleil avant ton père. Papa Trenamo vient aussi de nous quitter. Nos vieux partent au compte-goutte. Qui sait demain ? Je te remets ce tissu et ce billet pour avaliser la pensée de Waisoma, la femme à nous deux. Dire que j’accepte la pensée de prendre sa sœur pour épouse. Et je lui promets d’être fidèle toute ma vie. Ma parole, c’est à toi que j’ai donnée. Oleti. » Avant de prendre le geste devant lui, Thailue disparut dans sa chambre et revint avec une coutume. Il leva le tissu et le billet sur la table et remercia Simelem. Il disait que Waisoma était très heureuse de savoir qu’ils étaient chez elle dans son appartement à St-Quentin. Il rajouta que la suite se déroulerait sur Lifou pour annoncer aux oncles maternels et la famille. Plus tôt serait le mieux au regard du calendrier des activités de la tribu.      

***

Lorsque le bateau eut disparu à l’horizon, Simelem partit voir Iamele, un frère du même clan qui travaillait au port de Nouville dans une société de lamanage. Juste pour un café disait-il en compagnie d’autres cousins de la tribu. Ils échangèrent et la nouvelle prit la mer comme voguait une épave au fil de l’eau, au gré des vents et marées. Simelem allait se marier à Sesëhnie la petite sœur de Waisoma. Quelle actualité ! Elle allait arriver à Hunöj avant tout le monde. Vers le soir, malgré la proposition d’un autre frère pour le ramener, il appela le taxi n°) 217 de sa rencontre. 

Désormais il était vraiment seul. Sa nuit serait très longue. Sesëhnie et Thailue avec quelques autres personnes bénéficiant d’un voyage aller/retour d’un ami marin pêcheur qui allait récupérer une cargaison pour Tiga, partirent. Simelem allait seulement les rejoindre le lendemain par le vol régulier de la compagnie aérienne. Il allait d’abord s’inscrire aux bureaux des embauches pour une recherche d’emploi éventuel. 

A son arrivée à Wanaham, Waisoma était-là et tout le monde les félicitait. « Où est-elle la future épouse ? C’est pour quand ? Quand est-ce qu’on va monter à table ? » Toutes les questions s’entrechoquaient dans sa tête. Par moment, c’était le visage de Sesëhnie qui revenait ou plutôt les visages se confondaient. Tantôt l’un, tantôt l’autre. Peut-importe. Simelem ne faisait plus de différence entre les deux sœurs. Il les aimait kif-kif. 

Au wharf de Wé, ils ne trouvèrent que les pêcheurs de maquereaux et le lamaneur de l’île qui comptait ses cent pas sur les quais. « Et le bateau pour Tiga, est-il arrivé ? » : C’était Nyipitim le petit frère de Thailue. « Normalement dans la journée, mais là… oh ! Il ne devrait pas tarder. Sinon dans la nuit et même bien tard. Ça arrive. Je vous laisse mes coordonnées ? » Reprit le monsieur d’une démarche très dégagée et rassurante de chez les professionnels. « Ce n’est pas nécessaire. On reviendra. » Reprit Nyipitim. Ils partirent.  Le bateau du marin pêcheur ne fut jamais à quai. 

-   « Vous parliez de La Monique[3] ? » s’interrogeait-on déjà dans les premières communications radiophoniques. 

Les recherches furent aussi lancées comme pour toutes les disparitions, mais aux gens de Hunöj la problématique était tout autre. Ils ne furent pas sollicités. Simelem et Waisoma ne sortirent pas de la maison.

Ils vécurent ensemble à l’idée que ni l’océan ni même la grande forêt ne leur rendraient pour jamais ceux et celles qu’ils ont aimés de leur vie.

  1. [1] Ma sœur.
  2. [2] Relation incestueuse entre un frère et une sœur. Ici, une marque interjective voire affective.
  3. [3] La Monique est construite en 1946 en Nouvelle-Zélande pour l'US Navy. Il a disparu dans la nuit du 31 juillet au 1er août 1953 entre Tadine (Maré) et Nouméa. Le bateau, ou une épave, n'est jamais retrouvé. Il y avait à bord 108 passagers et 18 hommes d'équipage. Wikipédia.

