« Sous le ciel de l’exil- Autobiographie poétique de Marius Julien, forçat de Nouvelle-Calédonie» qui a été désigné vainqueur du prix Popai 2021 dans la catégorie Documentaire.
Derrière le mythe, l'enfer... Le dernier volet de la trilogie noire azur de Patrice Guirao.
Dans une chaleur moite... Chez elles, les journalistes Lilith et Maema tombent nez à nez avec un enfant tétanisé. Son poignet saigne. Apeuré et mutique, le jeune garçon finit par les conduire jusqu'à un squat isolé au fin fond d'une vallée. Elles y découvrent sous une bâche les cadavres mutilés d'un couple. Et un univers insoupçonnable...De l'enivrante senteur des fleurs de tiaré à l'odeur aigre des bas-fonds tahitiens, Lilith et Maema s'enfoncent au cœur de l'obscurité. Plongées dans un océan de misère, parviendront-elles à rejoindre le rivage ?
Lilith et Maema, le duo d'enquêtrices le plus attachant du Pacifique.
Photo du Point
" La Polynésie a trouvé sa vraie perle noire ! " - Julie Malaure, Le Point
Né en 1954 à Mascara, Patrice Guirao arrive à Tahiti en 1968. Il ne quittera l'île que pour poursuivre ses études en France à l'École nationale d'Aviation civile. Son diplôme en poche, il retourne exercer son métier «d'aiguilleur du ciel» sous ces tropiques qu'il aime tant. Quelques années plus tard, il entame avec succès une carrière de parolier sans pour autant abandonner son île. Il enchaîne en toute discrétion les tubes, et collabore avec des artistes tels qu'Art Mengo, Pascal Obispo, Calogero, Johnny Hallyday ou Florent Pagny pour ne citer qu'eux. Il s'adonnera ensuite à l'écriture de comédies musicales à succès (Les Dix Commandements, le Roi Soleil, Cléopâtre, Mozart, Robin des Bois). L’auteur du fenua a écrit de nombreux ouvrages ces dernières années. Son succès est croissant.
Auteur : Collectif Prix : 8 000 XPF TTC Éditeur : Province Nord
L’atlas met en lumière les caractéristiques du paysage forestier dans chacune des dix-sept communes de la province Nord, à travers des traitements cartographiques soignés et des analyses méticuleuses.
Cet ouvrage de référence, richement illustré, attire aussi notre attention sur la fragilité de ce milieu qui ne cesse de réduire et de se morceler en fragments de plus en plus petits.
La forêt de Nouvelle-Calédonie est un écosystème indivisible dans le temps et l’espace. Sèche ou humide, jeune ou mature, dense ou éparse, elle épouse la totalité du Caillou en ajustant sa forme et sa composition aux conditions de l’environnement. Face à cette puissante nature, l’humain a toujours lutté pour délimiter son espace de vie en repoussant la forêt au plus loin de ses habitations. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de faire sa place aux dépens de la forêt mais de vivre en harmonie avec cet écosystème naturel dorénavant reconnu comme un allié essentiel à notre survie.
Le présent atlas est un instantané de la forêt de la province Nord. Il décrit sa place, son organisation et sa distribution géographique actuelle au travers d’une synthèse illustrée d’une riche iconographie constituée de cartes et d’indicateurs. Décliné en un portfolio pour chacune des dix-sept communes de la province Nord, cet atlas souligne les enjeux de conservation pour les décideurs, qu’ils exercent à l’hôtel de la province Nord ou à la mairie de l’une ou l’autre de ces communes. Cet ouvrage s’adresse aussi à chaque habitant souhaitant s’approprier les enjeux qui interagissent plus directement avec son espace de vie.
Cette diagnose a pour ambition d’offrir aux collectivités publiques de la Province Nord, des connaissances qui seront autant d’outils pour appuyer la mise en place d’actions concrètes à différentes échelles, administratives et individuelles, afin d’entretenir et d’améliorer la place cde la forêt dans le paysage dans lequel évoluent les populations humaines.
