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Mots pour Maux : Bernard Suprin naturaliste et botaniste émérite nous fait l’honneur d’un texte inédit à paraître dans un prochain ouvrage

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Photo de Bernard Suprin

Photo de Bernard Suprin

La Légende de l’Éléphant de Gohapin

(Avec les collaborations de Sophie Brun et de Philippe Godard)

 

Les familiers de la région de Poya-Gohapin connaissent bien la silhouette de l’éléphant sculpté dans le calcaire, de ce même calcaire marbrier dont est constituée la célébrissime poule Couveuse de Hienghène. Mais combien savent que cet éléphant a tout une histoire  ? la voici, telle que me l’a racontée son auteure… sous le sceau de la confidence !

 

À l’initiative hardie de Gilbert Thong, le premier cirque est venu au début des années 1970. Il s’est installé dans le dock industriel d’un limonadier à Montravel à proximité de la future Cité Pierre Lenquette. Les empilements de casiers à bouteilles y faisaient office de gradins. Le numéro vedette en était un tigre* qui sautait de plusieurs mètres de hauteur dans un bassin !

 

Pour le plus grand bonheur des petits et des grands, le fameux cirque Whirling des Samoa est revenu en avril 1987 et a pris ses quartiers au vélodrome Georges Brunelet (Receiving). Cette fois, un éléphant faisait partie de la troupe. C’était d’ailleurs l’unique représentant de la gent animale et la deuxième fois où le cirque prit l’audace de venir accompagné d’un animal de ménagerie.

 

Après Nouméa où le cirque connut un franc succès en grande partie grâce à la bête, il s’est installé à Koumac. «Si tu ne peux pas aller au cirque, le cirque ira à toi», tel en avait décidé la direction du cirque, sans aide ni subvention d’aucune sorte. Cette attitude louable fut un très mauvais calcul, pire, un vrai désastre financier. Car la clientèle broussarde est trop clairsemée pour rentabiliser un déplacement qui a nécessité plusieurs jours de démontage et autant pour le remontage. Et un éléphant, ça mange énormément ! Il fallait le nourrir, le transporter, le soigner et aussi assurer son retour aux Samoa ! Pour sauver le cœur, il fallait donc de toute urgence amputer le cirque de l’un de ses membres les plus prestigieux.

 

La mort dans l’âme, le directeur décida de libérer le débonnaire pachyderme. Il opéra en catimini, par une nuit sans lune, sans en aviser quiconque !

Officiellement, la cage aura été mal fermée pour sauver la face. L’animal, bien entendu consentant et médusé de retrouver une liberté qu’il n’osait s’imaginer même en rêve, s’éloigna rapidement dans la savane, le plus loin possible des humains dont il commençait à être fatigué. Il n’aspirait qu’à vivre sa vie paisible d’éléphant dans une nature sauvage et accueillante.

 

Plus tard, des chasseurs et des randonneurs ont déclaré avoir aperçu ce qui ressemblait à un éléphant, mais toujours de très loin. Malgré leurs dires, ni leurs proches, ni les représentants de l’ordre ne les ont jamais pris au sérieux, ils se faisaient rabrouer et traiter de plaisantins : « Ah oui, et votre éléphant, il n’était pas rose, dès fois ? Il ne faut pas trop abuser de la moquette !». C’est ainsi que l’animal vécut longtemps dans la brousse calédonienne, passant tranquillement du massif de Tchingou à celui de Boulinda. Au crépuscule de sa vie, il se dirigea d’un pas lourd vers les falaises de Poya où s’acheva, paisible, sa longue vie.. Aujourd’hui, son corps inerte et fossilisé se découpe dans le ciel . Là, il peut enfin être vu et admiré de tout un chacun !

 

NDLR : seuls les trois premiers paragraphes sont fidèles à la réalité, le reste n’est que pure fiction ! Notons toutefois qu’un python réticulé fut trouvé à deux km de la tribu de Tiéta (région de Voh) en juin 2018. L’information a aussi été prise pour un canular, elle était pourtant très sérieuse !

 

Bernard Suprin

Téléphone : (00687) 26 49 40

 

Bernard Suprin était consultant en études et formation, mais aussi prospecteur botaniste, spécialiste de l’étiquetage botanique passionné de photographie.