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Narcisse Pelletier. Naufragé aborigène de Stéphanie Anderson et traduit par Anne Magnan-Park

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Narcisse Pelletier. Naufragé aborigène de Stéphanie Anderson et traduit par Anne Magnan-Park

2 950  XPF en librairie à Nouméa (Chez Calédo Livres même pendant les travaux)

Genre Sociologie, anthropologie- Collection Culture océanienne édition de 2021

L’auteure examine comment l’extraordinaire histoire de Narcisse Pelletier, l’adolescent français devenu Aborigène : le « sauvage blanc », a marqué notre imaginaire en France. Des essais anthropologiques aux romans du XXIe siècle, elle s’interroge sur les différentes représentations inspirées par les deux vies de Pelletier.

Ce livre scientifique, documenté et accompagné de nombreux appendices (courriers, croquis, articles de presse, photographies…), se lit comme une enquête policière sincère et sérieuse. Il s’adresse à ceux que l’Australie, son histoire et son peuplement intéressent, mais aussi, plus largement, aux amateurs d’aventures et de destins humains hors du commun.

L’extraordinaire histoire de Narcisse Pelletier, l’adolescent français devenu Aborigène :

le « sauvage blanc ».

Tout comme les récits de naufragés rendus célèbres, l’histoire extraordinaire de Narcisse Pelletier captive notre imaginaire depuis cent cinquante ans. À ce titre, elle soulève de nombreux débats sur l’exactitude des faits et les perspectives idéologiques adoptées par ceux qui se sont attachés à raconter le périple du jeune mousse vendéen qui accosta au cap York (Australie) en 1858 où il fut recueilli par un clan aborigène Uutaalnganu. Pelletier, alors âgé de quatorze ans, fut adopté par une famille qui lui donna le nom d’Anco. Il épousa, à son tour, leur langue et leurs coutumes, il acquit progressivement leurs savoirs et savoir-faire, et fonda une famille. Lorsqu’il fut repéré par des Britanniques et rapatrié en France contre son gré dix-sept ans plus tard, il devint un résident-naufragé dans la Vendée de son enfance.

Que retenir de son histoire ? Comment la raconter ? C’est un travail méticuleux d’historienne que nous présente ici Stéphanie Anderson. En tandem avec l’anthropologue australien Athol Chase, elle documente et élucide les faits, y compris le témoignage de Constant Merland qui retranscrit ce que lui confia Pelletier peu de temps après son retour en France. De plus, l’auteure examine comment la fascinante histoire du « sauvage blanc » a marqué notre imaginaire en France. D’essais anthropologiques aux romans du XXIe siècle, elle s’interroge sur les différentes représentations inspirées par les deux vies de Pelletier.

Publié dans Histoire

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Le Têt avec l’historien Frédéric Angleviel avec une vidéo

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Le Têt avec l’historien Frédéric Angleviel avec une vidéo

Pour commencer l’année du tigre d’eau et commémorer le têt à ma manière, j’ai décidé d’inviter un historien émérite de Nouvelle-Calédonie Frédéric Angleviel, auteur de nombreux ouvrages et de publications dans les revues de la société des océanistes. C’est un grand connaisseur de la communauté asiatique du Caillou qui est composée essentiellement de descendants de Tonkinois, les Chân Đăng, littéralement "Pied engagé, un nom popularisé par l’écrivain Jean Vanmai.

L'arrivée des premiers Vietnamiens en Nouvelle-Calédonie remonte à 1891. Certains étaient des prisonniers du bagne de Poulo Condore.

NB : à la fin de ma petite vidéo pour faire comme le cinéaste Jimmy Janet à la fin du tournage « Loubrou », son film tourné sur le caillou. J’ai dit « couper ». Frédéric s’est alors emparé d’un coupe-coupe et m’a coupé un tronc de bananier. Il faut se méfier d’un historien calédonien. L’instinct broussard peut réserver des surprises ! (voir la photo) JP

J'avais dit "Couper !", il l'a fait.

Le Têt Nguyên Dán est la fête du Nouvel An vietnamien (en chữ quốc ngữ Tết Nguyên Ðán, en chữ nôm 節元旦), littéralement « fête du premier jour de l'année » : en effet, il existe d'autres fêtes nommées Têt, comme le Têt trung thu, la fête de la mi-automne.

C'est la fête la plus importante de l'année. C'est une débauche de couleur, une explosion de pétards, les quartiers rivalisent d'ingéniosité pour être les meilleurs dans leurs danses, leurs décorations. La fête a lieu le jour de la première nouvelle lune, au milieu de la période séparant le solstice d'hiver de l'équinoxe de printemps ; entre le 21 janvier et le 20 février. Les festivités durent du premier jour de l'an au troisième, mais peuvent très bien s'étaler sur une semaine… Le dragon d'or vient chasser les derniers mauvais esprits qui pourraient hanter les lieux.