Ce roman est librement inspiré de l’expérience captivante, extrême, bouleversante, qu’a représentée l’immersion de l’auteure pendant dix années dans un quotidien carcéral.
« Les Vertiges de l’orée » est le premier roman de Leslie Gobille, une nouvelle plume prometteuse, lauréate de la résidence d’’écriture de la Province Sud en 2019 pour ce projet.
Leslie Gobille voit le jour en Sarthe en 1980. L'univers rural et solitaire qui lui sert de berceau l’amène à nouer tout au long de son enfance, des amitiés intenses avec les animaux, les nuages et la littérature. Dès l'année de CP elle commence à écrire « des livres » ̶qu’elle tient à illustrer « malgré son absence évidente de dispositions pour cet art » ̶ et déclare qu’elle deviendra « écrivaine ». Elle est donc, à cet âge précoce, et à son insu, déjà féministe.
Après l’obtention d’un bac littéraire, elle décide de faire la part belle à sa seconde passion, celle de l'humain et de son roman intérieur, et engage des études de psychologie à l’université d’Angers. C’est avec son diplôme de psychologue clinicienne en poche, qui sera complété par la suite d’une spécialisation en criminologie, qu’elle s’installe en 2006 en Nouvelle-Calédonie.
Elle y exerce son métier avec passion, essentiellement dans le secteur pénitentiaire. Après treize ans de cette pratique exigeante qui ne lui laisse plus beaucoup de temps pour parler aux nuages, la voilà qui rêve d’une halte dans sa vie tourbillonnante pour s’adonner de nouveau à l’écriture. Elle candidate alors à la résidence proposée annuellement par la province Sud et la Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie comme dispositif d’aide à la création littéraire. Elle en est la lauréate 2019.
« Les vertiges de l’orée » est le fruit d’un été consacré à l’écriture, dans le cadre inspirant du Château Hagen.
AU VENT DES ILES (03/03/2022) 2 000 XPF à Tahiti bientôt à Nouméa (Voir avec votre libraire qui a peut-être reçu l’ouvrage)
Inspirée de la légende fondatrice de Paikea, qui remonte aux origines mythiques du peuplement de la Nouvelle-Zélande, 𝑳𝒂𝑩𝒂𝒍𝒆𝒊𝒏𝒆𝒕𝒂𝒕𝒐𝒖𝒆́𝒆 est la traduction du roman à succès de Witi Ihimaera, 𝑻𝒉𝒆𝑾𝒉𝒂𝒍𝒆𝑹𝒊𝒅𝒆𝒓. Une histoire qui également été adaptée en film : 𝙋𝙖𝙞̈ : 𝙡'𝙚́𝙡𝙪𝙚𝙙'𝙪𝙣𝙥𝙚𝙪𝙥𝙡𝙚𝙣𝙤𝙪𝙫𝙚𝙖𝙪 (Niki Caro, 2002).
Résumé :
Dans les eaux abyssales de l’océan Pacifique, une baleine tatouée pleure l’homme qui la dompta et la chevaucha jadis, son fidèle compagnon…
Kahu grandit dans une tribu maorie de Nouvelle-Zélande. Enfant prodige, elle se confronte très tôt à l’autorité du chef Koro Apirana, son arrière-grand-père, qui refuse l’idée qu’une femme puisse un jour lui succéder. Mais peut-il rester insensible au chant des baleines et à l’intrépidité de Kahu ? Jusqu’à quel point le respect des traditions doit-il rester figé dans une vision du monde qui ne reflète plus la réalité ?
Witi Ihimaera tisse un conte contemporain captivant et plein d’humour sur le lien de l’homme à la nature, le courage, l’espoir, la puissance des femmes et l’importance des liens entre les générations. Un livre-phare qui permit au romancier néo-zélandais d’asseoir sa renommée internationale.