Il a retrouvé en mai 2002 le Pittosporum tanianum réputé disparu. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la botanique néo-calédonienne et du « Guide botanique du jardin Lacroix à Dumbéa ». « Mille et une plantes en Nouvelle-Calédonie », le livre de poche préféré des randonneurs, son précédent ouvrage, est un guide botanique de terrain pour faciliter la reconnaissance des espèces traitées en détail dans ses précédents ouvrages « Plantes du littoral en Nouvelle-Calédonie » et « Florilège des plantes en Nouvelle-Calédonie » qui ont eu un grand succès et reçus le prix POPAI 2013 au salon international du livre océanien.

Publié dans Ecrivain calédonien

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Mots pour Maux : Michèle mystérieuse poétesse ou nouvelliste mais calédonienne. Elle nous offre un souvenir de brousse

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

À Ponérihouen.

 

Nos journées se passaient entre nos aventures et les bonnes odeurs de la cuisine, une petite pièce équipée de manière sommaire mais qui produisait toutes sortes de délices.

Une dalle nue et des murs qui semblaient ouverts à tous vents dans une pièce indépendante de la maison. Notre tante, étrangement notre tante à tous, marmaille de tous les âges et issue de toutes les branches familiales, y concoctait des plats simples. Cette simplicité tranchait avec les quantités gargantuesques destinées à nourrir cette famille qui pouvait s’agrandir à tout moment.

De grosses marmites en fonte, brunies par des années de bons et loyaux services, sur des foyers toujours vifs, mijotaient des poissons pêchés le matin même ou des viandes chassées sur les crêtes environnantes.

Nous faisions avec nos doigts gourmands, le tour de grands saladiers, pour se délecter de restants de pâte à gâteau.

Nos étions tous différents et tous les mêmes. Un seul prénom aurait pu tous nous désigner tant nous aimions nous fondre dans cet environnement rassurant.

Nos jambes et nos bras, brûlés par le soleil, étaient secs et forts. Nous étions jeunes et nos corps affûtés nous portaient chaque jour entre les forêts et le bord de mer étroit et vert de la côte est.

Nous n’avions jamais fini de courir dans la caférie ou de galoper à cru.

 

Quand nous en avions fini de nos repas familiaux, nous la rejoignions avec avidité.

C’était une vieille dame aux cheveux gris. Sa peau usée aurait mérité quelques soins et de profondes rides avaient marqué progressivement leurs sillons. À chaque mouvement, ses os semblaient s’entrechoquer et produisaient d’étranges grincements.

Elle avait connu des amours de jeunesse, traversé la Nouvelle-Calédonie du Nord au sud, déménagé plusieurs fois, changé de couleur et même parfois d’occupation.

Puis, elle avait emménagé définitivement en brousse, sur la côte Est. Elle passait ses journées dans le calme d’une chambre à coucher.

 

Elle était notre univers secret.

Elle gardait précieusement les savoirs et les histoires de notre enfance. Dans le fond d’une pièce où nous dormions tous, enfants et adolescents, pendant les vacances d’été, elle nous scrutait, la bouche rieuse et entrouverte.

Elle n’adressait jamais la parole à nos parents. Ses mots n’étaient que des messages enfantins, de folles aventures, de personnages mystérieux et de contrées lointaines. D’ailleurs, je pense qu’elle parlait plusieurs langues.

Elle avait vieilli prématurément. Un accident de la vie l’avait laissé infirme et son seul bras retenait les plus petits comme les plus grands souvenirs, les plus courtes comme les plus longues histoires. Ce bras, qui nous semblait immense, portait un monde d’images et de mots.

Elle était généreuse, autodidacte et libre. Différente à chacune de nos visites. Un peu bancale, elle restait immobile contre un mur pendant que nous dévalisions son ventre pour nous nourrir quotidiennement.

En libre service, chacun pouvait y retrouver sa dose de rêve.

 

C’était notre domaine, à nous, enfants. Peu importe ce qu’on y trouvait finalement. Le seul fait de dévaliser son corps et de soulager ce bras, d’en sortir des piles de mets étranges et écornés, nous semblait une liberté immense et délicieuse.

Calme et docile, elle n’était pas à cheval sur le rangement. On pouvait la laisser seule longtemps et revenir après nos jeux d’enfants dans le jardin. Elle ne nous en voulait pas.