Le Têt est généralement fêté le même jour que le Nouvel An chinois, puisque le Viêt Nam et la Chine possèdent le même calendrier, de type luni-solaire. Néanmoins, la période d'observation de la nouvelle lune, qui marque le début de l'année, peut varier d'un jour selon les capitales respectives d'où elle est observée. De même, beaucoup des modalités de la fête sont identiques.

Photo de notre repas en famille de l’année dernière :

Cette année est celle du Tigre eau, correspondant à l'an 4720 du calendrier chinois. Cela ne nous rajeunit pas. Elle débutera le mardi 1er février pour prendre fin le lundi 21 janvier 2023.

Poulo Condore : (note sur cet ouvrage)

À partir des années 1930, du fait de l’arrivée de nombreux condamnés politiques, Poulo Condore devient un « creuset national » (p. 137) où s’organise et se structure clandestinement une lutte conduite essentiellement par des condamnés communistes, transformant le bagne n°2 en « université rouge » (p. 138) où sont formés de nombreux militants, parmi lesquels de futurs dirigeants du Vietnam comme Pham Van Dong (premier président du Vietnam réunifié, p. 144). En parallèle, la main-d’œuvre des forçats constitue également une manne employée au développement de l’empire colonial français et des contingents de forçats sont envoyés au Tonkin, à la Réunion, en Martinique, en Guadeloupe, en Nouvelle-Calédonie et en Guyane.

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Après le massacre du bananier, le repos du guerrier

Après le massacre du bananier, le repos du guerrier

Publié dans Histoire

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Le numéro 74 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article.

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Le numéro 74 de Nuelasin est disponible et en téléchargement dans cet article.

è Téléchargez le dernier numéro de Nuelasin mais avant on peut lire le petit plus de la rédaction

Bozusë

La bienvenue à une ancienne élève Clarisse que j’ai croisée hier dans une quincaillerie. Elle est aujourd’hui éducatrice dans un collège de la capitale. Elle passait entre les rayons et m’a reconnu même avec le masque. Elle est passée par derrière et m’a fait me retourner : « Bonjour M. Wws, c’est Clarisse. J’étais une de vos anciennes élèves au collège de Tiéta. » Nous nous sommes salués avec les règles de la covid en nous frappant l’un à l’autre le poing et nous avons discuté un moment. J’étais très heureux. Je l’ai remerciée disant que j’étais très content qu’elle n’était pas passée directement. C’était plutôt rare que des anciennes élèves viennent vers moi et m’interpellent. Très ravi. Bonne rentrée à elle et bonne lecture du petit hebdo. Nuelasin. 

En parlant de rentrée. Tiens, y en a une qui revient dans la vallée timidement. Je parle de la covid. J’espère qu’elle ne sera pas aussi sévère que 2021. Mais bon, il faut toujours s’attendre au pire. De nouveaux cas déjà sont à déplorer dans notre petite vallée. Mon Dieu, on n’est pas encore sorti de l’auberge disait-on. 

En plus du numéro 74 de Nuelasin, je joins un récit vécu et un taperas. Ce taperas-là, a marqué toute ma vie. Je l’ai écouté pour la première fois étant enfant, je pense en 1972 ou 1973. C’était lors de la disparition de ma petite sœur. La dernière de toute la famille. Je vous le livre. Il traite d’un nouveau départ avec un cœur très allégé. L’air est très entrainant, je vous jure. Bonne lecture mais surtout bon chant à tous. Wws

Adieu.

Une semaine plutôt, Aschell partit à Tanlo (un îlot de l’extrême nord de la Calédonie) pour le mariage des deux sœurs, Uria et Kulun. A son retour sur la grande terre, il passa un coup de fil à son petit frère pour prendre des nouvelles de leur grand frère. Henri n’allait plus très bien mais il parlait encore. Robert lui dit alors qu’une nuit à Tanlo, leur frère dormait au milieu de beaucoup de femmes, ses belles-sœurs. Il était en plus le seul homme. Henri avait répondu, le sourire au coin des lèvres, mais Aschell avait oublié la réplique. Entre eux, c’étaient des petits pics qu’ils se lançaient. Quoi ? Leur manière de maintenir leur lien amical.