Witi Ihimaera, Pierre Furlan, Bernard Berger et le staff du centre culturel
𝗪𝗶𝘁𝗶𝗜𝗵𝗶𝗺𝗮𝗲𝗿𝗮
Versatile et prolifique, premier romancier 𝘮𝘢̄𝘰𝘳𝘪 à être édité, Witi Ihimaera a publié douze romans, six recueils de nouvelles, écrit pour le théâtre et pour le cinéma, coproduit des films et documentaires, édité plusieurs livres sur les arts et la culture de Nouvelle-Zélande et enseigné à l’université d’Auckland.
Critique de Evlyne Leraut sur Babelio
20 mars 2022
Écoutez le chant de Witi Ihimaera, métaphore maritime, les eaux sublimes de l'océan Pacifique. L'enfant fable et alliée de la baleine tatouée, poésie océane. L'appel des rites ancestraux, Kahu désignée à la légende éternelle. Ce sablier mãori de Nouvelle-Zélande, mémoire vivifiante des intériorités, signes et certitudes.
Ce splendide livre, perpétuel et messager enchante la noblesse des histoires venues des profondeurs.
Kahu, petite fille qui sait le langage des baleines, les paraboles qui dressent le tableau d'une terre assoiffée de symboles. Koro Apirana son grand-père le sage et fidèle aux coutumes. le passeur des traditions dont il refuse l'enfant en héritage spéculatif. Elle, si vive, intuitive et tenace. Fusionnelle avec ce grand-père dont la pudeur et les coutumes sont plus fortes que tout. Les habitus qui refusent Kahu en souveraine un jour certain.
Ici, des pans d'idiosyncrasie mãori, les gestuelles assignées à l'essentialisme des traditions. L'enfant pas de côté, sourires dentelles et les bras, l'horizon d'une mer où elle s'abreuve. Mutique et maline, habile et elle si formidablement pure.
« Dans ses missives suivantes, mon frère exposait les problèmes auxquels étaient confronté notre peuple mãori. Il avait accompagné Koro Apirana en pays Raukawa où il avait été impressionné par leur façon de préparer la jeunesse à assurer la tradition avec le XXI ème siècle. »
« Et nous serons-nous prêts ? demandait-il. Notre peuple sera-t-il préparé à relever les nouveaux défis et à s'adapter aux nouvelles technologies ? Et dans quelle mesure restera-t-il mãori ? »
« Ainsi soit fait. »
Ce livre qui se lit en grand, entrelacs, embruns, mystique fable où les croisements fidèles aux désirs, aux changements d'âge et de certitudes sont les ballets des baleines. Une seule pour que l'enfant comprenne le pouvoir des fonds marins et les chants des cétacés.
Ce conte, sablier contemporain, parabolique et émouvant est le sceau d'un peuple assoiffé de loyauté, de courage, dans cette magnanimité des importances qui ne trahissent jamais les hommes. Entre les courants, ce qui adviendra de Kahu qu'on aime de toutes nos forces.
« La baleine est un signe, reprit-il.
-C'était elle, elle était la chevaucheuse de baleine. »
Magistral, bleu abyssal, beau à pleurer. Un conte culte qui élève et octroie le chant ésotérique des baleines dans une grâce certifiée.
« Un classique de la littérature devenu un classique du cinéma : Paï, l'élue du peuple nouveau. »
À lire en front d'océan et vous verrez comme tout change.
Traduit de l'anglais (Nouvelle-Zélande) par Mireille Vignol. Publié par les majeures éditions Au vent des îles.