Elle est morte, il y a quelques années. Elle trônait nue, pour ses derniers jours, sur le bord de la route en terre qui menait au village. Ses trésors avaient disparus. Dans mes souvenirs, elle sera toujours là.

Première messagère de la joie de lire, notre chère bibliothèque.

 

Lien vers sa première contribution poétique

Publié dans Nouvelles

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Mots pour Maux : Sandrine Teyssonneyre, poésie parfumée d’une poétesse confinée

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

La femme Ylang 

 

Femme-ylang, femme longue comme un feu follet

Femme-soleil, femme-flamme

Femme-feu, femme reflet de lumière

Femme boomerang de clarté

Femme allongée comme une javanaise

A l’ombre d’un patchouli violet

Reflet de cosmos éloigné des hommes

Femme-lumière comme un œil singulier

Qui pend des cieux

Femme-fée, femme-magie

Femme aux doigts d’or qui cousent des mots

Des mots comme des câlins d’ylang

Vert, tropical

Ylang en langues de chat

Vertes et jaunes

Lambeaux de nature divine

Qui tombent comme des lames

Femme au firmament

Femme nue sur le sable dormant

Femme fusion-nature

Nouvelle trinité du feu : jaune, vert, bleu

Trinité sans foi ni loi

Sans croix ni poisse collective

Sans ordre de marche arrière

Sans ordre, un point c’est tout

Trinité de la simplicité

Chassez le naturel, il revient au galop

Naturel ylang où l’on s’endort

Dans les bras de Morphée

Ylang comme un habit de soie

Sur la peau dorée

Comme une combinaison du soir

Sur la peau mouillée

Ylang qui berce les chagrins

Et les transforme en poudre d’or

Ylang qui défait les nœuds

Pour laisser un espace Pacifique

Ylang comme un souffle de soi

Comme un être retrouvé

Ylang comme une matière organique

Pour refaire une vie volée

Dans la longueur de la liane jaune soleil

Qui se penche sur l’eau dorée

Et la mord, comme un sexe

Offert devant l’éternité

 

 

Des fleurs comme l’air

Un air saturé de perles rares

Grises comme un jour de tempête aux Marquises

Des odeurs diaphanes

Qui perlent comme des gouttes d’eau d’Asie

Eau rosée de lotus

Eau dorée de jasmin Sambac

Eau bleue d’iris

Planté dans un bassin parsemé de nénuphars

Des fleurs qui s’unissent

Avec l’air et les eaux

Sans frontières entre les éléments

Des pétales de velours

Qui s’égrènent au fil du temps

Au fil des sources qui s’acheminent entre les continents

De la rose en gouttelettes bulgares

De la rose au thé et du thé à la rose

Thé blanc comme un matin blafard de lumière aveuglante

A Lombok

Des lotus clos comme des fenêtres de palais siamois

Au cœur de l’été de mars

Des lotus roses comme la rose de Taïf

Avec la respiration en plus

Des lotus qui émergent de l’eau

Comme des dards attirés par le cosmos

Des lotus en brassées

Les jours de marché dans Bangkok l’optimiste

Des orchidées violettes

En bouquets illimités

Des orchidées qui baignent dans une cuvette de cuivre

Et font un avec les parois du métal

Des orchidées de soie comme des écharpes nouées sur les seins

Nus au soleil tropical

Des orchidées qui suintent de la sueur sucrée

Comme d’énormes litchis qui explosent

Contre le palais assoiffé

Par l’ardeur d’une humidité qui cloue le corps

Aux draps du lit

Des frangipaniers blancs et jaunes

Qui parfument la marche du visiteur

De Lumpini dans l’aube exotique

Des tipaniés en colliers

Pour remplacer une chemise usée

Par la civilisation morte

La culture qui tue par l’habit

Et le devoir de la morale du mensonge

Des tipaniés qui mettent les rois à nu

Et dévoilent la lâcheté

Au ciel règne l’orchidée immense

Plus grosse que le soleil

Ouverte

Comme une coupole violette et verte

Une coupole crue comme une feuille craquante

Ses pétales de satin brillant

Retombent sur les âmes apeurées

Et les éclaboussent de molécules jasminées

Pour que les âmes regagnent la liberté

De vivre et de se mouvoir

Dans l’infinité de l’espace

Ouvert

 

Sandrine Teyssonneyre

 

Lien vers l’article Dictée du Pacifique 2020 (la grande gagnante a été Sandrine)

Publié dans Poésie

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Mots pour Maux avec Évelyne André-Guidici, un condensé de talents, auteure jeunesse, chanteuse, et plus encore !