Le dimanche de la première semaine des vacances, Aschell la passa à Djou dans la pointe nord du pays, chez la famille Dah. Ils étaient arrivés de l’îlot le matin de samedi. Le coup de fil passé après à Robert n’était pas bon. Henri est entré aux urgences de Nouville et transféré ensuite au Médipole. Le petit frère disait que leur grand frère avait cessé de s’alimenter. 

La deuxième semaine des vacances, voyait la famille de Aschell à Koumac jusqu’à jeudi. Vendredi c’était le départ pour Nouméa où il s’est rendu directement dans la chambre d’hôpital avec sa femme et Robert. Henri était l’égal de lui-même. Il allait rester là pour quelques temps, et ressortir. Pensaient-ils. C’était son habitude. On parlait, on échangeait. Henri était un abonné aux séjours hospitaliers de courte durée. Quand Aschell est passé dimanche pour la visite, son frère dormait. Profondément. Il demeura pétri sur la chaise à côté du lit du malade. Marienne son épouse, était debout et leur regard convergeaient vers le même visage dont les yeux étaient toujours fermés. 

C’était la visite d’une sœur catholique qui entre-temps avait interrompu le silence qui devenait pesant. Elle était rentrée et a réveillé le dormeur. Elle lui avait dit quelques paroles sûrement les mêmes qu’elle disait à tous les alités. Avant de s’en aller, elle demanda à Aschell s’il n’était pas un pasteur. Cela les fit rire, Marienne et son époux. C’était plutôt bien pour les sortir de leur abattement. 

Le soir de ce même dimanche, la petite famille repassa à l’hôpital pour la dernière visite. Aschell constata que l’état de son frère n’avait pas évolué depuis sa tournée de la matinée. 

Lundi, c’était la rentrée des vacances des deux semaines. Aschell était revenu au collège avec son épouse et sa fille avec la ferme intention de retourner pour une dernière visite dans la semaine. Mais il était déjà fixé sur le sort de Henri. Il voulait seulement dire adieu à son grand frère. 

Au collège, il n’avait pas le temps de penser à la famille. C’étaient les activités de la reprise qui prenaient beaucoup sur son temps de direction. Il passa alors la journée à gérer les sautes d’humeur des élèves et du personnel. Le soir, il repartit vers Nouméa. Avec Marienne et Walea. Aschell voulait laisser sa fille chez une famille de leur relation, mais il se disait qu’au fond, Walea n’allait pas se sentir bien et qu’elle allait tout le temps penser à son grand papa. Ils firent route vers la capitale. 

Aschell allait alors voir le grand frère pendant toutes les heures des visites autorisées. Ce qu’il fit. Il se rendit compte qu’il n’y avait aucune amélioration depuis la fin de la semaine. Il se dit alors que Henri, c’était pour bientôt mais il le gardait pour lui. Mais chacun de la famille qui rendait régulièrement visite au malade, avait déjà idée de la destinée. 

Le dernier soir, il y avait du monde dans la chambre. Hloea, la veuve en puissance, disait ouvertement que la voie de son mari était toute tracée. Elle attendait. Quoi ? L’Imprononçable. Les médecins de l’hôpital avaient déjà autorisé la famille à venir veiller pour accompagner le frère vers là où il doit aller. Hloea lui disait aussi à l’oreille que le médecin traitant avait même prescrit l’ordonnance d’augmenter la dose de morphine pour tranquilliser son frère. 

Quand Aschell lui a dit adieu, Henri était couché sur le ventre, la tête tournée vers sa gauche. Il ne recherchait plus à respirer comme il le faisait auparavant. Aschell conclut que la famille était déjà prête pour le grand voyage. Il était du calme insoutenable pour tous les vivants. Aschell se pencha vers le Grand Voyageur  pour l’embrasser sur la joue gauche et lui dire à l’oreille : « Ejeihëlai !» Il signifie : « Adieu ! » Il se releva pour balayer du regard autour de lui. C’était aux environ de 18h.