Un petit reportage pour faire d’une pierre deux coups, visiter et montrer la librairie Calédo Livres rénovée et interviewer l’homme politique et auteur prolifique Pierre Bretegnier. Donc, dès l’aube vers 10h00 du matin, j’ai pris ma Coréenne pour aller au centre-ville. Un 19 mars, le 18 mars en métropole avec le décalage horaire, jour de la commémoration officielle, une date qui ne fait pas consensus, pour la fin de la guerre d’Algérie. J’avais pris un casque pour interroger un Pied-noir, mais c’est lui qui avait le sien. Merci à Cathie Manné de reprendre ses dédicaces après l’indispensable rénovation de la vieille librairie avec les sous du CNL, la France qui paie, pour une bonne cause. JP
Réalités calédoniennes de Pierre Bretegnier
La Nouvelle-Calédonie disséquée en 100 coups de scalpel
C’est le troisième volet des réflexions d'un véritable connaisseur du dessous des cartes sociopolitiques et géopolitiques calédoniennes. En 2018, ses « piques d'actu » évoquaient les enjeux de la sortie de l'accord de Nouméa (1998-2018) qui venait d'apporter vingt ans de paix aux communautés calédoniennes. En 2020, Pierre Bretegnier décrivait les illusions politiques des uns et des autres. Aujourd'hui, il dissèque en cent piques les conséquences du « oui » et du « non » au référendum du 12 décembre 2021 et surtout il décortique l'âme du kaléidoscope des communautés calédoniennes.
Cet ouvrage est d'autant plus précieux que peu de Calédoniens s'expriment au « pays du non-dit ». De fait, certaines communautés privilégient l'oralité à l'écrit. Beaucoup considèrent que s'exprimer c'est s'exposer. Enfin, la majorité des réflexions politico- économiques repose sur des demi-vérités et des omissions regrettables. Or, nous avons ici un ancien acteur de premier plan de la vie publique calédonienne, lucide commentateur des évolutions en cours, qui décortique et dissèque sans concession les comportements souvent paradoxaux des différentes communautés calédoniennes.
D'une part, chaque pique d'actu nous oblige à nous poser des questions quasiment existentielles : Qui sont les Néo-calédoniens ? ; D'où viennent-ils ? Quels sont leurs faux conflits et leurs vraies différences ? ; Que vont-ils devenir ?
D'autre part, Pierre Bretegnier a rédigé des « Piques d'introduction » qui décryptent minutieusement les possibles avenirs liés au référendum du 12 décembre 2021. Et dans la droite ligne de ses propos précurseurs de 2006, il propose aux décideurs, mais aussi à tous les habitants de la Nouvelle-Calédonie, « sa » solution concrète à la problématique calédonienne : « Le fédéralisme comme réponse à l'échec de l'accord de Nouméa ».
Frédéric Angleviel
Biographie
Pierre Bretegnier, né au Maroc en 1949, est arrivé en Nouvelle-Calédonie dans les valises de ses parents en 1956. Après des études de sciences politiques, il devient chef d'administration territoriale avant que Jacques Lafleur ne l'appelle auprès de lui pour préparer les Accords de Matignon de 1988 et, ensuite, pour gérer la province Sud en même temps que les affaires économiques et fiscales relevant du congrès. Il prend sa retraite en 2014 et commence alors à rédiger ses fameuses « piques d'actu ».
Bozusë, je vous propose une suite au texte de vendredi dernier. Bonne lecture à vous de la vallée. Wws
Il cria pour rameuter la troupe et envoya des messages sur le portable de quelques uns. Pendant ce temps, Lepexenyë et Opatrë trouvèrent l’aide de quelques autres jeunes pour sortir les poches d’excréments d’hirondelle et de chauve-souris vers l’entrée d’une grotte. Quoi ! L’équivalent d’une centaine de mille et même plus. Ils les ont retirés de l’intérieur des galeries souterraines. Il y en avait tellement que les excréments en s’entassant devinrent presque des stalagmites. Des colonnes entières. Les deux hommes, depuis qu’ils avaient trouvé la bonne veine envoyaient régulièrement leurs épouses pour vendre les poches de fiente à cinq cents francs au marché de Wé. Les jardinières de l’île amatrices de belles fleurs n’hésitaient jamais à mettre la main à la poche, et demandaient toujours aux deux dames si leurs époux en avaient encore en réserve. Comme les deux hommes ne disaient jamais rien, leurs épouses ne donnaient pas de réponses sûres. Elles repartaient seulement les mains vides du marché et leurs portefeuilles gonflés à craquer. Leurs poches d’excréments d’oiseaux partaient comme des choux des Îles.