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Évelyne André-Guidici a été lauréate du prix Livre mon ami 2017 avec « Okaï et Choda », un récit de science-fiction passionnant, une fable écologique qui nous questionne sur notre place en tant qu’humain, sur Terre et dans l’univers et nominé pour le prix Natireva. Elle a créé une comédie musicale Asile au pays des merveilles et fait de nombreuses autres activités à la fois. Evelyne ANDRÉ, professeur de Lettres et écrivaine est un phénomène dans le microcosme littéraire calédonien en plus de son conte, elle nous propose le clip de son dernier album : Elles brûlent – 2020 avec un montage KHARMA LEGAL

Mots pour Maux avec Évelyne André-Guidici, un condensé de talents, auteure jeunesse, chanteuse, et plus encore !

Pas de commentaire inutile, on regarde, on se laisse emporter par sa dernière création

Publié dans Poésie

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Mots pour Maux : Joël PAUL écrivain blogueur

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

À personne,

 

C’est la fin du monde et pourtant j’ai envie d’écrire cette lettre sans savoir à qui l’envoyer, sans pouvoir la remettre à celui vers qui vont mes pensées.

J’aimerais tant que tu la lises, mon fils, toi, mes yeux, mon cœur, ma raison de vivre, mais nos destins sont liés. Nous allons subir le sort de nos congénères les humains et de la plupart de ce qui vit sur Terre. Cette fois la catastrophe annoncée n’est pas un canular. Depuis quelques jours les oiseaux ont disparu. Plus un chant, plus un sifflement, plus un piaillement dans ce qu’il reste des arbres et plantes de notre jardin qui sèchent sur pied. La puanteur, relent pestilentiel des cadavres de poissons et mammifères échoués sur le littoral, empeste l’air, pourtant nous habitons à cinq kilomètres du rivage. Les espèces s’éteignent une à une. Aucune ne résistera.

 

Aujourd’hui, tu as quand même voulu aller à l’école pour dire au revoir à tes copains. Je pleure des larmes de sang depuis que tu es parti. Je n’ai croisé que des gens hagards dans la rue en allant chercher quelque chose à manger chez l’épicier du coin. Il m’a donné une des dernières boîtes de conserve qui lui restent. J’ai bien dit donné. Il distribue ses produits depuis quelques jours. Les gens donnent tout, mais personne ne veut plus rien prendre. Pour quoi faire ? disent-ils. Les plus affamés acceptent seulement de la nourriture pour attendre. La Terre a été traversée par de la matière noire invisible, m’a dit l’épicier. On disait n’importe quoi pour annoncer la fin du monde. Des prophéties décrivant des catastrophes en tout genre avaient annoncé le pire, mais alors qu’il ne reste qu’une seconde affichée sur l’horloge de l’apocalypse, la doomsday clock de l’université de Chicago, on ne peut pas savoir ce qui a provoqué l’effondrement subit et irréversible des écosystèmes terrestres. Des rumeurs racontent des suicides collectifs de la population dans certains pays, mais comment vérifier, il n’y a plus aucune communication internationale qui fonctionne, et les avions ont déserté le ciel.

 

Reviens vite de l’école, mon fils. Reviens vite pour que je te serre dans mes jusqu’à la dernière seconde, et que nous traversions ensemble le miroir. Il y a encore tellement de choses que je dois te dire, tellement de conseils que je n’ai pas eu le temps de te donner. Je veux être avec toi, poussière parmi les poussières. Si nos âmes se tiennent par la main, tu auras moins peur du noir tandis que l’accélération de la matière nous propulsera à travers la galaxie, vers l’infini, dans le vide de l’univers. Tu auras moins peur avec moi pour affronter le cosmos sans toit ni plancher. L’essentiel est invisible pour les yeux, disait le Petit Prince de Saint-Exupéry. Nous allons peut-être le découvrir et faire un beau voyage. Nous ferons attention de ne pas tomber dans un trou noir. On ne revient pas d’un trou noir.