Et, tout le monde avait déjà passé beaucoup de temps avec Henri. Il y avait Hloea, Sidonie-qatr, la grande sœur Pauline, Welë, Franck et son épouse. Beaucoup de personnes de la belle-famille. Après s’être excusé et dit quelques paroles du bout des lèvres, il partit. Marienne et Walea le suivirent. Son épouse et sa fille pleuraient en prenant soin de se cacher le visage. Ils arrivèrent dans le nord en plein milieu de la nuit. A peine quelques temps qu’il eut éteint sa petite lampe de chevet que le téléphone sonna. Mamie Hloea : « Papa Aschell, papa Henri est parti, il y a à peine quelques minutes. Ils sont en train de le baigner. » : Disait-elle. Aschell ne parlait pas. Il lui dit seulement merci pour la nouvelle. Il raccrocha son portable et s’endormit.

Hetre wesiula ka traqa 

  • 1. Hetre wesiula ka traqa xuluhë qa hnengödrai/Une parole est arrivée, elle arrivait droit du ciel
  • Hna amamane ngöne etë ngöne umai Joxu/Pour être révélée dans de la pierre sur le mur de la maison du roi
  • Ch) - Asehë ni tuluthiö tuluthiö ngöne itulu/Je t’ai déjà pesé, pesé sur la balance
  • Nge asehë waiö ngöne itulu/Et on t’a évalué sur la mesure
  • Nge tha hace kö eö nyipi hmaloi/Pour ainsi dire que tu n’es pas pesant. Tu es vraiment léger
  • Kapë kilone lo itre huliwaiö Belesaza/Balthasar, ton bilan ne pèse pas lourd sur la bascule.
  • 2. Draniela qaja amamane itre trenge ewekë/Daniel a révélé les paroles 
  • Mene tekel ufaresin Belesaza joxu/compté, pesé, divisé, roi Balthasar
  • 3. Akötresie e hnengödrai kola atre hmekune/Dieu dans les cieux surveille
  • La itre huliwasë fe me troa tuëne fe/Le travail de chacun d’entre nous, et là-dessus il est d’une rigueur impartiale. 
  • 4. Thupëtresiji atrehë eö pengöne la itulu/Homme consciencieux tu es averti du résultat de la pesée 
  • Atre troa amamane itre gojenyisë/Il montre le chemin par où on doit aller.
  • 5. Drei la draine tro shë nyinyap macatre ka hnyipixe/Voici le temps venu où l’on doit faire des résolutions pour vivre la nouvelle année 
  • Nyinyape jë eö trejine hmaloi hë ngazoiö/Allez y frères et sœurs, courez maintenant que vos misères sont allégées.

Publié dans Culture Kanak

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Des voix pour la Terre, de la poésie avec la participation de notre poétesse Imasango

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

En librairie le 25 novembre 2021 en métropole à commander sur le net chez l’éditeur ou autre plateforme Prix : 9€

Aux côtés d’Imasango, il y a 40 poètes engagés pour sauver la planète, dans l’anthologie «  Des voix pour la terre ».

« Le sablier » est mon alerte...

Aussi bientôt parution de "L'Éphémère – 88 plaisirs fugaces", en février, aux éditions Bruno Doucey.

Nous honorons le thème du Printemps des Poètes qui se déroule du 12 au 28 mars, sur le thème L’Éphémère.

Anthologie établie par Bruno Doucey, Ariane Lefauconnier et Pierre Kobel

Couverture : Bruce Clarke

Ce livre est un brûlot. Plus de 40 poètes et chanteurs du monde entier y dénoncent un scandale : l’asphyxie programmée de notre planète. Pollution des mers ou de l’air, destruction des espèces vivantes, mais aussi réchauffement climatique, déforestation ou gaspillage des ressources, autant de combats portés par de grandes voix, de la canadienne Margaret Atwood, à l’innue Rita Mestokosho en passant par la brésilienne Marcia Theophilo, le Mahorai Nassuf Djailani, ou bien encore Alain Damasio ou le groupe de rock Mickey 3D. Cette anthologie s’inscrit dans la collection Poés’idéal, de petits livres militants, qui offrent aux adolescents les mots pour exprimer leurs révoltes et leurs rêves d’un monde meilleur. Ni plainte, ni catastrophisme, pas plus qu’exaltation lyrique d’un prétendu Eden perdu, mais une dénonciation implacable et un tracé d’avenir. Les mots se révoltent pour sauver notre Terre.

Extrait :

« Nous sommes la nature qu’on défonce.

Nous sommes la Terre qui coule,

juste avant qu’elle s’enfonce.

(…)

Et maintenant ?

Maintenant, la seule croissance que nous supporterons

   sera celle des arbres

   et des enfants.

Maintenant nous serons le vivant

qui se défend. »

Alain Damasio

Publié dans Poésie

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