Au lieu du ralliement, le monde arrivait au compte goutte. L'hélicoptère de l'armée s’était posé non loin de la voiture. Wapata prit la parole pour dire que ce n'était plus la peine de rentrer à nouveau dans la forêt mais qu'ils allaient attendre là. Quand midi sonna toutes les montres, Drikone et Amekötine se regardèrent en espérant que quelque chose allait se produire mais rien ne se passa. Mr Blanc ne sortit même pas de la grande forêt comme l'avait prédit le sorcier. Les gendarmes s'impatientaient et allaient donner l'ordre aux pilotes de re-décoller. Wapata demanda un instant pour s'entretenir avec tous les volontaires engagés aux recherches. Il s’avança et révéla la requête que le petit chef et lui sont allés porter dans la tribu voisine. Tout le monde se taisait. Le chef de la brigade de Wé mâchouillait des fétus de paille qu'il avait arrachés à portée de main. L'autre monsieur de la brigade n'arrêtait pas de consulter sa montre. Le puma de l'armée allait décoller d'un moment à un autre.
Que ne fut pas le parfait étonnement lorsque Qanamaca, un des jeunes de la tribu, muet comme une tombe, s'avança au milieu du demi cercle pour dire que Amekötine et Wapata s'étaient trompés d'endroit. Le grand silence. Pas de paroles introductives. Incisif. Il lâcha: "Voyez qu’il n'y a ni sapin, ni banian ici, regardez la voiture, les clés ne sont pas dessus comme vous le dites. Je connais l'endroit. C'est par là-bas vers Hnaköj. La voiture, ce n’en est pas une. Le sorcier parlait plutôt d’une grotte, les vieux de notre clan à travers cette cavité, sillonnaient l'Océanie. Ils partaient de l’endroit même. Ils y entraient et fermaient les yeux en murmurant des paroles que eux seuls connaissaient. C’était alors qu’ils se retrouvaient projetés à des centaines de kilomètres à la ronde. Diverses destinations. Ils allaient à Kiamu, à Tanna mais aussi dans les îlots du Nord de Calédonie. Ils volaient les femmes de ces terres lointaines..." Amekötine en voyant le jeune dérouler le récit comme son arbre généalogique, le coupa nette, il voyait bien que les militaires s'impatientaient. Ils n'arrêtaient pas de zieuter le chef de la gendarmerie de Wé. La tension était palpable. "Soit. Je vais faire repartir l'hélico, mais mon collègue et moi restons pour poursuivre les recherches avec vous. Personnellement, je veux bien prendre un temps avec le jeune homme. Je crois ses dires. Il faut qu'il vienne avec nous et qu'il nous montre la grotte."
Ces choses-là, l'ont toujours intéressées. Ils partirent, la voiture de la gendarmerie devant, suivie de celle de Wapata et de Amekötine. Le reste des jeunes arrivait avec quelques voitures mais le gros de la troupe marchait. Lorsque la voiture de tête arriva dans une sorte de clairière, Qanamaca fit signe au conducteur de s'arrêter. Tous les occupants des voitures mirent pied à terre. Wapata fit la mimique à Amekötine d’allumer un petit feu avec des brindilles de bois morts. Il ramollit les cœurs de hmacatresi après quoi il ouvrit la marche vers l'entrée de la grotte. Lorsque le silence fut total, il appela Mr Blanc par le nom que lui avait donné l’oracle. Il n'y avait pas de craquement de branche ni de chant d’oiseaux. La tension était à son comble. "Atr" avait-il jeté à la Nature entière qui l'écoutait. Et la voix répondit. Tous se regardèrent avec les yeux grands ouverts. Mais personne ne savait de quel côté la voix venait. Elle ne venait certes pas des noirceurs de la grotte mais des voitures garées en arrière sur le bas côté. Amekötine se fâcha et cria aux jeunes qui étaient restés en arrière d’être plus sérieux et de ne pas jouer avec les choses de cette vie-là. Une voix répondit que personne n'avait répondu. Machinalement, Wapata fit un demi tour sec en disant aux autres de l'attendre. Il n'était pas encore arrivé aux voitures qu'il vit Mr Blanc, debout sous le sapin. L’air perdu.