 

Reviens vite de l’école mon fils, c’est la fin du monde, on part ensemble.

 

Projet pour un concours Fin du monde écrit en 2012 que j’ai retrouvé hier (j’étais déjà optimiste en 2012J)

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Mots pour Maux : Catherine C. Laurent Auteure calédonienne confinée à Paris

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Trop tard

Il y a tant de choses compliquées tant de choses complexes
 

Mais il y a aussi des choses très simples

Leur prix est sans valeur tellement elles sont simples

Elles semblent ne rien valoir l'air de rien

Elles sont si précieuses cependant

Quand on ne les a jamais connues
Quand on les perd
On est si pauvre

Il ne faut pas être aveugle à ce qui semble sans prix

Les tsunamis ne sont pas loin  
Emergeant

Ensuite est une autre vie
Ensuite est trop tard

 

Catherine C. Laurent

Suivre ce lien pour retrouver Catherine C. Laurent à la Maison de Nouvelle-Calédonie

Publié dans Poésie

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Mots pour Maux : Déwé Gorodé, une légende vivante, une poétesse, une femme de conviction, respect !

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

A L’ORÉE DU SABLE

 

Une salade du lagon

un verre de muscat

un rôti à l’ananas

un passage de mouettes

une dégaine marginale

se dorant au soleil

en début d’après-midi

frais comme de saison

de confidence Amicale

à la mesure du temps

en transparence turquoise

de lagon ensoleillé

à l’orée du sable

une image de gamin

fond en ma mémoire

et se confond en douceur

à celle du mien disparu

 

La mémoire est là

au début du sable

du temps

 

                     VIE INFINIE

 

Un ion est une poussière

de vie dans l’univers

une cellule est une victoire

vivante sur le froid de la mort

un millième de seconde

est une vie entière

dérobée à l’éternité

 

 

Infini                                 Une prière

accessible                        à l’aube

en fraction                      pour la grâce

de seconde                     d’un bout

du temps réel                d’éternité

 

    Instant

    de paix

    de l’âme

    en harmonie

 

frayant

en cosmogonie

de l’infini

 

HUMILITÉ

 

Dans le frais de l’aube

dans le bruit du vent

luit *Kaatâdaa

l’étoile du matin

en étincelles marines

lucioles argentées

sur la houle agitée

à l’idée du jour

en désir du soleil

 

 

Humble prière                                La paix de l’aube

sur le sable du temps                  est un rêve d’harmonie

qui nous emporte                         entre la nuit

vers les nôtres                                et le jour

vivant avec nous                           pour l’âme endormie

ou déjà partis                                 qui s’éveille

dans le cycle de la vie                 en quête de la vie

 

 

L’univers

l’infini

obligent à

l’humilité

* Mot en langue  paicî

Biographie longue car Déwé est une femme au destin exceptionnel :

Déwé Gorodé naît le 1er juin 1949, à Ponérihouen, sur la côte Est de la Grande Terre calédonienne, dans la tribu de Pwârâïriwâ, située à l'embouchure de la rivière qui donne au village son nom.

 

Études primaires dans la région de Houaïlou, baccalauréat de philosophie au lycée Lapérouse à Nouméa, licence de lettres modernes à l'Université Paul-Valéry de Montpellier : son parcours scolaire est brillant. En 1974, à son retour au pays, il la conduit à enseigner le français dans un collège catholique de la banlieue de Nouméa. Déjà, elle a dans ses cartons des poèmes dont l'écriture a commencé dès 1970, mais qui ne seront publiés que quinze ans plus tard.

 

En 1992, Déwé Gorodé participe à une mission de femmes au Mali. De 1994 à 1995, elle travaille pour l'Agence de développement de la culture kanak lors de la saison de préfiguration du Centre culturel Tjibaou. De 1996 à 1997, elle enseigne de nouveau le paicî à Houaïlou et Poindimié. De 1999 à 2001, elle dispense des cours d'histoire de la littérature du Pacifique et de littérature mélanésienne contemporaine à l'Université de Nouméa.

Dans le même temps, elle publie deux recueils de nouvelles et un recueil d'aphorismes.

 

Déwé Gorodé a assumé de 2001 à 2009 les fonctions de vice-présidente du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, en charge dans un premier temps de la culture et des sports, puis à partir de juin 2004 de la culture, de la condition féminine et de la citoyenneté. Depuis le scrutin de mai 2009, elle a quitté la vice-présidence mais demeure membre du gouvernement calédonien et a conservé le même portefeuille que dans la précédente mandature. Elle est, au 6 juillet 2019, la personne à avoir participé le plus longtemps aux Gouvernements néo-calédoniens, puisqu'elle en a été membre sans discontinuer de la création de cette institution en 1999 jusqu'en 2019.

Photo Déwé Gorodey à Sète en 2016 wikipédia

                                                  

Publié dans Poésie, Culture Kanak

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Mots Pour maux : Anne-Marie Jorge PRALONG-VALOUR Institutrice, Professeur de Lettres, de Français Langue étrangère, de Français Langue Seconde

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

Quelques écrits inspirés par notre période de confinement

 

1-  Mars 2020

Si difficile à présent

Ne jamais m’arrêter

Des rencontres

Des gens

Des lumières des villes

Les paysages défilent

Un tourbillon une spirale

Des rires bruyants

Innocents

Trop jeunes

Indécents

 

Maîtriser le cauchemar

Le charmer

Mais elle est là

Brûlante

Tapie

Dans ma gorge

Je tousse elle est là

Je crie elle ne s’échappe pas

Ne couvre pas ma voix

Perle enrobée

À l’orient nacré

Pour l’avaler

Sans avoir mal

 

Elle me déchire le ventre

De ses aspérités

Elle

Vivante

Elle

Présente

Me tue

 

2-  29 mars 2020

L’eau brouille les couleurs

Mes cils la retiennent

Ce n’est pas la mer

Ni le ruisseau ni la rivière

C’est la révolte la fronde

Le marbre veiné d’ombres

L’obsidienne

La femme à l’arête du monde

 

Le ciel est gris acier

Le fond bleuté

 

3-  30 mars 2020

Sortie de la ville

 

Ne plus courir

Avouer la terre trop étroite

L’espace fragile

Le cœur battant de pierres froides

Qui cloîtrent la lumière

 

Se glisser dans l’enfance

Un éclat de rire court

Aller plus loin

Lentement

Respirer

Même avec un temps de retard

Toucher l’infini des parcours

Chanter les murmures les cris

Que l’oubli s’infiltre dans la mémoire

 

4-  31 mars 2020

Les lignes du papier jauni ondulent aux néons

Comme chevelure dans les tresses des vagues

La lumière en verdure vert sang

Craquèle les plinthes jusqu’à plus soif

 

Court instant de liberté

Dans le mur à enfoncer les doigts

Pénétrer ses fibres jusqu’au sol

Et disparaître dans les combles

 

Seuls des copeaux de bois

Tatouent un lino rouge

Autant de bouteilles à la mer

 

5-  4 avril 2020

 Je descendais masquée, gantée, hydro-alcoolisée sur la Baie.

Ce jour-là, le calme était prodigieux, même le vent soufflait en se taisant.

À la fois le calme d’avant et d’après la tempête.

Une silhouette blanche de jeune femme courait après une laisse qui devait certainement contraindre un gros chien ; certainement, oui !

Des sourires d’or brillaient dans le soleil, mais à distance de plus d’un mètre ; ils engendraient des regards furtifs, des airs fugitifs, ne plus se parler, ne plus se connaître, regarder ailleurs, mais on ne peut effacer le plissé des lèvres, l’envie aux commissures d’échanger, même si les paroles restent dans la gorge.

Les pavés de la baie haletaient, la terre transpirait, il y avait même des oiseaux qui se cherchaient dans les banians, le sable crachait l’humidité, la mer était étale.

Les panneaux encore très neufs étaient ceux des interdits.

 

6-  8 avril 2020

La fin de l’été est grise à 10 heures, matinée chagrine

Discret le crachin se répand dans la baie

Et s’assoit délicatement

Sur les plantes, les chaises empilées, les stores défraîchis

Comme s’il lui fallait endormir le tout.