Il attendait.
Qui ?
Personne autour de lui.
Wapata s’avança droit en se gardant d’être au dessus de ses émotions. Il lui flanqua une, deux puis trois coups au visage avec les cœurs de hmacatresi. Mr Blanc sursauta comme s'il sortait d'un grand sommeil. Il se frotta les sourcils pour s'accommoder la vue. Wapata devait être dans la brume pour lui. Ils se serrèrent la main et se congratulèrent. Le monsieur reprit Drikone pour dire qu'il s'était seulement égaré : "Heureusement pour moi qu'une dame m'a indiqué le chemin pour arriver jusqu'à vous, mais tout à l'heure, j'ai dû aider des jeunes pour sortir leurs paquets d'excréments d'oiseaux de la grotte. Je leur parlais mais ils ne me répondaient pas. Je suis alors reparti rejoindre les deux femmes qui préparaient à manger pour nous. Elles disaient qu'à midi, on allait manger les ignames qu'elles avaient brûlées. J'allais partager leur repas, au fait, elles n’avaient cuisiné que pour elles seules. Deux ignames dans la cendre, deux cocos verts, deux fruits qui étaient des pommes, on dirait. A voir de plus près, on aurait dit des fruits de faux manguier, enfin je ne sais pas." Quand le reste du groupe fut arrivé, Wapata et Mr Blanc était déjà en grande discussion. Mr Blanc remercia le brigadier chef de la gendarmerie de Wé de répondre à son texto en venant le chercher. Il conversait normalement comme s'il n'avait pas passé deux nuits dans la forêt. Il ne s'étonnait pas d'entendre l'hélico survoler la zone, il disait qu'avec les deux dames, ils écoutaient les conversations dans de la cabine : "RAS, RAS, aucun signalement, on va se poser près de la voiture..." Le gendarme qui lui posait des questions ne semblait guère étonné. Il disait seulement qu’il avait déjà eu affaire à des situations similaires. Il a déjà lu des rapports de gendarmerie qui allaient dans le même sens. Quelques temps après, Mr Blanc fut invité à monter dans le camion des pompiers venu sur place. Il était question de la santé du revenant dont il fallait s’en occuper en priorité. Mr Blanc répondit qu'il allait très bien et que ce n'était pas nécessaire de l'emmener à l'hôpital de Wé ou alors qu'il se rendrait de lui-même. Le brigadier chef le reprit d’aller sur le champ et le pria de monter dans le camion de secours. Sa voiture suivrait avec l'autre gendarme.
Ce qui fut fait.
Le cas de ce professeur n'est pas isolé. Lifou en est habitué. L’île a déjà vécu d’autres circonstances analogues. Et comment !
Avant la disparition de Mr Blanc dans la grande forêt de Hunöj, les cœurs des gens de l’île se sont battus très fort pour d’autres personnes de la famille qui n’étaient des fois jamais revenues. La même rengaine. La population et surtout la jeunesse avaient toujours été mises à contribution dans les équipes de recherche.
En l'espace de trois ans, plus de cinq disparitions avaient été dénombrées à Drehu. Grave pour une île de 1150 km2 dépassant celles de la Martinique et de Tahiti. Ces personnes étaient des deux sexes et d'âge varié. Ces tragédies avaient un point commun ; une auréole mystique. Le cas d'une femme d'une tribu du bord de mer qui est allée passer plus de deux semaines chez les morts, était certainement l’incarnation du spiritisme à son apogée. Aucune étude ne s’est jamais intéressée au phénomène et les pouvoirs publics en sont démunis. Le problème est plutôt perçu comme une plaie. Les religieux et les autres bêtisiers du genre perçoivent au fond, une manifestation méphistophélique. La culture kanak rappelle seulement le lien entre les deux mondes ; le visible et l’invisible, le palpable et l’ordre du mythe. Une disparition et une réapparition sont la réappropriation de la notion de l’évolution parallèle de deux mondes. Ne sont-ce que les manifestations de voyages aller/retour vers le monde des aïeux …
C’est sous l’ombrage des grands arbres du parc, qui ont bien l’intention de faire de la résistante et de s’opposer comme des Ukrainiens bombardés aux engins de terrassement de l’entrepreneur qui aura la charge des travaux de démolition de notre vénérable bibliothèque, que l’événement s’est déroulé. Comme toujours, la foule était présente, malgré la chaleur équatoriale, tropicale est obsolète.
Mme Marie-Laure Song, en forme comme jamais, a ouvert la série de discours pour présenter LMA 2022 puis ce fut M. Erick Roser, Vice-recteur de Nouvelle-Calédonie et président de l’association qui a pris la parole avec un beau discours qu’il a terminé par une citation d’Edouard Philippe : « Si les hommes relient les livres..., les livres relient aussi les hommes. » M. Romain Capron, Directeur de l’Enseignement de Nouvelle-Calédonie a pris le relais en parlant de la lecture à voix haute, l’oralité est mise en avant aujourd’hui dans l’enseignement.
D’autres intervenants ont pris la parole pour expliquer la nouveauté de cette édition, car en plus des 7 livres sélectionnés, il y a les 7 de LMA des légendes (Peut-être un plagiat de Denis Brogniart de la célèbre émission de télé réalité. Les intellectuels la regardent en cachette.). En effet, les anciens livres primés étaient aussi à lire ou à relire d’où une affiche, « affiche de toutes les affiches », réalisée par Sébastien Leroux, alias M. Meow. C’est impossible de résumer complètement cet après-midi, mais Jean-Victor, égal à lui-même, a encore épaté les spectateurs du haut de ses douze ans et déjà en seconde. Il n’en peut plus des éloges, mais il continue à lire et à faire des vidéos.
La surprise du chef a été l’interprétation de « On a tous le même soleil » d’Alain, un retraité de l’enseignement qui a fait chanter le public et les enfants qui avaient participé aux lectures. Deux stars, des presque professionnelles, Evelyne André-Guidici lauréate en 2017, chanteuses, meneuse de revue et la poétesse Imasango pour le printemps des poètes sont également intervenues. Un lancement réussi !
Jean-Victor Colombani--Jaffré La Croisée des Livres
Atonio et madame Yanick PETRE-HICKSON et La représentante de la direction de la Bibliothèque avec Daniel Miroux
La soirée francophonie de lancement de la semaine de la francophonie à la bibliothèque Bernheim avec l’invité d’honneur, Atonio LAGIKULA, a réuni les fidèles de l’Alliance et les représentants des institutions qui le soutiennent ce mardi soir à la bibliothèque Bernheim, encore debout, malgré une démolition programmée. Comme pour la dictée du Pacifique, la culture fait de la résistance. Les activités reprennent et les associations sont persévérantes avec le soutien du ministère de la Culture et des services culturels du pays. La sinistrose ne passera pas !
Atonio LAGIKULA en est la preuve, il a assuré le spectacle seul, sans son groupe, avec détermination, tandis qu’il séjourne en Calédonie plus longtemps que prévu avec les problèmes sanitaires. Un artiste qui gagne à être connu et qui va poursuivre ses prestations toute la semaine dans les bibliothèques et médiathèques du grand Nouméa. Il est conteur, danse et chanteur compositeur. Nous avons pu rire avec son conte sur l’origine des hommes sortis du four par un dieu ; Blancs, pas bons à manger pas assez cuits ; les Noirs, pas bons non plus, trop cuits et les Polynésiens, hommes parfaits, dorés à point. Ci-joint, quelques photos de cette soirée qui s’est clôturée par un pot de l’amitié. JP