 

Les pancartes de doléances ont disparu

Seuls deux mots dégoulinent de noir

Mascaras en pleurs sur peau d’ado vieillie

Bulbuls et colibris se disputent les branches

Le Sud-Est çà et là mouchette la mer

Comme s’il renonçait à la brasser entière.

 

Je croise un foulard qui protège un visage

 

Deux plumes noires et blanches dans l’herbe jaunie

Je pense à toi

 

Le chien de la plage va prendre seul son bain

Je le siffle il ne me voit pas

Jamais il ne me voit

Et c’est tant mieux comme ça

Deux clochards se tiennent par le bras

 

Nul besoin de maître quand on porte un collier

 

Anne-Marie Jorge PRALONG-VALOUR est formatrice primaire, 1er et 2nd degrés

Bibliographie : trois recueils de poésies :

Tant qu’il y aura une aube Z4 Éditions ; Margeride Z4 Éditions ; Aube Pacifique Éditions Écrire en Océanie (à paraître)

Publié dans Poésie

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Pâques 2020 confiné, Pâques 2020 confisqué mais Pâques 2020 sera fêté dans la plus stricte intimité

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

 

En 2020, la fête de Pâques est fixée au 12 avril pour les Églises d'Occident. Cette fête est tout à la fois une célébration religieuse et une fête du printemps et du renouveau. A cette occasion, il est traditionnel de se réunir en famille autour d'un bon repas et d'organiser une chasse aux œufs pour les enfants, impossible avec l’obligation de confinement

 

C'est également une période où l'on envoie de jolies cartes à ses proches, pour leur souhaiter de Joyeuses Pâques, certains l’ont peut-être fait mais mon blog vous envoie des « Mots pour Maux » en compensation. JP

Publié dans Divers

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Mots pour Maux : Luc Camoui poète du nord de la Grande-Terre en Nouvelle-Calédonie

Publié le par ecrivainducaillou.over-blog.com

« Un Homme a réussi s’il se lève le matin, se couche le soir et entre les deux a fait ce qu’il voulait faire. » (Bob Dylan)

Libre Confiné

Corps et chair confinés

Confus et atrophié

Faits et gestes maîtrisés

Serein ou dévoué

Esprit et imaginaire libérés

Evasif ou enjoué

Pas et mouvements comptés

Pensif ou éveillé

Besoins et moyens refoulés

Passif ou engagé

Mots pour maux approprié(e)s

Abusé ou rétamé

Paroles et verbe intériorisés

Alléché ou effaré

Sieste et repos exacerbés

Régime et diète enviés…

Au feu nos sacrés

Sacerdoce et vœux exaucés

Gageons avec Grâce

Providence et abondance

Pour déconfinement à rebours.

Vacuité ou dignité

Liberté est le propre de l’Homme !

Luc Enoka CAMOUI – (Hyabé Pweevo le 8/04/20)

 

Il nous offre aussi quelques citations populaires à méditer pour positiver l’avenir au présent :

« Ne consacrer sa vie qu’à faire de l’argent, c’est afficher un grand manque d’ambition. Cela exige très peu de nous. Car ce n’est que lorsqu’on s’attaque à une tâche qui nous dépasse que l’on réalise son véritable potentiel. »  (Barack Obama)

 

« Le bonheur n’est pas une chose toute faite. Il découle de nos actions. » (Le Dalaï Lama)

 

« On devient ce qu’on croit. » (Oprah Winter)

 

« La seule façon de faire du bon travail, c’est d’aimer ce que vous faites. » (Steve Jobs)

 

« Les gens oublieront ce que vous avez dit, ce que vous avez fait. Mais jamais ce que vous leur avez fait ressentir. » (Maya Angelou)

 

« Le plus difficile, c’est de décider d’agir, le reste ne tient qu’à la persévérance. »

(Amélia  Earhat)

 

Luc Camoui, écrivain de la cité

Instituteur et poète, Luc Camoui est l'une des figures de la poésie kanak. Son premier recueil, Phaanemi (Le ressouvenir), écrit avec son ami de toujours Georges Wayewol, est paru en 2006. Aujourd'hui les deux écrivains parcourent le globe et diffusent la culture kanak aux quatre coins du monde. (chapeau d’un article ancien des Nouvelle-Calédonienne)

Publié dans Poésie

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